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Full text of "Manuel d'archéologie préhistorique celtique et gallo-romaine : prehistorique celtique et gallo-romaine"

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£u me. D 3Sè m 



HARVARD UNIVERSITY 




LIBRARY 

• OF THl 

PEABODY MUSEUM 

GIPTOF 

ALFRED MARSTON TOZZER 

(Cltts of 1900) 

HUDSON PROFESSOR OF 
ARCHAEOLOGY EMERITU8 

Receiyed 



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/^i 






M AN UEL D'ARCHÉOLOGIE 

PRÉHISTORIQUE 
CKLTIQUK ET GALLO-ROMAINE 



I 



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* 



/ , 



DU MÊME AUTEUR 



Les, vases céramiques ornés de la Gaule romaine (Narbonnaise, Aquitain^ 
et I^yonnaise). 2 vol. 4<>, 1,700 dessins et pi. h. t 50 fr 

Les fouilles du monl Beuvray de 1891 à 1901 , Compte rendu suivi dl 
rinventaire général des monnaies recueillies au Beuvray etau Hradischf 
de Stradonic en Bohême, étude d'archéologie comparée, avec un planj 
26 pi. h. t. et fig. P., 1904, 8% br 12 frj 

Uoppidum de Bihracle. Guide du touriste et de l'archéologue au mon| 
Beuvray et au musée de l'Hôtel Rolin. 1903, 12<», br. i77 pages), planj 
carte et Cg 2 fr< 

Déchelette (J.) et Brassard (E.). Les peintures murales du moyen-âge ei 
de la Renaissance en Forez, publiées avec la collaboration de Ch. Beau 
verie, l'abbé Heure et Gab. Trévoux. F« (67 p.), 20 héliogr. et nombr. 
fig 40 fr 



MACOX, PUOTAT FRBRRS, IMPRIMEURS. 



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MANUEL 

[)'ARCHÉOLOGIE 

PRÉHISTORIQUE 
CELTIQUE ET GALLO-ROMAINE 

PAR 

Joseph DÉCHELETTE 

CONSERVATEUR DU MUSKK DE ROANNE 

MEMBRI-: NON itÉSIDANT DU COMITÉ DES TRAVAUX HISTORIQUES 

KT SCIENTIKIC^I ES 

I 

ARCHÉOLOGIE PRÉHISTORIQUE 



PARIS 

LIBRAIRIE ALPHONSE PICARI> ET FILS 

Libraire des Archiiyes nationales et de la Société de r École des Chartes 
82, RUE Bonaparte, 82 

1908 



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PREFACE 



Cet ouvrage a pour objet Tétude des antiquités de la Gaule, 
depuis Tapparition de l'homme jusqu'à la chute de Tempire 
romain. 

Le premier volume (Archéologie préhistorique) est consacré 
exclusivement à l'âge de la pierre, c'est-à-dire à ces temps pri- 
mitifs, antérieurs à la connaissance des métaux, pendant les- 
quels nos premiers ancêtres connus, tout d'abord chasseurs 
nomades, luttant contre les bêtes féroces, et plus tard agricul- 
teurs et pasteurs, franchissent péniblement les longues étapes 
qui vont conduire l'humanité de Tétat sauvage à la civili-: 
sdtion. Phase si reculée à l'horizon lointain des âges disparus 
que nous ne pouvons demander aux plus anciens débris épigra- 
phiques ou textes historiques le moindre éclaircissement sur 
ces premiers occupants de notre sol. Nous ignorons encore 
totalement d'où ils sont venus. Nous ne savons dans quelle 
mesure leurs descendants se sont mêlés plus tard aux popu- 
lations dont les historiens et les géographes grecs et latins 
nous ont conservé les noms. Pour cette longue période ini- 
tiale, rarchéologie préhistorique ne relève que d'elle-même 
et des sciences naturelles qui lui viennent en aide. Son 
rôle consiste à déterminer la date relative de l'apparition de 
l'homme, par rapport aux âges géologiques, et à suivre cet 
homme primitif dans son acheminement à un degré plus élevé 
de culture. 

Le préhistorien se trouve ainsi en présence de certains 
coupes sociaux appartenant à diverses époques et différant 
les uns des autres par la diversité de leur industrie. Mais il 
est tenu de les désigner par des dénominations convention- 



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PREFACE 



nelles et provisoires, empruntées souvent à la géographie 
moderne. Nous parlerons donc ici de tribus « chelléennes m 
« moustériennes », « néolithiques » ou autres, sans nous occu 
per encore des appellations ethnographiques données par lej 
auteurs aux habitants de la Gaule préromaine. 

Le second volume (Archéologie protohistork^ue ou ckl 
TIQUE) traitera de l'âge du bronze et des premiers âges du fer 
jusqu'à la conquête de César. C'est alors seulement que les pre 
mières lueurs de l'histoire, rayonnant tout d'abord de TOrient, 
commencent à projeter quelque clarté encore diffuse sur nos 
antiquités. Celles-ci cessent d'être complètement anonymes 
lorsque apparaissent les noms des Ligures, des Ibères* et sur- 
tout des Celtes, car jusqu^à ce jour on n'a pas réussi à assi- 
gner aux deux premiers de ces groupes ethniques une place 
bien déterminée dans l'archéologie protohistorique. 

Nous verrons d'ailleurs que l'époque de la première migrai 
tion des Celtes sur le sol de la Gaule demeure controversée. 
En général, les travaux récents tendent à resserrer, d*un^ 
part, les bornes chronologiques de Tarchéologie celtique et, 
d'autre part, à élargir ses limites géographiques. Le passé 
presque intégral de notre pays semblait autrefois appartenir 
à ces tard-venus et c'est à peine si l'on accordait quelque 
attention à leurs prédécesseurs. Par contre, lorsque Touver- 
ture d'une nécropole, l'exploration d'un oppidum ramenait au 
jour des vestiges de l'occupation celtique, on les considérait 
volontiers comme les produits d'une industrie locale ou tout 
au plus commune aux habitants de la Gaule de César. La 
grande extension de la nation celtique, connue à laide des 
textes historiques et mise en lumière par les belles découvertes 
de la linguistique, n'avait pas encore reçu du témoignage de 
l'archéologie une confirmation matérielle. 

Peu à peu, grâce au progrès des études palethnologiques, 
les matériaux se sont multipliés. Lorsqu'on s'est avisé de les 
comparer, on n'a pas tardé à constater nettement l'unité de 
la civilisation des Celtes sur une très grande partie de Tim- 
mense empire où les linguistes avaient eux-mêmes observé 
l'unité de leur langage, malgré les diversités dialectales. 



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C'est assez dire que nos antiquités nationales ne sauraient 
être étudiées isolément et que nous devrons accorder une 
importance capitale aux données de la méthode comparative. 
Ce nest plus seulement en Gaule et dans les Iles Britan- 
niques, mais au delà du Rhin el des Alpes françaises que la 
culture celtique sollicite l'attention des archéologues. 

Il en est de même d'ailleurs pour la période primitive, et 
nos lecteurs verront, au cours de ce premier volume, combien il 
est nécessaire de rapprocher sans cesse les unes des autres 
les diverses découvertes se rapportant à Tàge de la pierre, 
quelle que soit la distance séparant les lieux de provenance. 

Nos recherches sur Tâge de la pierre polie en Gaule nous 
conduiront déjà jusqu'aux côtes orientales de la Méditerranée 
et même vers des réj^ions plus lointaines. Néanmoins, c'est 
surtout à partir du début de Tâge du bronze que Tarchéologie 
des pays d'Orient vient en aide au classement chronolojj^ique de 
nos antiquités ; aussi avons-nous cru devoir réserver au 
volume suivant l'exposé sommaire des travaux récents aux- 
quels on doit la connaissance des civilisations appelées, suivant 
les temps et suivant les milieux, prépharaonique, minoenne, 
prémycénieune, mycénienne. Nous ne parlerons encore qu'in- 
cidemment dans ce tome I'"'' de notre ouvrage de ces diverses 
phases de l'archéologie égypto-égéenne, naguère complè- 
tement ignorées et aujourd'hui si justement célèbres. Sur ces 
pénodes nos lecteurs trouveront dans le second volume 
quelques éclaircissements, développés dans la mesure où 
l'étude des antiquités de la Gaule impliqué la connais- 
sance de celles des régions orientales de la Méditerranée. 
C'est en etîet cet accroissement récent de nos informations 
qui nous permet actuellement, comme on le verra, de com- 
prendre dans la période protohistorique 1 âge du bronze euro- 
péen, auparavant placé, avec les figes de la pierre, dans la 
préhistoire proprement dite. 

L'objet de notre troisième volume (Archéolocjik (iALLo- 
Romaine) est suffisamment délini par son titre. Nous y étu- 
dierons la diffusion de la culture classique sur ce même ter- 
ritoire auparavant occupé par des peuples tout d'abord incultes 



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VIII PRÉFACE 

ensuite à demi civilisés. Nous assisterons alors à la profonde 
transformation que détermine en Gaule 1 invasion roniaine, 
Nous verrons sur les monuments figurés les dieux olym- 
piens s'associer à des divinités topiques jusque-là à peine 
représentées, les mythes helléniques se mêler aux obscures 
conceptions des religions celtiques et préceltiques. Sur tout 
le sol de la Gaule devenue Témule des pays classiques, une 
magnifique floraison de monuments somptueux, palais, arcs 
de triomphe, thermes, théâtres, amphithéâtres, recouvrira 
les humbles vestiges des temps barbares. 

Pour suivre ainsi dans tout son développement la marche 
de la civilisation depuis ses origines les plus reculées, la Gaule 
offre en Europe un champ d'observation vraiment privilégié. 
Alors qu'un manteau de glace s'étendait encore sur les régions 
septentrionales de notre continent, nos provinces nourrissaient 
déjà de nombreuses familles humaines, dont nous retrouvons 
en maintes localités les foyers épars. Chaque jour, les alluvions 
de nos cours d'eau et les cavernes de nos montagnes nous 
livrent, plus nombreuses et plus variées que partout ailleurs, 
de nouvelles reliques de ces âges lointains. Enfin si Ton 
cherche en Europe la véritable patrie préhistorique des arts 
plastiques, le berceau de la sculpture, de la peinture et de la 
gravure, où pourra-t-on la placer sinon dans ces nombreuses 
grottes du Périgord et des Pyrénées, dont le mobilier archéo- 
logique recèle de véritables chefs-d'œuvre et dont les parois 
ornées gardent encore Tempreinte ineffacée des premières con- 
ceptions de nos premiers ancêtres ? 

Nous raconterons comment des recherches persévérantes, 
ont réussi à exhumer ces archives de l'humanité et, grâce à 
elles, à reconstituer d'importants épisodes de nos origines. 

Cette belle conquête de la science est encore de date récente. 
Absorbés dans Tétude des textes et des monuments classiques, 
les antiquaires de la Renaissance n*avaient pas même pres- 
senti l'existence de cette période initiale. 11 en fut de même, 
nous le verrons, jusque dans la première partie du xix^ siècle. 
Vers 1830, dans son Cours d'antiquités monumentales, Arcisse 
de Caumont, ce précurseur méritant dont le nom doit être 



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PREFACE IX 

inscrit au frontispice de tout manuel consacré à nos antiquités, 
i attribuait encore aux contemporains* des druides les plus 
aociens vestiges industriels recueillis siu* le sol de la Gaule. 
Plus tard, dans son Abécédaire, il n'accordait timidement 
que quelques pages àThomme quaternaire. 

Aujourd'hui il n'est pas trop d'un volume entier pour expo- 
ser, même sous une forme succincte, les résultats acquis par 
la préhistoire. Depuis plus d'un demi-siècle, les recherches 
dans ce domaine toujours fertile ne se sont pas ralenties. 
Plusieurs générations de travailleurs se sont succédé, appor- 
tant sans relâche à une jeune science de nouveaux maté- 
riaux, récoltant les objets épars, explorant les stations et les 
tombeaux, comparant les découvertes, dressant l'inventaire des 
monuments et des collections. 

De son côté, l'archéologie classique ne cessait d'étendre 
ses accroissements et de nous faire pénétrer plus avant dans 
la connaissance précise des premiers siècles qui ont suivi la 
conquête romaine. 

A mesure que les matériaux d'étude se multiplient, les 
travaux de synthèse deviennent plus utiles. Pour l'âge de 
la pierre et surtout pour le paléolithique, des ouvrages, dus 
a des maîtres autorisés, ont apporté de bonne heure des 
vues d^ensemble et jeté les bases des classifications indis- 
pensables aux progrès de la science. Toutefois, bien des faits 
nouveaux ont modifié en dernier lieu les premières conclu- 
sions ou procuré des indications complémentaires. En outre, 
il restait à coordonner dans un même Manuel relatif à nos 
aiitiquités nationales l'ensemble de nos informations sur la 
Gaule préhistorique, la Gaule protohistorique ou celtique et 
W Gaule romaine. 

L auteur de cet essai ne s'est pas décidé sans hésitation à 
tenter de combler cette lacune. Il ne s'est dissimulé ni les 
difficultés de sa tache ni l'insuffisance de ses moyens. Seul le 
désir de réaliser une œuvre utile, depuis longtemps réclamée, 
'a déterminé à passer outre. 

L'extrême dissémination des sources constitue actuelle- 
°^6nt, comme chacun sait, un des principaux obstacles auxquels 



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se heurte, dans le domaine des études préhistoriques pl\ 
encore que dans toute autre province archéologique, qvE 
conque entend faire œuvre de synthèse : obstacle d'autai 
plus sérieux qu'aucun répertoire ou recueil de bibliographi 
spéciale ne vient ici en aide au travailleur. Aussi avon.*^ 
nous cru devoir accorder à l'indication des références, fraii 
çaises ou étrangères, une très large part. 

L'abondance des matières nous faisait une loi de ne poin 
nous départir d une concision systématique dans Texposé d 
chaque question. Nous nous sommes d'ailleurs attaché à n 
pas nous écaiier du domaine propre des faits d'observation 
évitant notamment, à propos des origines de l'homme, d 
pénétrer dans le vaste champ clos des controverses philoso 
phiques. 

L'auteur d'un manuel de préhistoire doit à ses lecteurs un 
enseignement didactique, mais sur bien des points il sérail 
prématuré d'exiger de lui des conclusions dogmatiques. 

Cette jeune science a remué beaucoup d'idées. Elle a ag-it^ 
de graves problèmes, formulé d'audacieuses hypothèses, parJ 
fois étrangères à son objet immédiat. Nous souhaitons que cet 
ouvrage permette à nos lecteurs d'opérer le départ entre lea 
faits acquis et les conjectures téméraires. 

11 serait d'ailleurs souverainement injuste d'accuser la pré- 
histoire d'avoir failli à ses promesses. Sans doute elle ne sau- 
rait obtenir des alluvions et du remplissage des cavernes le 
secret intégral des origines de l'espèce humaine, pas plus que 
la géologie et la paléontologie ne peuvent, si rapides que 
soient leurs progrès, expliquer l'apparition des premiers êtres. 
La connaissance des causes premières se dérobe comme un fan- 
tome insaisissable devant nos investigations et notre ardente 
curiosité s'eflTorce en vain de la poursuivre dans le mystère 
infini qui borne de toutes parts le savoir humain. Mais en 
deçà de ces limites, dans le domaine des faits accessibles 
à notre raison, combien d'acquisitions nouvelles sur les débuts 
de la race humaine la préhistoire n'a-t-elle pas à revendiquer ? 
Que de faits importants n'a-t-elle pas mis en lumière? 

C'est grâce à elle que nous connaissons la haute antiquité de 



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PREFACE XI 

rhomme, jusque-là méconnue. C'est elle qui nous révèle les ori- 
gines et le prix de la civilisation dont nous goûtons les bienfaits, 
sans songer assez aux laborieuses étapes par lesquelles nos 
pères s'y sont acheminés. C'est elle enlin qui reconstitue 
tant d'épisodes imprévus et variés de la vie de ces ancêtres 
lointains, nous fait assister à la première apparition de TArt 
dans les cavernes des sauvages troglodytes et enrichit nos col- 
lections des admirables ouvrages dus au génie créateur de 
ces vrais précurseurs. 

Le succès a donc pleinement répondu à Teffort et les résul- 
tats obtenus sollicitent à tous égards Ta ttention du public. Aussi 
ne devons-nous pas être surpris si les études préhistoriques 
sont de plus en plus en faveur ^ , comme en témoignent le nombre 
toujours croissant des explorations et la multiplicité, peut- 
être excessive, des organes périodiques consacrés spéciale- 
ment à ces recherches. 

Puisse ce nouveau Manuel contribuer, dans quelque 
mesure, au développement de ces études, en facilitant les 
recherches de tous et en guidant les premiers pas des débu- 
tants. 

Plusieurs de nos collègues ont bien voulu, comme on le 
verra, nous aider de leur bienveillant concours el accueillir 
notamment avec une extrême obligeance les demandes d'en- 
quêtes locales que ncms leur avons soumises à propos de 
diverses questions. Nous leur adressons nos plus sincères 
remerciements. 

Nous devons exprimer tout particulièrement notre recon- 
naissance à M. Tabbé Breuil, qui a revisé avec soin les pre- 
mières épreuves de la plus grande partie de ce volume, nous 
faisant ainsi largement profiter de ses profondes connais- 
sances préhistoriques. Bien des pages relatives au paléolithique 

1. Tout récemment, la préhistoire a conquisse place dans l'oiiscijçncincnl du 
CoUèffe de France. A sa leçon d'ouverture du i décembre 1907. l'cniinent 
professeur qui occupe la chaire d'Histoire et d'Antiquités nationales, 
M. Camille Jullian, a défendu sa cause dans un brillant plaidoyer, revendi- 
quant « le droit à l'histoire pour l'étude des silex et des bronzes, monuments 
d'aFantles textes » 'Voir la Revue bleue du 14 décembre 1907h 



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lui doivent d'utiles rectifications ou d'heureuses additions. On 
verra d'ailleurs que pour cette première phase de la préhistoire 
nous avons fait à ses travaux de larges emprunts. 

M. Cartailhac nous a plusieurs fois guidé de ses conseils 
autorisés, notamment en ce qui concerne la statistique des 
stations néolithiques pour le midi de la France, statistique 
pour laquelle nous devons encore des remerciements à plu- 
sieurs correspondants, particulièrement à notre confrère et 
ami, M. de Saint- Venant. 

Bien que nous nous soyons toujours imposé de recourir aux 
sources originales, divers manuels ou ouvrages généraux sur 
la préhistoire ou sur l'un de ses domaines, nous ont été sou- 
vent d'un grand secours. Tels sont particulièrement, pour ce 
premier volume, le Préhistorique * et le Musée préhistorique ' 
de MM. G. et A. de Mortillet, la France préhistorique de 
M. Cartailhac^, V Essai de paléontologie stratigraphique de 
t homme de M. Boule '% et pour l'Europe centrale, le livre 
de M. Hoernes'', Der diluviale Mensch. 

Pour le paléolithique, le volume substantiel de notre émi- 
nent maître, M. Salomon Reinach, Alluvions et cavernes^, était 
jusqu'à ce jour, le seul ouvrage contenant une bibliographie 
systématique. Comme elle s'arrête en 1889, il arrivera souvent 
que nous commencerons la nôtre à cette date, invitant nos lec- 
teurs à se reporter, pour la période antérieure, au livre de 
M. Reinach. 

De nombreuses inexactitudes ou omissions seront à coup 
sûr relevées dans cette première édition d'un ouvrage qui, par 

t. Gabriel et Adrien de Mortillet, Le Préhistorique, Origine et antiquité de 
ikommCj 3' éd., Paris, 1900, La première édition par G. de Mortillet seul 
est de 1883. Pour le néolithique, qui ne se trouve plus dans la troisième édi- 
tion, consulter la deuxième, également par G. de Mortillet seul (Paris, 1885j. 

2. G. et A. de Mortillet, Musée préhistorique, Album de 105 planches, 
2« éd., 1903. 

3. Emile Cartailhac, Jm France préhistorique d'après Les sépultures el'les 
monuments^ Paris, 1889. 

i. Marcellin Boule, Essai de paléontologie stratigraphique de Chomme^ 
Paris, 1889 (extr. de la Revue d'anthropologie). 

5. Moritz lloernes, Der diluviale Mensch in lùiropa, die KuUurstufen der 
âlteren Steinzeit^ Brunswick, 1903. 

6. Voir ci-après sur ce volume : Noie muséographique^ p. xix. 



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PREFACE 



son objet, doit condenser une masse considérable de faits, de 
citations, de dates et de données géographiques. 

Nous accueillerons avec la plus vive gratitude toutes les 
indications rectificatives ou complémentaires qu'on voudra 
bien nous adresser. 

Roanne, le l**"" février lî>08 



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RENSEIGNEMENTS BIBLIOGRAPHIQUES 
ET ABRÉVIATIONS 



Les périodiques ayant exclusivement ou parliellemenl pour objet l'an- 
thropologie et Tethnographie préhistoriques sont actuellement si nom- 
breux qu'ils absorbent en grande partie la production littéraire relative 
à ces sciences. Pour faciliter la synthèse de tant de matériaux cpars, les 
principales revues multiplient de plus en plus les comptes rendus cri- 
tiques permettant à leurs lecteui*s de se tenir au courant des progrès du 
mouvement scientifîque. Parmi celles qui répondent le plus particuliè- 
rement à ce programme et contiennent une ample information sous 
forme d'analyses, nous citerons, en France, V Anthropologie \ en Alle- 
magne, le Ce/i/ra/-/i/a// fur Anthropologie ; VArchiv fur Anthropologie 
^publie, outre de nombreux Referate^ un Catalogue annuel des publica- 
tions anthropologiques, dont une division est relative à YUrgeschichle 
and Archéologie) ; en Angleterre, la revue A/a/i, publiée sous la direc- 
tion deV Anthropological Institute of Great Britain and Ireland. 

Voici, d'ailleurs, la liste des principaux périodiques que nous aurons 
l'occasion de citer dans ce volun^e ou dans le suivant (langues française, 
allemande, anglaise, italienne et portugaise) '. Nous plaçons en regard 
de chaque titre l'abréviation adoptée dans les notes bibliographiques -. 
La date initiale de chaque périodique est indiquée. L'n astérisque 
désigne ceux qui ont cessé de paraître. 

ai. Périodiques français et périodiques étrangers publiés imi langue 
française: 

Afas Association française pour l'avancement des srienres, Paris, 

1872 [Comptes rendus des Congrès annuels^. 
.Knlhr. L' Anthropologie, Paris, 1890. Forme la continuation de : Maté- 

LPour la bibliographie des Revues et des Sociétés archéologiques de province, 
voir Robert de Lasteyrie : Bibliographie des travaux historiques et archéolo- 
giques. Les tomes I à IV sont relatifs aux travaux publiés depuis l'origine 
jusqu'à 1885. 

Un supplément de tout ce qui a paru de 1886 à 1900 forme le tome V 1" livr., 
1905; 2' livr., 1906, jusqu'à Ille-et- Vilaine). En outre, une Bibliof^raphif 
annuelle des travaux historiques et archéologiques a commencé à paraître 
1. 1, 1901-1904, publié en 1906 par R. de Lasteyrie et Vidier;. 

2. En dehors des périodiques, le seul ouvrage dont le titre soit abrégé est le 
Dictionnaire archéologique de la Gaule (DAG . 



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XVI RENSEIGNEMENTS BIBLIOGRAPHIQUES ET ABREVIATIONS 

riaux pour V histoire de V Homme; Revue d' Anthropologue ; 
Revue d^ Ethnographie. 
BA Bulletin archéologique, Paris, 1883 [Organe du Comité des 

travaux historiques et archéologiques]. 
BAF Bulletin de la Société des Antiquaires de France, Paris, 1857 

(Cf. ci-dessous MAF). 
BM Bulletin monumental^ publié sous les auspices de la Société 

française d'Archéologie, Caea, 1834. 
BSA Bulletin de la Société d'Anthropologie de Paris, 1859. 

BSB Bulletin de la Société d'' Anthropologie de Bruxelles, Bruxelles, 

1882. 
BSPF Bulletin de la Société préhistorique de France, Paris, 1904. 
CAF Congrès archéologique de France [Comptes rendus des congrès 

annuels de la Société française d'archéologie], Caen, 1843. 
CIA Congrès internationaux d'anthropologie et d'archéologie préhis- 

toriques : 

i'"'' session, Neufchàtel (Suisse), 1866 [Compte rendu dans 

Mat., Il p. 469]. 
2*^ — Paris, 1867. 
3e _ Norwich, 1868. 
4^' — Copenhague, 1869. 
5«* — Bologne, 1871. 
6« — Bruxelles, 1872. 
7« — Stockholm, 1874. 
8« — Budapest, 1876. 
9« — Lisbonne, 1880. 
10« — Paris, 1889. 
Ile __ Moscou, 1892. 
12« — Paris, 1900. 
13« — Monaco, 1906 (Sous presse) >. 

CPF Congrès préhistorique de France, 

i'*^ session, Périgueux, 190.*». 
2« — Vannes, 1906. 
3<^ — Autun, 1907 [sous presse), 
CH. Ac. Inscr. (Comptes rendus de V Académie des Inscriptions et Belles- 
Lettres, Paris (Les dernières années contiennent divers 
travaux relatifs à la préhistoire). 
DAG Dictionnaire archéologique de la Gaule '^Voir p. xv, note 2) 

(inachevé). 
HP L' Homme préhistorique, Paris, 1903. 

Mat. * Matériaux pour V histoire... de t homme, Paris, 1864-1888. 

MAF Mémoires de la Société des Antiquaires de France, Paris, 1807. 

•--^ 
I. Le tome l"' chi compte rendu de ce congrès vient de paraître. 



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RENSEIGNEMENTS BIBLIOGRAPHIQUES ET ABBEVIATIONS XVII 

Les six premiers volumes portent le titre de Mémoires de 

V Académie celtique. 
[MSA Mémoires de la Sociélé d'Anthropologie de Paris, Paris, 1860. 
JiS.VN Mémoires €le la Société royale des Antiquaires du Nord, 

Copenhague. 1836. 
RA Revue archéologique, Paris, 1844. 

H, XnQir' Bévue d'Anthropologie, Paris, 1872-1889. 
BC Revue celtique, Paris, 1870. 

RE ' Revue d'Ethnographie, Paris, 1882-1889. 
REA Reçue mensuelle de VÉeole d" Anthropologie de Paris, publiée 

par les Professeurs, Paris, 1891. 
RP La Revue préhistorique, Annales de palethnologie , Paris, 

1906. 
RP! Revue préhistorique illustrée de V Est de la France, Dijon, 1906. 

h\. Principaux périodiques en langues allemande, anglaise, italienne 
ft portugaise. 

VAL Atti delta r. Accademia dei Lincei, série III, 1877, Rome. 

ABS The annual of the Brilish School at Athens, Ix>ndres, 1894 (con- 

sulter les dernières années pour les découvertes de la Crète). 

AfA Archiv fur Anthropologie, Zeilschrift fur Naturgeschichle und 

Urgeschichte des Menschen, Brunswick, 1866. 

Alterth. Altert humer unserer heidnischen Vorzeil, Mayence. Recueil 
fondé par Lindenschmit père. Quatre volumes ont paru depuis 
1858. Le cinquième est en cours de publication. 

AP Arrh^ologû Portuguès, Lisbonne, 1895. 

V^A Anzeiger fur schweizerische Alterthumskunde, Indicateur 
d'Antiquités suisses, Zurich, 1869. Publié partie en alle- 
mand, partie en français. 

BAB Beitraege zur Anthropologie und Urgeschichte Bayer ns, 

Munich, 1877. 

RJ \Bonner Jahrbuecher], Jahrbuecher des Vereins von Aller- 

thumsfreunden im Bheinlande, Bonn, 1842*. 

RPl Bullettino di palelnologia italiana, Parme, 1875. 

CEI. A CorrespondenZ'Blatt der deutschen Gesellschaft fur Anthro- 
pologie, Ethnologie und Urgeschichte [Appendice de V Ar- 
chiv fur Anthropologie], Brunswick et Munich, 1870. 
'A Jahrbuch fur Aller lumskunde. Vienne (depuis 1907). Voir ci- 

après MKHD. 

JAI The Journal of the anthropological Institute of Great Britain 

and Ireland, Londres, 1871. Précédé de V Anthropological 
Beview and Journal of the Anthropological Society (1863- 
1868), et du Journal of Anthropology, 1870-71. 

1. Cette revue a pris le titre : Donner Jahrbuecher à partir de 1895. 



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XVIII RENSEIGNEMENTS BIBLIOGRAPHIQUES ET ABREVIATIONS 

JKHD Jahrbuch der k, k, ZentralkommUsion fur Erforschung unâ 
Erhallung (1er KumU und hisiorischen Denkmale^ Nouvelle 
série; 1903-1907. Ce recueil a été divisé en 1907. La préhis- 
toire et répoquc romaine seront dorénavant réservées au 
Jahrbuch fur AUerlumskunde (JA). 

MAGW Millheilungen der anihropologischen (rosellschaft in Wien^ 
Vienne, 1871. 

MBH Wissenschaftliche MUteilungen aus Bosnien und Ilerzegowina, 

Vienne, 1893. 

M KHI) Mitleilungen der k. k. Cenlralkornniission fiir Kunst- und his- 
lorische Denkmale^ Vienne, à partir de 1856. Voir ci-dessus 
JKHD. 

MPCW MiUheilungen der Prâhistorichen Commission der Kais. Alca- 
de mie der Wissenschaften, Vienne, 1887. 

Man :l/a>i, a monthly record of anlhropological Science^ Londres. 

1901. 

Mon. Ant. Monumenti anticht. Milan, 1890. 

NA * Nachrichten liber deuis. AUertumskunde ; fait suite à la Zeil- 

schrifl fur Ethnologie, depuis 1891 jusqu'en 1904. Supprimé 
à partir de celte date. 

Not. Se. Noiizie degli Scavi di AntichUà, Rome et Milan, 1891. 

PB Pràhistorische Blàlter, Munich, 1889. 

PAS Proceedings of Ihe Society of Antiquaries of Scotland, Edim- 

bourg, 1871. 

Portug. Portugalia, Porto, 1899. 

VBA(i Verhandlungen der Berliner Cwesellschaft f9r Anthropologie 
Ethnologie und Urgeschichte [Ap[)endice de la Zeifschrift fur 
Ethnologie sans pagination spéciale de 1869 à 1870, avec pagi- 
nation spéciale du 15 octobre 1870 à 1902 inclusivement], 

WZ Westdeutsche Zeitschrifl fiir (reschichle und Kunst, Trêves, 

1882 K 

W/K Korrespondenzblatt, annexé à la revue précédente. 

/Bl.A Internationales Zentralhlatt fur Anthropologie und verwandte 
Wissenschaften, Breslau, 1896. 

Parait depuis 1904 à Brunswick et ne donne plus que des 
comptes rendus. Les mémoires originaux y sont supprimés 
depuis cette date. 

ZfE Zeitschrift fur Ethnologie, Organ der Berliner Gesellschaft fur 

Anthropologie, Ethnologie und Urgeschichte, Berlin, 1869. 

1. Cette revue est actuellement consacrée exclusivement au moyen âge. Los 
antiquités préromaines et romaines sont réservées à son Korrespondenzblatt . 



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RENSEIGNEMENTS BIBUOGRAPHIQL'ES ET ABREVIATIONS XIX 

Note musêckibaphique. — La plupart des pays d'Europe possèdent 
adoellement un musée exclusivement consacré à leurs antiquités 
sationales. Ces établissements, pourvus ordinairement de bibliothèques 
sf'éciales, constituent autant de centres d'études préhistoriques et pro- 
tohistoriques. Tel est notre musée des Antiquités nationales, de Saint- 

■ Gennain-en-Laye, fondé en 1862 sur le modèle de celui de Mayence, où 
' les antiquités germaniques avaient été groupée s dès 1852. Le mueée 

oe Saint-Germain possède de riches séries documentaires, originaux ou 
rooalages, qui se sont accrues, en ces dernières années, d'importantes 

• follections particulières : collections Moreau, Plicque, d*Acy, Piette, 
' (Je Baye. Une nouvelle salle de comparaison ^ réservée à des antiquités 

<ie provenance diverse, est en voie d'organisation. •' 

■ Le musée publie un grand catalogue illustré [Anliquilé» nationales, 
j Bf^^ription raisonnée du musée de Sainl-Germain-en-Laye) , qui com- 
prend actuellement deux volumes rédigés par M. Salomon Reinach, 
directeur du musée : 1° Epoque des alluvions et des cavernes, in-8'', 1899 
épuisé ; voir ci-dessus, p. xii). 2° Bronzes figurés de la Gaule romaine, 
in-8*, 1894 (à consulter pour Tétude des divinités gauloises). En outre, il 
existe un catalogue sommaire de toutes les collections, guide élémen- 
taire avec appendice bibliographique, très utile aux débutants * : Calai. 
sommaire du musée des Ant. Nat. au château de Sainl-Germain-en- 
Laye, petit in-8«, 3« édit., 1898. 

Parmi les nombreux musées de province possédant des antiquités 
préhistoriques, un petit nombre sont dotés de bons catalogues et sur- 
tout de catalogues illustrés. On consultera V Annuaire des Musées scien- 
timroes et archéologiques des départements, publié par le Ministère (\c 

Ylnstruction publique (Bibliographie générale, bibliographie des cata- 

* logues et description très sommaire de chaque musée). 

L'énumération des catalogues des principaux musées étrangers nous 
. entraînerait à de trop longs développements. Cependant nous tenons à 
I mentionner les trois excellents volumes publiés récemment par les con- 
'; serraleurs du Musée Britannique, sous la direction de M. Charles Read : 
' Guide lo stone âge anliquities (1902); Guide to bronze âge ant. (iOCi); 
Guide ta early iron âge ant. (1905). On trouvera dans ces catalogues 
^ illustrés d'intéressants renseignements sur les nombreux objets de pro- 
mena née française que possède le Musée Britannique, notamment sur les 
I collections Cbristy et Morel. 



1. Ceux-ci pourront consulter également : Salomon Reinach, Guide illus- 
tré dn Musée de Saint- Germain, Paris [s. d.], 1908. 



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MANUEL 

IVARCHÉOLOGIE PRÉHISTORIQUE 

CELTIQUE ET GALLO-ROMAINK 



TOMK 



PREMIERE PARTIE 

A6£ DE LA PIERRE TAILLÉE OU PÉRIODE PALÉOLITHIQUE 



CHAPITRE PREMIER 

DÉFINITION ET NOTIONS PRÉLIMINAIRES 

SomiAiRK. — I. Définition et division». — II. Méthodes de rarchcolo^ie pré- 
historique. — III. Aperçu historique. 

§ I*'^ — Définition el divisions. 

L'archéologie préhistorique est la science des antiquités antérieures 
aui documents historiques les plus anciens * . L'apparition de Thomme 
étant dans tous les pays du monde beaucoup plus reculée que les pre- 
miers monuments gravés ou écrits, Une longue série de siècles 
échappe aux investigations de Thistoire. Mais les tribus innomée^ 
qui occupaient à Torigine les diverses régions du monde ont laissé 
de nombreux vestiges de leur industrie, disséminés autour de leurs 
foyers, groupés dans leurs sépultures, enfouis intentionnellenienl 
dans le sol ou égarés à sa surface. L'archéologie préhistorique 
recherche et classe ces débris. En étudiant leur mode de gisement, 
elle en détermine Tordre de succession et Tâgc relatif. Elle réussit 
dès lors à retracer dans ses grandes lignes le développement de la 
civilisation depuis les origines de l'humanité. 

1. Le mot paleihnologie est employé comme synonyme (\'nrrhènlo(iie 
préhUioriquey surtout en Italie {paleihnologia . 

Manuel d'archéologie préhistorique. — T. I. 



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Z I. DEFINITION ET NOTIONS PRELIMINAIRES 

Ses limites chronologiques varient avec chaque région. Dans 
la vallée du Nil, la lin du cinquième millénaire avant notre ère, 
époque des premières dynasties, appartient déjà aux temps histo- 
riques. En Grèce, la préhistoire peut encore revendiquer les âg-es 
héroïques, célébrés dans les poèmes homériques. Pour la Gaule, les 
sources géographiques et historiques les plus anciennes, d'origine 
grecque, remontent à peine au delà du v* siècle avant notre ère ; elles 
ne nous apportent tout d^abord que des informations éparses, 
incertaines et souvent contradictoires. Enfin les pays Scandinaves ne 
possèdent pas de chroniques antérieures à Tépoque des Vikings, 
c'est-à-dire aux temps carolingiens. 

La préhistoire de la Gaule comprend d'ailleurs la période pour 
laquelle les écrivains de l'antiquité classique ne nous procurent sur 
cette région du monde barbare que des renseignements clairsemés 
et fragmentaires. Celte période que Ton nomme protohistorique 
s'arrête à Jules César, conquérant et historien des Gaules. 

Il est difficile de préciser exactement sa date initiale. Avec 
d'autres auteurs, nous classons au Préhistorique proprement dit 
les deux âges de la pierre et au Protohistorique l'âge du bronze 
et les deux premiers âges du fer, jusqu'à la conquête romaine. 
L'introduction du cuivre et du bronze dans l'Europe occidentale se 
place à une date approximativement voisine de l'an 2000 avant notre 
ère. Le début de Tâge du bronze est donc antérieur de quinze siècles 
environ aux plus anciens textes historiques relatifs à la Gaule. Néan- 
moins une considération importante justifie l'adoption de cptle 
limite : à partir de l'introduction des métaux, l'archéologie de l'Eu- 
rope occidentale possède les premiers éléments d'une chronologie 
absolue. Elle peut inscrire i|n millésime approximatif sur les plus 
anciennes haches de Tàge du bronze, en s'aidant des découvertes 
qui se rattachent aux vieilles civilisations orientales. Tout au con- 
traire, pour les deux âges de la pierre en Europe, toute donnée 
chronologique absolue fait jusqu'à ce jour entièrement défaut. Il ne 
peut être question pour le préhistorique, comme pour Thistoire de 
la Terre, aux âges géologiques, que de chronologie relative. 

S 11. — Méthodes de ï archéologie préhistorique. 

Les méthodes d'investigation et de classification dont l'archéolo- 
gie préhistorique fait usage ne diffèrent nullement, comme on l'a 
parfois prétendu, des méthodes de l'archéologie classique. Il n'en 



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t METHODES DE L ARCHEOLOGIE PREHISTORIQUE 3 

ejit pas de même des confins de chacune de ces deux sciences, par 
rapport aux autres branches des connaissances humaines. Tandis 
que rarchéologie classique s'appuie sur les enseignements de This- 
toire qu'elle doit compléter et contrôler, l'archéologie préhistorique, 
du moins dans ses recherches sur les tribus humaines primitives, 
contemporaines des dernières révolutions du globe terrestre, con- 
fine aux sciences naturelles, géologie, paléontologie, anthropologie 
analomique. Comme le géologue, le préhistorien étudiant les plus 
anciennes stations humaines, doit constamment recourir à la 
méthode stratigraphique, afin de déterminer Tordre de succession 
des dépots, souvent superposés en étages dans un même gise- 
ment. 

La paléontologie lui procure les « fossiles »> qui en indiquent 
Tàjçe relatif. 

Le préhistorien s^aide en outre des données de l'ethnographie 
pour l'étude des vestiges industriels et des conditions d'existence de 
ihomme primitif. Certaines peuplades sauvages actuelles ou dis- 
parues à une date récente n'ont pas encore dépassé les premiers 
siades d'une civilisation rudimentaire. On retrouve chez les peuples 
chasseurs de TOcéanie, de l'Afrique et de l'Amérique dont le déve- 
loppement a été en quelque sorte atrophié, quelques-uns des traits 
essentiels qui caractérisent les premières tribus humaines ayant 
occupé l'Kurope ^ . 

1. D'après leur de^ré de culture, on a tout d'abord réparti les peuples en Irois 
fnroupes : les peuples sau vagues, les peuples barbares et les peuples civilisés. 
L'ethnographie a dû préciser les termes très vagues de cette classification. 
Voici celle qu'a adoptée M. Deniker dans son récent manuel d'ethnographie, 
Race» et Peuples de la Terre, 1900, p. 151. Elle a pour point de départ le clas- 
sement proposé par M. Vierkandt [yalarvôlker und KuUarvÔlker, Leipzig, 
1H96). 

\* Peuples incultes, à progrès excessivement lent ; sans écriture, possédant 
parfois une pictographie, vivant par petits groupes de quelques centaines ou 
milliers dlndividus. Ils se divisent en deux catégories: chasseurs (Boschimans, 
Aasiraliens, Fuégiens} et agriculteurs ex. : Indiens de TAniérique du Nord, 
Mélanésiens, la plupart des Nègres). 

2* Peuples semi-civilisés, à progrès appréciable, mais lent, dans lequel pré- 
domine l'élément o conservation de l'acquis » ; sociétés de plusieurs milliers ou 
millions d'individus ; écriture idéographique ou phonétique ; littérature rudi- 
mentaire. lisse divisent également en deux catégories -.agriculteurs ex. : Chi- 
nois, Siamois, Abyssins, Malais, anciens Égyptiens et Péruviens' et nomades 
ex. : Mongols et Arabes. 

3* Peuples civilisés, à progrès rapide avec prédominance de « l'initiative 
novatrice ». Liberté individuelle. États de plusieurs millions d'individu^s. Ecri- 
ture phonétique et littérature développée. Industrialisme et mercantilisme 



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4 1, DEFINITION ET NOTIONS PRELIMINAIRES 

L'ethnographie comparée démontre que des coutumes semblables 
se rencontrent chez tous les peuples primitifs. C'est ainsi que le 
concept étrange du totémisme apparaît à la base des première^ 
croyances religieuses de rhumanité chez les sauvages de l'Australie 
comme chez les Indiens de TAmérique du Nord. Nous sommes 
donc autorisés à admettre chez les chasseurs de rennes de l'Europe 
occidentale l'existence de phénomènes sociaux analogues, si cette 
hypothèse est corroborée par un ensemble de faits archéologiques. 
Précisément, il se trouve que les gravures et les peintures des 
cavernes servant d'abri à ces tribus quaternaires ne sauraient s'ex- 
pliquer plus aisément que par des pratiques magiques, dérivées 
du totémisme. 

Nous verrons que certaines représentations de ces peintures parié- 
tales, communes tout à la fois, comme les mains rouges des grottes 
pyrénéennes, à la Gaule méridionale, aux rochers de la Califor- 
nie et à TAustralie, accentuent de la façon la plus inattendue ces 
similitudes imprévues et confirment le caractère d'universalité des 
premières conceptions de Thomme primitif sur tous les points du 
globe. 

Dans le domaine industriel, comme dans celui des faits sociolo- 
giques, le même délerminisme explique souvent, mieux que toutes 
hypothèse monogéniste, la similitude d'un grand nombre d'objets 
composant l'outillage habituel des tribus sauvages. Partout, chez 
les peuples inférieurs, des besoins communs ont donné naissance à 
des types plus ou moins similaires d'armes et d'outils. Le coup de 
poing ou hache à main, grossièrement taillée en amande dans un 
rognon de silex, et plus tard la hache emmanchée en pierre polie ont 
armé successivement le bras de l'homme primitif dans l'Ancien et 

cosmopolites (ex. : la plupart des peuples de l'Europe, de T Amérique du Nord, 
etc.). 

Nous aurons à nous occuper plus particulièrement, dans les questions d'eth- 
nographie comparée, des peuples chasseurs de la première catégorie, c est-à- 
dire de ceux que leurs conditions d'existence rapprochent de Vhomme quater- 
naire. Ces peuples, aujourd'hui peu nombreux, vivent desproduits de la chasse, 
de la pèche et de la cueillette des plantes. Le groupe des Australiens, de plus 
en plus refoulé par les colonies européennes, occupait jadis tout le territoire 
delà grande île océanienne. « L'immense continent africain, écrit M. Grosse, 
ne contient qu'un seul peuple chasseur, abstraction faite des tribus de pygmées 
du centre, dont la civilisation nous est complètement inconnue : ce sont les 
Boschimans, les vagabonds du Kalahari et des pays environnants » (Grosse. 
Débuts de l'art, p. 33). En Aménque, les Aléoutes, les Fuégiens et les Botocu- 
dos du Brésil, en Asie, les Mincopies des îles Adamancs sont les seuls peuples 
qui n'aient pas dépassé ce stade rudimentairc de civilisation (Grosse, ihid., 
p. 33,. 



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IIISTOIBE DE L ARCHEOLOGIE PftEllîSTORÎQUE ô 

le \ouveau Monde. Les premiers foyers ont sans doute été tous 
allumés par des procédés semblables. Il faut se garder de prétendre 
expliquer par des affinit«^s ethniques ces ressemblances de l'outillage 
(les différents peuples. Toutefois, à mesure que le développement de ta 
cinlisation s'opère et que les types industriels se multiplient, les diver- 
sités s'accentuent. Lorsque Tarchéologie comparée constate sur cer- 
taines zones géographiques des traits de similitude entre des objets 
déjà très évolués, elle est alors autorisée à recourir aux théories 
monogénistes et à rechercher les causes et l'origine de la dispersion 
des types semblables. Nous verrons qu'à cet égard la science tend 
actuellement à attribuer une part plus large aux faits d'ordre com- 
mercial qu'aux hypothèses, jadis trop facilement admises, des 
migrations et des invasions. 

Outre ces méthodes straligraphique et ethnographique^ nous 
devons signaler ici la méthode typologique^ qui permet parfois, 
même en l'absence de toute stratigraphie, de déterminer l'âge rela- 
tif des types successifs d'une même catégorie d'objets. Les progrès 
de la ciWlisation transforment incessamment les productions de 
l'activité humaine, mais, dans le domaine industriel comme dans le 
monde des êtres organisés, les types les plus récents reproduisent 
certains caractères de leurs ascendants directs. 1^ fîliation peut donc 
s'établir à l'aide des ressemblances. La transformation des produits 
de l'industrie s'accomplit normalement dans le sens d'un perfection- 
nement constant. Mais cette règle générale comporte des excep- 
tions. L'évolution progressive de la civilisation compte des moments 
d arrêt et de régression. Dans l'histoire de l'humanité, ou du moins 
des différents peuples pris individuellement, une période bril- 
lante est souvent suivie d'un Moyen âge, auquel succédera une nou- 
velle Renaissance. La méthode typologique est donc tenue de faire 
la part des dégénérescences. Ses données sont loin de présenter le 
même degré de certitude que celles de la stratigraphie. 

§ IIL — Histoire de Varchéologie préhistorique. 

Bien qu'instituée depuis moins d'un siècle, rarchéologie préhis- 
torique a déjà établi certains faits d'importance capitale, qui cons- 
tituent ses véritables bases. Ces constatations primordiales, les unes 
complètement méconnues, les autres à peine entrevues aux 
siècles précédents, peuvent se résumer par les propositions sui- 
vantes : 



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n I. DEFINITION ET NOTIONS PRELIMINAIRES 

r Dès l'époque appelée pléistocène par les géologues, c'esl-à- 
dire au temps des dernières révolutions du globe, des tribus 
humaines peuplaient déjà TEurope, où elles vivaient à côté des 
animaux actuels et de quelques grands mammifères, aujourd'hui 
éteints, dont nous retrouvons les débris fossiles; 

2® L'homme primitif, dans toutes les régions explorées jusqu'à 
ce jour, ignorait l'emploi des métaux et utilisait la pierre pour la 
confection de ses armes et de ses outils; 

3** L'origine des arts graphiques est antérieure à l'extinction des 
dernières espèces d'animaux fossiles. Les œuvres sculptées, gravées 
et peintes par l'homme quaternaire, attestent le développement com- 
plet de son intelligence ; 

4** Dans les pays d'Europe fil tout au moins dans plusieurs des 
autres contrées de notre continent, l'emploi exclusif du cuivre et plus 
tard du bronze, succédant à la pierre, a précédé l'emploi du fer 
pour la fabricatipn des armes et des outils. 

L'ensemble des temps préhistoriques et protohistoriques de 
l'Europe comprend donc trois âges : un âge de la pierre, un âge 
du bronze et un âge du fer. 

A toutes les époques historiques, soit pendant l'antiquité, soil 
aux temps modernes, on trouve la trace d'une notion confuse et 
plus ou moins rudimentaire de ce processus de l'industrie 
humaine ; mais à partir du xix^ siècle seulement, les progrès simul- 
tanés et les efforts associés de la géologie, de la paléontologie et de 
l'archéologie ont permis de l'établir délinitivement sur des données 
positives. Nous allons indiquer les grandes étapes de celte con- 
quête de la science. 

a) Découverte de r homme fossile et de l'art quaternaire, — 
Dès les premières années du xviii® siècle, on avait reconnu el 
signalé la juxtaposition de vestiges industriels et de restes d'ani- 
maux fossiles dans les terrains de remplissage des cavernes. Tou- 
tefois la plupart des savants, à l'exemple de Guvier, expliquaient 
ces associations par l'hypothèse d'un remaniemenl moderne des 
couches ossifères. C'était prendre l'exception pour la règle géné- 
rale. (Cependant les faits se multipliaient, grâce aux rccherche> 
de Boue, Tournai, Christol, Joly, Schmerling et d'autres encore '. 

1. LTiistoire détaillée de ces preiiiières observations des précurseurs de 
Boucher de Perthes a été souvent exposée Voir Cartailhac, France préhist.. 
p. 2-2Ô ; Nadaillac, Premiers hommes, I, p. 1 ; Joly, L'homme avant les métaiu 
j*éd.,18SS, p. 44; pour les rcnsei^çnenients bibliographiques, Salomon Ueinach. 
Calalogne du Musée de Saint-Germain, Alluvions et Cavernes, p. 81. 



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f DÉCOUVERTE DE l'hOMME KOSSILE 7 

Vers 18*28 se placent les découvertes de Tournai et de Christol dans 
le Languedoc. En 1833-1834, le D*" Schmerling, de Liège, publie ses 
Recherches sur les ossements fossiles découverts dans la pro- 
vince de Liège^ à la suite de fouilles importantes. Edouard Lartet 
dès 1837, Marcel de Serres, en 1838, admettent et proclament 
l'existence de Thomme quaternaire *. Ces découvertes ne rencon- 
traient encore qu'un accueil sceptique ou indifférent, qu'expliquent 
d'ailleurs certaines déconvenues. 

Il était réservé à un antiquaire picard, Boucher de Perthes, de 
vaincre cette résistance. Boucher de Perthes s'attacha non pas à 
l'élude des cavernes, mais à celle des alluvions anciennes de la 
Somme, contenant des restes de grands mammifères, rhinocéros, 
hippopotames, mammouths. Il démontra que les haches en silex 
grossièrement taillées en amande, recueillies en nombre dans ces 
mêmes couches, avaient été incontestablement des outils primitifs, 
façonnés par la main de l'homme. Sans se laisser déconcerter par 
l'opposition que suscitèrent ses doctrines, il les défendit avec une 
infatigable énergie et convertit peu à peu à ses idées les savants 
français et anglais les plus autorisés, Falconer, sir Joseph Prestwich, 
sir John Evans, Lyell, Tilluslre géologue, Quatrefages, M. Albert 
Gaudry et beaucoup d'autres ^. Il compta d'ailleurs parmi ses 
adeptes un de ses premiers adversaires, le D*" Rigollot, d'Amiens 

1853)3. 

L'homme quaternaire, son existence étant désormais reconnue, 
devint l'objet de recherches multiples. On possédait les produits de 
son industrie, on retrouva sur plusieurs points et notamment dans 
les cavernes ses débris osseux. En même temps, la civilisation de 
l'âge du Renne, plus récent que l'âge des alluvions, apparaissait 

1. Reinach, op. ct^,p. 81. 

2. Sur Boucher de Perthes (1788-1868), voir Alcius Ledieu, Boucher de 
PeW/ies, AbbevUIe, 1885; — Salomon Reinach, Esquisse d'une histoire de V ar- 
chéologie gauloise [préhist., celtique, gallo-romaine et franque), liC, 1898, 
p. W2. 

3. Lel> Ri^oUot, médecin distingué et paléontologiste, se déclara convaincu 
après avoir visité les collections de Boucher de Perthes. Il recueillit lui-même 
à Sainl-Acheul, aux environ* d'Abbeville, un grand nombre de haches sem- 
blables à celles de Chelles et publia sur ses découvertes un important travail : 
KijçoUot, Mémoires sur des instruments en silex trouvés à Saint-Acheuly 
Amiens, 1854. 

Dans le principal ouvrage de Boucher de Perthes, Antiquités celtiques et 
antédiluvienne*, 3 vol. gr. in-8**, 1847-1864. le bon grain est mêlé à l'ivraie. 
Entraîné par son ardeur enthousiaste et aveuglé par une crédulité trop con- 
fiante, laùteur a malheureusement accueilli favorablement de grossières ialsi- 
ficalions. 



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8 I. DEFINITION ET NOTIONS PRÉLIMINAIRES 

dans les grottes du Périgord et révélait de la façon la plus inatten- 
due le brillant développement des arts du dessin chez les anciens 
troglodytes. C est surtout aux efforts d'un paléontologiste émi- 
nent, Edouard Lartet, aidé d'un industriel anglais, Henri Christy, 
que sont dues les premières explorations de ces grottes de la vallée 
delaVézère ', affluent delà Dordogne. A partir de 1864, M.K. Dupont 
explora avec succès les cavernes des environs de Dinant, en Bel- 
gique. 

Edouard I^rtet' jeta les bases d'une classification chronologique 
des temps quaternaires. Gabriel de Mortillet ^, qui fut pendant 
toute la seconde moitié du xix** siècle Tun des maîtres les 
plus autorisés de Tarchéologie préhistorique, compléta et déve- 
loppa ce premier essai. En 1869, il présentait à l'Académie des 
sciences son Essai de classification des cavernes et des stations 

1. Les Reliquise Aquitanicœ^ important recueil de matériaux sur l'à^c du 
Renne, furent publiés en 1875, après la mort de Christy (1865) et de f^rtet 
^1871 \ par les soins du géologue anglais Rupert Jones. La collection recueillie 
par Lartet et Christ)' se paKagea entre le British Muséum et le Musée de 
Saint-Germain, fondé en 1860. En 1823, le Révérend D' W. Buckland avait 
publié ses Reliquise diluvianœ,' relatifs aux cavernes à ossements de TAngle- 
lerre, mais cet auteur niait alors la contemporanéité de Tespèce humaine et 
des animaux éteints. Un demi-siècle plus tard, Boyd Dawkins publiason grand 
ouvrage : Cave hunling, researches on the évidence of caves respecting the 
early inhabitant» of Europe, Londres, 1874. 

2. Edouard Lartet, né en 1801 dans le Gers, abandonna le droit pour Tétude 
delà paléontologie et se livra à lexploration des cavernes du Périgord (voir 
S. Rcinach, Alluvions et cavernes, p. 16). Son fils, Louis Lartet (1840-1899), 
s'adonna également aux sciences anthropologiques (V. Anthr., 1899, p. 497). 

3. Gabriel de Mortillet (1821-1898^ fonda la revue : Matériaux pour Vhistoire 
naturelle et primitive de Vhomme,ei une autre revue : L'Homme. Il fut profes- 
seur à l'École d'anthropologie et, de 1868 à 1885. attaché au Musée des Anti- 
quités nationales à Saint- Germain-en-Laye. Au Congrès international de 
Bruxelles, en 1872, il présenta un exposé détaillé de sa célèbre classification, 
déjà proposée en 1869. Aidé de son fils, Adrien de Mortillet. il publia, en 1881, 
le Musée préhistorique, bel album des principaux types d'objets des âges de 
la pierre et du bronze et, en 18K3, un volume, Le Préhistorique, qui eut, deux 
autres éditions, la troisième, avec la collaboration de son lîls,, parue en 
1900. 

Ces deux ouvrages constituent la partie capitale de l'œuvre de G. de Mortil- 
let. Nous citerons encore, parmi ses nombreux écrits, un livre sur les Origines 
de la chasse, de la pèche et de Vagriculiure, 1890, et celui qui a pour titre For- 
mation de la nation française^ 1897. Ce dernier ouvrage, où l'auteur a abordé 
le domaine historique, est inférieur aux précédents. Gabriel de Mortillet 
compte parmi les adeptes les plus ardents de la doctrine transformiste. Pour 
les détails biographiques et la critique de son œuvre, voir BSA, 1901, p. 559 ; 
.\nthr., 1898, p. 601 ; RA, 1898, II, p. 415. Une liste bibliographique de tous ses 
travaux a été publiée par un de ses fils, Paul de Mortillet, BSA, 1901, 
p. 448. 



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L OUTILLAGE EN PIERRE DE L HOMME PRIMITIF \f 

soas abri^ fondée sur les produits de V industrie humaine ^ distin- 
guant quatre époques dans la période paléolithique *. Les progrès 
delà science n"*ont pas toujours confirmé les données souvent trop 
do^atiques de G. de Mortillet. Il est indispensable d'en tempérer 
sur bien des points Tabsolutisme ou la hardiesse. Mais, dans son 
ensemble, sa division des temps quaternaires en quatre époques, 
quelques modifications qu'il soil nécessaire d'y apporter en raison 
des découvertes ultérieures, demeure encore la base fondamentale 
des travaux actuels '. 

Tout récemment vient de s'éleindre, après une carrière féconde, 
un savant dont le nom ne saurait être omis dans cet aperçu som- 
maire des progrès de la préhistoire, Edouard Piette, explorateur 
des cavernes pyrénéennes. La science doit à ce maître regretté un 
fonds inépuisable de précieuses informations et de matériaux nou- 
veaux sur Tart quaternaire, mais elle attendait de lui un exposé 
général et synthétique de ses travaux. Ce monument est malheu- 
reusement resté inachevé. 

Enfin^ durant ces dernières années, l'apparition inattendue des gra- 
vures et des peintures pariétales, au fond des obscures galeries 
fréquentées par les troglodytes, a démontré aux préhistoriens que, 
dans le domaine du quaternaire comme aux époques ultérieures de 
l'histoire de nos ancêtres, l'ère des grandes découvertes est encore 
loin de toucher à son terme. 

b) Outillage lilhique de P homme primitif, — La longue période 
pendant laquelle l'homme primitif, ignorant les métaux, n'utilisait 
que la pierre, en même temps que le bois et plus tard l'os et la 

1. Comptes rendus de VAcad. des sciences, t. LXVIII, fmars 1869; Mal.. 
\\ p. 172. 

2. Cest à Sir J. Lubbock que l'on doit la nomenclature des deux grandes 
dî\isions de l'âge de la pierre : époque paléolithique ou de la pierre taillée. 
époque néolithique ou de la pierre polie (Lubbock, L'homme avant Vhisloire, 
Iraduction française, 1866, p. 61). Dans l'Europe centrale, où l'étude du paléo- 
lithique avait été pendant longtemps négligée, les géologues ont pu contrôler 
en dernier lieu le système de classification dû à Lartet et à G. de Mortillet. Après 
de persévérantes recherches sur la marche des glaciers alpins, M. Penck associé 
dans ses travaux à M. Briickner) vientde formulerninsi ses conclusions : « Il est 
important de constater que j'en arrive à reconnaître une série de périodes succes- 
sives [à partir, tout au moins, du moustérien] exactement semblables à celles 
qu'ont admises les préhistoriens français. Cela semble établir d'une manière 
décisive la réalité de ces périodes chronologiques »». Nous verrons plus loin sur 
quels points secondaires portent encore les désaccords. 

3. l^n des points les plus attaqués de la classification quaternaire de Mor- 
lillet, l'existence de la période dite solutréenne, entre le moustérien et le 
magdalénien, se trouve confirmée par de récentes découvertes. 



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10 I. DEFINITION BT NOTIONS PRÉUMINAIRES 

corne, pour la fabrication de ses instruments, embrasse non seule- 
ment Tépoque quaternaire dite paléolilhique^ mais encore le com- 
mencement de l'époque actuelle, appelée époque néolithique. I^es 
outils paléolithiques des alluvions et des cavernes sont simplement 
taillés par éclats, tandis que les gisements néolithiques renferment 
beaucoup d'instruments en pierre polie. Si évidente que puisse 
nous paraître Torigine industrielle de ces derniers, il a fallu, pour 
rétablir définitivement, détruire d'étranges préjugés. Un des plus 
anciens cultes répandus chez les tribus primitives de l'b^urope fut 
celui de la hache, dont des découvertes toutes récentes ont achevé 
d'attester l'importance et la haute antiquité. Ce fétichisme donna 
naissanceà des croyances superstitieuses qui survécurent à travers les 
siècles dans les traditions populaires. Des peuples appartenant aux 
races les plus diverses ont considéré les haches en pierre polie non 
comme de simples outils primitifs, mais comme des pierres lancées 
par la foudre ou produites par elle et possédant, en raison de leur 
origine céleste, certaines propriétés merveilleuses. De là le nom de 
céraunies^ pierres de foudre^ pierres de tonnerre qui leur est donné 
dans un grand nombre de pays *. 

Avant que la science moderne ait démontré que les haches 
polies européennes appartenaient à l'outillage néolithique, leur ori- 
gine industrielle avait été reconnue cependant par divers auteurs 
depuis la Renaissance, notamment par Mahudel, dans son célèbre 
mémoire sur les prétendues pierres de foudre, lu à l'Académie des 
Inscriptions en 1730 '^, par Mercati ^ et par Buffon ^ 

De nos jours encore quelques peuplades sauvages ont à peine 
franchi ce premier stade de développement industriel que repré- 
sente Tâge de la pierre. Leur outillage se compose ou du moins se 
composait encore tout récemmentd'armes et d'instruments lithiques, 

1. Sur ces croyances populaires relatives aux pierres de foudre, voir une 
importante note bibliographique dansHeinach, op. cit., p. 79. On les rencontre 
non seulement en Europe, mais au Japon, en Sibérie, au Tonkin, à Java, en 
Birmanie, au Congo, à Madagascar, etc. Au mot grec xepauv i;, xepaûviov, latin 
ceraunia, correspondent, dans beaucoup d'autres langues, des expressions 
synonymes. 

2. Hisl. de VAcad. royale des Inscriptions et Belles-Lettres, XII, 1740. 
Réimprimé dans les Matériaux, 1875, p. 1 i5. V<iir les autres indications biblio- 
graphiques dans S. Heinach, loc. cit.f p. 79. Quelques auteurs prétendaient 
reconnaître dans les instruments de pierre des jeux de la nature ilusus natu- 
rae) ou des produits spontanés de force plastique. 

3. Mercati 't 1593), Metallotheca, Rome, 1717 : voir Mat. 1875, t. X, p. 49. 

i. Pour RuITon [Epoques de la nature (1778 , les pierres de foudre « ne sont 
que les premiers monuments de l'art de l'homme dans Tétat de nature pure ». 



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LK SYSTÈME DES TROIS AGES 11 

mêlés cependant, le plus souvent, à quelques objets de métal. 
Cest ainsi que les Néo-Calédoniens se servent tout à la fois d'ins- 
Irumenls en fer et de haches en pierre polie. Chez les indigènes de 
l'Australie, de plus en plus refoulés par Foccupation anglaise, les 
armes en pierre n"*ont pas encore été remplacées par des armes de 
métal. 

c ; Le système des trois âges *. — Si la découverte de Thomme qua- 
ternaire est due surtout aux travaux de savants français et belges, 
les archéologues Scandinaves sont les créateurs du système général 
de classification tripartite qui sert de fondement à la préhistoire. 

Quelques auteurs de l'antiquité, notamment Hésiode et Lucrèce, 
^'étaient déjà fait Técho d'une tradition qui perpétuait le souvenir 
de cette triple évolution de Tindustrie humaine: âge de la pierre, 
âge du bronze, âge du fer. Témoin les vers célèbres du poète 
Lucrèce *: 

Arma nntiqua manus, ungues, denlesque fuerunl. 

Et lapides, et item sylvarum fragmina rami ; 

Et naniina atque ignés postquam sunt cognita primum, 

Poslerius ferri vis est, aerisque reperla. 

Et prier aoris erat, quam ferri, cojçnitus iisus. 

Aux siècles derniers, certains historiens modernes acceptaient 
cette théorie. Un Danois, Christian Thomsen, directeur du musée ■ 
<le Copenhague, comprit le premier toute son importance pour la 
classification scientifique des antiquités préhistoriques. Son mémoire 
(anonyme) publié en 1836 ^ marque une date dans les annalesde la 
science, bien que, dans cet opuscule, il ne se soit pas proposé de 



1. L'histoire critique de la division archéologique des temps préhistoriques 
en trois âges a été exposée par M. Hoernes {Geschichte and Krilik des Systems 
der drei prnehisl. Culturperioden^ Mitt, der Anlhrop. Geseilschaft in Wien, 
1x93, Sitzunpsberichte, p. 71-78; Cf. Reinach, Anihr.. 1893, p. 476-i84: — Voir 
aussi Hildebrand, Sur la division de V Europe du Aor</ en provinces archéolo- 
giques, CIA, 1872, p. 479-i85 et du même, Zur Geschichte der drei perioden- 
syslems^ Verhand. der Bcrl. Gesell., 1886, p. 357-367). Dans une Esquisse d^une 
histoire de IWrchéol. gauloise, M. Salomon Reinach a réuni des notes biogra- 
phiques sur les principaux archéologues qui se sont occupés des antiquités de 
la France, depuis le paléolithique jusqu'à ré|)oque gauloise fRC, 1808. p. 101- 
117. 212-307 . 

2. Lucrèce. De ^al. Rer.. v. 1282 et suiv. 

3 Ledelraad iil Sordisk Oldkyndighed, traduit en allemand l'année sui- 
vante «*ous le litre : Leitfaden sur nordischen AUerthumskunde, (Copenhague. 

m:. 



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12 I. DEFINITION ET NOTIONS PRELIMINAIRES 

développer ses idées, mais simplement de les appliquer au classe- 
ment d'une collection publique. 

A la même époque, deux savants allemands, Lisch dans le Meck- 
lenbourg-Schwerin et Danneil à Salzwedel, étaient conduits sponta- 
nément à des constatations identiques par Tétude des sépultures de 
leur pays. Bientôt après un archéologue éminent, Worsaae (1821- 
1885), successeur de Thomsen à la direction du musée de Copenhague, 
réussit, grâce à ses connaissances très étendues, à tracer une classifi- 
cation plus développée des antiquités Scandinaves. Le savant danois 
reconnut dans chacun des trois âges des subdivisions successives, 
deux pour Tâge de la pierre polie, deux pour l'âge du bronze, trois 
pour l'âge du fer. La subdivision de Tâge du bronze fut combattue 
par un élève de Worsaae, M. Sophus Mûller,maisen Suède, M. Mon- 
telius, en Angleterre, sir J. Evans, en France, G. de Mortillet, Tacrep- 
tèrent, soit en partie, soit 'avec de nouveaux développements * . 
Néanmoins en France et surtout en Allemagne, la doctrine deTâge du 
bronze compta encore ultérieurement quelques adversaires résolus. 
En Allemagne, de 1860 à 1875, Christian Hostmann et Ludwig- 
Lindenschmit, ce dernier directeur du musée de Mayence, enga- 
gèrent contre elle une lutte très vive. En France, .Alexandre Ber- 
trand, sans se rallier aux doctrines étranges de Lindenschmit, 
accueillit avec un scepticisme illégitime les classifications danoises, 
en ce qui concerne le bronze ; il se séparait en cela de Gabriel de 
Mortillet, qui en 1881, reconnut deux subdivisions chronologiques 
dans Tâge du bronze de la Gaule. 

Nous ne pousserons pas plus avant cette esquisse des origines 
de la préhistoire. On verra, au cours de cet ouvrage, comment d'in- 
nombrables découvertes, dues aux efforts ininterrompus de savants 
et d'explorateurs, ont permis, à maintes reprises, de contrôler la 
fermeté des fondements de cette science. L'édifice s'élève et 
s'achève sur des bases solides. La méthode comparative, créée par 
Worsaae, étend chaque jour l'horizon des connaissances. Chaque 
jour aussi les prétendues barrières séparant Tarchéologie classique 
de la préhistoire tendent à s'abaisser. La Gaule, la Germanie, la 
Bretagne, la Scandinavie, en un mot l'ancien monde barbare, ne 
constitue nullement le domaine exclusif de celle-ci. A la base des 
plus brillantes civilisations se place un âge primitif. La Troade et 
la Grèce, où les merveilleuses campagnes de Schliemann ont évo- 

1. Hoerncs, loc. cit., p. 73. 



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UE DOMAINE CL.\SSîgUE DE LA PRÉHISTOIRE 13 

que le décor des légendes homériques, rfigypte, où les travaux de 
MM. Flinders Pétrie et de Morgan ressuscitent les temps pré-pha- 
raoniques, la Crète minoenne qu'explore M. Arthur Evans, le 
vieux forum latin dont M. Boni sonde le sous-sol, Tantique terri- 
toire sicule qui livre ses richesses à M. Orsi, en un mot tout le 
domaine de l'antiquité classique, relèvent aujourd'hui, pour une 
longue période initiale, des recherches de la préhistoire. 

De î^on contact chaque jour plus intime avec une science depuis 
longtemps constituée, celle-ci est appelée à retirer de notables pro- 
fils. Non seulement elle a annexé au champ déjà vaste de ses inves- 
tigations de nouvelles provinces, mais elle utilise des matériaux 
(Pétude accumulés par les longues recherches opérées sur les 
territoires classiques. De salutaires exemples la poussent de plus 
en plus, sur ce nouveau terrain, à perfectionner ses méthodes et à 
substituer une discipline exacte et ordonnée aux écarts parfois 
aventureux de ses jeunes années. 

Une période critique succède à son âge héroïque. 



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CHAPITRE II 

L'ÈRE TERTIAIRE 

Sommaire. — I. Les grandes périodes de Thistoire de la terre. — IL Le pro- 
blème archéologique de l'homme lerliaire. La taille du silex. — IIL Les 
silex de Thenay, d'Otta et du Puy-Courny. Les éolilhes. — IV. Les 
éolithes de Mantes. — V. Le critérium de la taille intentionnelle. 

*'. — Lts grandes périodes de Vhistoire de la terre. 

L'histoire de rhumanité ne représente qu'une phase extrême- 
ment courte de Thistoire du g^lobe terrestre. 

Depuis le moment où, suivant Thypothèse de Laplace, la terre, 
tout d'abord partie intégrante d'une, nébuleuse, serait entrée, après 
une phase stellaire relativement courte, dans sa phase planétaire, 
les vapeurs d'eau suspendues dans l'atmosphère se condensèrent 
>ur la croûte de Tastre éteint et formèrent la masse océanique. « La 
vie organique prit peu à peu possession des terres et des mers, 
traduisant par la série ordonnée de ses types la variation régulière 
des conditions physiques du milieu » ^. D'après les données de la 
paléontologie et de la géologie, on divise en cinq grandes ères l'his- 
toire de la terre depuis la solidification de son écorce. Ces périodes 
géologiques se différencient surtout à l'aide des fossiles, c'est-à-dire 
des débris d'animaux et de plantes, qui nous révèlent pour chaque 
période les modifications de la faune et de la flore. La classifica- 
tion suivante indique le cadre général de ces divisions. 

1. Ère archéenne. . . | Has de fossiles connus. 

f 1. Période silurienne. 
\ 2. — dévonienne. 



" '••'* primai-* • • • • . 3." _ carbonifère'. 
. -S. — permienne. 

/ l. — triasique. 
m. Ère secondaire., j 2. — jurassique. 
(3. — crétacée. 

1. A. de Lapparent, Traité de géologie, 5* éd., 1906, I, p. 15. 



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16 II. l'ère tertiaire 



1. Période éocène. 

IV. Ère tertiaire.... 5 ^ - "«S^f""'- 
3. — miocène. 



— pliocène. 

1. — plëislocè- ' ai Age de la pierre taillée 
i ne ou an- 5 ou paléolithique. 
^ cienne. f 

Ere quaternaire. / / b) Age de la pierre polie ou 

2. — holocène \ néolithique, 
ou actuelle ) c) Age du bronze. 

( d) Age du fer. 



Comme la plupart des classifications, celles de la géologie pré- 
sentent un caractère tout conventionnel, en ce sens que la succes- 
sion des formations, dans la réalité des faits, n'offre généralement 
aucune de ces démarcations nettement délimitées ^ Les périodes 
consécutives se relient Tune à l'autre par des phases intermédiaires 
et ne sont nullement séparées par des cataclysmes. 

Pendant Tère archéenne, dite aussi azoïque^ les êtres vivants 
n'apparaissent pas encore. 

L'ère primaire débute avec les assises contenant les pre- 
miers fossiles. Ceux-ci appartiennent aux groupes inférieurs du 
règne animal et du règne végétal. On ne trouve tout d'abord que 
des invertébrés et seulement vers la fin de la période des poissons 
et des quadrupèdes primitifs. Les oiseaux et les mammifères 
manquent encore ^. 

L'ère secondaire, période de calme géologique, est surtout le 
règne des grands reptiles. Elle voit apparaître les premiers oiseaux, 
déjà nombreux en Amérique, et les premiers mammifères, repré- 
sentés par des espèces inférieures. 

A l'ère tertiaire, se place le grand développement des mam- 
mifères, d'abord peu différenciés et apparentés de près aux mam- 
mifères secondaires, ensuite plus variés et voisins des types 
actuels. Au point de vue physique, cette époque assiste au réveil 
de l'activité orogénique qui détermine la formation des principales 
chaînes de montagnes. La première moitié de l'ère tertiaire corres- 
pond dans nos contrées au règne des pachydermes, tandis que la 

1. Les périodes géologiques se paratagent en é/)o</ues. « Aujourd'hui, on ne 
compte pas moins de soixante époques parfaitement étudiées et correspon- 
dant à autant d'étages, où un certain nombre de fossiles particuliers se 
trouvent localisés », Boule. Conférences de paléontologie, 1905, p. 20. 

2. Houle. Conférences de géologie, 1904, p. «9. 



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GRANDES PERIODES DE L HISTOIRE DE LA TERRE 



17 



seconde moitié a vu se développer Tordre des ruminanis, encore 
abondants à Tépoque actuelle*. 

Le géologue anglais Charles Lyell a divisé lere tertiaire en 
trois périodes dites éocène, miocène et pliocène *, Beyrich a 
intercalé une quatrième période, dite oligocène^ entre l'éocène et le 
miocène. 

Le tableau suivant, emprunté au Traité de géologie de M. de 
Lapparent^ indique les divisions actuelles du tertiaire, divi- 
sions dont il est question dans les discussions relatives à la 
présence de Thomme aux époques pliocène et même miocène^. Celles 
de Tère quaternaire seront indiquées en détail dans le chapitre 
suivant. 



Ères. 



Périodes. 



Époques. 



Vertébrés. 





1 

.2 


Landénienne. 
Yprésicnne, 
Lutélienne. 
Rartonienne. 


cr' 

ë 
s 

£ 

es 

£ 

1 
ë 

4f 
ss 


Pachydermes. 


1 


Sénc 
oligocè- 
ne. 


Tongrienne. 
Stampienne. 


Pachydermes et 
Ruminants. 


s 

§ 

'5 

■g 

H 


6 

c 

1 

£ 


Aquitanienne. 

Rurdigalienne 

V^indobonienne. 

Sarmatienne. 

Pontienne. 


Ruminants, 
Cétacés, 
Squales. 




Série 
pliocène. 


Plaisancienne. 

Astienne. 

Sicilienne. 


Proboscidiens. 


Quaternaire. 


Pléistoeène. 


Paléolitîque. 
Néolitiiïue. 


•> 

a 
1 


Extinction des 
grands probosci- 
diens. Renne. 



L'étage sicilien^ au sommet de la série pliocène, confine imnié- 

1. Gaudry, Les enchaînements du monde animal dans les temps géologufues, 
Paris, 1878, p. 177. 

2. Eocène, de "Ewç, aurore, et xaivo;, récent (aurore des formes réccnles 
ou actuelles [des coquilles]. Les premiers composants des deux autres mots 
dérivent de ptetov, moins et de tîXsiov plus. 

3. A. de Lapparent, Traité de géologie, 5* éd., 1906, t. III, p. 1962. 

Manuel d'archéologie préhistorique. —T. I. 2 



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18 II. l'ère tertiaire 

diatement au qualernaire. Il est représenté notamment en France 
par le célèbre gisement de Saint-Prest, aux environs de Chartres, 
gisement dont les graviers ossifères ont livré des débris des 
espèces suivantes : Elephas meridionalis , Rhinocéros Mercki, Hip- 
popolamus major^ Trogonlherium Cuvieri ; par les graviers et le> 
limons de Montpellier et de Durfort (Gard). Nous retrouverons ces 
mêmes espèces au début du quaternaire, mais le Rhinocéros elrus- 
cus^ qui leur est associé dans le célèbre gisement du Fores-bed de 
Gromer (même étage sicilien) a disparu avant le quaternaire *. 

§ II. — Le problème archéologique de V homme tertiaire, /-a 

laille du silex. 

La première et la plus grave des questions qui se présentent à 
Texamen des préhistoriens est celle de l'apparition de Thomme sur 
la terre. Nous nous cantonnerons à ce sujet dans le domaine exclu- 
sif de Tarchéologie, dont le rôle est ici de rechercher les plus 
anciens vestiges authentiques de Tindustrie humaine. 

La présence de Thomme à un étage déterminé des ères géolo- 
giques ne peut être établie que par la découverte de ses ossements 
fossiles oi de ses instruments divers dans les formations non rema- 
niées correspondant à cet étage. Parmi les produits de son indus- 
trie, nous pouvons seulement recueillir ceux dont la matière était 
assez durable pour résister à l'action du temps. Nos informations 
sur l'outillage de Thomme primitif seront donc toujours incom- 
plètes. Outre des objets de pierre, l'homme primitif devait possé- 
der, comme les sauvages modernes, des armes et des instruments 
de bois, massues et casse-têtes, qui n'ont laissé aucun vestig-e, 
antérieurement du moins au second âge de la pierre. 

De l'homme quaternaire nous avons retrouvé les débris fossiles 
et les instruments de pierre, de corne et d'os, appartenant à des 
types fort variés et susceptibles d'être classés en séries chronolo- 
giques nettement déterminées. 

Quand l'existence de cet homme pléistocène fut enfin acquise à 
la science, grâce aux efforts des Boucher de Perthes et des Lar- 
tel, l'archéologie préhistorique porta ses recherches plus avant. 

1. M. Boule avait proposé de réunir au pléistocène ou quaternaire la faune 
de Saint- Presl et du foresi-bed de Cromer, R. Anthr.^ 1888, p. 676. Mais les 
jréoloj^ucs raccoladcnt au pliocène. 



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L.\ TAILLE DU SILEX 19 

Elle crut pouvoir étendre ses horizons dans la durée des âges. La 
paléonlolog^ie n'avait pas alors et n'a pas encore réussi à retrouver 
le moindre débris d*un véritable squelette humain dans les forma- 
lions de Vère tertiaire, pas même à ses horizons les plus récents, 
c'esl-à-dire aux temps pliocènes. On a fait un certain bruit autour 
de la prétendue découverte d'un fragment de crâne humain dans 
les alluvions tertiaires à Calavéras en Californie, mais cette trou- 
vaille est trop discutable pour être retenue ^ 

Quelle que soit l'importance de ce fait négatif, il ne suffirait pas 
néanmoins à ruiner tout espoir dans les découvertes ultérieures de 
l'archéologie. Celle-ci peut en efîet établir avec certitude, sans 
le secours de la paléontologie, à 1 aide des trouvailles d'instruments 
en silex, que pendant une phase de l'ère quaternaire, appelée époque 
chelléenne, des hommes dont nous ne possédons pas jusqu'à ce jour 
de débris fossiles, peuplaient déjà le continent européen et sans 
doute aussi d'autres parties du globe terrestre. 

En 1867, l'abbé Bourgeois, directeur du collège de Pontlevoy, 
introduisait dans l'archéologie préhistorique le problème de 
rhomme tertiaire, en prétendant reconnaître les traces d'une taille 
intentionnelle sur des silex recueillis à Thenay (Loir-et-Cher) 
dans des marnes aquitaniennes (fig. l). 

Nous ne retracerons pas à nouveau l'historique des prétendues 
découvertes de pierres striées et d'os entaillés, découvertes tour à 
tour présentées comme des preuves manifestes de l'existence de 
rhomme tertiaire et tour à tour abandonnées. Cette énumération 
stérile, sorte de nécrologe d'hypothèses éphémères, ne saurait indé- 
iîniment encombrer le seuil de la préhistoire. Celle-ci a mieux à 
faire que d'enregistrer ses insuccès et ses tentatives infructueuses. 
Les stries et les entailles, les incisions, les cassures, relevées sur 
des ossements de mammifères tertiaires, peuvent provenir de 
maintes causes diverses : actions géologiques, dents de squales car- 
nassiers, rostres d'espadon, etc. Les attribuer à la main de 
rhomme, c'est formuler sans motif déterminant une conjecture 
arbitraire ^. 

1. W. Dali, The Calavéras Sknll, Acad. of. nat. sciences of Philadelphia, 
IK99, p. 2. M. Jules Marcou a démontré que cette découverte était sans valeur. 
Bali soc. géoL, France [3], XI, p. 419. 

2. Déjà, en 1H63, J. Desnoyers avait sijçnalé sur des ossements d'animaux 
fossiles de rextréme fin du tertiaire, découverts dans les sablières de Saint- 
Ppcst (Eure-et-Loir), des stries qu'il croyait dues à la main de l'homme (Des- 
noyers, C. R. Acad. des «c 1863, p. 1077). On a reconnu que son assertion 



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•20 II. l'ère tertiaire 

Mais des controverses ardentes n'ont cessé de s'engager au sujel 
des silex taillés, partageant pour ainsi dire en deux camps le^ 
adeptes de la préhistoire et qvec eux les géologues adonnés î 
l'étude des terrains tertiaires et quaternaires. 

Quelques notions sur la taille des pierres siliceuses doivent pré' 
céder ici l'exposé de ces discussions. 

Le silex qui se rencontre le plus souvent à l'état brut, sous la forme 



Fig. 1. — Silex tertiaires de Thenay •. 

de rognons, parait être le produit d'une concentration moléculaire 
de la silice, répandue dans les terrains, autour de certains centres d'at- 
traction, notamment de corps organiques en décomposition *. Les silex 
peuvent être d'origine marine, ou lacustre ou hydro-thermale. Seuls 
ceux des terrains sédimentaires sont susceptibles d'être convenable- 
ment taillés ^. La taille s'opère soit par percussion (fig. 2) à l'aide 
d'un instrument en pierre dure auquel on donne le nom de percu- 
teur, soit par pression (fig. 3) en appuyant les parties minces de 

irétait nullement fondée (G. et A. de Morlillet, Le Préhist.^ p. 36). Nous 
passons sous silence les ossements de Pikermi Grèce;, de Billy, de Gan- 
nat, etc. Pour ces faits stériles n appartenant qu'au caput mortuiim de l'his- 
toire de la science, voir G. et A. de Mortillel, Le Préhistorique^ 3« éd., p. 34. 
On trouvera la bibliographie dans S. Reinach, Alluvions et cavernes, p. 98. 

1. Gaudry.Les enchainemenls du monde animal dans les temps rjéolocjique». 
Mammifères tertiaires, p. 239. 

2. Lapparent, Traité de géologie, 5* édit., III, p. 1005. 

3. Bleicher, Bull, de la Soc. dhist. nat.de Co/mar, 1886-1888. S. Ueinach, 
Alluvions et cavernes, p. 86. 



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LA TAILLE Dl' SILEX 21 

la pierre contre un corps résistant qui en détache des esquilles * . 
On donne le nom de relouches aux entailles, parfois très fines 
et très nombreuses, produites par le prélèvement de ces esquilles. 
I^ division d'un b!oc de silex est facilitée par Texistence du plan 
de frappe ou plan de percussion, partie plane qui reçoit le choc 
du percuteur. Sur plusieurs instruments, on distingue nettement 





Fig. 2. — Procédé de taille du Vig. 3. — Taille du silex par pression 

silex par percussion (d'après à Taide d'une pointe en os (d'après 

Holmes''. «. Holmes, loc. cil.). 



une partie du plan de frappe. Lorsque le coup est porté franche- 
ment avec une certaine force, Téclaternent ne s'opère pas suivant 
une surface plane. Il se produit près du point de frappe ce qu'on 
a appelé le conchofde ou bulbe de percussion : une des faces 
éclatées présente un renflement conchoïdal, auquel correspond, sur 
l'autre face, une cavité. Ajoutons que le conchoïde est souvent 
entamé par de petites écaillures que Ton a nommées les esquille- 
menis de percussion^. Nous allons voir que ces observations minu- 
tieuses sur la taille intentionnelle du silex jouent un nMe impor- 
tant dans la discussion des prétendus instruments tertiaires '. 



1. G. de Mortillel, Le Préhist.,V'' édit., p. H 4. 

2. W. H. Holmes, Stone implem, IS**» Rep. Bur. Ethnol., VVashingrlon, 1897. 

3. On distingue très bien le plan de frappe, le conchoïde et les esquillemenls 
de percussion sur les pointes moustériennes fij^urccs plus loin chapitre W 
Voir aussi fig". 5 et 6. 

4. Depuis Boucher de Perthes, la fabrication de faux silex paléolithiques et 
néolithiques n'a cessé d'être active. Parmi les critériums d'authenticilô 
figurent les incrusialions calcaires, les denlriles, petites arborescences dues 
à des cristaux de manganèse, le vernis et la patine, altération profonde de la 



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'22 II. L*ËRE TERTIAIRE 

La figure i reproduit deux petits blocs de silex (11°'' 1 et 2) donl 
on a. détaché successivement des éclats plus ou moins allongées en 
forme de lames (n**3, 4, 5). Ces rognons de débitage que le pré- 
lèvement successif d'éclats a creusé de cannelures longitudinales 
portent le nom de noyaux ou nucléus. 



t 9 3 4 6 

Fig. î. — Nucléus cL tclals de silex en forme de lames. 

S m. — Les silex fie Thenay^ d'Olta, et du Puy-Conrny . Les 

éolilhes. 

On a prétendu reconnaître pour l'un et l'autre des deux 
procédés, percussion et pression, certains caractères essentiels qui 
distingueraient la taille intentionnelle, due à la main de l'homme, 
de la taille accidentelle, résultant des actions naturelles. Ces carac- 
tères seraient pour la taille par percussion l'existence du plan de 
frappe et du conchoïde de percussion. Quant aux relouches, 
généralement produites par des pressions, on devrait considérai 
comme intentionnelles celles qui « sont habituellement régulières et 



surface. On donne à la paline blanche d'un p-and nombre de silex, tels que 
ceux de Solutré, le nom de cncholoiifj. La patine est superncielle ou profonde; 
elle peut servir parfois A déterminer le lieu de provenance des silex et à 
constater les façonnages successifs d'une même pièce. Klle aide é{^'alemcnL à 
démasquer les falsilicalions. Cependant certains silex très. authentiques n'ont 
pas de patine Cf. G. et .V. de Mortillet. Le Préhist.. .î* édit.. p. 150). 



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SILEX DE THENAY, d'oTTA ET DU PUY-COURNY 23 

contig^uês et souvent exclusivement d'un seul côté * ». Mais les 
actions naturelles auxquelles sont soumis les rognons de silex, épars à 
la surtace du sol, peuvent, tout aussi bien que le choc d'un percuteur, 
donner naissance à un éclatement conchoïdal. C'est un fait depuis 
longtemps démontré, notamment par M. Arcelin ^. M. Rutot, l'un 
des protagonistes les plus militants de la théorie des silex tertiaires, 
écrit d'ailleurs en parlant des instruments de pierre primitifs : 
•t L'existence d'un bulbe de percussion n'est qu'accessoire et en 
jîénéral, il fait complètement défaut ' ». 

Le prétendu critérium tiré de la cassure conchoïdale étant à 
rejeter, devons-nous prendre en considération la régularité et 
Tunilatéralité relative des retouches ? M. Arcelin avait déjà 
signalé dès 1885 la présence d'éclats de silex à esquillements régu- 
liers dans des assises éocènes, c'est-à-dire à un étage du tertiaire 
où personne ne saurait songer à rencontrer des instruments de 
pierre taillés par un être humain. 

Quelques-uns des auteurs traitant des premières périodes de la 
préhistoire dressent une longue liste des prétendues trouvailles de 
silex tertiaires attribués soit à l'homme, soil, dans l'hypothèse 
transformiste, à un « anthropopithèque », précurseur de l'homme, au 
cerveau encore fruste. Mais il en est du plus grand nombre de ces 
observations comme des découvertes d'os incisés. Elles sont 
rejetées par la majorité des préhistoriens, et même par les plus 
fervents défenseurs de l'homme tertiaire. La plupart de ces der- 
niers semblent au contraire s'accorder pour retenir comme probantes 
et caractéristiques les célèbres trouvailles de Thenay, d'Otta et du 
Puy-Coumy que nous rappellerons sommairement. 

Les silex de Thenay (Loir-et-Cher), dont la figure 1 montre 
quelques spécimens, proviennent de marnes aquitaniennes, situées 
à la base du calcaire de Beauce. Ces formations appartiennent à 
l'aurore de la série miocène et sont antérieures au règne du masto- 
donte. En 1867, un géologue, l'abbé Bourgeois, crut reconnaître 
sur certains silex de ce gisement les indices d'une taille intention- 
nelle *. Il les présenta au Congrès international d'anthropologie. 



1. G. de Mortillct, Le Préhisl., 1" édit., p. 8i. 

2. Rev. des questions scienlifiques, janvier 1885. 

3. Le Préhistoriqae dans VEurope centrale, 190 i, p. 11. 

4. Pour l'indication des sources bibliographiques, démesurcinenl nom- 
breuses, consulter S. Reinach, Alluvions et cavernes, p. 102, note 6. 

11 faut' ajouter Mahoudeau, Le dernier mémoire de l'abbé nonryeoissur /,t 



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24 II. l'ère tertiaire 

tenu à Paris en 1867, sans réussir à convaincre ses auditeurs. j\i 
congrès de Bruxelles, en 1872, à la suite de nouvelles observa 
tions, il obtint la nomination d*une commission spéciale, chai*g'é< 
d'instruire la cause des silex de Thenay. 

Les membres de cette commission ne parvinrent pas à s'entend ne 
sur la question de la taille intentionnelle. Le même désaccord n'a 
cessé de partagera ce sujet les préhistoriens. En outre, parmi ceux 
qui se rallient aux conclusions générales formulées par i^abbé 
Bourgeois, les uns acceptent telle ou telle série de silex que 
d'autres rejettent. Ces soi-disants outils primitifs où l'on reconnaît 
surtout des « pointes » et des « grattoirs » sont des éclats informes, 
dont les bords présentent ces petites entailles plus ou moins rég^u- 
lières auxquelles on donne le nom de retouches. En outre, plu- 
sieurs offrent une surface craquelée que Ton a attribuée à Taction 
du feu. On a supposé que les hommes ou les u anthropopithèques » 
de Thenay auraient fait éclater tout d'abord par ce moyen 
des rognons de silex, obtenant ainsi de petits éclats dont ils 
retaillaient les bords pour façonner pointes et grattoirs. A l'appui 
de cette théorie, on a allégué des procédés semblables ou simi- 
laires, en usage pour la taille du silex, chez les Mincopies des 
îles Adaman et chez les Australiens. Mais cet ensemble de conjec- 
tures repose sur les bases les plus fragiles. F^es retouches, de même 
que les craquelures, résultant d'une action calorique, peuvent s'ex- 
pliquer par maintes causes naturelles, en dehors de toute interven- 
tion humaine '. Enfin, il sufRtde passer en revue ces informes éclats 
pour s'assurer qu'ils ne sauraient servir à quoi que ce soit. 

Au surplus, comme Ta fait observer M. Boyd-Dawkins, ce serait 
commettre un anachronisme paléontologique que de chercher les 
traces d'un être humain à un horizon de Tliistoire de la terre aussi 
reculé qne l'aurore du miocène, antérieurement à l'âge des masto- 
dontes ^. La présence de l'homme à l'époque pliocène, alors que 
s'achève le développement du règne animal, dont nos premiers 

question de l'homme terliaire, à Thenay, RK V, 1903, p, 3t7 ; Mahoudeau et 
Capilan, La question de l'homme tertiaire à Thenay, REA, 1901, p. 129. 

1. De récentes cxpéiiences de laboratoire faites, sur la demande do 
MM. Mahoudeau et (lapitan, par M. Adolphe Carnot, directeur de l'Ecole des 
Mines, n'ont pas été favorables à l'hypothèse de l'action du feu. M. Carnot 
attribue les craquelures et les fissures des silex de Thenay aux actions atmo- 
sphériques (REA. 1901, p. 138 . 

2. Hoyd-Dawkins, Q. J., XXXVI, p. 370. Cf. A. de Lapparent, Géologie, 
.V édil.. III, p. 1582. 



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I SI1.EX DE THENAY, d'oTTA ET DU PUl'-CflL'RNY 25 

ancêtres furent le couronnement, ne surprendrait en aucune façon 
les naturaliste=i, si elle venait à être constatée. Il n'en est pas de 
même pour les temps miocènes. « A Tépoque où se formait le ter- 
rain à silex de Thenay, écrit M. de Lapparent, il est certain que la 
population animale de notre planète était très incomplète. A peine 
si les herbivores commençaient à se développer ; les ruminants 
n avaient pas encore de cornes ; il n'y avait ni équidés proprement 
dits, ni proboscidiens * ». Pour faire accepter des paléontologistes 
les tailleurs de silex de Thenay, contemporains de VAnthracothe- 
ria/n, pachyderme plus ancien que le mastodonte, lui-même 
ancêtre des éléphants, il deviendrait nécessaire de les rechercher, 
comme Ta compris ti. de Mortillet, parmi les singes anthropoïdes, 
tels que le Dryopithecus^ appartenant au miocène moyen ou supé- 
rieur *. Mais une hypothèse aussi grave demanderait à être appuyée 
par des documents matériels de plus haute portée que les éclats 
informes recueillis par Tabbé Bourgeois, et les adeptes de sa doc- 
trine. 

Les silex d'Otta, dans la vallée du Tage (fig. 5), signalés par Carlos 

I Ribeîro en 1871, et depuis lors longuement discutés à diverses 

reprises, proviennent d'un gisement un peu plus récent que 

^ Thenay ^. On le classe en général au miocène supérieur, que 

caractérise l'hipparion, ancêtre du cheval. 

La provenance géologique de tous les échantillons versés aux 
débats peut être contestée, mais, quoi qu'il en soit, aucun des 
silex d'Otta ne porte les traces bien certaines d'un travail industriel. 
C'est en vain qu'on allègue la présence très nette sur certains exem- 
plaires du conchoïde de percussion. Un choc violent, quelle que soit 

1. A. de Lapparent, La Fable éolithique^ dans le Correspondant, 1905, 
p. 1079. 

2. « L'époque du miocène moyen, écrit M. Gaudry, est d'une haute anti- 
quité : après la faune des calcaires de Beauce et des faluns il y a eu la faune 
du miocène supérieur d'Eppelsheim, de Pikermi, du Lébéron, qui en est diffé- 
renle; après la faune du miocène supérieur, il y a eu celle du pliocène infé- 
rieur de Montpellier; après la faune de Montpellier, il y a eu celle du pliocène 
de Pcrrier, de Solilhac, du Coupet; après cette faune, il y a eu celle du forest- 
bcddeCromer ; l'époque du forest-bed a été suivie par l'époque j^laciaire du 
boulder-clay, qui a dû être longue, à en jujçer par les dépôts du Norfolk ; 
l'époque du boulder-clay a été suivie à son tour par celle du diluvium ; puis 
est venu l'â^e du renne et enfin l'âge actuel »> (Gaudry, Enchaînements du 
monde anima Ij Mammifères tertiaires, p. 240). — Ajoutons que la science a 
encore multiplié le nombre de ces périodes, depuis que léminent professeur a 
écrit ces lignes. 

' 3. Pour la bibliofçi-aphie, v. S. Reinach, loc. cit., p. 101, note 2. 



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26 II. l'èrk tbrtiairk 

son origine, peut déterminer une fracture conchoïdale ; celle 
ci peut même provenir d'un simple mouvement moléculaire. I/h v- 
polhèse d'une percussion intentionnelle ne parait pas absolumenl 
nécessaire pour expliquer les éclats de silex du gisement d'Otta. 

I^es alluvions du Puy-Courny, à '2 kilomètres d'Aurillac, sont da^ 
sables quartzeux et des argiles dont la faune comprend le Dinothe- 



Fijç. 5. — Silex tertiaires cJ'Otta ^Portugal) '. 

rium giganteum, VHipparion gracile, le Machairodus cultridens. 
Ces couches supportent une nappe de basalte, roche éruptive, 
attestant Tactivité volcanique des vieux volcans du Cantal, depuis 
Tèpoque miocène. Klles se classent à Tétage torlonien, c'est-à- 
dire au miocène supérieur ^, I^a certitude que présente cette allri- 
bution chronologique donne au gisement un intérêt exceptionnel. 
En 1877, le géologue Rames y recueillit des silex éclatés que 
G. de Mortillet, Quatrefages et l'inventeur lui-même ont considéré 
comme dus incontestablement à une taille intentionnelle (fîg. 0;.. 
A l'appui de cette opinion, outre e plan d'éclatement, le conchoïdc 
et les esquillements de ces éclats, on a allégué le prétendu 
triage de la matière première. Parmi les quatre variétés de 
silex, ceux qui portent des traces de percussion sont des silex cornés 
cl pyromaques. Or M. Boule a démontré que le prétendu triage 
|>ourrait bien n'être que le résultat naturel de la marche graduelle 
des érosions. Les cailloux qu'ont entraînés et brisés les eaux du 
fleuve tortonien sont ceux des couches supérieures où sont locali- 
sés les silex cornés et pyronuiques ^. 

1. Mat..lK79, pi. VIII. 

2. Le <or<o/i/e/i est un sous-cta^c du vindohonien, lequel figure dans la clas- 
sification des terrains tertiaires reproduite ci-dessus, d'après M. de Lappa- 
reut. 

3. Sur les silex du Puy-Courny, outre les travaux antérieurs à 1K89, cités par 



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LES ÊOLITHES '21 

\ En 1901, M. le D*" Capitan a pratiqué des fouilles méthodiques 
auPuy-Goumy, dans le but d'en étudier les gisements de silev. 
■M. Capitan a bien voulu nous permettre d'examiner le produit de 
ses explorations. On y remarque de nombreuses plaques en silex 
brut, blocs aplatis pesant parfois plusieurs kilogrammes, qui ne 
sont pas des nucléus et qu'il serait tout à fait impossible de regar- 
der comme des outils ou des instruments, en raison de leur 
forme et de leur poids. Or ces dalles brutes présentent sur leur 
pourtour les mêmes éclatements, les mêmes retouches que les 
petites pièces dites grattoirs, racloirs, perçoirs, etc. Notre figure 6 
reproduit une de ces dalles de silex, recueillie par M. A. de 
Morlillet. Comme sur les autres pièces du Puy-Coumy, nous ne 
pouvons y reconnaître aucune trace de taille intentionnelle. 

Les adeptes des silex tertiaires ont tenté de maintenir leur 
position en modifiant les anciennes doctrines sur la taille de ces 
prétendus outils. Depuis quelques années, M. Ru tôt, dans de 
nombreux mémoires, a formulé une théorie nouvelle des 
* éolithes », après avoir cru reconnaître sur des rognons naturels 
de silex ce qu'il a nommé des traces d'avivage ou « d'accom- 
modation ». 

Selon ce système, rinduslrie éolithique serait basée <f sur Tutili- 
salion directe, pure et simple, du silex sous les formes naturelles 

M. S. Reinach, Allavions et cavernes, p. 100, note 6, consulter : Capitan, 
Sole sur des fouilles exécutées nu Puy-Courny, Afas, Ajaccio, 1901, II, 
p. 761 -Coupty, BSA, 1903, p. 12 et HP., 1903, p. 107. — Max Verworn. 
2fE. 1906, p. 620. 

M, Klaatsch, dans la publication de M. Kraemer, L Univers el l'Humanité^ 
l- n, p. 251. a publié une planche phototypique de silex recueillis au Puy- 
Courny. La vue de cette planche n'est pas de nature à afTaiblir les doutes des 
lecteurs sceptiques. 

Le capactère archéologique des silex du Puy-Courny est cependant admis 
acluellement en France et â l'étranger par de nombreux préhistoriens et natura- 
listes, notamment en Franco, par MM. de Mortillet, Capitan et E. Chantre: à 
i étranger, par MM. Schweinfurth, Krause, conservateur du musée ethnogra- 
phique de Berlin : Klaatsch, professeur à TUniversité d'IIeidelberg et A. 
ButoL Les tailleurs de silex de Thenay peuvent revendi(|uer parmi leurs 
(iêfenseurs Worsaae, de Quatrefages, le marquis de Vibraye. M. de Mor- 
^iUel et beaucoup d'autres. 

Onvoit par là que les protagonistes des silex tertiaires n'ont jamais cessé de 
compter parnii eux des observateurs compétents et même de hautes aulori- 
V«;roa\sil n'est peut-être pas inutile de rappeler ici une juste remanjuc d'un 
des savanLs que nous venons de citer : M. le D' Capitan recommande aux 
'Spécialistes de se tenir en garde contre ce phénomène d'auto-suggestion qui 
•w porte, après avoir examiné un bon nombre de silex, à y reconnaître des 
traces multiples de travail humain, en réalité purement imaginatives (HKA. 
1^1. p. 152i. 



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28 H. l'ère tertiaire 

dans lesquelles il se rencontre, soit à la surface des afilcL 
rements crétacés, soit à Tétat remanié dans les caillou ti 
fluviaux^ ». L'homme primitif ou son précurseur aurait emplov 




Fi^. 6.. — Silex tertiaires du Puy-Couriiy, près dWurillac (Canlal . 
d'après G. et A. de Mortillct *. 

comme percuteurs des rognons de silex entiers et aussi des frag^- 
menls irréguiiers dus à Téclatement naturel, mais présentant des 
arêtes tranchantes (fig. 7). Ces éclats, une fois émoussés par Tusage, 
auraient été grossièrement réparés par des retouches reconsti- 
tuant un nouveau tranchant. D'autres retouches, dites d'accommo- 
dation, auraient eu pour but de faciliter la préhension, par exemple 
d'abattre des arêtes ou des tubercules gênants. 

Que l'homme primitif ait pu utiliser, comme le pense M. Rutot, 

1. Hutot, Le Préhistorique dans VEurope centrale, 1904, p. 42. 

I^a bibliographie des travaux récents sur les éolithes serait à l'heure actuelle 
extrêmement étendue. Pendant ces dernières années, ce problème a soulevé 
de nombreuses discussions dans tous les centres d'études anthropologiques eu 
Europe. On pourra notamment consulter les dernières années de laZeitschrift 
fur Ethnologie. Voir aussi, Rutot, Inc. cit, ; Une courte bibliographie est 
donnée par M. G. Engerrand dans son volume récent. Six leçons de préhis- 
toire, Bruxelles, 1905, p. 75-77. 

2. Musée préhistorique, 2* éd., pi. IV. 



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LES ÉOLITHES 29 

lies lames ou des pointes de silex détachées naturellement d'un 
rogicion, ou encore des rognons appointés et affûtés accidentelle- 
ment, qu'il ait même avivé par des retouches successives, au fur 
et à mesure de leur usure, les arêtes de ces outils naturels, per- 
sonne ne saurait le contester, mais comment distinguer avec 



Fig. 7. — n Eolithes »>, d'après Rutot '. 

quelque certitude ces pierres « utilisées », aux formes les plus 

irrégulières et les plus variées, des cailloux taillés el ébréchés 

par de simples phénomènes physiques ? 
Quelque talent que M. Rutot, géologue distingué, ait apporté à la 

défense de sa doctrine, il n'a jamais donné à cette question une 
réponse péremptoire. Suivant sa classification, des industries éoli- 
Ihiques, apparaissant au Puy-Gourny, caractériseraient encore, à la 
base du quaternaire, une série de niveaux pré-chelléens (reutelien, 
reutelo-mesvinien ou maillien et mesvinien). N'ayant pu jusqu'ici 
nous convaincre de l'objectivité de cette classification, nous ne sau- 
rions, sans de fastidieuses redites, nous arrêter à en discuter les 
développements. 

I. IjC Préhistorique dans l^ Europe centrale, 190 i, fij?. 2S cl 2<». Sur le pre- 
mier roff non de silex M. Rutot reconnaît H la prcparalioii du plan de frap|)e 
en vue du débitag^e intentionnel ». Le second serait un racloir appartenaul à 
iindustrie reutelienne. 



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30 II. l/î-RE TERTIAIRE 

S IV. — Les éolitjkes de Manies, 

Tout récemment d'intéressantes observations ont porté ai 
silex tertiaires un coup très rude. Dans un établissement industrie 
à Guerville, près de Mantes, on a constaté expérimentalement qi 
des agents mécaniques transforment aisément en « éolithes >» di 
rognons de silex. Cette usine fabrique le ciment à Taide < 



Fig. 8. — Pseudo-éolilhes recueillis dans un établissement 
industriel i d'après Boule;. 

malaxeurs, qui agitent dans une cuve un mélange de craie et d'argile 
plastique pendant un certain nombre d'heures. Or, à la lin de l'opé- 
ration les fragments de silex contenus dans ces matériaux pré- 
sentent tous les caractères des prétendues pierres utilisées. On 
y retrouve des pièces tout à fait semblables à celles que M. Rutot el 
ses adeptes désignent sous les noms de percuteurs^ de rabots, de 
grattoirs^ de retouchoirs^ de silex à encoches, a Certains échantil- 
lons d'une perfection vraiment extraordinaire, paraissent avoir été 
l'objet d'un travail fini, de retouches méthodiques et plusieurs fois 
répétées » *. On trouve même parmi les silex de Mantes des pièces 

1. Boule, i: Origine des éolithes, Anllir., 1905, p. 263. 

A la suite de cette communication, les t^olithes ont vu décroître le nombre 
et surtout l'ai-dcur de leurs défenseurs. Quelques-uns de ces derniers ont 
reconnu avec une entière bonne foi l'importance de ces faits nouveaux. 



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LES ÉOLITHE» DE MANTES 31 

f^ppelanl grossièrement un j^raltoir de type magdalénien et jusqu'à 

une lame à encoches de faciès néolithique. 
D'après les calculs de M. Boule, l'eau, à la périphérie des cuves, 

ïv çst pas animée d'une vitesse de 4 mètres à la seconde, vitesse qui 
atteint à peine celle de nos grands cours d'eau dans leurs fortes 
crues •. Or on sait quelle était la force torrentielle des immenses 
fleuves quaternaires. Les faits observés à Mantes n'étaient en 
somme que la justification précise de Topinion d'un grand nombre 
sur les prétendus éolithes. 
D'ailleurs, comment envisager sans une légitime appréhension 

' lé norme disproportion qui se présente ici entre la gravité du pro- 
blème débattu et la fragilité des arguments proposés pour sa solu- 
tion ? Comment demander sans témérité à un diagnostic si mal 
défini de porter quelque lumière sur un des mystères de nos ori- 
j;^ines ? Les causes de fracture des silex sont extrêmement mul- 
tiples. Aux chocs, aux pressions dues à l'action des cours d'eau et 
des vagues, aux éboulis des terrains; au piétinement des animaux 
s'ajoutent encore des phénomènes physiques de toute nature, 
notamment les effets de variation de la température. L'éclatement 
do silex sous l'action de la gelée est un fait bien connu. On a con- 
signé à ce sujet des observations précises*. 

Sans doute, les foyers et les ateliers quaternaires et néoli- 
thiques nous livrent chaque jour des éclats, des lames et des 
noyaux de silex, qui, bien que plus ou moins informes, sont d'in- 
contestables produits de l'industrie humaine, maiï^ les conditions 
de la découverte nous éclairent alors sur l'origine de ces pierres à 
taille grossière. Elles sont associées à d'autres objets de diverses 

1. D' Vemeau, BSA, 1905, p. 377. 

2. Stanislas Meunier, Sur quelques formes remarquables prises par des 
silex sous Veffet de Véclaiemenl spontané par la gelée. Comptes rendus du 
Congrès des Soc. savantes de 1902, Sciences, p. 198. Cf. Anthr., 1903, p. 527. 
M. Stanislas Meunier a indiqué, dans cette notice, le résultat de ses expé- 
riences. Des rodons de silex retirés d'un puits ouvert dans l'argile et abandonnés 
pendant un hiver à la surface du sol se sont fendus dans tous les sens. M. Si. Meu- 

\ nier a rapporté que non seulement les fragments de pierres ainsi éclatés 
présentaient la forme de lames et de nucléus, mais que quelques-uns portaient 
lies • retouches ». Nous devons ajouter que Texactitude de ces faits a élé 
contestée, les conditions de l'expérience n'ayant pas été, dit-on, entièrement 
satisfaisantes. 11 est sûr que la gelée divise le silex. On peut encore se deman- 
der si son action suffît à produire des retouches. Cependant M. de Lapparent 
a observé personnellement des effets de fissuration naturelle de rognons de 
silex, avec production de grattoirs, de racloirs et de percuteurs. {Le Corres- 
ponâant, 1905, p. 1086). 



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32 II. l'ère tertiaire 

matières, dont le caractère industriel ne saurait être discuté. R.en 
contrés sporadiquement, ces mêmes éclats ne présenteraient pluî 
la moindre valeur documentaire. 



§ V. — Le critérium de la taille intentionneVe 

Le véritable critérium de la taille intentionnelle d'un silex ne 
doit donc être cherché ni dans l'existence du plan de frappe, ni dans 
celle du conchoïde de percussion, ni même dans la présence ou le 
mode de distribution des entailles marginales appelées retouches. La 
préhistoire, si elle est soucieuse de ne pas s'égarer hors du domaine 
des faits positifs, ne peut retenir comme documents archéologiques 
que les silex taillés dont les formes sont tout à la fois assez com- 
plexes et assez constantes pour constituer de véritables types indus- 
triels. Le hasard des actions naturelles peut produire maintes fois 
des formes simples, telles qu'une lame allongée détachée d'un novau. 
ou très exceptionnellement une forme relativement complexe, telle 
qu'une façon de grattoir; mais la répétition constante d'une forme 
complexe ne saurait être que le résultat du travail d'un être intelli- 
gent. 

Les silex informes ne répondant pas à ces conditions ne doivent 
pas être retenus comme documents archéologiques, s'ils ne pos- 
sèdent grâce à la nature de leur gisement, dans un foyer, dans 
une sépulture, dans un atelier, etc., un certificat d'origine bien 
établi. 

Les préhistoriens qui admettent l'existence d'un anthropoïde, 
précurseur et ancêtre de l'homme, encore incapables de façonner 
d'autres instruments de pierre que des cailloux atypiques^ doivenl 
renoncer à l'espoir de distinguer entre les spécimens de celle indus- 
trie embryonnaire et leurs équivalents naturels. En d'autres 
termes, les silex de forme intentionnell.e ou systématique sont les 
' seuls dont l'archéologie préhistorique puisse faire état. Jusqu'à ce 
jour on ne les a pas rencontrés dans le tertiaire. 

Quanta l'homme lui-même nous avons dit que l'on n'a pas recueilli 
dans les terrains pliocènes et, à plus forte raison, dans les forma- 
tions antérieures, la moindre trace de ses débris osseux. Sous le 
rapport archéologique, le problème de la date de son apparition 
demeure au point où l'abbé Bourgeois l'avait laissé en 1867. Depuis 
cette époque, on a, au contraire, continué à signaler de tous côtés 



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CRITÉRIUM DE LA TAILLK INTENTIONNELLE 33 

dans les couches profondes des alluvions pléistocènes, les vestiges 
industriels authentiques et incontestés des premiers hommes. 

Nous ne devons pas oublier, d'autre part, que les recherches 
opérées en dehors du continent européen dans les terrains ter- 
tiaires demeurent encore bien sporadiques. Peut-être qu'antérieure- 
ment aux temps quaternaires, à Tépoque pliocène, nos premiers 
ancêtres occupaient déjà quelque partie du globe terrestre plus 
ou moins éloignée de l'Europe actuelle. C'est là du moins une con- 
jecture autorisée par Tétat actuel des connaissances paléontolo- 
giques, mais aucun témoignage matériel ne Ta jusqu'ici confir- 
mée. L'archéologie comme la paléontologie est tenue de répéter 
aujourd'hui, après trente ans de recherches infructueuses, les 
paroles que prononçait Broca en 1877 : « L'homme tertiaire n'est 
encore que sur le seuil de la science ». 



Manuel ^''archéologie préhistorique. —T. I. 



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CHAPITRE III 

LÈRK giATERNAlRE. NOTIONS GÉNÉHALES ET CLASSIFICATION 



Sf)MMAiRB : I. L'ère quaternaire. L'extension des glaciei*s. — II. La pluralité 
desfaunc8 et les variations du climat aux temps quaternaires. — III. Divi- 
sions chronologiques. — IV. Les divisions de l'ère quaternaire et les 
pt^riodes glaciaires. — V. Notions sommaires sur la faune quaternaire. — 
V'I. Creusement de» vallées et terrasses. 



§ 1. — Vère quaternaire. L'extension des glaciers. 

L'apparition de Thomme ou du moins sa présence consta- 
tée pour la première fois avec une entière certitude, constitue le 
phénomène primordial de Tère quaternaire ou moderne de Thistoire 
du globe. On distingue dans cette période le quaternaire ancien ou 
plèisiocéne et le quaternaire récent ou holocène^ c'est-à-dire les 
temps actuels. Lorsqu'on parle de l'ère quaternaire sans autre dési- 
gnation, il s'agit habituellement du pléislocène. On désignait autre- 
fois les formations pléistocènes sous le nom de diluvium ou 
lerrairi» diluviens^ ces formations étant alors attribuées à un 
cataclysme. 

L'ère pléislocène est caractérisée non seulement par l'appari- 
tion de rhomme, mais par d'autres phénomènes : Textension des 
gWïers, le dépôt d'épaisses couches d'alluvions dans les vallées et 
dans les plaines, l'existence d'une faune de mammifères compre- 
nant des espèces éteintes, associées aux espèces actuelles ^ . 

Le développement des glaciers et la formation des dépôts d'allu- 
vions se rattachent en partie à une cause commune : l'abondance 
des précipitations atmosphériques. Sur les hauts sommets des mon- 
^agnesqueles érosions n'avaient pas encoreabaissés, les vapeurs d'eau 
se condensaient en épaisses couches de neige, sources de gigantesques 
gWiers, tandis que dans les plaines et les vallées, les cours d'eau, 

^. A ce» grands faits caractéristiques du quaternaire, quelques gét»loj;ue« 
îjoulcnlle creusement des vallées, mais cette opinion est conti^stablc (Boule, 
, ^fttfcr.,1903, p. 523). Voir plu* loin, § VI. 



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36 III. l'ère quaternaire 

f^rossis par des pluies torrentielles et, sur certains points, par la 
fusion des g^Iaces, déposaient à chacune de leurs crues, d'énormes 
dépôts d'alluvions * . 

Les glaciers quaternaires, dont nos j^laciers actuels ne sont que 
de faibles vestiges, couvraient de leur épais manteau une partie du 
continent européen. Gomme l'indique la carte ci-contre [ïi^. 9), le 
grand glacier Scandinave s'étendait jusque sui* l'Ecosse et le nord 
de l'Angleterre. Au centre et à Test, il poussait jusqu'au cœur de 
l'Allemagne et de la Russie ses moraines et ses blocs erratiques 
d'origine Scandinave, irrécusables témoins de sa présence. Le 
glacier des Alpes atteignait l'emplacement de Lyon. Dans les Pyré- 
nées, dans le Massif Central et même dans les Vosges, des fleuves 
de glace encombraient également les vallées. 

Les recherches des géologues ont démontré que la phase glaciaire 
ne représente pas une seule invasion, comme on l'avait admis tout 
d'abord : elle se compose d'une succession de périodes d'extension 
et de recul des glaces. Les plus éminents glaciéristes diffèrent tou- 
tefois d'opinion sur le nombre des oscillations ; la plupart en 
admetlent au moins trois, chiffre que MM. Penck et Brûckner 
portent à quatre et M. Geikie à six. 

L'avant-dernière, d'après le système de M. Penck, dépassa les 
autres en intensité. Cette période glaciaire principale peut donc 
procurer à l'archéologie quaternaire un point de repère pour la 
détermination des subdivisions chronologiques de cette époque. 
Mais, comme nous le verrons, celle question se rattache à des 
problèmes que les géologues ne paraissent pas avoir encore résolus. 

Dans l'état actuel des connaissances, on peut admettre pour 
l'ensemble des temps glaciaires la succession suivante : 

I. Première période glaciaire (ou plusieurs), peut-être dès la fin du 
pliocène 

Première période interglaciaire 
IL Deuxième période glaciaire (Période glaciaire principale) 
Deuxième période interglaciaire 
III. Troisième période glaciaire 

Période post-glaciaire (climat sec et froid) 

Cette succession s'établit par l'étude des terrains morainiques, 
où des formations de sables et de graviers, correspondant 

1. On connaît mal les sédimeiiLs marins quaternaires, les observations ne 
pouvant porter que sur quelques p/agfes soulevées et sur des cordons littoraux 
émergés {\. de Lapparent, Traité de géologie, 5" édil., III, p. 1662). 



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l'ère quaternaire, l'extension des glaciers 37 

aux périodes alluviales interglaciaires, formations parfois très 
puissantes, s'intercalent dans l'erratique. 

Nos lecteurs se reporteront aux traités de géologie pour l'étude 
des phénomènes glaciaires que nous ne nous arrêterons pas à exposer 
ici. Rappelons que, dès 1854, Morlot avait reconnu l'existence d'une 



Fip. 9. — Carte du maximum de l'exiension glaciaire en Europe 
(d'aprè** M. de Geer^. 

l. Espaces couverts parles glaciers au maximum de leur extension. — II. (ila- 
cier baltique. — III. Nappe d'eau aralo-caspienne*. 



phase inter glaciaire dans les Alpes. Elle était démontrée par la 
présence d'alluvions fluviatiles entre deux moraines. Peu après, une 
couche de lignites, contenant des ossements de Y E lephas anlicjuus ^ 
du Rhinocéros elruscus, etc. (faune chaude), fut observée aux envi- 
rons de Zurich, entre deux dépôts morainiques. à Wetzikon, Utz- 
nach, Dûrnten, etc.). Ces lignites étaient les débris des forêts qui, 
pendant une période interglaciaire à" température douce, ont recou- 

1. Cf. A. de Lapparent, Traite de géologie, 5' édit., III, p. 1661. 



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38 III. l'ère gL'ATERNAIRE 

vert les vallées situées en amont des moraines ^ On put dès lors 
conclure à l'hypothèse de deux extensions glaciaires, tout au moins, 
sur le territoire suisse. 

D'après la nomenclature créée par M. Penck pour le glacier des 
Alpes et tirée de noms de localités, les deux premières phases 
d'avancement, correspondant à la période 1 du tableau ci-dessus, 
sont celles du Gûnzien (de Gûntzj, alluvions des hauts plateaux et 
du Mindélien (de Mindel), alluvions des bas plateaux. A la période 
II [glaciation maxima) correspond le Hissien (de Riss), cailloutis 
des hautes terrasses; à la période III, jle Wûrmien (du Wûrmsee), 
cailloutis des basses terrasses^ ». « L'extension du Mindélien el 
du Rissien a été plus grande que celle du Giinzien et du Wurmien, 
c'est pourquoi les moraines des premières (dites m ora me* externes; 
entourent ces dernières, situées plus près des montagnes. Lei> 
moraines du Gûnzien sont naturellement, pour la plupart, tout à 
fait etTacées, tandis que celles du Wûrmien (dites moraines 
internes) forment encore aujourd'hui un frais paysage morainique'». 

Pendant chacune de ces périodes glaciaires, la limite des 
neiges, aujourd'hui placée à une altitude moyenne de 2.600 mètres 
dans les Alpes-Orientales, s'abaissa de 1.200 à 1.300 mètres, c'est- 
à-dire jusqu'à l'altitude des neiges Scandinaves actuelles. 

i; II. — La pluralité des faunes el les i\iria lions du climat aux 
temps quaternaires. 

La faune quaternaire comprend : l*" des animaux disparus à la 
lin ou même au cours de cette période ; 2** des animaux émigrés 
en latitude ou en altitude ; 3"* des animaux dont l'habitat ne s'est 
pas modifié dans nos régions. 

Parmi les espèces éteintes figurent un hippopotame [Hippopota- 
mus major) y des éléphants [Elephas meridionalis, Elephas antiquus, 

1. Voir A. de Lapparenl. Traité de géoUufie, 5* édit., III, p. 1681. 

2. Cf. Penck el Bri'iekner, Die Alpen im Eiszeilalter, Leipzi;^, 1901-1905; — 
Penck, Die ulpinen Kiszeithildiingen und der prUhist. Mensch. Archiv. f. 
Anlhr., 1903, I, 78-90. Voir le résumé de es publications dans un article de 
M. Obermaier, Le quaternaire des Alpes et la nouvelle classification du pro- 
fesseur Alhrecht Penck, Anthr.. 190i, p. 26. M. Penck a étudié les phéno- 
mènes glaciaires des Alpes du nord et du nord-est, jusqu'à Vienne, et des 
Alpes occidentales. M. Briickner les a étudiés en Suissi*. Pour les travaux 
anciens relatifs aux j^laciei's, cf. une note bibliographique insérée dans Tou- 
vrage de M. S. Reinach, Alluvions et cavernes, p. 30. 

3. Obermaier, lac. cit., p. 27. 



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I^ PLURALITÉ DES FAUNES 39 

Elephas primigenius^)^ des rhinocéros [Rhinocéros Mercki, Rhino- 
céros Lichorhinus), 1 hyène, Tours et le lion des cavernes, le 
Màchairodus^ redoutable félin, lecerf mégacéros, le Trogonlherium^ 
grand rongeur, de 1^ famille des castors. 

Parmi les espèces émigrées en latitude, les unes, telles que le 
lion, la panthère, l'hyène rayée. Thyène tachetée, se sont retirées 
vers le sud, à la recherche d'un climat plus doux; les autres, c'est- 
à-dire la plupart des animaux de la faune dite arclique, énumérés 
plus loin, se sont rapprochés du nord ou du nord-est. Enfin, cer- 
taines espèces, tout en recherchant une température moins élevée, 
ont gagné les régions montagneuses, sans cependant quitter nos 
contrées. 

D'après feu Zittel. paléontologiste bavarois, la faune classique 
mamma logique du quaternaire d'Europe comprenait 1 10 espèces, 
tandis que la faune actuelle de ce continent, avec les espèces 
importées et les espèces domestiques, se compose de 150 
formes * 

Les espèces demeurées dans nos régions comprennent notam- 
ment : l'ours brun, le loup, le renard, le sanglier, le cheval, 
l'urus, le cerf ordinaire ou élaphe, le chevreuil et de nombreux 
animaux de petite taille. 

Les variations successives de la température et du climat pen- 
dant les temps pléistocènes sont démontrées par la diversité des 
animaux et des plantes de cette période comparés à ceux de nos 
zones géographiques actuelles. 

En 1858, Edouard Lartet divisait déjà en deux groupes les ani- 
maux éteints ou émigrés de l'époque quaternaire, l'un septentrio- 
nal, l'autre méridional, ce dernier considéré comme le plus ancien. 
A la suite des travaux récents, on reconnaît acluellement trois 
faunes pléistocènes. 

1** Une faune chaude, caractérisée par les espèces suivantes : 
f^lephas antiquuSy Rhinocéros Mercki, Hippopotanius major, 
Trogonlherium Cuvieri, Machairodus latidens^ hyène rayée. 
C'est surtout avec les éléments de cette faune que l'on rencontre 



r V Elephas inlermedias de Jourdan est une variété de VKlephas auliqniis, 
intermédiaire entre celte espèce et le primigenius. 

2. Zittel, Traité de paléontologie, trad. Barrois, t, IV, p. 76 i. 

Voir aussi les listes publiées par Dupont, L'Homme pendant tes Ages \ie Ui 
pitrredans les environs de Din&nt- sur- Marne, Paris, 1S72, \). 41. et (f. et A. de 
Mortillet, Le Préhistorique, 3« éd., p. 433. 



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40 m. l'ère quaternaire 

dans les graviers la Coribieii /a /7iimi/iâ/f^, mollusque vivant actuel- 
lement dans les régions chaudes de TAfrique et de TAsie*. 

2** Une faune à espèces froides (froid humide! : Elephas pritni- 
gcnins (Mammouth), Rhinocéros tichorhinus, Crsus speiaeus^ 
Hyaena spelaea^ Cervas megaceros ou Megaceros hibernicus, 

3** Une faune à espèces froides (froid sec; : Renne (Cervus taran- 
du8)^ antilope saïga^ bouquetin^ chamois, bœuf musqué, .lièvre 
des neiges, renard arctique, lemmings, spermophile, marmotte, 
glouton, etc. 

Les espèces froides n'ont pas seulement vécu dans F Europe cen- 
trale et occidentale, lors des temps glaciaires. L'abaissement de la 
température s'est fait sentir jusque dans les régions méridionales 
de notre continent. Des resteis de renne et de glouton ont été 
retrouvés sur la Côte d\Azur, dans les grottes Grimaldi, près Men- 
ton, et le lemming de Norvège est descendu jusqu'en Portugal. 

Ces trois faunes, prises dans leur ensemble, se sont succédé dans 
Tordre que nous venons d'indiquer. Toutefois leurs éléments, sur- 
tout ceux des deux dernières, sont le plus souvent intimement mélan- 
gés, non seulement dans les alluvions, souvent remaniées, mais même 
dans le remplissage des cavernes. Le renne, particulièrement abon- 
dant au paléolithique supérieur, se rencontre aussi au paléoli- 
thique moyen, tandis que, d autre part, le mammouth, le rhinocé- 
ros, le grand ours, subsistaient encore à côté des représentants de 
la faune des steppes. La paléontologie, livrée à elle-même, aurait 
donc quelque difficulté à reconnaître trois phases distinctes dans la 
durée des temps quaternaires. Mais ses données sont complétées à 
cet égard par les faitâ* archéologiques, car la préhistoire établit que 
le troglodyte contemporain de la faune des steppes avait atteint 
une culture bien supérieure à celle des plus anciens habitants des 
cavernes, qui vécurent pendant la période précédente, à la fois 
humide et froide. 

L'association des espèces chaudes et des espèces froides est plus 
rare. Elle est exceptionnelle dans les gisements où l'on ne constate 
aucune trace de remaniement. Il faut cependant considérer que les 
migrations des animaux, comme leur disparition, ne s'opéraient 
pas brusquement. Les éléments de chaque faune se renouvelaient 
peu à peu. On conçoit, d'ailleurs, que dans certaines régions et 
notamment durant les périodes interglaciaires, à une dislance 

1. A. de Lapparent, Géologie, IH, p, 1657. 



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UIVISIONS CHRONOLOGIQUES il 

I 

5ufEâ3nle des zones de glaciation, des animaux organisés pour 
nvre sous des climats différents, aient pu se rencontrer pendant 
un temps limité. Le plus souvent, le mélange des espèces chaudes 
et des espèces froides dans les alluvions, l'association, par exemple, 
(les trois éléphants, éléphant méridional, éléphant antique et 
mammouth, est dû à des remaniements. Le nombre des gisements 
homogènes est sudisant pour permettre de rejeter les théories des 
rares naturalistes qui persistent à nier la pluralité des faunes qua- 
ternaires*. Dans le remplissage des cavernes, où les observations 
stratigraphiques s'opèrent plus aisément qu'avec les dépôts allu- 
viaux, c'est toujours à la base que se rencontrent les éléments de 
la faune chaude, lorsqu'ils existent. On a pu le constater à diverses 
reprises, ootamment dans les grottes dites de Menton et dans la 
caverne à ossements de Montmaurin (Haute-Garonne), pour ne 
citer que quelques exemples typiques parmi les plus récentes décou- 
vertes. A Montmaurin, une brèche ancienne avec débris du Mâchai- 
rodas latidens^ de l'hyène brune, du rhinocéros de Merck (faune 
chaude), était ravinée par des dépôts plus récents contenant du 
renne*. Nous verrons que dans une des grottes dites de Menton 
(irotte du Prince) les foyers inférieurs renfermaient des débris 
d'hippopotame, tl'éléphant antique et de Rhinocéros Mercki, tandis 
que le renne s'y est rencontré, comme à Montmaurin, à un niveau 
supérieur. Nous devons ajouter que les espèces chaudes sont rares 
dans le remplissage des cavernes, parce que ce remplissage est 
rarement antérieur au quaternaire moyen. En outre, les explora- 
teurs des grottes se sont parfois contentés d'en déblayer les couches 
supérieures, sans descendre jusqu'au niveau des premiers dépôts. 



§ III. — Divisions chronologiques, 

I/ère pléistocène ou quaternaire ancienne représente, par rap- 
port au quaternaire moderne ou holocène, une phase extrêmement 
longue, bien qu'il soit impossible d'en évaluer la durée. 

Aussi, dès le début des études géologiques, paléontologiques et 
archéologiques sur le pléistocène, on s'est efforcé d'introduire dans 
cette période des subdivisions chronologiques, établies d'après les 

1. Boule, /4n/fcr., 1902,p. 317. 

2. Boule, Ibid,, p. 317. 



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42 III. l'ère quaternaire 

données comparatives de ces diverses sciences. Edouard Lartet pi*i 
comme base principale les faits paléonlologiques. Il divisa connrru 
suit le quaternaire ancien : 

Époque du Grand Ours. 

Époque du Mammouth. 

Époque du Renne. 

Ces divisions, si Ton remplace Tépoque du Grand Ours par cell* 
de THippopotame, demeurent encore conformes aux données 
actuelles de la science. Gabriel de Mortillet compléta la^ classifica- 
tion de Lartet, en accordant une importance primordiale aux faîtâ 
industriels et non plus à la faune ; en outre, il modifia les dénomi- 
nations des périodes et désigna chacune d'elles, suivant Pusag'e 
adopté en géologie, par le nom d'une station correspondante, choi- 
sie parmi les plus typiques. 

On eut dès lors les quatre époques chelléenne^ mousiérienne ^ 
solutréenne^ magdalénienne . Des modifications de détail ont été 
apportées successivement au système chronologique de Mortillet, 
mais dans Tensemble, ses grandes lignes, comme nous Tavons dit, 
doivent être maintenues. 

Le chelléen ou paléolithique inférieur peut encore être appelé 
époque de THippopotame. Il est caractérisé, sous le rapport paléon- 
tologique, par une faune chaude correspondant à un climat à la 
fois doux et humide ; au point de vue archéologique, par la pré- 
dominance d'un instrument de silex taillé sur les deux faces et de 
forme amygdaloïde. An chelléen se relie Vncheuléen^ phase de 
transition, marquée par un climat déjà plus froid et présentant un 
outillage industriel similaire au précédent, mais d'une exécution 
plus soignée. 

Le mouslérien ou paléolithique moyen est surtout Tépoque du 
Mammouth. Une faune à espèces froides indique rabaissement de 
la température alors froide et humide. Les silex moustériens ne 
sont ordinairement taillés que sur une seule face. 

Le solutréen et le magdnlénien sont deux phases successives de 
Tépoque du Renne, c'est-à-dire du paléolithique supérieur. Un 
froid sec succède au froid humide. Des régions boréales descendent 
plus nombreux les représentants de la faune des steppes, le renne, 
le saïga, elc. Les rigueurs du climat obligent Thomme à utiliser 
les ressources de son intelligence pour assurer ses moyens d'exis- 
tence, pour se nourrir et se vêtir. Alors commence une période 
iVunc importance capitale pour l'élude de l'ethnographie primi- 



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DIVISIONS CHRONOLOGIQUES 



43 



lire. Comme vestiges industriels de Thomme ehelléen et mousté- 
nea, nous ne possédons à peu près que des silex taillés. Pendant 
t'âgedu Renne, non seulement l'industrie humaine s'enrichit sou- 
dain d'an outillage varié, où des objets délicats en os, en corne et 
en ivoire s'associent à des silex de formes nombreuses, mais le 
sentiment de Part, sans doute sous l'influence de conceptions reli- 
gieuses, s'éveille dans l'âme des Troglodytes. Il donne naissance à 
des ouvrages de sculpture et de peinture, dont la découverte 
constitue, on ne saurait assez le proclamer, une des conquêtes les 
pins imprévues et les plus admirables de l'archéologie moderne. 

Nous verrous qu'à la base des niveaux solutréen et magdalénien, 
on a reconnu récemment d'autres formations plus anciennes, repré- 
sentant la première phase de l'âge du Renne ou phase aurigna- 
cienne, 
l-'ne phase de transition dont la connaissance est due surtout 

aux travaux d'Edouard Piette, et que ce dernier a nommée azi- 

liennc, doit être intercalée entre le paléolithique et le néolithique, 

commencement du quaternaire actuel. 
l>e labkau suivant qui doit se lire de bas en haut présente 

^us une forme s\Tioptique ces grandes divisions de Tâge de la 

pierre : 



1 Divisions 
géologiques 


Faune 


Industrie 


Quaternaire actuel 
ou hoiocêne 


Espèces actuelles 


Néolithique 


4> 

3 

le 

"o 

"3 
eu 


Azilien, phase de transition 


c 

w 

1 'i 
'1 

s 2 

IL 


t. 
s 

4» 

'Z 
-^ 

3 

9C 


Epoque du Renne 


Magdalénien 

Solutréen 
Aurij^nacicn 


r 


Epoque du Mammouth 


Moustérien 


Acheulécn 


3 


Epoque de l'Hippo- 
potame 


Chflléen 



^n voit par ce tableau que la classification des temps quater- 
naires repose sur deux ordres de faits, les observations paléontolo- 



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44 III. l'ère quaternaire 

giques, d'une part, et les données archéologiques, d'autre part. Il 
importe de noter que la valeur relative de chacun de ces deux cri- 
tériums est* variable, suivant les périodes. Pour le quaternaire infé- 
rieur et moyen, les faits pàléonlologiques doivent se placer au 
premier rang. Plus que les faits archéologiques, ils se prêtent 
à une classification synthétique. L'outillage de Thomme primitif, 
tant à l'époque de l'Hippopotame qu'à l'époque du Mammouth, 
demeure rudimentaire. Ses vestiges se composent exclusive- 
ment d'instruments en pierre taillée, dont les types caractéris- 
tiques sont susceptibles de se modifier, suivant la nature des maté- 
riaux mis en œuvre dans telle ou telle région. Avec des éléments 
d'étude qui ne varient que dans d'étroites limites autour de types peu 
nombreux, le préhistorien ne saurait distinguer des phases multiples 
dans chacune des deux périodes, pourtant fort longues, que repré- 
sentent le quaternaire inférieur et moyen. Il n'en est plus de même 
à l'époque du Renne ou quaternaire supérieur. Les produits de 
l'industrie humaine se multiplient. En possession de docunients 
abondants et variés, ouvrages d'art, outils et instruments de 
diverses matières, objets de parure, l'archéologue peut dès lors 
évoquer une image assez vivante et assez précise de l'homme pri- 
mitif et déterminer les étapes successives des progrès de sa cul- 
ture. Ainsi se justifient les subdivisions du pléistocène supérieur, 
d'après les faits industriels, subdivisions que les progrès ultérieurs 
de la science réussiront peut-être à multiplier encore." 

§ IV. — Les divisions de Vère quaternaire et 
les périodes glaciaires. 

Ce processus de l'industrie primitive qui s'élève progressivement 
du simple au composé est maintenant, démontré par un grand 
nombre d'observations stratigraphiques. On a pu constater que, 
malgré certaines diversités locales, la classification, dans son 
ensemble, s'applique non seulement à la France, mais encore à 
celles des régions de l'Europe centrale et septentrionale que la pré- 
sence des glaciers ne rendait pas inhabitables. Pour l'Europe du 
Sud, oii la faune des steppes parait à peine représentée, la succession 
des périodes quaternaires est encore bien incomplètement connue. 
On sait que le renne n'a pas été retrouvé au-dessous de Menton. 

Toutefois, il faut encore attendre des découvertes futures, rela- 



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LES DIVISIONS ET LES PÉRIODES GLACIAIRES 45 

ïivesau quaternaire, réclaircissement de plusieurs questions impor- 
tantes, encore obscures ou controversées. 

Sur les relations chronologiques des périodes glaciaires et inter- 
^laciaires avec le paléolithique inférieur, moyen et supérieur, les 
auteurs les plus autorisés ne sont pas entièrement d'accord. 

Un ensemble de phénomènes géologiques et paléontologiques 
extrêmement complexe a donné lieu à des interprétations variées. 

G. de Mortillet qui n'admettait qu'une seule extension des 
«places regardait le chelléen comme préglaciaire, mais M. Boule, 
en s'aidant surtout de Tétude des formations glaciaires en 
Angleterre (alluvions à silex taillés des vallées de la Tamise et 
de rOuse) a démontré que cette période était interglaciaire 

Elle se placerait, d'après le système de M. Boule, entre la 
deuxième et la troisième glaciation *. Dans la zone glaciaire des 
Alpes, étudiée par MM. Penck et Brûckner, les gisements chel- 
léens faisant défaut, ce n'est que par des inductions conjecturales 
que ces géologues placent cette période, sous toutes réserves d'ail- 
leurs, entre les glaciations Mindélienne et Bissienne ^. Tout récem- 
ment, un des disciples de M. Penck, M. Obermaier, après une 
étude approfondie du glaciaire de la région sous-pyrénéenne, a 
été conduit à rajeunir considérablement le chelléen, et par consé- 
quent l'antiquité de l'homme, en faisant coïncider cette phase initiale 
avec la dernière période interglaciaire, celle qui a précédé le 
Wûrniien de M. Penck ^. 

Cette divergence de vues sur la concordance chronologique de 
la première phase paléolithique avec l'un des épisodes de la période 
glaciaire se maintient nécessairement pour les phases ultérieures. 
Nous ne pourrions, sans entrer dans le domaine de la géologie 
pure, aborder l'examen de ces questions complexes, dont la solu- 



1. Boule, Essai de paléontologie stratigraphique de l'homme, K. Anthr., 1888 
et 1889. Voir aussi du même, La station du Schweizersbild, Archives des 
missions, III, 1893. 

2. Obermaier, Le quaternaire des Alpes^ et la nouvelle classificalion du 
professeur Albracht Penck, Anthr., 1904, p. 35. 

3. Obermaier, Beitr&ge sur Kenntnis des Quartiirs in den Pyrenàen, AfA. 
1906, IV, p. 299 et 1906; V, p. 2U. M. Obermaier a reconnu dais le bassin 
delà Garonne quatre terrasses correspondant aux quatre extensions pla- 
ciaifcs. Il résulte donc de ses observations que le j^^lacier des Pyrénées a tra- 
versé durant le quaternaire les mêmes phases que le placier des Alpes. M. de 
Lapparent a signalé récemment Timporlance des constatations de M. Ober- 
maier dans un article récent [Le Correspondant, n*» du 25 novembre 1906). 



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46 



m. L ERE QUATERNAIRE 



tion définitive ne paraît pas encore fixée. Le tableau suivanl 
empruntée M. Boule, résume les vues de cet auteur sur le syn- 




Phénomènes et formations 
géologiques 



Animaux 
caractéristiques 



Alluvions récentes. 

Tourbières. 

Climat voisin deTactuel. 



Espèces actuelles. 
Animaux domestiques. 



Couches de transition — Cerf élaphe — Castor. 



Dépôts supérieurs des grot- 
tes. Partie supérieure du 
lœss. Climat froid et sec, 
régime des steppes. 



Epoque du Renne. 
Renne, Saïga, fauue des 
steppes. 



Dépôts de remplissage des 
gi'ottes. Lœss. Alluvions 
des bas-niveaux ou des 
terrasses inférieures. 

Moraines de la 3* grande pé- 
riode glaciaire. Climat 
froid et humide. [Rissien 
de Penck et Brûckner, 
glaciation principale.] 



Epoque du Mammouth. 

Mammouth, Rhinocéros 
à narines cloisonnées. 
Ours, Hyène des ca- 
vernes, etc. 



[ Alluvions des terrasses mo- 
yennes. Tufs calcaires. 
Climat doux. 
Moraines de la 2" grande 
période glaciaire. Climat 
froid et humide. [Mindé- 
lien de Penck et Brûckner] . 



Epoque de THippopota- 
me. 

Éléphant antique. Rhi- 
nocéros de Merck. Hip- 
popotame, etc. 



Couches de transition du Forest-bed, de Saint-Presty de 
Solilhac. Climat tempéré. 



Pliocène 
supérieur 



"Alluvions des plateaux. 

Moraines de la i" grande 
1 extension glaciaire. 



Epoque de rÉléphaiit 

méridional . 
Rhinocéros étrusque. 

Cheval de Sténon, etc. 



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LES DIVISIONS ET LES PERIODES GLACIAIRES 4/ 

cbrooisme des périodes glaciaires et des trois principaux épisodes 
pâléootologiques des temps quaternaires *. 

On voit que sur ce tableau, la dernière phase d^avancement de» 
glaces, le Wûrmien de MM. Penck et Brûckner n'est pas indi- 
quée *. D'après le système de ces géologues, elle se placerait au 
milieu du paléolithique supérieur ^. Gela revient à dire que pour 
tous les géologues, la phase terminale de Tâge du Renne ou phase 
magdalénienne est post-glaciaire. Sur ce point, tous les auteurs 
tombent d'accord. En effet, on a découvert des gisements quater- 
naires à rintérieur de la zone circonscrite par les moraines du Wûr- 
, mien. Or, ces gisements appartiennent tous à la période magdalé- 
nienne ^. Il est donc évident que lors de cette phase de Tâge du 
Renne, la dernière des extensions glaciaires avait pris fin. 
, Fin ce qui concerne la succession des faunes pendant les temps 
glaciaires, les glaciéristes de Técole allemande ont émis récemment 
des théories nouvelles ^. Usadmettent que la faune chaude, celle de 
l'éléphant antique, ne se serait nullement éteinte avec Tépoque 
chelléenne. 

Reculant, à la fin de cette période iaterglaciaire, devant une nou- 
velle extension des neiges, elle aurait seulement émigré vers le 
sud, pour reparaître dans l'Europe centrale à la période intergla- 
ciaire ultérieure. L'éléphant antique et ses compagnons ne se ren- 
contreraient donc point uniquement à la base des dépôts pléisto- 
cènes ; ils se seraient montrés de nouveau à chacune des phases à 
température douce qui a suivi chaque extension des glaces. C'est 
ainsi que les mêmes auteurs ont distingué deux époques mousté- 

1. Boule, Anlhr.^ 1906, p. 261. Ce tableau, à part de légères modifications 
dans la nomenclature, est celui qu'a publié le même auteur en 1888. Voir ci- 
dessus, p. 45, note 1. Nous en avons éliminé ce qui concerne l'industrie, des sub- 
divisions nouv^elles ayant été introduites à cet égard dans le paléolithique supé- 
rieur. Les mots placés eutre crochets dans la seconde colonne ont été ajoutés 
par nous au texte de M. Boule. 

2- M. Boule, sans nier Texistence de cette phase d'avancement des glaciers 
déclare n'en pas avoir personnellement reconnu les traces {Anthr., 1906, 
p. 163). 

3. Voir le tableau dressé par M. Obermaier, d'après MM. Penck et Briick- 
ner, Anihr.^ 1904, p. 34. 

4. Ibid., p. 32. Par exemple, les gisements du Schweizersbild, de Schusscn- 
ned, du Kesserloch, près de Thayngen. 
5. Voir Obermaier, Le quaternaire des Alpes, Anthr., 1904, p. 34; — du 

^èrae, Laslalion paléolithique de Krapitia [Croatie)^ Anthr., 1905, p. 13; — du 

ïttème, Bc»/e» humains quaternaires^ Anthr., 1905, p. 387. Sur les gisements 

^ faune chaude ou tempérée et industrie nioustérienne, plus ou moins typique. 

Voir plus loin, ch. IV, § VI. 



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48 III. l'ère quaternaire 

Tiennes, Tune, glaciaire, caractérisée par la faune froide (man 
mouth et rhinocéros tichorhinus), Tautre inlerglaciaire, avec retot 
de Téléphant antique et du rhinocéros de Merck. Si ces hypothèse 
étaient fondées, la paléontologie devrait se reconnaître impui*: 
santé à déterminer par ses propres moyens l'âge relatif des ^isc 
ments quaternaires. Mais jusqu,'à ce jour aucun fait strati^ra 
phique n'est venu confirmer ces vues théoriques, qui, par conséqueni 
ne sauraient, nous semble-t-il, être retenues, dans Tétat actue! d 
nos connaissances. Si elles étaient admises, on ne s'expliquerai 
pas qu'aucune trace d'une inlercalation de la faune chaude entn 
deux niveaux à faune froide n'ait jamais été observée dans les nom 
breuv dépôts explorés. 

j5 V. — Notions somttiaires sur la faune quaternaire. 

Il n'entre pas dans notre plan de nous étendre sur la paléontolo- 
gie quaternaire. Nous nous bornerons à passer sommairement en 
revue les espèces les plus importantes, soit pour l'établissement 
des diverses classifications chronologiques dont nous venons de 
parler, soit pour l'étude des représentations figurées que nous ont 
laissées les Troglodytes paléolithiques. 

Des trois principaux éléphants quaternaires que connurent 
les premiers habitants de l'Europe. Elephas meridionalis, Elephas 
antiquus et Elephas primigenius ou mammouth, le premier est 
le plus ancien. Il atteignait plus de 4 mètres de hauteur au garrot. 
Organisé pour vivre sous un climat chaud, il ne devait point 
porter, comme le mammouth, une épaisse fourrure ^. L'éléphant 
méridional, ancêtre de l'éléphant actuel d'Afrique, était au com- 
mencement du quaternaire un survivant de la faune pliocène: on 
le trouve surtout à l'étage supérieur du pliocène (étage sicilien, 
bien représenté en F'rance, comme nous l'avons dit, par les graviers 
ossifères de Saint- Prest (Eure-et-Loir). 

Dans le Forest-hed de Gromer', en Angleterre (Norfolk), forma- 
tion de la même époque, il est associé à VElephas antiquus^ au 

1. Gaudry, Knchainements du monde animal, Mamm. tertiaires, 1878, p. 169. 
— Ziltel, Traité de paléontologie, t. IV, p. 471. La galerie paiéontolog-iquc du 
Muséum d'hist. nat. possède un squelette complet de VElephas meridionalis 
provenant de Durfort (Gard;. 

2. Anlhr.^ 1901, p. 134. La détermination des espèces est difficile, surtout 
lorsqu'on ne possède que des dents isolées et des débris osseux incomplets 
(Zittel, IV, p. ni). 



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NOTIONS SUR LA FAUNE QUATERNAIRE 4l) 

Rhinocéros etruscus^ à V Hippopolamus major^ au Trongontherium 
Cavieri^ au Mac hairod us ^ c'est-à-dire à des animaux organisés pour 
nvresousun climat chaud. 

L éléphant méridional était donc considéré jadis comme exclusi- 
vement tertiaire ; en dernier lieu on Ta signalé dans quelques 
gisements du paléolithique inférieur, qui n'auraient, dit-on, subi 
aucun remaniement. Cependant, il ne faut plus comprendre Tilloux 
iCharente) parmi ces gisements. M. Boule, rectifiant une première 
détermination, a restitué à une forme trèsarchaïque de V E lephas anli- 
qaas des restes fossiles provenant de ces alluvions et tout d'abord 
attribués à V II lephas meridionalis ^ 

VElephas antiqaas (Falconer) était voisin de Téléphant actuel 
des Indes. Sa taille (environ 4"50 de hauteur au garrot) atteignait 
presque celle du Dinothérium. Nous verrons que ses molaires et 
ses débris osseux sont associés, dans les alluvions inférieures, aux 
haches primitives dites chelléennes. 

Le mammouth, ou Elephas primigenius (Blumenbach), le 
plus abondant de tous les éléphants, diffère des précédents par sa 
toison laineuse, par la longueur et la courbure prononcée de ses 
défenses et par son front bombé *. Ces mêmes caractères le séparent 
de l'éléphant actuel des Indes, dont il se rapproche d'ailleurs par sa 
structure. Sa hauteur n'atteignait que 3" 50. Il nous est connu 
par de nombreux débris osseux. De plus, en 1799, en 1816 
et à des dates plus récentes, des cadavres congelés de cet animal ont 
été retirés des glaces en Sibérie •^. Enfin les artistes quaternaires 
I ont fréquemment figuré, soit sur de menus objets, soit sur les 
parois des cavernes {^^, 11). 



1. Voir la description des restes de VElephas antiqaus de Tilloux, par 
M. Boule dans AiUhr., 1895, p. 502. 

En 1888, M. Boule avait proposé de rattacher au quaternaire la faune à 
f^^phas meridionalis, c'est-à-dire la période du Forest-bed de Cromer Boule, 
Emi de paléontologie, p. 97). Néanmoins cet étajçe est toujours accolade à 
ï'ére tertiaire. 

2. Mammouth est un nom russe de Télëphant. Depuis la découverte des 
^-^^phii meridionalis ci anliqu us, Vépilhèle de primigenius due à Blumenbach 

1"06; est impropre. 

3. Sur les découvertes récentes des mammouths sibériens, voir Anthr,, 
^»^, p. 186; 1901, p. 492; 1903, p. 367;— MAG, 1896, p. 186;— HEA, 1903, 
P- 246;— d'après MiddendorfT, on a dû apporter annuellement depuis 
200 ans sur les marchés d'ivoire plus de 100 paires de défenses de mammouths 
sibériens (Zittel, loc. cit., p. 473). 

Manuel d'archéologie préhistorique. — T. 1. 4 



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50 III. l'ère quaternaire 

l^e mammouth très abondant dans FEurope centrale ^ rare ^à 
Italie, n'a pas encore été signalé dans la péninsule ibérique, plus ai 
sud que Santander. C'était le plus petit des éléphants quaternaires ^ 
Les débris les mieux conservés des squelettes d'éléphants dans lo: 
alluvions sont les molaires de ces animaux (lig. 10). Klles difTèreri^ 
pour chaque espèce par le nombre et l'épaisseur des lamelles, niais 
il y a de nombreux types intermédiaires. 

V Ilippopolamus major (Guvier), voisin de l'hippopotame actuel 
[timphibius], mais de plus grande taille, se rencontre avec Téié- 



Fij^. 10. — Molaires d'éléphants. 
1. Elephas meridionaUs:2. EL unliquus; 3. El. primigenius^'. 

phant méridional et le Rhinocéros elruscus dans les formations du 
pliocène supérieur. On le trouve surtout en Angleterre, en 
France et en Italie. Il est assez rare dans les alluvions quater- 
naires ''. 

Le marquis de Vibraye avait cru que l'hippopotame aurait sur- 
vécu en Europe pendant toute l'époque pléistocène, mais on sait 

1. Des milliers d'os di* mamnioulh ont été rencontrés depuis 1879 dans la 
stalion de Predmo-t en Moravie. 

*i. Voii'dansS. Reinach, Alluvions el cavernes, p. 42, noie 2, la biblit>^ra- 
phie des principaux travaux paléontologiciues relatifs au mammouth. 

:\. Lyell, Ancienneté de l'homme^ trad. ("hapcr, 3» éd.; 1891, p. 143. 

i. Voira ce sujet les observations de MM. Gaudry et Piette, Anthr.^ 1901, 
p. 132. 



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NOTIONS SUR LA FAUNK QUATERNAIRE 5l 

maîntenaat que ce pachyderme n'apparlienl qu'au quaternaire infé- 
rieur ou chelléen, qui peut donc être appelé l'époque de l'Hippo- 
potame. 

Le Rhinocéros Mercki (du nom du naturaliste allemand Merck) 
appartient à la faune chaude, tandis que le Rhinocéros lichorhinus 
à narines cloisonnées) (fijj. 12) est le compagnon habituel du mam- 
mouth. 



FiiT- M — 1. Squelette de mammouth du musée de Sainl-Pétershour^r* : 
2. Mammouth gravé sur uue paroi de Ip jrrotle des Combarelles. près 
Tavac .Dordojjnc "*. 



Toutefois, d'après de récentes observations de M. Boule, le Rhi- 
nocéros 3/ercA-i aurait sans doute survécu dans nos contrées à l'hip- 
popotame et à l'éléphant antique. Sa présence ne suirirait donc pas 
pour caractériser le pléistocène inférieur *. 

Les cornes nasales du /?. lichorhinus, au nombre de deux, pou- 
vaient atteindre jusqu'à un mètre de long. Pallas a trouvé son cadavre 
en Sibérie (1771), dans le sol congelé. Sa peau était recou- 
verte, comme celle du mammouth, d'une épaisse toison. Piette a 
signalé à Gourdan une gravure représentant un rhinocéros à deux 
cornes ''.M. Tabbé Breuil a retrouvé plusieurs esquisses du rhino- 
céros à deux cornes sur une plaque de schiste de la grotte du Tri- 
lobite Yonne) '*. 

1. Boule. Les (iroUes de Grimaldi. Anlhr., 1906, p. 268. 

2. Zittel, vltis der Urzeil, 1877, II, p. 512. 

X Capilan et Breuil, RKA, 1902, p. ii, %. 12. 

4. BSA, J8 avril 1873: — Heinach, loc. cit., p. J6. note 2. 

3. Voir plus loin, chap. VI. 



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52 III. LÈRE QUATERNAIRE 

On reculait tout d'abord trop haut rextinclion de ce pachy- 
derme. En 1891, G. de Mortillet en contestait la présence dans les 
étages solutréen et magdalénien *. Mais, les découvertes de ces 
restes dans le quaternaire supérieur se sont multipliées : gisements 



Fig. 12.— Squelette de Rhinocéros tichorhinus. 

«le la Mayenne, Montgaudier, la grotte Rey, la Mouthe, Pair-non- 
Pair, Brassempouy, Pouligny (Indre), Bruniquel *^, etc. 

I/ours des cavernes (Ursus spelaeus, de Blumenbach), ou ours 



Ki^:. 13. — Crâne de rours des cavernes. 

à front bombé, animal de ;;ran(le taille, occupait les grottes avant 
l'homme. Ses repaires sont très nombreux, mais les débris de ses 
os peu communs dans les foyers. II apparaît dès le paléolithique 

1. A las, 1891, p. '2{\H. 

2. Hreuil. HKA, I<K)«, p. jO. 



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NOTIONS SUR LA FAUNE QUATERNAIKB 53 

inférieur et on le rencontre encore sporadiquement à Tâge du 
Renne, notamment à Brassempouy el dans plusieurs des étages 
solutréens et présolutréens*. Une plaque en schiste trouvée à 
Massât (Ariège) dans une assise du paléolithique supérieur, porte 
une représentation gravée où Ton a cru reconnaître le grand ours 
des cavernes* . Une autre gravure figurant cet animal existe sur une 
proide la grotte des Combarelles (Dordogne) ^. 

La grotte de L'Herm (Ariège) a livré un grand nombre d'os de 
l'ours des cavernes ; des squelettes entiers de cette provenance sont 
conservés au musée de Toulouse et au Muséum de Paris. 

Avec cet ours dont Tespèce s'est éteinte, la faune quaternaire 
comptait deux ours encore existants : Tours gris de l'Amérique du 
Nord, Ursus /erox, plus pelit que le grand ours des cavernes, mais 
surpassant par sa taille toutes les autres espèces actuelles, et Tours 
brun, Ursas arctos. Ce dernier se rencontre surtout à Tépoque du 
Renne, tandis que Tours gris est plus souvent signalé dans les gise- 
ments moustériens. 

Parmi les félidés, Machairodus^ lions, tigres, léopards, panthères, 
elc, plusieurs se distinguent difficilement les uns des autres. 

Le grand chat des cavernes, Felis spelaea ou Léo spelaeus, 
élail une forme intermédiaire entre le lion et le tigre, mais plus 
voisine du premier que du second. Ce puissant carnassier, qui 
surpassait en taille les félins actuels, fut un des plus redoutables 
fauves que Thomme quaternaire eut à combattre. On a trouvé ses 
restes dans les cavernes de TAllemagne, de TAngleterre, de la Bel- 
l?ique; en France, dans quelques grottes du Midi, notamment dans 
celle de L'Herm (Ariège), aux Cottes (Vienne), à Pair-non-Pair 

Gironde). C'est à tort que quelques auteurs ont considéré cette 
espèce comme appartenant à Tépoque chelléenne ; M. Boule a 
montré qu'elle est au contraire très rare dans le quaternaire infé- 
rieur et constitue un des éléments propres à la faune moustérienne. 
Le lion des cavernes a d'ailleurs survécu jusqu'à la fin du quater- 
naire et se rencontre encore avec la faune de Tépoque du Renne *. 
Le félin caractéristique du chelléen le plus ancien est le Mâchai- 



V. Breuil, BA, 1903. p. 429. 

2. Ce dessin est reproduit dans la plupart des anciens manuels de préhis- 
toire. Voir G. et A. de Mortillet, Album préhisL, 2- éd., pi. XXIX, p. 251. 

^. GapiUn, Breuil et Peyrony, REA, 1905, p. 237. 

4. Boule, Les .grands c/iafs des cavernes (Annales de paléontologie^ l. I 
(1906 , p. 583. 



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04 m. L KRE QUATERNAIRE 

rodas lalidens, rare et dernier représentant d'un f^enre pliocène- I 
fut trouvé pour la première fois en 18*26 dans la caverne de Kenl'i 
Hole en Angleterre. Il ne s'est rencontré que dans deux ou iroi: 
autres gisements, dans la caverne de Baume-les-Messieurs (Jura . 
dans les couches du Forest-bed d'Angleterre, dans les graviers dv 
la Somme à Abbeville, enfin dans la grotte de Montmaurin (Haute- 
Garonne *). 

On compte une vingtaine de félins à l'époque quaternaire. La 
Felîs leo^ identique au lion actuel, a certainement disparu de nos 
régions avant le début du néolithique '^. Ses vestiges font complète 
ment défaut dans les gisements du quaternaire actuel, mais on le> 
a signalés encore dans l'abri delà Tourasse 'Haute-Garonne), niveau 
azilien intermédiaire entre le paléolithique et le néolithique ^. 

Parmi les hyènes quaternaires, une des plus répandues est Thyènc 
des cavernes ou flyaena spelaesi, dont le premier squelette à peu 
près entier a été découvert dans un puits de la grotte de Garg-as 
(Hautes- Pyrénées). Cette espèce est la même que l'hyène tachetée 
vivant aujourd'hui dans l'Afrique australe {Hyaena crocu(a). S;i 
taille était à peine supérieure à celle de l'hyène tachetée, mais sa 
charpente osseuse était plus forte *. On trouve encore dans les 
gisements pléistocènes l'hyène brune {Hyaena brunea) et l'hyène 
striée {flyaena striata), qui survivent actuellement ^. 

Le bison [Bos bison^ Bison europaeus)^ bovidé au dos très arqué 
que Ton ne doit pas confondre avec VUrus ou Bos primigenim 
(bien que par suite d'une mauvaise nomenclature on applique parfois 
à l'un et à l'autre la dénomination d'aurochs) se rencontre à tous 
les étages du quaternaire. Il avait quitté TEurope occidentale dè-^ 

1. Hou\l\ Revision des espères européennes de Machairodus Hull. Soc.fréol. 
de France, 1902, p. 551). Cf. Anthr., 1902, p. 31 i. 

2. Pour les textes relatifs à la prétendue présence du lion en Europe ù 
l'époque historique, voir Heinach, loc. cil.^ p. 65. Les squelettes de tous K's 
grands carnassiers quaternaires ont été réunis dans une vitrine, au Muséum 
d'histoire naturelle de Paris, galerie de paléontolojçie Voir Anlhr., 1905. 
p. 113, fijf. 2-3. 

3. G. et A. Mortillet, Le Préhislnrique, 3 éd., p. 35<». 
L Gaudry, Mat.. 1885, p. 119. 

5. La délermination j|iMBiMÛ|Me des hyènes quaternaires est une tAche délicate. 
Les espèces comprennent plusieurs variétés. Voir les tableaux gpéncalogiques 
publiés par MM. Gaudry et Boule, Mut. pour Vhist. des temps quaternaires. 
A* fasc, 1892, p. 122, et Anthr., 1902, p. 3Li. Dans ce dernier article, M. Boule 
décrit des restes d'hyène brune décou\erts dans Ja caverne de Montmaurin 
vniveau inférieur à faune chelléenne . 



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NOTIONS SUR LA FAINE QUATERNAIRE 55 

la fin du quaternaire*. Quelques individus de cette espèce subsistctnt 
encore dans la Lithuanie et le Caucase. C'est un des animaux les 
plus fréquemment reproduits par les artistes troglodytes, surtout 
>ur les gravures et peintures des cavernes (fig. I i). LTrus ou lios 
primigenias^ beaucoup plus grand que notre b(Euf actuel, n'a dis- 
paru de TEurope centrale qu'au moyen âge ^. 

Le renne [Cervus larandas ou Tarandus rang i fer), identique h 
l'espèce actuelle, était très commun pendant les derniers temps du 



Fig. li. — Bison, peinture polychrome du plafond de la caverne d'Altaniira. 
province de Santander (Espagne) ^. 

quaternaire (fig. 15). Les Troglodytes donnaient la chasse aux nom- 
breux troupeaux de cet animal errant dans les steppes et rappor- 
taient ses dépouilles dans leurs cavernes. Ils utilisaient ses os, ses 
bois et sans doute aussi ses tendons et sa peau à divers usages 
industriels. Aussi ses restes se rencontrent-ils souvent en énorme 
quantité dans leurs foyers, et le nom d'âgé du Renne donné par 
Lartet au paléolithique supérieur est-il encore en usage. Le renne 
"a franchi ni les Alpes, ni les Pyrénées; on ne Ta pas ren- 

• • Voir à ce sujet Breuil, VAge des peintures d'Altaniira, RP, 1906, p. 2:^7. 

2. i>a nomenclature des bovidés quaternaires est extrômement confuse cl 
iadélernii nation des espèces difficile (Voir, à ce sujet, G. et A. de Morlillft. 
^Préhistorique, 3» éd., p. 397, et Mahoudeau, lM»roc/i» e< le Bison, l\K\^ 
»W5, p. 56)./ ' ■/.'■.' 

Pour les textes et documents relatifs à la survivance de l'urus aux temps 
^tl\icU, voir S. Reinach, Alluvions et cavernes, p. 49. 

3- V. Cartailhac et Breuil, Les peintures et gravures murales des cavernes 
pyrénéennes, Anthr., 1904, p. 642, fig. 17. 



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56 



III. l'ère gUATBRNAlRE 




Fig. 15. — Renne actuel *. 



contré au delà de Rayonne, de Perpig^nan ou de Menton. Il 

appartient actuellement à la faune boréale, de même que le bceuf 

musqué, et ne vit plus en liberté au sud du 60* degré de latitude '. 

L'art quaternaire nous en a 
laissé de nombreuses et souvent 
admirables représentations sculp- 
tées et gravées. 

La faune pléistocène compre- 
nait encore deux autres bovidés : 
le Bas longîfrons et le bceuf 
musqué iOvibos moschatus), au- 
jourd'hui cantonné dans les ré- 
gions boréales de l'Amérique du 
Nord. 
Le Cervus megaceros ou élan irlandais (fig. 16) est plus rare dans 

l'Europe centrale que dans les lies Britanniques et les tourbières de 

rirlande. L'envergure de sa magnifique ramure dépassait 3 mètres. 

En France, on a signalé plu- 
sieurs fois ses restes fossiles 

dansdesgisementsaurignaciens, 

moustériens ou plus anciens. 
Les faunes de toutes les 

époques renferment des vestiges 

du cerf commun oucerf élaphe, 

qui remplaça le renne à partir 

de TAzilien. 

L'antilope saïga (Saïga lar- 

(arica), animal des steppes de 

la Russie, est une des espèces 

les plus caractéristiques de la 

faune froide deTâge du Renne. 

Le bouquetin [Capra ihex), 

compte également parmi les 

compagnonshabituels du renne. Nous décrirons le cheval quaternaire 

à propos des découvertes de Solutré. 

1. Sur lu présence problématique du renne dans l'Europe centrale et le 
nord-est de la Gaule à l'époque historique, voir Heinach, loc. cit., p. 56. Sur 
l'erreur de Buffon qui a cru que le renne habitait encore le^ Pyrénées au xvi» 
siècle, lire le mémoire de ï^iette, Mat., 1HK7, p. 407. 

2. Reliqaiae Aquitanicae, p. 218, fî^. 83. 

^. Pictet, Atlas de Paléontologie, pi. xvi, 1. 




Fg. 16. — Squelette de Cervus 
megaceros*. 



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NOTIONS SUR LA FAUNE QUATERNAIRE DV 

On signale enfin dans les gisements à faune froide des rongeurs 
et des animaux de petite taille, tels que la marmotte, le lemming, 
le spermophile, le hamster, le campagnol des neiges, le lièvre 
blanc, le lagomys, le castor, etc. Nous avons déjà signalé dans 
la faiine chaude le Trogonlhérium^ grand castor associé parfois à 
l'éléphant méridional. 

Nous ne parlerons pas des animaux autres que les mammifères, 
dont notre énumération est d'ailleurs incomplète. Il est intéressant de 
rencontrer parmi les oiseaux du paléolithique moyen ou supérieur, 
certaines espèces des régions arctiques, telles que la chouette har- 
fang, le lagopède ou perdrix blanche, assez communs dans les gise- 
ments de la Dordogne, ou d'autres espèces habitant actuellement les 
hautes moatagrnes, notamment le chocard des Alpes, le coq de 
bruyère, etc. On retrouve naturellement dans la flore, comme 
nous \e verrons au chapitre suivant, le même contraste d'espèces 
chaudes et d'espèces froides que dans le règne animal *. 

La grande majorité des préhistoriens estiment qu'aucun des ani- 
maux de la faune quaternaire n'était encore domestiqué ni même 
apprivoisé. Le bœuf, le renne, le cheval sont souvent très abon- 
dants, mais les observations qui suivent s'opposent à l'hypothèse 
d'une domestication : 1** l'absence du chien, auxiliaire indispen- 
sable du pasteur; le chien est le premier animal domestique que 
Von rencontre plus tard dans les plus anciennes stations néoli- 
thiques (Kjoekkenmoeddings ou débris de cuisine du Danemark); 
^ le dépeçage de tous ces animaux sur le terrain de chasse. Les 
Troglodytes ne rapportaient dans leurs cavernes que les parties 
charnues et les os médullaires (membres et crâne), abandonnant le 
surplus de la dépouille. Ils n'auraient point agi ainsi pour des 
animaux domestiques abattus à proximité du foyer ; 3** la grande 
variété des espèces représentées dans les débris d'alimenta- 
Iron ^. 

1. Les principales sources sur la flore pléistocène, connue surtout par les 
dépôts tufeuz et tourbeux, sont indiquées dans le Traité de géologie^ de M. de 
Upparent, III, p. 1658; — Voir aussi G. et A. de Mortillel, Le Préhistorique, 
3* éd., p. 445-488. 

2. Sur les discussions relatives à la domestication des animaux quater- 
naires, voir Reinach, loc. cit., p. 61, 68, 155, 268, et Le Préhist., 3' éd., 
p. 437. Nous reviendrons sur cette question dans le chapitre 1*' de la 2' par- 
lie. 



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58 111. l/ÈRE QUATERNAIRE 

s$ VI. — Creusement des vallées et terrasses. 

Les terrains bordant le thalweg d'une vallée se présentent orcli- 
nairenient sous forme de terrasses souvent au nonibre de trois ou 
de quatre, recouvertes de graviers, de sables et de limons (fig. 17) • - 
Ces alluvions, parfois extrêmement considérables en surface et en 
épaisseur remontent au pléistocène et attestent Fimportance des 

T«rrttM« 
•"^V;i^r T.rr.«.mo,.««. JîJ-^îl^ TOUIDUSE 



Fig. 17. — Profil transversal de la vallée de la Garonne ù Toulouse 
(d'après M. Boule)*. 

précipitations atmosphériques de la première partie de cette 
période. Le lit de la Somme s'étendait alors sur plus d'un kilo- 
mètre de large et la Seine, d'après Belgrand, roulait de 27.000 à 
60.000 mètres cubes par seconde. 

On admettait jadis et quelques géologues admettent encore que 
le creusement des vallées constitue, parallèlement au développe- 
ment des glaciers, un des phénomènes caractéristique du pléisto- 
cène ^. Suivant cette hvpothtîse, les graviers des terrasses les plus 
élevées, ou graviers des hauts niveaux, dans une même vallée, 
étaient considérés comme plus anciens que les graviei's des bas 
niveaux, ceux-ci étant attribués aux derniers temps du creusement 
de la vallée. Mais, depuis que Ton a découvert, à un niveau ;i 
peine supérieur au fond des vallées actuelles, dans divers gise- 
ments et notamment à Chelles-sur-Marne, des restes à^Elephas 
antiquus (avec silex amydaloïdes), c'est-à-dire des débris de la 



1. Il convient cependant d'observer que ce mot de terrasse ne s'applique 
avec exactitude qu'aux réfçions voisines des montagnes et iniluencces directe- 
ment par les phénomènes glaciaires. Ce terme est très impr«»pre quand on 
rapplique à des alluvions d'une vallée comme celle de la Somme, où, au lieu 
de larges gradins, on trouve sur les pentes des tapis ou nappes d'alluvions e( 
de sables se ravinant et se recouvrant plus ou moins à divers niveaux. Il y a 
des hauts et des bas niveaux, mais pas à proprement parler des terrasses. 

2. Conférences de Géologie, p. 182, fig. 235. 

3. Gosselet, Esquisses géologiques du iWord de la France. Terrains qua- 
ternaires, Lille, 1903. 



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I 

|- CREUSBMENT DES VALLEES ET TERRASSES .)9 

j faune quaternaire la plus ancienne, on est fondé à croire que le 
creusement des vallées était achevé ou à peu près achevé au début 
du pléistocène. Les ossements de la faune chaude ancienne peuvent 
«t» trouvera toutes les hauteurs. « Seulement, observe M. de Lap- 
parenl, les anciens graviers du fond des vallées ont chance d'être 
recouverts par une plus grande épaisseur d'alluvions plus récentes. 
Ainsi, selon quelques observateurs, à Paris, dans les sablières de 
Grenelle, V Elephas anliquus ne se trouverait jamais à moins de 
7 mètres de profondeur, tandis que les restes de mammouth arrive- 
raient à 3 mètres de la surface et ceux d'hippopotames à 5 mètres. 
l>e la sorte, Tteuvre propre de Tépoque pléistocène aurait consisté 
tantôt à combler, tantôt à déblayer des dépressions antérieurement 
constituée^*, et cela sous la double influence des mouvements du sol 
et des variations du régime hydrographique * ». 

M. G. de Mortillet a attribué à un affaissement du sol, survenu 
fondant la période chelléenne, le comblement du fond des 
vallées du Nord de la France par les alluvions. Cet affaissement 
ayant ralenti la vitesse des fleuves à une époque où, par suite de 
plaies torrentielles et fréquentes, des amoncellement de graviers, de 
stables et de limons, dévalaient le long des pentes, ces matières au 
lieu d'être entraînées avec force, se déposèrent au fond des cours 
d'eau. Plus tard, lors des inondations dues à la fonte des neiges, 
des soulèvements du sol accrurent la vitesse et la force des eaux. 
Celles-ci remanièrent et ravinèrent ces premiers dépôts. 11 ne resta 
des alluvions chelléennes que des lambeaux ensevelis sous les allu- 
mions moustériennes *. 

Dans ces conditions, on conçoit que Tétude de la stratigraphie 
des alluvions présente de grandes difficultés. Le géologue doit s'as- 
surer que la présence des ossements et des silex dans une couche do 
graviers n'est point due à quelque remaniement d'une alluvion 
ancienne- Les silex roulés, c'est-à-dire ceux dont les angles ont été 
émoussés, peuvent notamment provoquer de faciles méprises strati- 
graphiques. 

l. A. de Lapparent. Traité de géologie y 5" édit., III, p. 1692. Martin, Mal., 
1874, p. 249. 

î Le Préhist., 2" édit., p. 181 et 315; V édit., p. 498; — M. de Lapparent 
accepte cette doctrine de G. de Mortillet 'Géologie, III, p. 1693). Mais il 
réftjlte aussi du comblement chelléen qu'il y a des graviers chelléens en hautes 
terrasses et non des (graviers moustériens. Ceux-ci sont toujours en basses 
terrasses. Les graviers raoustériens ne recouvrent jamais les graviers chelléo- 
acheuléens des hautes terrasses. 



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CHAPITRE IV 



LE PALÉOLITHIQUE INFÉRIEUR. — ÉPOQUES CHELLÉENNE ET 
ACHEULÉENNE 



Sommaire. — L I/cpoque chelléenne. — IL L^outillage cheliéen. — IH. Les 
alluvions de Chefles (Seine-et-Marne). — IV. La position stratigraphique 
des alluvions chelléennes. Les sablières d'Abbeville et de Tilloux. — V. Les 
tufs de la Celle-sous-Morct (Seine-et-Marne). Le gisement à corbicules de 
Cerpy 'Seine-et-Oise). — VI. La station de Taubacb (Saxe-Weimar). La 
Grotte du Prince, près Menton. — VII. L'époque acheuléenne. — VIII. Le 
gisement de la Micoque. — IX. Extension du cheliéen et d» Tacheuléen. 



§ 1**". — L'époque chelléenne. 

Ce n'est point au début du pléistocène, mais pendant une des 
périodes interg-laciaires, probablement pendant la dernière, que nous 
rencontrons pour la première fois dans nos contrées les vestig:es 
de l'homme. Les restes fossiles de ces très anciens représentants 
de la race humaine n'ont pas encore été retrouvés, mais leurs 
outils, simples galets ou rognons de silex taillés à grands éclats, 
gisent en grand nombre dans le gravier des alluvions. 

Cette première période paléolithique, désignée sous le nom de 
période chelléenne (du nom de la station typique de Chelles, en 
Seine-et-Marne) nous est connue par des découvertes nombreuses, 
mais peu variées. L'abondance des silex de nos collections ne saurait 
donc nous faire oublier la pénurie de nos informations sur les con- 
ditions de rhumanité à sa première enfance. 

Nous ne savons rien de la conformation physique de Thomme 
cheliéen. Son industrie était primitive. S'il possédait, comme nous 
pouvons le conjecturer, des instruments et des armes de bois, 
matière destructible dont nous ne retrouvons plus trace, il igno- 
rait même Part de travailler l'os, la corne et l'ivoire. Ces substances, 
SI habilement ouvrées plus tard par les chasseurs de rennes, 
manquent encore totalement dans les gisements de cette époque. 
Seules des haches à main taillées à grands éclats et quelques 
autres outils de silex moins typiques, parfois informes, attestent 



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6*2 IV. ÉPOQUES CHBLLÉENNE ET AGHEULÉENNE 

ractivité industrielle du sauvage chelléen, en même temps que h 
lenteur de son acheminement à un degré plus avancé de culture . 

La faune de cette période est la faune chaude de rhippopotame 
du Rhinocéros Mercki, voisin du rhinocéros de Tlnde et de ïElephA^ 
anliquus^ presque semblable à l'éléphant de cette même région . 

Disséminées par petits groupes, les tribus de cette période errai en I 
dans la prairie fertile, où la douceur d'un climat très humide, mai* 
tempéré et assez uniforme, entretenait, en dehors des zones grla- 
ciaires, une abondante végétation. Sur un sol où croissaient natu- 
rellement, aux bords d'immenses lleuves semblables à ceux du Nou- 
veau Monde, le laurier, le liguier, et Tarbre de Judée, nos premiers 
ancêtres, adonnés à lâchasse, pouvaient, sans de trop grands effort?, 
assurer leur subsistance. Ils ne connurent pas les dures conditions 
climatériques qui reléguèrent plus tard dans les cavernes les 
chasseurs de mammouths, et les obligèrent à demander aux progrès 
(le leur industrie la conservation d'une existence que les rigueurs 
du froid semblaient compromettre. 

L'homme installait alors ses campements sur les plateaux peu 
élevés, à proximité des cours d'eau. 

Ses instruments de silex se renctmlrent surtout dans les allu- 
vions; les uns, conservant leurs angles vifs, n'ont pas été roulés et 
gisent encore à la place où l'homme les a abandonnés sur la rive 
du fleuve, entre deux grandes crues. Nous verrons que Ton 
a découvert à Sainl-.Acheul des instruments et des éclats de débi- 
tage concentrés sur un même point, en nombre tel qu'ils marquent 
remplacement d'un véritable atelier. J^es tribus humaines, au qua- 
ternaire inférieur, s'installaient sur les alluvions, non seulement 
pour profiter du voisinage de l'eau, mais pour se procurer les 
galets siliceux des graviers, constituant la matière de leur outillage. 
Quant aux silex dont les angle^^ sont émoussés et usés par le frotte- 
ment, ils peuvent provenir d'une certaine distance et avoir été 
roulés avec les graviers que charriaient les grands cours d'eau. Les 
huttes légères des Ghelléens, construites sans doute en branchage, 
n'ont laissé aucun vestige. Quelques familles occupaient déjà des 
grottes et des abris rocheux, comme nous l'indiqueront les décou- 
vertes de Menton, mais le troglodytisme n'était encore qu'un 
mode d'habitat exceptionnel. 

De la vie sociale, intellectuelle et morale de ces ancêtres loin- 
tains, de leurs coutumes religieuses, de leurs rites funéraires, si 
toutefois ils en eurent, nous ignorons tout. A bien des égards, nous 



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< l'outillage chellben 63 

I 

ne les jugeons que par des observations négatives, trop souvent 
imputables à notre seule ignorance*. Peut-être qu'un passé de 
rhamanité, plus reculé, mais encore inaccessible ou même à jamais 
fenné aux investi^^ations de la science, s'étend au delà de notre 
horizon borné. 

L'homme chelléeu ne possédait-il pas quelque notion rudimen- 
laire de l'art, tout au moins, sous une de ses formes les plus pri- 
mitives, telles que le goût de la parure corporelle? L'archéologie, 
qui ne saurait abandonner le domaine des faitt«, répond négative- 
ment dans Tétat des connaissances actuelles, mais sans prétendre 
d'ailleurs dissimuler l'insuffisance de ses moyens d'information. 



§ IL — Loulillage chelléen. 

L'outiUaf/e chelléen, — Le type dominant de l'outillage chelléen 
e>t incontestablement la hache taillée à grands éclats sur ses deux 
faces (iig. 18^. Ses variétés nombreuses comprennent, outre la 
forme en amande, la plus répandue, des formes ovalaires, triangu- 
laires et lancéolées. L'instrument chelléen était taillé dans un 
rognon de silex ou dans quelque autre pierre dure, grès, quartz, 
quartzite,etc. On utilisait souvent des galets ou caillouxroulés pour 
la confection de cet outil, appelé coup-de-poing par G. de Mor- 
tillet. 

Sa forme et ses dimensions varient suivant les régions. 
Non seulement en France et en Belgique, mais en Angleterre et 
dans plusieurs autres contrées de l'Europe, la hache en amande, 
taillée à grands éclats sur ses deux faces, épaisse au centre et tran- 
chante sur ses bords, constitue bien le type caractéristique de l'indus- 
trie chelléenne. 

Dans le nord de la France et en Belgique, contrées où les beaux 
rognons de silex abondaient, les alluvions en livrent de nombreux 
exemplaires, de grandes dimensions. Ailleurs, Thomme devait 



1. Quelques préhistoriens dont la hardiesse des conjectures ne connaît pas 
de limites nous reprocheront peut-être une réserve excessive, mais esl-il 
permis par exemple de déclarer avec M. Rutot que « chez les peuplades chel- 
léennes du territoire belge, il ne semble pas s'clrc élevé de conflits graves » ? 
Rutot, Le Préhistorique dans V Europe centrale, p. 161). C'est peut-être deman- 
der aux alluvions quaternaires plus qu'elles ne peuvent donner que d'y 
chercher des information» de cette nature. 



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64 IV. ÉPOQUES CIIELLÊENNE ET ACHEULBENNE 

souvent se contenter d'instruments plus rudimentaires. Parfo 
comme à Taubach et à Menton, la hache chelléenne, par suite 
rindigence de la matière première, paraît avoir été remplao; 
par de simples éclats de taille grossière. Les indications que pr 
cure ici Tétude des types industriels doivent donc être contrôl«5 



Fijç. 18. — Haches aniy^daloïdes en silex, trouvées à Chelles. 
Musée de Saint-Germain. 



avec soin par les données de la stratigraphie et de la paléonto- 
logie, d'une portée plus générale. 

La hache chelléenne nous semblerait plus perfectionnée que les 
pointes moustériennes, si nous ne considérions que les exemplaires à 
contours réguliers et de taille soignée. Mais dans sa forme primitive, 
elle ne fut sans doute qu'un simple galet de forme allongée, 
appointé à une de ses extrémités par l'enlèvement de quelques 
éclats. 

On s'est demandé si elle était emmanchée. Le poids d'un grand 
nombre d'exemplaires rend cette conjecture invraisemblable. Le 



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LES ALLUVIONS DE CUELLES 65 

pius souvent, sinon toujours, elle devait être maniée à la main, ce 
qui justifie la dénomination de « coup-de-poing^ » sous laquelle elle 
est souvent désignée * . 

La longueur moyenne de ces haches, dans le nord de la France, 
est voisine de l'i centimètres; quelques-unes dépassent 20 centi- 
mètres. Un des plus grands exemplaires connus^ provenant des 
environs de Mantes (Seine-et-Oise), atteint une longueur de 28 
centimètres^. A Chelles, les plus petites n'ont que 6 centimètres 
de long'. 

Quelques préhistoriens belges, s*appuyant sur des découvertes 
des environs de Binche (Belgique), attribuent à Tinduslrie chel- 
lèeune, le poignard en silex, la pointe de lance et même la pointe 
de flèche à pédoncule et barbelure * ; mais ces types d'instruments 
n'ont été rencontrés dans aucun autre des nombreux gisements de 
cette époque. Nous considérons leur authenticité comme très sus- 
pecte, non seulement à cause de Tétrangeté des formes, mais surtout 
en raison des caractères de la taille. 

Complétons ces indications générales sur Tépoque chelléenne 
par la description de quelques-unes des stations les plus connues de 
cette première phase paléolithique. 

§ 11 ï. — Les alluvions de Chelles [Seine-et-Marne). 

Le gisement qui a donné son nom à cette période est situé sur 
^ un petit plateau , à Test du bourg de Chelles (Seine-et-Marne), près 
du lit de la Marne et à quelques mètres seulement au-dessus de 
son niveau actuel. 

On a reconnu dans ces alluvions, épaisses de 10 à 12 mètres, 
deux niveaux distincts : 

1* Une couche ou plutôt une série de couches chelléennes^ dont la 
base repose sur le tertiaire. Ces assises inférieures, bien en placeront 
livré la faune suivante : Elepkas antiquus^ Rhinocéros Mercki, 

1. Cf. d'Acy, BSA, 1891, p. 348. Sur les haches chelléennes, outre les tra- 
vaux de G. et A. de Mortillet, voir Gapitan, Les divers instruments chelléens 
et achealéens, CIA, 1900, p. 55, fîg. Certains sauvages modernes possèdent 
des « coups'de-poing v, dont le talon est enveloppé d'une boule de matière 
résineuse, Tacilitant l*empoignure de Tinstrument. 

î. Doigneau, Nos ancêtres primitifs, p. 63. 

3. Chouquel, Mat., 1881, p. 335. 

4. VoirRutot, /.« Préhistorique dans l'Europe centrale, 1904, p. 157 et suiv.. 
et Engerrand, Six leçons de préhist., p, 118. 

Manuel d'archéologie préhistorique. — T. I. :> 



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66 IV. ÉPOQUES CHELLÉENNE ET AGHEULBENNE 

Trogonlherium^ Ursus spelaeus, Hippopotamus amphibius^ Hyaena, 
spelaea^ Equus voisin de Tespèce terliaire appelée Equus Sleno- 
nis*. Celte assise est souvent agglomérée en partie par un ciment 
de carbonate de chaux [calcin) ; 

2° Au-dessus, une couche mous ter ienne^ dépôt caillouteux livrant 
des restes de la faune du mammouth, et ravinant la couche infé- 
rieure. 

On a recueilli au niveau chelléen de nombreux coups-de-poing- 
amygdaloïdes. De longues controverses se sont engagées sur le 
point de savoir si ces coups-de-poing représentent (sans tenir 
compte des simples éclats de taille) Tunique instrument chelléen. 
MM. G. et A. de Mortillet ont soutenu cette opinion, à coup sûr 
beaucoup trop absolue*. 

Les silex étant presque toujours récoltés par des ouvriers dans 
l'exploitation des sablières et non recueillis au cours de fouilles 
méthodiques, les observations stratigraphiques laissent parfois 
subsister quelque incertitude. Néanmoins il est impossible de 
révoquer en doute des faits attestés par des observateurs autorisés. 
Au dire de M. Ameghino, on aurait rencontré à la base du gise- 
ment de Chelles quelques objets assez analogues aux racloirs mous- 
tériens, d'ailleurs rares et de formes peu constantes, mais la 
pointe du Moustier ferait absolument défaut. 

Parmi les lames, très abondantes, le plus grand nombre ne 
seraient que des éclats de dégagement, dont beaucoup d'ailleurs 
auraient été utilisés. Aucune ne saurait être assimilée aux belles 
lames, longues et étroites, si abondantes dans les couches supérieures*. 

Tel est également l'avis de M. Chouquet, à qui Ton doit les pre- 
miers et les meilleurs travaux sur le gisement de Chelles. « Dans 
cette station, écrit cet auteur, le type de Saint-Acheul [c'est-à-dire 
le coup-de-poing amygdaloïdej se présente comme une industrie 
parfaite ; la hache est un instrument achevé qui s'applique à tous les 
usages en variant seulement de dimensions ; au contraire, la retaille 
sur un seul côté n'y apparaît que sur des pièces sans formes défi- 
nies, faites sans art et sans soins, destinées à un usage provisoire, 
c'est-à-dire comme simples accessoires *. » 

M. d'Acy est allé plus loin. Beaucoupdeces éclats sont, à son avis, 

1. Voir surtout Chouquet, Mat., 1881, p. 331, et Ameghino, BSA,1881,p. 560. 

2. Voir Le Préhist., 3» édit., p 556. 

3. Ameiçhino, BSA, 1881, p. 195. 

4. Mat., 1881, p. 336. 



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ALLUVIOnS CHEL.LÉENNKS SABLIÈRES d'aBBEVILLE ET DE TILLOUX 67 

des instruments véritables, taillés d'un seul coté, appartenant aux 
types classiques de Tépoque moustérienne : racloirs, pointes, grat- 
toirs*. M. d'Acy reconnaît d'ailleurs que ces pièces à taille unila- 
térale paraissent rares dans la couche inférieure de Ghelles, en 
comparaison des coups-de-poing, mais cette inégalité des récoltes 
résulterait de ce que les silex en amande auraient été Tobjet d'une 
sélection de la part des collectionneurs. 

De ces observations et de celles qu'ont procurées d'autres gise- 
ments de la même époque, dont nous parlerons plus loin, on peut 
conclure que Toutil amygdaloïde fut, comme nous l'avons dit, non 
point l'instrument exclusif, mais l'instrument dominant et 
le seul vraiment typique de Tépoque chelléenne, du moins dans 
les régions où, comme dans la France du Nord et du Centre, en 
Belgique et en Angleterre, les tailleurs de silex disposaient de la 
matière première indispensable à la confection de ces instruments. 
L'étude des silex de Saint-Acheul nous montrera toutefois qu'il 
estfauxde prétendre, comme l'avait tout d'abord soutenu M.'d'Acy, 
que les types d'instruments en silex ne varient pas durant tout le 
quaternaire inférieur et moyen. 

A Chelles même 2, M. Chouquet a d'ailleurs démontré que le 
niveau supérieur, à faune de mammouth, présente une industrie 
nettement distincte de celle du niveau inférieur chelléen. Le coup- 
de-poing ne persiste plus qu'à titre exceptionnel ; il est d'ailleurs 
plus petit et de forme lancéolée, comme ceux de la Micoque, 
^sèment acheuléen dont il sera question ultérieurement. Les véri- 
tables racloirs et pointes du Moustier apparaissent sous leurs 
formes définies ^. 

§ IV. — La position stratigraphique des alluvions chelléennes. 
Les sablières d'Abbeville et de Tilloux, 

On ne saurait avoir une idée précise de la place occupée par 
l'industrie chelléenne dans là succession des phases pléistocènes, 

1. D'Acy, BSA, 1881, p. 193. 

3. Sur le gisement de Chelles, voir Tindication des autres sources dans 
Heinach, Alluvions et cavernes, p. 109; — Consulter aussi G. et A. de Mortil- 
let. Le Préhist., ^* édit., p. 557, et la discussion entre MM. d'Acy et de Mor- 
tillet, BSA, 1891, p. 348;— A. de Lapparent, Traité de Géologie, 5« édit., III, 
p. 1691 ; — On trouvera plusieurs coupes des alluvions de Chelles dans BSA, 
1881, p. 196, 197, 559, 560. On y observe des failles et brisures dues à des 
mouvements du sol. 

3. Mat., 1881, p. 339. 



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68 IV. ÉPOQUES GHBLLBENNB ET ACHBULBENNB 

safns connaître les intéressants travaux des géolo^^ues qui, à la suite 
de Prestwich et de Lyell, ont étudié les terrains de cette époque 
dans le nord de la France. 11 est aujourd'hui bien démontré que 
sur une vaste zone, depuis Paris jusqu'à la Belgique, ces terrains 
se composent dune série de couches d'origine et de nature 
diverses, toujours superposées dans le même ordre. Leur base 
est formée par un lit de gros cailloux roulés [gravier de fond 
de Belgrand) ou diluvium. Au-dessus, s'étagent des lits de 
sables dont les couches supérieures, dites sables gras^ sont 
mélangées d'un dépôt limoneux. Viennent ensuite des limons cal- 
caires, appelés loess ou ergeron^ que surmontent des limons non 
calcifères, d'un rouge brun, dits terre à brique ou lehm. 

Les graviers et les sables formant la base de ces formations sont 
seuls d'origine fluviatile, tout ou moins dans les parties moyennes 
et basses des vallées. Ces graviers contiennent parfois de gros blocs, 
charriés à une grande distance de leur gisement originaire. C'est 
ainsi que des morceaux de granulite du Morvan, mesurant plu- 
sieurs décimètres dans tous les sens, ont été signalés dans les 
anciennes alluvions du Champ de Mars, à Paris * . Détachés des roches 
situées bien en amont dans les vallées, ces blocs témoignent de la 
violence des cours d'eau pléistocènes. 

Quant au loess, boue argileuse calcaire, de couleur jaune ou brun 
clair, il recouvre comme d'un vaste manteau non seulement la 
France du Nofd et la Belgique, mais encore, en Europe, les vallées 
du Rhin moyen et du Danube. Ces géologues ont émis des théories 
diverses sur l'origine du loess que les uns ont considéré comme une for- 
mation eo/eenne (amas de poussières soulevées par les vents), d'autres 
comme une boue provenant du ruissellement des eaux pluviales *. 

On doit à M. Ladrière, géologue à Lille, une étude approfondie 
des dépôts quaternaires du n^rdde la France indiquant exactement 
l'ordre de succession, le nombre, l'aspect et les caractères physiques 
de ces diverses couches de graviers, de sables et de limons. Des 
coupes multiples lui ont permis d'établir la série suivante *. 

1. A. de Lapparent, Traité de géologie, 5" édit., t. III, p. 1690. 

2. Voir ibid., p. 1697. 

3. J. Ladrière, Étude stratigraphique du terrain quaternaire du nord de la 
France (Annales de la Socitité géol. du Nord, t. XVI II, pp. 93 à 150 et 106 à 
277). Résumé par M. Boule dans Anthr.^ 1891, p. 437. — Voir aussi Gobselel. 
Esquisse géologique du Nord de la France, i" fasc. Terrains quaternaires. 
1903. 

Sur divers travaux ultérieurs de M. Ladrière, voir Anthr.^ 1892, p. 207. 



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ALLUVIONS CHELLÉENNES SABLIÈRES d'aBBBVILLE BT DE TILLOUX ^9 

^12. Limon supérieur, brun rougeôtre {terre à brique ou 
lehm), 
11. Limon fin, jaune d'ocre (ergeron), contenant parfois 
m. < des succinées. 

10. Gravier ou cailloutis supérieur, ordinaire "nent simple 
lit de petits éclats de silex. Parfois instruments 
moustériens. 
9. Limon gris cendré, parfois avec succinées et débris 

végétaux. 
8. Limon fendillé, brun rouge, divisé en petits frag- 
ments. 
7. Limon doux, jaunâtre, avec points charbonneux. 
6. Limon panaché, gris et jaune, parfois sableux. 
5. Gravier ou cailloutis moyen, à silex éclatés peu rou- 
lés. 
4. Limon noirâtre tourbeux. 

3. Glaise gris verdâtre ou bleue avec concrétions, dé- 
bris végétaux, succinées et quelques éclats de silex. 
2. Sable grossier, argileux. 

1. Gravier inférieur à éléments assez volumineux (ancien 
[ diluvium gris). Parfois des instruments chelléens. 



Cette succession a été reconnue exacte par les géologue» ^ 
Elle sert de base aux travaux actuels des préhistoriens sur les gise- 
ments du nord de la France. Ainsi les terrains pléistocènes de cette 
région comprennent trois assises. Celles des limons ou loess (11 et 
lll) présentent cette particularité remarquable de contenir Tune el 
Tautre à leur base une couche de graviers à éléments anguleux ou 
peu roulés, empruntés aux plateaux voisins, c'esl-à-dire d'ori- 
gine purement locale. Ces cailloutis moyens et supérieur différent 
donc en cela des graviers fluviatiles de l'assise inférieure. Leur 
présence au-dessous de chacune des assises H et IlI indique que les 
phénomènes ayant déterminé la formation du loess se sont mani- 
festés à deux reprises successives dans le nord de la France. 

Chacun des niveaux de la série est plus ou moins développé sui- 
vant les régions et Taltitude. Sur certains points quelques-uns 
sont naturellement réduits, par suite d'érosions ou d'autres causes, 
à Tétai de lambeaux, ou font même complètement défaut^, mais leur 

1. Boule, Une excursion dans le quaternaire du Nord de la France^ Anthr., 
1892, p. 426. 

2. Il va sans dire que la rivière a empêché, par exemple, le dépôt du 
limon, au voisinage de son lit. 



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70 IV. EPOQUES CHELLÉENNB ET ACHEULBENNE 

ordre naturel n'est jamais interverti, s'ils n'ont subi aucun remanie- 
ment. 

11 restait à déterminer la faune caractéristique de ces assises 
pléistocènes et à étudier leur relation avec les subdivisions de Tar- 
chéologie quaternaire. M. Ladrière n'avait réuni qu'un nombre 
restreint de faits paléonlologiqueset archéologiques. Il plaçait dans 
le gravier inférieur, à la base des dépôts (couche n° 1), la faune à 
ElephsLS primigenius et Rhinocéros tichorhinus et les silex chel- 
léens. Mais on cherchait alors en vain dans cette succession le 
niveau chelléen classique, caractérisé par la faune chaude de 
VHippopotamus, de VElephas anliquus et du Rhinocéros Mercki. 
Les découvertes de M. d'Ault du Mesnil dans les alluvions quater- 
naires des environs d'Abbeville ont comblé cette lacune. A la base 
des dépôts pléistocènes du Champ de Mars de celte ville, M. d'Ault 
du Mesnil a rencontré le niveau chelléen en stratification avec les 
niveaux plus récents à faunes de mammouth. Des instrumentis 
amygdaloïdes ou lancéolés, à bords sinueux, s'y trouvaient asso- 
ciés à une faune voisine de celle du pliocène supérieur (horizon de 
Saint-Prest, deCromer, etc.). Elle comprend lesespèces suivantes : 
ElephAs meridionalis ^ , Elephas anliquus, Elephas primigenius^ 
Rhinocéros Mercki^ Hippopolamus major, Sus scropha, un cheval, 
Cervus Belgrandi, Bison priscus, Trogonl herium, Machairodus, 
un ours, une hyène, etc. ^. 

Voici la coupe de l'ensemble de ces terrains du Champ de Mars 
d'Abbeville, relevée par M. d'Ault du Mesnil. Nous lui donnons la 
forme d'un tableau synoptique, indiquant les subdivisions archéo- 
logiques, d'après le texte de M. d'Ault du Mesnil, com- 
plété par des indications que nous devons à M. l'abbé Breuil, 
N^ous verrons que ces données sur la position stratigraphique du 
chelléen, de l'acheuléen et des autres subdivisions paléolithiques 
dans les alluvions du nord de la France sont confirmées par l'étude 
des terrains de Saint-Acheul, permettant de combler certaines 
lacunes. 



1. Peut-ûtre cet ^/. mé rid ionalis nesl-W, comme à Tilloux, dont nous allons 
parler, qu'une forme archaïque de Vantiquus, 

2. Voir d Ault du Mesnil, Noie sur le lerrain qualernaire des environs 
d'Abbeville, REA, 1896, p. 284. Cf. le compte rendu critique de M. Boule, 
Anlhr., 18D6, p. 694. 



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^ ALLUVIOÎÎS CHELLÉENNES SABUÈRES D^ABBEVILLE ET DE TILLOUX 71 



Limon brun, récent, avec nombreux silex ang:uleu.\ à patine blanche 
(limon de lavage de M. Ladrière). Stratiâcalion inclinée. Pierre polie 
et industrie grallo-romaine, mérovingienne, etc. *. 




10. Limon calcaire, jaune (ei*geron des géologues belges} à 
Elephas primigenins. Rare, sans f^une et sans indus- 
trie au Qiamp de Mars d'Abbeville*. 
9. Cailloutis de silex éelatés à patine blanche. 



1 




S 


8. 


Limon argilo-sableux, rouge, à Elephas primigenius ei 
industrie à la b^se. 


1 




"3 


7. 


Cailloutis de silex éclatés à patine blanche, avec quelques 


1 


S 


< 




galets tertiaires. 


"3 




6. 


Sable limoneux, jaunâtre, avec lits d'arjrile. Industrie 


î -=: 






à la base. 


-0 


-î: 




5. 


Petit lit de gravier. 






i-H 


4. 


Sables gris ou jaunes à Elephas primigenius et industrie 
à la base. 


^ 




< 


3. 


Graviers très roulés et sables intercalés à stratification 
contournée, enchevêtrée ; type des alluvions fluviatiles) 








avec El. primigenius et parfois El. aniiquus. Nom- 






breux blocs de grès. Silex taillés. Ravinent le dépôt 




c 






sous-jacent. 






2. 


Marne sableuse, grise (limon crayeux), A stratification 




9 


> 




horizontale, avec Elephas primigenius, El. aniiquus, 
El. meridionalisy Rhinocéros Merck i et industrie à la 






i 
< 


1. 


base. 
Gros gravier très peu roulé à stratification horizontale 
avec Ei. aniiquus, El. meridionalis et Rhinocéros 
Mercki. 



Les assises III-I de cette coupe correspondent respectivement aux 
trois assises de la classification de M. Ladrière. Quant à l'assise IV ou 
assise chelléenne à faune chaude, on peut la considérer comme une 
subdivision du groupe inférieur de Fassise de base 62 M. Ladrière 
(gravier et sable n°* 1 et 2). La couche inférieure de ce groupe, à 
Elephas aniiquus^ a été reconnue encore, à Test d'Abbeville, dans 
des carrière voisines de la route d'Arras, sous-jacente à la couche 

1. M. Gosselet a donné des détails intéressants sur ces sédiments holocènes 
de la région du Nord [loc. cit., p. 389). 

2. IaC limon supérieur ou lerre à brique, qui n'est que la partie sup rficicllc. 
décalcifiée et rubéfiée de l'ergeron, manque au Champ de Mars d'Abbeville: 
il a été enlevé par le ruissellement. 



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72 IV. ÉPOQUES GHELLéBNNB ET AGHEULEENNE 

supérieure avec Elephas primigenius K On remarque à Abbe- 
viilerassocialion de trois éléphants, particularité que Ton avait cru 
retrouver dans une importante station de la Charente. D'ailleurs, 
dans les couches 1 et 2, à la base des formations, les restes de 
Téléphant antique prédominent, tandis que les débris des deux 
autres proboscidiens sont peu abondants. L'outillage en silex de ces 
couches inférieures se compose d'instruments chelléens, lancéolés ou 
amygdaloïdes, taillés à larges éclats. Aux niveaux supérieurs, avec 
débris de mammouths, l'outillage se perfectionne et comprend des 
instruments taillés à petits éclats, de forme plus régulière, appar- 
tenant à rindustrie acheuléenne, et d'autres taillés sur une seule 
face. A côté des formes prédominantes, on remarque à chaque 
niveau la persistance des types anciens^. 

Dans la ballastière chelléenne de Tilloux, hameau situé entre 
Cognac et Jarnac ^, on crut tout d'abord reconnaître, comme à Abbe- 
ville, VElephas meridionalis *, On y recueillit en 1895, dans une 
couche d'alluvions assez faible (entre 3 et 4 mètres) des haches 
amygddoïdes, associées à des débris de Rhinocéros Merckiei d'une 
forme de VEl. aniiqaus, si voisine du meridionalis que les paléontolo- 
gistes la classèrent tout d'abord à cette espèce. Bien que l'éléphant 
antique domine à Tilloux, quelques molaires de mammouth y ont 
été trouvées, provenant, semble-t-il, du même niveau que les débris 
de VElephas antiquus et même d'un niveau inférieur. Comme 
on ne distingue dans les alluvions de Tilloux aucune trace de rema- 
niement et que la couche paraît homogène ^, il faut admettre qu'elle 

1. Gosselet, loc, cil,, p. 366. 

2. Le mémoire de M. d'Ault du Mesnil ne contenant aucun dessin, il est par- 
fois difficile, d'après les descriptions du texte, de se faire une idée précise de 
l'outillage ; mais quelques silex et débris fossiles des environs d'Abbeville 
sonl reproduits dans la brochure publiée sous le titre: La Sociélé^ VEcole et 
le Laboratoire d'Anthropologie de Paris, à V Exposition universelle de i8S9, 
chap. II. Plusieurs sont figurés dans la notice de M.Capitan, Lesdivers instru- 
ments chelléens et acheuléens compris sous la dénomination unique de coup- 
de-poing, CIA, Paris, 1900, d. 55. 

3. Commune de Bourg-Charente. 

4. Sur le gisement de Tilloux, voir: Chauvet, Le grand éléphant fossile de 
Tilloux, Soc. arch. Charente, 16 juillet 1895; —Boule, La Ballastière de Til- 
loux, Anthr., 1895, p. 497 ; — Capitan, Une visite à la ballastière de Tilloux, 
RËA, 1895, p 382 ; — M. Chauvet donne une bibliographie détaillée dans son 
ouvrage. Stations humaines quaternaires de la Charente (statistique, p. 239). 

5. D'après les observations personnelles de M. Capitan, il y aurait cepen> 
dant à Tilloux un niveau supérieur acheu.léen 'REA, 1900, p. 388). Voir dans 
cet article une coupe de la ballastière. 



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TUFS DE LA CBLLE-SOUS-MORKT GISEMENT DE CERGY 73 

appartient à une basse époque chelléenne, alors que de rares mam- 
mouths, avant-garde d'une faune nouvelle, apparaissaient déjà, à 
côté des représentants d'une faune chaude ancienne, encore voisine 
de celle du pliocène supérieur. La coexistence du mammouth et de 
VE/ephas anliquus constitue un phénomène assez commun, surtout 
au niveau acheuléen-. L'association des trois principales espèces 
d'éléphants fossiles dans nos pays est au contraire très rare, comme 
nous Tavons dit plus haut ; elle se place à une phase ancienne 
dont les gisements ne sont qu'en nombre très limité ^. A la hache 
amygdaloïde, qui domine à Tilloux, sont associés des instruments 
à faciès fruste, peu typiques ^. 

§ V, — Les tufs de la Celle-sous-Moret {Seine-ei Marne). Le gise- 
ment à corbicules de Cergy [Seine-et-Oise], 

Les géologues désignent sous le nom de tufs des formations cal> 
caîres, déposées par des eaux de suintementchargées d'acide carbo- 
nique. Elles contiennent souvent des empreintes végétales, des 
coquilles terrestres et des larves d'insectes. « L'époque pléistocène, 
écrit M. de Lapparent, ayant été traversée par plusieurs phases de 
grande humidité, il est naturel qu'elle ait vu se produire, au débou- 
ché des sources, des incrustations ou tufs d'une certaine impoiv 
lance. Les exemples en sont nombreux dans le département de la 
Seine » '. 

Parmi les plus connus se place le gisement de La Gelle-sous- 
Moret, étudié à maintes reprises depuis sa découverte, en 1874. La 
masse tuffeuse, épaisse de 8 à 15 mètres, et dont quelques portions 
présentent assez de consistance pour servir de matériaux de cons- 
truction, repose en partie sur un escarpement tertiaire, en partie 
sur des alluvions anciennes du fond de la vallée de la Seine *. G. 
de Saporta reconnut par l'étude des empreintes végétales, que la 
flore de La Celle comprenait l'arbre de Judée, le figuier, le laurier 
des Canaries, le buis, le fusain à larges feuilles. Ces espèces qui ne 
croissent plus spontanément dans la même région correspondent 
évidemment à un climat plus régulier, plus humide, et plus doux que 

1. Boule, Anthr.^ 1895, p. 506. Sur ces stations, voir d'Ault du Mesnil. 
REA, 1890, p. 285. 

2. Boule, loc. cit., p. 509; — M. A. de Mortillet {Le Préhiat.y p. 382) invoque 
ici encore Thypothèse des remaniements. 

3. Traité de géologie, 5* édlt., III, p. J703. 

4. Voir la coupé dans REA, 1895, p. 319. 



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/4 IV. EPOQUES GHELLEENNE ET AGHEULEENNE 

le climat actuel. Toutefois, d'autres indications, telles que la présence 
du sycomore, d'un mollusque alpin et de restes- de marmotte * , 
placeraient ce gisement chelléen à un niveau un peu plus élevé que 
celui des alluvions inférieures de Chelles. Tout d'abord, les 
silex de type chelléen s'étaient rencontrés seulement à la 
partie supérieure de l'assise la plus élevée du dépôt. En 1893-94, 




Fig. 19. — Valves de Corbicula fluminalis. Gisement de Cergy «. 

on en recueillit d'autres à des niveaux un peu inférieurs, sous une 
épaisse couche de tuf '. Tous ces silex, sauf quelques éclats, appar- 
tiennent au type amygdaloïde à taille bi-faciale ; la régula- 
rité de leur forme varie, tout en étant inférieure à celle des haches 
de Saint-Acheul *. 

Certains graviers de l'époque chelléenne sont caractérisés par 
des coquilles d'un mollusque d'eau douce, qui appartient actuel- 
lement aux fleuves de l'Afrique et de l'Asie. Au même titre que 
les molaires de l'éléphant antique, les valves de ce mollusque, la 
Corbicula fluminalis (fig. 19] témoignent de la douceur du climat 
chelléen. La station la plus connue, parmi les gisement à corbicules, 
est celle de Gergy, prùs Pontoise. Elle est située à 7 mètres au-des- 
sus du niveau de l'Oise. La couche inférieure de cette sablière a 
livré tout à la fois des silex chelléens et de larges éclats dilTérant 



t. A. de Lapparent, loc, cit., p. 170 S. 

2. Laville, BSA, 1898. p. 65. 

3. Le nombre total des pièces récoltées alors est d'environ 32, dont 23 font 
partie des collections de l'Ecole danthropolojçie ; quelques-unes portent encore 
des incrustations calcaires. Plusieurs gisaient en groupes ; cf. RE A, 1895. 
p. 321. 

i. Outre les travaux anciens de MM. Chouquct, Tournouër, G. de Saporta, 
G. de Mortillet, relatifs à la station de la Celle, voir E. CoUin, Reynier et A. de 
Mortillet, Découverte de silex taillés dans les tufs de la Gelle-sous-Moret. 
REA, 1895, p. 318, et BSA, 1895, p. 520 ; — Le Prèhisi., 3" cdit., p. 475 et pas- 
sim. 



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TUFS DB LA GELLE-SOUS-MORET GISEMENT DE CERGY 75 

les formes moustériennes vraiment typiques (fig. 20) *. La faune 
x)mprend notamment, outre la Corbicula^ Téléphant antique et un 
iiiDOcéros qui parait plus ancien que le tichorhinuSy mais on y 
emarque aussi la présence du mammouth ^. Là encore ce pobosci- 
lien annonce la Un de la période chaude, mais il n'est représenté 



Fig. 20. — Silex recueillis à Cergy ». 

que par une dent, tandis qu'on a noté la présence de neuf débris 
(ïElephas antiquus dans le même gisemsnt. Nous croyons donc 
devoir maintenir ce dernier au groupe chelléen, plutôt qu'à 
Tacheuléen, phase où prédomine le mammouth. L'examen des 
faits nous permet ici de constater une fois de plus la difficulté 
qu'éprouve le préhistorien à enfermer dans le cadre d'une classifi- 
cation rigoureuse les épisodes complexes de Tère quaternaire *. 



1. LaviUe, Le gisement chelléo- mous ter ien de Cergy, BSA, 1898, p. 56-69 et 
IS99, p. 80. 

i. Voir notamment, comme type moustérien, le beau racloir publié par 
M. LaviUe, loc. cit., p. 61. 

3. Laville, ibid., p. 60. 

V. Pour M. Rutot, Cergy, comme les stations chelléennes classiques, appar- 
tiendrait à l'époque du mammouth. La plus ancienne phase quaternaire, celle 
de l'éléphant antique, n'aurait connu qu'une industrie rudimenlaire,éoh'/At(/ue. 
se divisant en étages reulelien, reutelo-mesvinien ou mafflien el mp.svinien. 
V'oir Rutol, Le Préhisl. dans V Europe centrale^ passim, et tableau résumant 
la classification de l'auteur, à la fin du volume. — Du même, Elude géol. el 
nnlhr. sur le gisement de Cergy (Bull. Soc. Anthr. Bruxelles, 1902). Eii ce qui 
concerne Gergy, M. Laville a redressé les assertions erronées de M. Uulot. 
^A. 1902, p. 742. 



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76 IV. épOQUES GHBLLÉENNE ET AGHEULBENISB - 

§ VI. — La station de Taubach [Saxe-Weimar), La Grotte d 
Prince, près Menton, 

Des découvertes récentes nous ont fait connaître divers gisement 
où la faune du Rhinocéros Mercki et de YElephas aniiquu 
accompagne une industrie tantôt atypique^ c'est-à-dire se compo 
sant d'éclats grossiers, en quelque sorte amorphes, tantôt voisine d( 
rindustrie moustérienne. 

L'absence du coup-de-poing classique des stations du nord d< 
la France ne saurait surprendre, dans les régions où les beau] 
rognons de silex de nos terrains crétacés faisaientdéfaut. C'est pour- 
quoi, comme nous Tavons dit, le véritable critérium de classifîcalior 
du paléolithique inférieur et moyen peut être revendiqué par h 
paléontologie. Jusqu'à Tépoque du Renne exclusivement, rarchéo- 
logue se trouve en présence d'une industrie souvent trop rudi- 
mentaire pour être toujours caractéristique. Pour se guider dans 
Tétude de ces temps obscurs, il ne saurait, sans une téméraire 
présomption, s'écarter du fil conducteur que lui procurent les 
sciences naturelles. 

La station de Taubach (Saxe-Weimar) fut découverte en 1870. 
Klle est située sur une terrasse dominant de trente pieds la vallée de 
rilm,à un mille au sud-est de Weimar K Les foyers quaternaires de 
ce gisement sont cimentés d'un tuf calcaire dont on explique la 
formation par l'hypothèse d'un lac qu'aurait alimenté l'Ilm. Le 
campement préhistorique installé au bord de ce lac aurait été plus 
tard submergé par les eaux. La faune mammologique de Taubach 
comprend notamment les espèces suivantes : Elephas antiquus. 
Rhinocéros Mercki, Ursus arctos, Bos priscus, Hyaena spelaea^ Sus 
antiquus, Pohl, Equuscaballus, Cervuseuryceros, Cervas capreolus, 
Castor fiber, Capra sp. ^. Les empreintes végétales ont permis de 
reconnaître, parmi les éléments de la flore, le bouleau, le laurier el 

1. Voir Klaatsch, dan8L'f//iirer« et L7/iimaFit7e,de Kraemer, édit. franc., t. H. 
p. 269. Cet ouvrage contient la plus récente notice 8ur la station de Taubach. 
M. S. Rcinach a publié dans TAnf/ir., 1897, p. 53, un résumé détaillé des 
monogi*aphies allemandes de MM. Virchow, Goetze, Klopfleisch, Portis, etc.. 
résumé auquel nos lecteurs se reporteront pour l'indication des sources ; — 
Voir aussi Lissauer, BAG, 1902, p. 279. 

2. C'est à tort que l'on a si^^nalé dans la même couche VEUphas primige- 
m'us et même le renne. Cf. Reinach, loc. cit., p. 55 et Oberraaicr, Anthr.^ 
1905, p. 23. 



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f 



STATION DE TAUBACH — GROTTE DU PRINCE 77 

[ 

pdes cooifères, indiquant une température douce mais nullement 
tropicale ou subtropicale *. 

L*ou(iila^e comprend des instruments de pierre (silex, porphyre 
faarlzeux, jaspe noir) si primitifs et si peu typiques (f}g. 21) 
que souvent on n'oserait affirmer leur origine industrielle, s'ils 
ne provenaient des foyers. Ce sont de véritables « éolithes », 
"les éclats informes, dont certains ne sont classés que par une abusive 



Fig. 21. — Outil en pierre. Taubach*. 

déoomiDation parmi les silex dits moustériens. Les chasseurs d'élé- 
phants de Taubach n'avaient pas à leur disposition les gros rognons 
siliceux, communs en France et en Belgique. La pauvreté de leur 
industrie s'explique par celle de la matière première. On a cru, 
mais sans certitude, reconnaître sur certains os les traces d'un tra- 
vail rudimentaire. Les petits silex de Taubach ne pouvaient évi- 
demment composer le principal armement de ces chasseurs, dans 
leurs luttes contre de redoutables fauves. Il ne faut pas oublier que 
le sauvage quaternaire devait d'ailleurs porter une lourde massue. 
Mais c est à l'aide de pièges et de fosses qu'il capturait sans doute 
les animaux de grande taille. 

A Taubach, plusieurs os de VElephas anliquus et du Rhinocéros 
Mercki paraissent avoir subi l'action de feu. Les chasseurs dépe- 
çaient sur place les gros animaux adultes, abattus dans leurs expé- 
ditionsde chasse, lis ne rapportaient à leurs huttes que les jeunes 
sujets et certaines parties choisies des adultes (la tête, le cou, les 
cuisses) ^. 

I. Klaatsch, i7>td., p. 272. 

î. S. Reinach (d'après Goetze), Anthr., 1897, p. 57. 

3. En 1880, d'après Portis, sur trente grands os de rhinocéros, apparlenanl 
à une trentaine d'individus, on ne possédait qu'un tragmenl de cAte et pas 
une vertèbre dorsale ou lombaire. S. Reinach, loc. cit., p. 58. 



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78 IV. épOQUBS CHBLLBBNNE ET ACHEULÉENNE 

La station de Taubach, que les Allemands ont nommée, non san 
exagération, une Pompéi diluviale, présente un intérêt spécial ei 
raison de sa situation géographique. La région de Weimar ne fu 
atteinte que par la glaciation principale ou avant-dernière glaciation 
Or, si Ton en croit M. Klaatsch, professeur d'anatomie à Heidel 
berg, les foyers quaternaires de Taubach reposeraient au-dessus de 
dépôts de cette glaciation et appartiendraient par conséquent à h 
dernière période interglaciaire *. Les origines de Thumanité s< 
trouveraient ainsi rajeunies. La faune à Elephax aniiquas aurail 
survécu à la grande glaciation. Mais d'autres savants ayant ii>ter- 
prété différemment le gisement de Taubach, il faut, comme nou! 
Tavonsdéjà dit, attendre des travaux ultérieurs Téclaircissement du 
problème et considérer comme non encore résolue la question 
importante de la position stratigraphique du chelléen, par rappoH 
aux phases glaciaires. 

Les grottes des Baoussé-Roussé ou de Grimaldi, — De récente** 
découvertes dans les grottes des Baoussé-Roussé *, près de Menton, ont 
confirmé lesindicationsarchéologiquesdonnées par legisementdeTau- 
bach, et démontré que, dans certaines régions, Tindustrie duquater- 
naireinférieur se composait d'instruments beaucoup plus primitifs que 
le coup-de-poing chelléen. Peu de stations préhistoriques possèdent 
une notoriété égale à celle de ces grottes des Baoussé-Roussé ou 
de Grimaldi, situées en Italie, commune de Vintimille, hameau de 
Grimaldi, à quelques centaines de mètres de la frontière française. 
On les désigne souvent sous le nom de Grottes de Menton, en 
raison de leur voisinage immédiat avec cette ville. 

Ces excavations, jadis au nombre de neuf et dont quelques-unes 
ne sont que des abris, s'ouvrent sur la mer qu'elles dominentd^une 
hauteur de 27 mètres environ. Voici les noms et les numéros 
d'ordre de celles que nous aurons à citer dans cet ouvrage : 

1. Grotte des Enfants ^. 

4. Grotte du Gâvillon. 

5. Grotte Barma Grande. 



1. Klaatsch, loc. cit., p. 273. 

2. Ce» mots signifient Les Grottes rouges en dialecte mentonnais. Le nom 
de Grotte de Grimaldi a été proposé au congrès international de Monaco, en 
1906. 

3. On les a numérotées à partir du ravin de Saint-Louis, qui sépare la 
France de ri talie. Nous ne parlerons pas dans ce chapitre des fouilles anté- 
rieures à celles du prince de Monaco, parce qu'elles n'ont pas amené la décou- 
verte de foyers à faune d'hippopotame. 



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I STATION DE TAUBACH GROTTE DU PRINCE 79 

' 7. Grotte du Prince. 

r 

9. Grotte de Gerbaï. 

Jusqu'à ces dernières années, on ne parlait des Grottes de Men- 
ton, dans les travaux de préhistoire, qu'à partir du pléistocène 
supérieur. Les fouilles de M. Emile Rivière, le premier qui les ait 
méthodiquement explorées, avaient déjà permis de faire remonter 
leur occupation à la fin des temps quaternaires, maison était loin de 
pressentir que cette date initiale serait quelque jour reculée jusqu'à 
l'aurore de cette époque. Quelque surprenante qu'ait été cette cons- 
lataLioQ, elle résulte néanmoins des mémorables explorations entre- 
prises récemment par les soins du Prince de Monaco * . La grotte 
n** 7, dite maintenant Grotte du Prince^ encombrée jusqu'à sa voûte 
d'un remplissage stratifié, dû aux agents physiques plus encore 
qu aux apports de l'homme, fut complètement vidée au cours de 
ces fouilles. On y reconnut de nombreux foyers superposés, sou- 
vent séparés par des couches stériles, correspondant à des périodes 
d abandon temporaire. Pendant une phase extrêmement longue du 
pléistocène, des tribus de chasseurs y avaient, h diverses reprises, 
élu domicile. La durée de leurs séjours successifs, comme l'établissent 
des observations précises d'ordre stra tigre phique et paléontolo- 
^que, correspond presque en entier à celle des temps quaternaires. 
Elle représente une période dont la fin appartient à un horizon 
reculé de l'époque du Renne et le début à l'époque de l'hippopo- 
tame, de l'éléphant antique et du rhinocéros de Merck. Ces foyers 
superposés ont été désignés, de haut en bas, par les lettres A-Hl. 
Dans les foyers B, M. Boule a reconnu la présence du renne, tan- 
dis que les dépôts inférieurs Det E étaient datés par les trois espèces 
de la faune chaude que nous venons de nommer. Un. autre sujet 
d'étonnement attendait ici les préhistoriens, ceux du moins qui regar- 
deraient encore l'outil amygdaloïde comme un critérium infaillible 
de classification chronologique. A la faune chelléenne s'associaient 
des instruments de pierre ne se rapprochant nullement du coup-de- 
poing, mais apparentés aux types moustériens . Ici, comme à Tau- 

l. Le compte rendu de ces fouilles, est en partie imprimé et formera un 
ouvrage en deux volumes, comprenant plusieurs fascicules. Voici les divisions 
de Touvrage : Tome I, fasc. 1, Historique et description, par M. le chanoine 
de Villeneuve; fasc. 2, Géologie et paléogéogr&phie, par M. Boule; fasc. 3, 
Paléontologie par le même ; tome II, fasc. 1, Anthropologie par M. le 
D* Vemeau; fasc. 2, Archéologie par M. Cartailhac. Un résumé du fasc. 2 
du lome l a été publié par M. Boule dans Anthr., 1906, p. 257. 

Consulter également CIA, Monaco, 1906 {sous presse). 



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80 IV. ÉPOQUES CHBLLÉENNE ET ACHEULÉENNE 

bach, les tailleurs de silex n'eurent pas à leur disposition la matière 
première qui assurait aux tribus chelléennes de la France du Nord 
et de la Belgique les grands et beaux instruments amygdaloïdes. 

Nous reviendrons à diverses reprises sur les célèbres grottes de 
(irimaldi. Elles nous réservent des informations précieuses 
pour la connaissance du paléolithique supérieur ou époque du 
Renne. Nousy trouverons en place des sépultures decette période, 
alors que celles de Tépoque chelléenne, si toutefois les tribus 
humaines ont alors inhumé leurs morts, font jusqu'à ce jour com- 
plèlement défaut. Aucune autre de ces grottes n'a livré comme 
celle du Prince, dans ses dépôts inférieurs, cette même faune de 
rhippopotame. 

Dans Tune de celles qu'a explorées le Prince de Monaco, la 
Grolte des Enfants [\\^ 1), on rencontra bien à la base du remplissag-e 
le rhinocéros de Merck, mais il n'était plus accompagné de Télé- 
phant antique et de l'hippopotame. Or, la présence du rhinocéros 
n'est pas toujours suffisante, comme on l'a vu plus haut, pour 
caractériser le pléistocène inférieur. Ce pachyderme paraît avoir 
survécu dans nos contrées à ses deux compagnons habituels. 
D'ailleurs, dans ces mêmes couches inférieures de la (irotte des 
Enfants, VUrsus arctos, en même temps que VUrsus spelaeus^ 
étaient associés au rhinocéros de Merck *. Nous verrons que les 
niveaux supérieurs de la Grotte des Enfants, contenant d'impor- 
tantes sépultures superposées, se classent au pléistocène moyen et 
supérieur. L'assise de base, celle à restes de rhinocéros, paraît 
dater de l'aurore de Tâge du mammouth, époque à laquelle on 
peut encore rapporter le gisementde Krapina (Croatie) que d'autres 
classent au chelléen, en raison de la seule présence du rhinocéros 
de Merck. 

§ VII. — L'époque acheuléenne. 

Entre l'époque chelléenne à faune chaude ou tempérée, inter- 
glaciaire, et l'époque moustérienne à faune froide glaciaire, se place 
une période de transition appelée époque acheuléenne, du nom de 
la station de Saint- Acheul, à Amiens ^. Les alluvions de Saint- Acheul, 

1. Boule, Anthr., 1906, p. 268. 

2. Voir la bibliojfraphie ancienne dans S. Reinach, Allnt. el cavernes, 
p. 112. Les travaux récents, indiqués ci-après, ont permis de déterminer la 
véritable place des couches acheuléennes à Saint- Acheul et rectifié à ce siyet 
bien des erreurs et des confusions. 



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L*ÉPOQUE ACHEULÉENNE 8t 

situées sur un plateau aujourd'hui presque couvert de construc- 
tions, à 26 mètres au-dessus de la Somme, ont été signalées à par- 
tir de 1854 par le D"^ Rigollot. Elles ont livré des milliers de haches 
ovales ou amygdaloïdes, mêlées à des outils moins typiques. Trois 



Fig. 23. — Instrument» achculcens, d'après Capitan >. 

formes principales d'instruments se rencontrent dans les gisements 
acheuléens : la hache amygdaloïde ou coup-de-poing, moins volu- 
mineuse et moins grossière que précédemment (fig. 22); des éclats 
retouchés, formant parfois des pointes et 
des racloirs ; enfin des disques (fig. 23) qui 
ne sont en réalité que des coups-de-poing 
de forme circulaire. 

La hache acheuléenne est caractérisée par 
une taille plus soignée que celle des haches 
chelléennes et par un poids en général plus 
léger. L'ouvrier ne se contente plus de dé- 
grossir à grands éclats le noyau de pierre 

dure. Il façonne à Taide de retouches plus Fi^,'. 2,t.— Disque achcu- 
nombreuses et plus habiles un instrument l<^'en, musée de Sainl- 
au galbe régulier, aux contours géomé- crmam. 
triques ; les bords, autrefois sinueux, deviennent rectiligries et 

l. Capitan, CIA, 1900, p.' 59, fig. 7 et 8. Le premier provient d'Abbeville, 
coll. d'AuIl du Mesnil; le second fait partie de la coll. Feineux. 

Manuel d'archéologie préhistorique. — T. I. 6 



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82 IV. ÉPOQUES CHBLLÉENNE ET ACHEULÉENNB 

plus tranchants, et le poids diminue par suite de la réduction de 
répaisseur. Parfois l'instrument est formé non plus d'un rognon de 
silex, mais d'un large éclat détaché de ce rognon et soigneusement 
retaillé sur les deux faces. 

L'utilisation systématique et la retouche habile deséclats comptent 
parmi les particularités caractéristiques de Tinduslrie acheu- 
léenne. Elles marquent le passage à Tindustrie moustérienne où 
cette technique se développera presque exclusivement. 

Parmi ces éclats acheuléens, il en est auxquels leur forme ovale, 
assez régulière et assez constante, a permis de donner une dénomina- 
tion spéciale: ils sont connus sous le nom d'éclats de type I^valloù 



1 2 

Fig. 2ê. — Éclat Lcvallois ^d'après G. et A. de Morlillel-. 

(fig. 24), en raison de leur abondance dans les alluvions pléisto- 
cènes de Levallois-Perret, près Paris *. Une des faces est plane 
ou du moins ne présente que le bulbe de percussion ; Tautre face 
est parfois taillée à facettes et plus généralement presque sans 
retouche. 

Les disques abondent dans quelques stations acheuléennes. A 
vrai dire, on ne saurait y voir que Tune des nombreuses variétés 
de l'instrument désigné sous le terme générique de coup-de-poing. 



1. A. de Morlillet, BSA, 1891, p. 363. Plusieurs de ces éclats Levallois, pro 
venant de Sainl-Acheul, sont figurés dans un article récent de M. Gommont, 
ISinduslrie des graviers supérieurs à Saint-Acheul, REA, 1907, p. 14. Ils sont 
abondants à ce niveau des graviers supérieurs dont nous parlerons ci-après. 



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I 



LBPOQUE ACIIEULÉENNE 83 



Cet outil servait à trancher, à percer et à racler. Les variétés 
'ie forme répondent à ces usages divers * . 

La faune acheuléenne, comme l'outillage industriel, indique 
{approche des temps moustériens. Le mammouth et le rhinocéros à 
oârines cloisonnées [Rhinocéros tichorinus) apparaissent, descendant 
«ies répons du Nord. Leur toison laineuse leur permettra de sup- 
porter le froid de la période glaciaire. Cependant, durant Tacheu- 
léen, YElephas antiquus, tout en devenant rare, coexiste à côté du 
mammouth. Le rhinocéros de Merck disparut également après 
lliippopotame *. 

Le gisement de Saint-Acheul etTépoque acheuléenne ont donné 
matière à de nombreuses discussions. M. d'Acy voulut supprimer 
celle subdivision archéologique du paléolithique, en affirmant que 
dans les formations de Saint-Acheul, alluvionset limons, l'industrie 
qualemaire ne présentait aucune dilférence d'aspect, du haut en 
bas des couches. Or, cette assertion est absolument erronée, 
crameront reconnu MM. d'Ault duMesnil, Capitan et Breuil. 

La coupe des sablières de Saint-Acheul permet d'y reconnaître les 
trois assises classiques du quaternaire de la France septentrionale ***. 
Vautre part, les travaux récentsdeM. Commontontachevéde mettre 
en évidence l'évolution constante des instruments de silex, aux 
divers niveaux de ces assises *. Les types chelléens, achculéens cl 

^ M. Capilan dislinj^uc huit types principaux d'instruments achculéens: 
'* lancéolé fprand. moyen ou minuscule); 2" en biseau ; 3* à tranchant laté- 
J^l; 4" torse ; 5* avec encoche ; 6* ovale avec poinlc;"" ovale régulier; S" dis- 

. coWe, variété minuscule de ces trois derniers {Les divers instruments chel- 
^ns et arheuléens, CIA, Paris, 1900, p. 61).'— Avec MM. de Mortillcl, il 
ùnporte d'établir une distinction entre les disques acheulcens dérivés du coup- 

I Ac-poiûg 'Abbeville, Saint-Julien-de-la-Liègue ^Eu^e), etc.), et les disques à 
grands éclats de certaines assises inférieures du quaternaire fpar exemple 
MesvJD, prés Mons, Belgique). Ces derniers ne sont que des nucléus ayant 
àonuh des éclats triangulaires {Le Préhistorique, 3* édit.. p. 102). 
2- Cf. plus haut, p. 51. 

3. Voir la coupe d'une sablière de Saint-Acheul, donnée par M. Ladrière et 
reproduite dans BSA, 1894, p. 190. 

*. Commont, professeur à TEcole normale d'Amiens, Contribution à iétude 
^^ silex taitlés de Saint-Acheul et de Montières, Bull, de la Soc. Lin- 
néennc du nord de la France, 1905, p. 202 ; — Découverte d'un atelier 
paléolithique ancien à Sainl-Acheul, ibid. ; — Les découvertes récentes 
^}^ijd'Acheal: VAcheuléen, REA, 1906, p 228 : — Lindustrie des gra- 
f^f^s snperiears à Saint-Acheul, BEA, 1907, p. 14. C'est à la base des deux 
niveaux achculéens que M. Commont a découvert un atelier en 1905. Outre 

^ ^^e masse considérable d'éclats de débitage, cet atelier a livré un grand 
«ombre de nucléus et d'instruments divers: percuteurs, enclumes, racloirs, 

1 P'îlloirs, pointes, lames et « coup-de-poing ». 



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84 IV. ÉPOQUES CHELLÉENNE ET ACHEULÉENNB 

moustériens apparaissent successivement aux mêmes horizons stra- 
tigràphiques que dans les alluvions d'Abbeville. 

L'industrie chelléenne, caractérisée par de grossiers coup-de- 
poing, taillés à grands éclats et à bords sinueux, se rencontre dans 
les gros graviers et les sables maigres du groupe inférieur de l'assise 
de base. L'industrie acheuléenne prend naissance au sommet de 
cette même assise, à la base d'une couche de sables gras. On la 
retrouve, plus évoluée, dans les limons rouges fendillés de l'assise 
moyenne (Ladrière, couche n° 8). Les types de l'acheuléen ancien 
comprennent des haches ovales et minces, à tranchant rectiligne, 
taillées à petits éclats, instruments que l'on ne saurait confondre 
avec les coup-de-poing épais et souvent grossiers des niveaux 
chelléens. A cet outil ovale caractéristique sont associés des per- 
cuteurs et un grand nombre de petits instruments parmi lesquels 
apparaissent déjà, au milieu deséclats de débitage, des formes dites 
pointes, racloirs et grattoirs, ainsi que de nombreuses lames utilisées. 
A l'acheuléen supérieur, les haches jusque-là ovales, passent à la 
forme lancéolée. Elles se terminent par une pointe taillée avec un 
art délicat. Les petits instruments, grattoirs, racloii^ et lames, les 
accompagnent comme précédemment et se multiplient davantage. 

Le gravier ou cailloutis supérieur (Ladrière, couche n° 10) livre 
des instruments à faciès moustérien dont nous parlerons au chapitre 
suivant. 

Enfin les lames probablement correspondantes à l'industrie de 
l'époque du Renne apparaissent sur l'ergeron (n^ 1 1 ) ou à la base de la 
terre à brique qui le surmonte, ou parfois dans cette dernière couche 
elle-même *. 

Il résulte de ces constatations qu'il ne saurait être question de 
supprimer de la classification du paléolithique l'horizon acheuléen, 
nettement défini par la stratigraphie et l'archéologie. Des observa- 
tions attentives permettent même d'y reconnaître des subdivi- 
sions qui ne semblent pas exclusivement locales. 

On peut admettre toutefois que dans le nord de la France, où 
rinclustrie mountérienne pure, <;elle des grottes méridionales aver 



1. «' Lames majçdalénicnnes à patine blanche ou bleuùtre, analogues à celles 
trouvées à Montières, Henancourl, AilIy-sur-Somme et Belloy-sur-Somme ». 
Commont, Contribution, p. 11. M. l'abbé Bieuil a reconnu également les types 
de silex de l'époque du Henné dans lergerondc Saint-Acheul (lames du niveau 
de Maudrecr)urt, CPV, 1905, p. 179 . La terre à brique contient les outils néoli- 
thiques. 



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l'époqur agheuléenne 85 

poiivlcs et racloirs typiques, est assez rare, Tacheuléen supérieur 
ait été déjà synchronique avec la période moustérienne des pro- 
vinces du midi ^ 

Dans le haut bassin delà Garonne, où le silex fait défaut, Tindus- 
Irie paléolithique inférieurea utilisé le quartzite (fig, 25). Cette roche 



Fig. 25. — Instrument en quartzite. Caverne de l'Herni (Ariège) *. 

n'étant pas susceptible d'une taille aussi réfçulière que le silex, 
loutillajçe des gisements du sud-ouest présente souvent un aspect 
primitif. Mais la faune, caractérisée par VElephas primigenius, le 
Rhinocéros tichorhinus, \sl Felis spelaea^ etc., est celle de Tacheu- 
léen et du moustérien. Nous avons dit que le chelléen à faune 
chaude manque jusqu'à ce jour dans le sud de la France. Parmi ces 
instruments de quartzite de la région pyrénéenne, les uns se rat- 
tachent par leur forme aux types de Saint- Acheul, les autres aux 
types du Moustier '. J ' < 

Les beaux silex acheuléens recueillis depuis longtemps sur les 
plateaux de la Vienne, de la Charente et du Bergeraçois, en diverses 
localités, se recommandent au contraire par la finesse de leur taille 
et la régularité de leurs contours *. 

1. Obermaier, Beitrage zur Kenniniss des QuartUrs in den Pyren'àen, Af A. 
l»0«, i, p. 306. 

2. rVappés CarUilhac, Anthr., 1894, p. 3. 

3. Sur les slations de cette «province des quartzite»»», consulter Cartailhac. 
Qaelqaes /a({« nouveaux du préhist. nncien des Pyrénées, Anthr., 1H94, p. 1, 
et la récente étude de M. Obermaier. loc. cit., p. 305. 

i- Voir les sources dans S. Reinach, AUuvions et cavernes, p. 126-127. 



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86 IV. ÉPOQUES CHELLÉENNE ET ACHEULÉENNE 

§ VIII. — Le gisement de la Micoque (voir H^. 27). 

Un des gisements les plus connus de l'époque acheuléenne esl 
celuide la Micoque, commune de Tayac (Dordogne) ^ Cette station 
est située à flanc de coteau, sur une déclivité en pente douce que 
couronnait peut-être une falaise rocheuse. Mlle est expose e au sud- 



Fig. 26. — Silex et ossements de la Micoque (d'après G. Chauvet). 

ouest. C'est là que pour la première fois on rencontra abondam- 
ment dans une station de la Dordogne l'instrument acheuléen de 
forme amygdaloïde, que livrent les sables et les limons du nord 
delà France. Les premières explorations, dues à MM. Chauvet et 



I. Les silex delà Micoque, cacholonnés dans toute leur épaisseur, pré- 
sentent un aspect de biscuit très caractéristique. Sur cette station voir : 
Chauvet et Rivière, Le gisement qualernaire de la Micoque, compte rendu 
Acad des Sciences, 24 août 1896; — des mêmes, La station quaternaire de la 
Micoque {Dordog ne). Afas, Saint-Étienne, 1897, II, p. 697 ; — Capitan, La sta- 
tion acheuléenne de la Micoque^ RE A 1896, p. 406; — du même, BSA, 1896, 
p. 529 ; — Coutil, Similitude de certaines stations paléolithiques de la Dor- 
dogne, de la Charente, du Maçonnais et de VEure, GPF, 1905, p. 172. 



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LE GISEMENT DE LA MICOQUE 87 

Rivière, à partir de 1896, n'avaient mis à découvert que Tassisi^ 
supérieure du gisement, sorte de brèche tufacée, peu compactev 
conlenant d'innombrables restes d'un équidé de taille moyenne. 
Ces ossements, dont l'accumulation rappelle le magma de cheval 
de Solutré, sont réduits en menus débris et mêlés à de nombreux 
silex profondément cacholonnés (fig. 26). L'instrument le plus 
typique est Toutil acheuléen, de forme lancéolée et de petite 
dimension. La longueur de quelques exemplaires ne dépasse pas 
i centimètres. Certaines pièces se distinguent par la finesse excep- 
tionnelle de la taille. Avec Toutil acheuléen, on trouve en bien plus 
grand nombre des éclats et des pointes, racloirs et disques du 
type du Moustier. Le renne, si abondant dans les stations voisines, 
fait ici complètement défaut. 

On a reconnu récemment que sous cette couche acheuléenne 
s'étendait une assise plus ancienne, séparée de la précédente par 
une masse d'éboulis, descendus du sommet de la déclivité. Cettç 
couche inférieure, encore peu connue, renferme des ossements de 
cheval, de bœuf et de cerf. L'industrie ne comprend plus que de 
grossiers silex peu typiques, se classant à peine aux formes dites 
racloirs, grattoirs et perçoirs *. 

La pointe acheuléenne, petite et cordiforme, se retrouve en Dor- 
dogne dans un grand nombre de cavernes, associée à des silex 
de type moustérien. M. d'Acyl'a démontré en 1894 par une longue 
énumération de trouvailles ^. Mais les stations appartenant au 
quaternaire ancien nettement caractérisé, demeurent jusqu'à ce 
jour fort rares en Dordogne, comparativement aux gisements si 
nombreux du quaternaire moyen et supérieur ^. Cette considéra- 
tion explique l'intérêt que présente la Micoque. Par les carac- 
tères de son industrie à fines pointes lancéolées, taillées sur les 
deux faces, la couche supérieure de cette station semble paral- 
lèle à l'acheuléen supérieur de Saint-Acheul, occupant le sommet- 
des limons rouges fendillés. Une autre station acheuléenne de la 

1. Carlailhac, CPF, 1905, p. 178 ; — Capitan et Peyrony, Afnfi, Lyon. 
1906 (sous presse). 

2. Anthr., 1894, p. 372. . 

3. La sablière de Rodas, près Trélissac (Dordogne) a livré des in«îtrunients 
en silex de type nettement chelléen (M. Féaux, Calai, du Musée de Périgueux, 
1905, p. 5.). W. Daleau a trouvé à Mari{cnac, commune deTauriac((iironde), un 
jcros coup-de-poing chelléen, qui gisait à la base d'alluvions, dont la moitié 
supérieure lui a donné des types achculéens etmoustérîens {Actes de la Société 
Unnéenne de Bordeaux, t. LVIII, 1904. Cf. HP, 1907, p. 89). 



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8S IV. ÉPOQUES CHELLÉBNNE ET ACHEULÉENNE 

Dordogne, celle dite TÉglise de Guilhem, près des Eyzies, parait se 
placer à un horizon moins élevé et correspondre à Tacheuléen 
inférieur *, 



§ IX. — Extension du chelléen et de Vacheuléen, 

l/aire de distri))ution du coup-de-poing chelléo-acheuléen parait 
être en quelque sorte illimitée. II apparaît sinon dans tous les 
pays pour lesquels Tarchéologie pléistocène possède déjà quelques 
informations, partout du moins où l'ouvrier paléolithique a ren- 
contré une matière première susceptible de fournir ce type d'ins- 
trument. Nous avons vu que dans quelques gisements pauvres en 
gros rognons de silex, la hache chelléenne est remplacée par des 
éclats moins typiques. Lorsque les renseignements stratigra- 
phiques ne font pas défaut, c'est presque toujours à la base du 
quaternaire qu'on la recueille. 

Elle abonde surtout dans les alluvions pléistocènes, exploitées 
comme sablières ou ballastières. C'est là qu'on la rencontre, associée 
aux ossements fossiles qui nous permettent de reconstituer quelques 
épisodes du quaternaire inférieur. Les silex en amande gisent 
encore en grand nombre à la surface du sol, sur les plateaux occu- 
pés par les tribus quaternaires, plateaux que les alluvions n'ont pu 
atteindre. Enfin, comme nous l'avons dit, les haches acheuléennes, 
quoique assez rares dans les premières grottes occupées par l'homme 
quaternaire, n'y font pas entièrement défaut. 

En France, MM. de Mortillet ont constaté la présence du coup- 
de-poing dans 594 communes appartenant à 63 départements *. Les 
bassins de la Somme et de la Seine en ont notamment livré des milliers 
d'exemplaires '. A l'étranger, ils abondent en Angleterre, dans les 

* 1. Capitan, Breuil et Peyrony, Station de « V Église de Guilhem •», Afas. 
Monlauban, 1902, H, p. 769. — M. Capilan a également décrit une autre station 
acheuléenne de la vallée de la Vézère, celle de la Vignolc, commune de Saint- 
Amant-de-Coly, BSA, 1897, p. 130. 

2, Le Préhistorique, 3» édit., p. 561. 

3. Pour le détail de cette répartition, nous renvoyons nos lecteurs à l'ou- 
vrage précité, p. 561-582. 

Outre les notices diverses ci-dessus mentionnées, nous citerons, parmi les 
principales monographies relatives au paléolithique inférieur de la France, 
publiées depuis 1889, les travaux suivants : 

Provinces du Nord : Breuil, Ulnduslrie des limons quaternaires dans lu 
région comprise entre Beauvais et Soissons, Afas, Boulogne-sur-Mer, 1899, 
11, p. 550 ; — Capitan, Les alluvions quaternaires des environs de Paris, REA, 



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EXTENSION DV GHELLEEN ET DE l'aCHBULÉEN 89 

régions méridioaales de celte île, non recouvertes par les glaciers 
quaternaires, par exemple dans les vallées de TOuse et delà Tamise. 
La Belgique, TEspagne, le Portugal, l'Italie, TAlgérie, TEgypte, 
le sud de l'Afrique, la Syrie, la Palestine, le Somaliland, Tlndoustan 
comptent également des gisements à instruments chelléens '. 

1901, p. 337. — Vauvillé [Gisements de VAisne], BSA, 1891, p. 343. — Pour la 
Normandie, voir But/. Soc. normande d'études préhist.j p&ssim, — E. d'Acy, 
Silex taillés du. limon des plateaux de la Picardie et de la Normandie^ BSA. 
1891, p. 18i-2)5; — G. de Morlillet, Station paléolithique sous-marine du 
Havre, BSA, 1894, p. 370-381; — D'Ault du Mesnil et Capilan, Recherches... 
sur le loess des env. de Rouen, BSA, 1893, p. 304-308; — Coutil, Le Paléoli- 
thique en Normandie^ BSPF. 1904, p. 31-37*. 

Provinces de TOuest et du Centre : Zaborowski, Stat. paléol. du chemin de 
Carcaaj;, près Fouras {Charente-Inférieure), BS.\, 1893, p. 780-785 ; — 
.\. Arcelin, La vallée inf. de la Saône h Vépoque quat., Bull. Soc. des se. nal. 
de Saôue-et-Loire. 1901 ; — Chantre et Savoye, Répert. et carte paléoethn. du 
départ, de Saône-et-Loire, Afas, Montauban, 1902, p. 798 ; Savoye, Le Beaujo- 
lais préhist., 1899, p. 27-33 ; — V. Arnon, Vépoque acheuléenne à Rosereuil- 
Igornay, prés Autun, Soc. hist. nal. Autun, 1901, p. 269-282; — Chantre, 
Lhomme préglaciaire dans le bassin du Rfiône, Bull. Soc. Anth. Lyon, 1901, 
p. 129-141 ; — du même, L'homme quaternaire dans le hassin du Rhône, ibid., 
1902, p. 49-69; compte rendu dans REA, 1901, p. 395-403 et HP, 1903, p. 250. 
I. Le détail de la bibliographie nous entraînerait trop loin. On consultera 
surtout: 

Pour l'Angleterre John Evans, LesAgesde la pierre, liv. ii, chap. Il, p. 527 ; 
— Boule, Essai stratigraphique; — Charles Read, British Muséum. Guide to 
the antiq. stone âge, 1902 ;~ G. et A. de Mortillet, Le Préhist., 3« édit., 
p. 5H3. On a signalé le coup-de- poing dans des grottes du Kent. — Pour la 
Belgique, Rutot, Le Préhistorique ; — Pour l'Europe centrale, lloernes, Der 
diluviale Mensch in Europa, 1903. — Pour la péninsule ibérique, Cartailhac. 
Ages préhist. de l'Espagne et du Portugal, p. 21 ; — En Grèce, aucune station 
paléolithique n'est encoi*e connue. Voir Cartailhac, Anthr., 1903, p. 616. Sur 
le prétendu gisement de Mégalopolis en Arcadie, voir RA, 1867, I, p. 18 et 
G. et A. de Mortillet, Le Préhist., p. 589 ; — Pour l'Italie, consulter le Bull. 
i>aie(.itei.,pa8sim;— Pour l'Algérie, Boule, BSA. 1884, p. 426, et Anthr., 1900, 
p. 1 ; — Pour l'Egypte, J. de Morgan, Recherches sur les origines de 
l'Egypte, l'Age de lapierre et les métaux, chap. IV, p. 55; — BSA, 1878, p. 339, 
etMan, 1905, p. 33; — Les gisements chelléens de la Palestine, de la Syrie 
et de rinde sont depuis longtemps connus. Voir surtout pour la Syrie, 
Zumoffen, Uàge de la pierre en Phénicie, Anthr., 1897, p. 272; — du 
même, La Phénicie avant les Phéniciens, 1900, Cf. compte rendu 
dans Afi(/ir., 1900, p. 608; — G. et A. de Mortillet, Le Préhist., 3« édit., 
p. 593. On trouvera dans ce même ouvrage une statistique assez détaillée des 
découvertes en Afrique et en Asie, mais sans indication des sources. 
Celles-ci ont été données, pour les travaux antérieurs à 1889, par M. S. Rcinach, 
AKomoas et Cavernes, p. 114, note 1. 

Dans l'Amérique du Nord, l'existence de l'homme paléolithique, dont les 
traces ne se rencontrent pas dans les grottes et les cavernes, est encore dis- 
culée, mais parait probable. Les plus anciens habitants des grottes du Colo- 
rado, du Nouveau Mexique, et de l'Arizona, étaient des Indiens Pueblos, vl 
dans les autres cavernes des États-Unis, on ne trouve ni loyers, ni débris de 



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90 IV. ÉPOQUES. CHELLÉENNE ET ACHEILEENNE 

Jusqu'à ce jour, ils manquent entièrement, de l'autre côté du Rhin, 
dans rKurope centrale *. 

Dans le nord de 1" Europe, en Scandinavie et dans la Russie 
septentrionale, les instruments du quaternaire inférieur font 
défaut. Ces régions appartenant comme le nord de TAng-lelerre à 
la zone glaciaire étaient alors encore inhabitées. 

■ cuisine (Th. WiIs»on, La haute ancienneté de Vhomme dans V Amérique du 
Nord. CIA, 1900, p. 1 49). On a recueilli dans les alluvions et sur les plateaux 
de nombreux instruments de pierre de type chellccn, mais leur âge demeure 
souvent incertain. Cependant le jçisement de Trenton iNew-Jersey) est con- 
sidéré comme quaternaire par des savants autorisés (Boule, Anlhr..^ 1893, 
p. 36 ; —CIA, 1900, p. 191 ; —G. et À. de Mortillet, Le PréhisL, 3- édit., p. 596 ; — 
Wilson, toc. cit., p. 182; Dans les graviers glaciaires stratifiés et non rema- 
niés de cette station, on a recueilli des instruments en argilite absolument 
semblables aux outils chelléens. 

1. On a rattaché au chellc^en 4es trois instruments amygdaloïdes découverts 
dans des travaux de construction h Miskolcz, com. de Borsod (Hongrie) et 
publiés par Hermann (MAO, 1893, p. 77 ; — Hoernes, Der diluviale Mensch. 
p. 147, fig.58;— cf. Afi//ir., 1893, p. 470; 1894, p. 78). L'attribution chrono- 
logique exacte de ces outils recueillis dans le lehm a donné matière à discus- 
sion. 



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CHAPITRE V 

LE QUATERNAIRE MOYEN. — ÉPOQUE MOUSTÉRIENNE 



SOMMAIRE. — I. Habitai, faune et climat. — II. Le remplissage de» 
cavernes. — IIL L'outillage moustérien. — IV. Premières traces de 
Tutilisation industrielle de Pos. — V. Les stations moustériennes. 



§ I**^. — Habitai^ faune et climat. 

L'époque moustérienne tire son nom de la station du Moustier^ 
petite grotte précédée d'un plateau, située sur la rive droite de la 
Vézère, à 200 mètres de cette rivière et à 24 mètres au-dessus de 
son niveau (voir fig. 27). Fouillée en 1863 par Lartet et Christy, 
en même temps que quelques-unes des plus célèbres stations de 
Fépoque du Renne qui Tavoisinent, elle a été depuis lors explorée à 
diverses reprises^. On a reconnu qu'elle présente, comme la plupart 
des stations quaternaires, une série de couches stratifiées ; celles-ci 
commencent au moustérien archaïque et se terminent à l'ancienne 
époque du Renne ou phase aurignacienne. 

Un climat tempéré avait permis au chasseur chelléen d'installer 
sa hutte en plein air, sur les plateaux et les berges des cours d'eau. Il 
n'occupait qu'exceptionnellement, comme à Menton, les grottes et 
les abris rocheux. 

A l'époque moustérienne ou paléolithique moyen, phase glaciaire, 
par conséquent encore humide mais froide, l'homme se réfugie 
dans les cavernes ou abris naturels. Ce mode d'habitat demeurera 
fréquent, à l'époque du Renne et persistera après la fin du quater- 
naire. Le troglodytisme eut une longue durée avant de passer à 
l'état sporadique. Les tribus de l'époque néolithique et de l'âge du 
bronze surent édifier sur les plateaux, dans les vallées et jusque sur 
les eaux des lacs, de véritables bourgades souvent fortifiées ; néan- 



1. Commune de Peyzac (Dordogne). 

2. Bibliographie dans S. Reinach, Alluvions et cavernes, p. 181, note :^. 
Pour les récentes découvertes à la station du Moustier, voir plus loin,, 
page 103, note 1. 



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92 V. ÉPOQUE MOUSTÉRIENNE 

moins jusqu'à Tâge du fer, période où cette coutume devint excej3 



Fig. 27. — Carte des Eyzies et des environs '. 



1 Cro-Magnon. 

2 Roc de Tayac- 

3 Gorge d'Enfer. 

4 Laugerie Basse. 

5 Laugerie Haute. 

6 La Micoque. 

7 Les Eyzies. 

8 Rocher de la Peine. 

9 Grotte des Eyzies. 

10 Grotte de Font-de-Gaume. 

11 Les Girouteaux. 

12 Grotte Rey. 

13 Grottes des Combarelles. 

14 Grotte de la Mouthe. 

15 Église de Guilhem. 



16 Cavernes voisines de TÉglise de 

Guilhem. 

17 Grotte du Renard. 

18 Carrières de kaolin. 

19 Fort du Pech Saint-Sourd. 

20 Marzac. 

21 Liveyre. 

22 La Madeleine. 

23 La Roche Saint-Christophe. 

24 Le Moustier. 

25 Grotte de Vieil-Mouly. 

26 Grotte de Bernifal. 

27 ChAteau de Comaque. 
2H Château de Làussel. 
29 Station de Gazelle. 



tionnelle, les grottes abritèrent tout à la fois des foyers et des 
sépultures. On trouve cepend mt les vestiges de Thomme mousté- 

l. D'après Peyrony, Les Eyzies et les environs. Guide illustré, 1903. 



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HABITAT, FAUNE ET CLIMAT 93 

rien non seulement à l'entrée des grottes et abris sous roche, mais 
encore dans les couches supérieures des alluvions de bas niveau, 
au-dessus des dépôts chelléens. 

Nous le connaissons par les nombreux déchets de son industrie, 
par ses foyers et par les débris de ses repas, souvent enfouis à la 
base du remplissage des grottes, et aussi par quelques sépultures 
où ses restes osseux ont été recueillis et dont nous parlerons dans 
un chapitre spécial. 

L'homme moustérien fut le contemporain du mammouth et de 
son compagnon, le Rhinocéros tichorhinu s y animaux vivant déjà à 
l'époque acheuléenne. Au grand ours des cavernes, qui devient 
plus rare, est alors associé Tf/r^u* ferox ou ours gris. On a signalé le 
Cervus megaceros ou grand cerf d'Irlande avec le mammouth et le 
Rhinocéros tichorhinus dans un petit nombre de stations de cette 
période, notamment à Poissy (Seine-et-Oise) *. La faune moustérienne 
est la seconde faune quaternaire, correspondant à un climat froid 
et humide et dont nous avons parlé au § Il du chapitre III. Cette 
période fut en effet témoin d'une grande extension des glaciers. Or 
leur développement exige d'abondantes précipitations atmosphé- 
riques : tandis que les neiges s'accumulaient sur les hauts sommets, 
un régime pluvieux persistait dans les plaines. Cette humidité du 
climat explique la rareté relative du renne et des autres espèces 
boréales, beaucoup plus abondamment représentées au paléolithique 
supérieur, dont la température fut tout à la fois sèche et froide. 
Mais nous avons dit plus haut que la répartition des principaux ani- 
maux quaternaires en trois faunes distinctes ne saurait être consi- 
dérée que comme une classification d'ensemble, n'excluant nul- 
lement le mélange intime de plusieurs éléments des diverses séries. 
Outre les pachydermes et les espèces typiques que nous avons 
indiquées, la faune mammologique moustérienne comprend encore 
les animaux suivants : le lion, Thyène, le léopard, le renne, le glou- 
ton, le renard bleu, le bœuf musqué, la marmotte, le bouquetin, 
le chamois, etc. On voit que plusieurs espèces caraciérisliques de 
la faune du renne commencent à apparaître dès le paléolithique 
moyen. 

I, G. et A. Mortillet, Le Préhistorique, 3- édit., p. i02. 



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94 V. ÉPOQCE MOUSTÉRIENNE 

§ II. — Le remplissage des cavernes. 

Les grottes et les cavernes sont les archives les plus précieuses 
de la préhistoire. Leurs brèches ossifères, conglomérat plus ou 
moins compact, contiennent, scellés souvent sous des nappes 
stalagmitiques ou sous des masses d'éboulis, les matériaux d'étude 
les plus instructifs pour la connaissance de Thomme primitif, qua- 
ternaire et néolithique. Alors que les alluvions, souvent ravinées et 
remaniées par des crues successives, se prêtent parfois assez mal à 
une étude slratigraphique, les excavalions rocheuses nous révèlent 
plus exactement Tordre de succession des nombreux apports humains 
qui s'y sont amoncelés jusqu'aux temps modernes. 

Ces chartes de l'antiquité de l'homme, dont les siècles ont en 
quelque sorte paginé les feuillets, sont dignes du plus grand respect. 
On ne saurait trop s'élever contre les fouilleurs ignorants qui, uni- 
quement préoccupés de recueillir quelques objets de collection, 
dispersent et anéantissent, sans profit pour la science, des docu- 
ments dont ils sont incapables de comprendre toute la valeur '. Ces 
agissements pouvaient s'excuser chez les premiers chercheurs, 
entraînés par leur curiosité impatiente et leur zèle inexpérimenté. A 
l'heure actuelle, maintenant que les gisements intacts deviennent 
plus rares et que les préhistoriens connaissent la multiplicité et 
la complexité des problèmes à résoudre, il importe que toute 
exploration nouvelle soit conduite avec une sévère méthode. 

C'est d'ailleurs d'après ces principes qu'ont été dirigées récem- 
ment la plupart des grandes recherches. 

1. 11 serait à désirer que l'autorité publique eût les moyens de prévenir ces 
actes de vandalisme. Un vœu formulé au Congrès international de 1900 (CIA, 
p. 34 et 191) est demeuré sans clTet. L'exploration des grottes et, en général, 
des gisements quaternaires nécessite des connaissances pratiques en sciences 
naturelles et notamment en stratigraphie. Il importe avant tout de distinguer 
nettement l'ordre de succession des niveaux, sans se laisser induire en erreur 
par des remaniements, toujours possibles. La détermination des débris osseux* 
coquilles et fossiles divers, exige la collaboration des paléontologistes. Nonibre 
d'indications erronées ou incomplètes sont produites par des fouilleurs inexpé- 
rimentés, qui croient pouvoir se passer du concours de spécialistes. Il en 
résulte de fâcheuses méprises qui égarent la science. En Suède, une autorisation, 
est nécessaire pour pratiquer des fouilles archéologiques. L'exploitation des 
phosphates des cavernes, particulièrement dans le Midi de la France, a déjà 
anéanti un grand nombre de gisements importants (voir Cartailhac, Anthr,^ 
1894, p. 2). Tous les visiteurs des grottes delà Dordogne ont pu constater et 
déplorer les dévastations opérées journellement aux Eyzies par les pour- 
voyeurs des collectionneurs et des touristes. 



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LE REMPLISSAGE DES CAVERNES 95 

Pour le plus grand nombre des géologues, les cavernes sont dues, 
ordinairement, à Taction de cours d'eaux souterrains et ont été 



FiG. 28. — Brèche os^ifère de la caverne des Eyzies (Dordogne) *. 

creusées au furet à mesure de Tapprofondissement des v;illées^. A 
cette première phase de leur existence appartiennent lesalluvions, 

1. Annaal Report of the Smithsonian Institution, Washington, 1898, pi. I. 

2. C'est la théorie adoptée par MM. Djsnoycrs, Boyd-Dawkins, Gredner, 
Boule, etc. Voir Fraipont, Les cavernes et leurs habitants, 1896, p. 13. Cette 
doctrine est aussi celle de M- de Lapparent, Traité de géologie, 5* édit., III. 
p. 170. 



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96 V. ÉPOQUE MOUSTÉRIENNE 

cailloux roulés et graviers, qui composent parfois le lit inférieur 
du remplissage. Ces dépôts alluviaux sont d'ailleurs exceptionnels 
et ordinairement stériles. Les couches ossifères des cavernes sont 
de date plus récente et de formation différente. C'est à tort que 
Ton avait cru tout d'abord reconnaître une relation constante entre 
l'altitude des grottes au-dessus des cours d'eau actuels et l'ancienneté 
de leurs dépôts ossifères. 11 est aujourd'hui démontré que « dans les 
vallées, les gisements véritablement alluviaux delà faune ancienne 
des cavernes se tiennent à une hauteur relativement faible, insig'ni- 
fîante même, au-dessus des cours d'eau actuels, et par conséquent bien 
au-dessous de la plupart des grottes à ossements. En d'autres termes, 
à l'époque où vivait dans notre pays la faune ancienne des cavernes 
[Elephas primigenius^ Rhinocéros lichorhinus^ Ursus spelaeus, 
etc.), les vallées étaient en général complètement creusées ». L,es 
crues, même temporaires, ne pouvaient alors atteindre le niveau 
des grottes élevées *. 

D'après le système contraire, professé par M. Dupont, le rem- 
plissage ossifère des grottes daterait de l'époque du creusement des 
vallées qui se serait effectué sous les yeux des Troglodytes quater- 
naires. Ainsi la grotte du Moustier dominant de 24 mètres celle de 
la Madeleine, l'écart chronologique séparant les deux périodes 
moustérienne et magdalénienne se mesurerait par le temps néces- 
saire à cet abaissement du thalweg. De nombreuses observations 
ont anéanti cette théorie. Une même période se trouve représen- 
tée dans les grottes d'une mémo vallée à toutes les hauteurs, et l'on 
connaît des grottes moustériennes dont l'altitude ne dépasse pas 
celle du thalweg ^. 

Les dépôts alluviaux stériles, à la base du remplissage des 
cavernes, sont, comme nous l'avons dit, antérieurs au quaternaire. 
Ils corresponder^t soit au creusement de la vallée, soit à un 
ancien cours d'eau souterrain ^. Au-dessus se superposent les 



1. Boule, Notes sur le remplissage des cavernes, Anthr., 1892, p. 20. 

2. Voir la bibliographie de cette question dans Kraipont, Les cavernes et 
leurs habitants, p. 46. M. Tabbé Parât a constaté, lui aussi, que la période du 
Moustier est représentée dans It'S grottes delà Cure (Yonne) à tous les niveaux 
de la vallée. L'altitude du moustcrien au-dessus du thalweg, qui atteint 
30 mètres, à la grotte du Mammouth (Saint-Moré) et 3 mètres seulement aux 
grottes du Trilobile et des Fées à Arcy, devient nulle aux grottes de 
rOurs et de l'Hyène, même localité. Cf. abbé Parât, La grotte du Trilobile^ 
p. 33 (Extrait du Bull, de la Soc. des se. hisl.de l'Yonne, 1902). 

3. Boule, loc. cit., p. 36. 



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LE REMPLISSAGE DES CAVERNES 97 

dépôts ossifères, pléistocènes et modernes. On peut distinguer dans 
ce remplissage diverses formations qui se diirérencient par leur 
nature et par leur origine. 

a) Limons argileux, sables et graviers, accumulés par le ruissela 
lement des eaux sauvages. — Celles-ci, pénétrant par des canaux 
ou cheminées, entraînent dans la grotte des éléments provenant des 
plateaux, et les y déposent en les « classant »>. 

A) Ëboulis dus à la désagrégation des parois et de la voûte 
des grottes, sous Tinfluence des phases alternatives d'humidité et 
de froid. — Souvent Thomme abandonnait les abris dont le plafond 
ruiné menaçait de l'ensevelir. Ultérieurement, tout danger 
ayant cessé, la grotte était réoccupée. Les foyers des nouveaux 
venus se trouvaient séparés de ceux des premiers occupants par la 
masse des éboulis. 

c) Ossements des animaux auxquels les cavernes servaient de 
refuges. — Avant d'être fréquentées par l'homme, les grottes ont 
souvent donné asile à des animaux féroces, surtout à des ours, à des 
hyènes, à des loups et à des gloutons. Les restes de repas de ces 
animaux carnassiers ne doivent pas se confondre avec les rejets de 
cuisine des Troglodytes. Quelques repaires d'ours sont célèbres par 
Textraordinaire abondance des ossements qu'ils ont livrés. On cite, 
par exemple, la jçrotted'Echenoz-la-Moline (Haute-Saône) qui con- 
tenait 800 squelettes d'ours. Les repaires d'hyène ne se recon- 
naissent pas seulement à la pré-^ence des os entiers de ces animaux 
ou de leurs excréments fossiles, appelés coprolilhes ; leurs dents 
laissent sur les os qu'ils ont rongés des traces caractéristiques ^ 

d) Apports humains. — L'homme quaternaire occupa les cavernes, 
non sans avoir parfois engagé de dangereuses luttes contre les 
plus redoutables de ces animaux. On connaît aussi des repaires 
superposés à des foyers humains : bêtes fauves et chasseurs s'étaient 
tour à tour succédé sous le même abri^. A l'entrée des grottes 
et sur les terrasses qui les précèdent s'accumulaient peu à peu les 
déchets de l'industrie des Troglodytes, instruments brisés, aban- 
donnés ou égarés, éclats de taille de silex, outils inachevés, percu- 
teurs, etc. De grands feux étaient allumés, soit pour la cuisson des 

1. Sur les repaires d*aniniaux, voir Fraipont, /or. cit., p. 106, et Le Préhist.^ 
3* édil., p. 53 S. 

2. D'après M. Dupont, de nombreuses galeries souterraines de la Bcljçiquc 
auraient été occupées tout d'abord par i'Iiyène, puis par l'ours et enlin par 
l'homme, CIA, Bruxelles, 1872, p. 116. 

Manuel d'archéologie préhistorique. — ï. I. 7 



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98 V. ÉPOQUE MOUSTÉRIENNE 

viandes, soit pour écarter les animaux féroces. Les débris de repas, 
les détritus de cuisine se mêlaient ainsi aux cendres, aux charbons 
et aux vestiges industriels ; peu à peu le remplissage humain s'amon- 
celait en couches épaisses (voir fig. 28) . Ce sont ces « foyers »>, qui nous 
livrent des documents si instructifs sur les conditions de l'existenee 
de nos ancêtres primitifs. 

L'homme quaternaire ne rapportait le plus souvent dans sa demeu re 
que certaines parties des bêtes abattues aucours deses expéditions. 
Ces bêtes étaient dépecées sur le terrain de chasse. Friand de la 
cervelle et de la moelle des os, le chasseur emportait au campement 
la tête et les parties charnues des gros animaux, dontle reste du 
corps était abandonné. Aussi est-il rare de rencontrer dans les restes 
de repas les débris des côtes ou des grosses vertèbres, tandis que les 
os des membres antérieurs et postérieurs abondent ^ 

Gomme les Esquimaux actuels, et divers peuples sauvages, les 
Troglodytes se souciaient peu de la propreté de leurs demeures. Ils 
vivaient auprès d'une répugnante accumulation de débris sans 
en être incommodés. Les couches de détritus s'entassaient autour 
des foyers, et ceux-ci se superposaient jusqu'au jour où le 
remplissage de la grotte en obstruait l'entrée *. 

§ 111. — L'outillage moustérien. 

L'outillage moustérien est caractérisé par deux instruments de 
forme typique : la pointe et le racloir. 

Lorsqu'on parle des types caractéristiques d'une industrie déter- 
minée, on entend indiquer, comme nous l'avons dit, que ces types 
constituent les formes prédominantes ou les mieux définies de 
cette industrie. Mais, outre ces formes caractéristiques, on rencontre 
maintes fois, à chaque niveau de l'âge de la pierre, d'autres formes 

1. Dupont, L'homme pendant les àgex de la pierre, p. 73; — Fraipont, Les 
cavernes, p. 86. 

2. Sur les procédés employés par l'homme primitif pour se procurer du feu. 
on ne peut formuler que des conjectures, d'après les données de l'ethnographie 
moderne : usape du silex, friction de deux morceaux de bois sec, suivant des 
procédés plus ou moins perfectionnés, décrits dans les ouvrages suivants : 
Tylor, Research on ihe early Hist. of Mankind, Londres, 1870; — Daniel 
Wilson, Prehisi. Man, p. 93; — A. Révillc, Revue des Deux Mondes, xl, 1862, 
p. 8i6; — Joly, L'homme avant les métaux, !>• éd., p. 173; — Bureau. BSA, 
I8T0, Discussion ; — Nadaillac, Les premiers hommes, I, p. 106 et suiv. Nous 
empruntons en partie celte bibliographie à M. Fraipont, Les cavernes, p. 92. 



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l'outillage moustérien 99. 

diverses, plus ou moins nombreuses. Leur présence est due à des 
causes multiples parmi lesquelles on peut citer les suivantes : 

1" La survivance des types anciens. A Tâge de la pierre comme aux 
âg^esdumétaljl est rare qu'à toute époque déterminée, quelle qu'elle 
soit, les instruments en usage pendant l'époque précédente n'aient 
point persisté, tout au moins exceptionnellement. C'est ainsi que 
Foo rencontre sporadiquement dans le moustérien quelques outilsen 
amande, taillés sur les deux faces, outils qui n'appartiennent nulle- 
ment à une phase de transition. 11 en est de même pour les disques 
acheuléens. 

2** Les accidents de la taille. On donne parfois le nom d'outils 




Fig. 29. — Pointes nioustériennes, provenant du Moustier (Dordogne). 
Musée de Saint-Germain. 



de fortune aux silex ouvrés dont la forme ne répond pas à un modèle 
préconçu dans l'esprit de l'ouvrier, avant la mise en œuvre de la 
matière. Elle est due soit à des accidents de taille, soit à l'abandon de 
la pièce avant son achèvement, soit encore à la forme naturelle du 
j^alet, du rognon ou de l'éclat mis en œuvre. Il peut arriver que ces 
outils de fortune présentent quelque analogie purement accidentelle 
avec des formes intentionnelles. 

La technique de la période moustérienne dllfère de la technique 
chelléenne. Au lieu détailler sur ses deux faces un rognon de silex, 
l'ouvrier moustérien se bornait à en détacher un éclat qu'il ache- 
vait ensuite par des retouches successives, pratiquées sur une seule 
face. D'après cette méthode, le rognon brut constituait un noyau 



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100 V. ÉPOQUE MOUSTBRIENNE 

OU nncléus, d'où l'on prélevait plusieurs largues éclats de débitag'e. 
Il ne formait plus le corps même de l'instrument, comme le rog"noii 
servant à la confection des haches chelléennes. 

La pointe moustérienne (Vig, 29) est un éclat en général triang-u- 
laire, dont les deux bords latéraux, ordinairement arqués, sont 
retouchés avec soin sur une des faces. La partie opposée à Pextré- 
mité aiguë, partie appelée base ou talon, est le plus souvent sans 
retouches. On y remarque le plan de frappe, sur lequel a porté le 
choc du percuteur, comme l'indique, au revers, le bulbe de percus- 
sion, rarement abattu. Celte face dorsale de la pointe mousté- 
rienne est lisse, différant en cela du revers de l'outil chelléen. 

Suivant Broca, la pointe moustérienne aurait été fixée comme 
tête de lance à l'extrémité d'une hampe, par des ligatures *. 

L'épaisseur du talon et la présence du bulbe de percussion, 
comme Ta observé G. de Mortillet, rendent cetie conjecture peu 
probable. Cependant quelques pointes amincies à la base pour- 
raient sans difficulté être assujetties à une hampe ^, 

La pointe moustérienne est plus légère que la hache chelléenne. 
Sa longueur excède rarement 10 centimètres. Elle est presque 
toujours plus longue que large. Grâce à ses bords tranchants et à 
son extrémité aiguë, elle pouvait servir à de nombreux usages et 
être employée pour percer, pour .scier, pour couper et pour racler. 
Lorsque l'un des bords, plus mince, porte de petites dentelures exé- 
cutées par de fines retouches, l'instrument devient une véritable scie. 

Le racloir [Vig. 30) est formé d'un éclat également lisse sur une 
de ses faces et retouché sur ses bords, mais au lieu de se 
terminer par une pointe, il présente dans le sens de la lar- 
geur un bord arqué entièrement retouché. Cet instrument paraît 
avoir été approprié à la préparation des peaux, dont se vêtaient les 
hommes de lépoque du Mammouth et de l'époque du Renne, igno- 
rant encore l'art du tissage. Les racloirs moustériens, comme les 
pointes, n'atteignent pas, d'ordinaire, de grandes dimensions. Leur 
largeur varie communément entre 5 et 17 centimètres ^. 

A côté de ces deux formes classiques, on trouve naturellement 
des instruments intermédiaires, qui constituent des types hybrides. 

t. Afas. 1872, p. 1207. 

2. Voir par exemple les pointes moustériennes de la station de la Quina 
(Charente), BSP, 1896, 28 juin. 

3. Voir des indications détaillées sur les mensurations de ces deux instru- 
ments dans Le Pre7iw(., 3" édit., p. 172. 



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l'outillage moustérien 101 

La pointe et le racloir sont incontestablement les deux outils 
caractérisques des gisements moustériens. On peut s'en convaincre 
par la nomenclature des silex, recueillis dans la station nord de 



5 10 

'•- ^ ^^ -^ t . m m I I 

l»ig. 30. — Racloîrs moustériens provenant du Moustier (Dordogne). 
Musée de Saint-Germain. 

\a Quina (Charente), que nous prendrons comme exemple. Pour 
220 objets réunis au hasard, les simples éclats non comptés, 
M. Chauvet, explorateur de ce gisement, a noté la composition sui- 
vante : 

Grands racloirs bombés sur les deux faces, retaillés sur les 

deux faces et l'un des grands côtés '2 

Grands racloirs longs de 0*" 10 à 0™ 15 13 

Racloirs à bec, ayant Tun des bouts teiVniné par ^n angle «igu. 5 
Racloirs moyens, ayant moins de 0"10 de long et plus de 

0»07 45 

Petits racloirs, au-dessous sur "07 de long \)'2 

Racloirs allongés, retaillés sur tous les bords, plus massifs que 

les grattoirs magdaléniens 9 

Pointes doubles .") 

A reporter 171 



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102 V. ÉPOQt'E MOfSTÉRIKSKE 

Report.... 171 
Pointes massives, d'apparence solutréenne, mais taillées à 

grands éclats 1 

Pointes ayant plus de " 08 de lonjr 6 

Pointes plus petites 30 

Pointes-racloirs 4 

Grattoirs courts, massifs, ^grossièrement retaillés, premiers 

essais des types magdaléniens H 

Grattoir court, mince, finement taillé 1 

Grattoirs longs 2 

Ensemble 220 

A côté de la pointe et du racloir, on rencontre encore à Tépoque 
moustérienne quelques outils spéciaux appelés Utmes à encoche 




Fig. 31. -- 1-3, lames A encoche moustérienne; i, perçoir moustcrien *. 

ou racloirs concaves, ainsi que des perçoirs et des grattoirs. Ces 
divers instruments sont plus rares et ne constituent pas des types 
caractéristiques : nous les retrouverons, parfois avec certaines 
variantes de forme, à tous les horizons des âges de la pierre. 

La lame à encoche (lig. 3, n°» 1-3), relativement peu commune 
aux temps moustériens, demeurera en usage dans Toutillage de 
l'âge de la pierre jusqu'à la lin du néolithique. Elle était particu- 
lièrement utile pour le raclage des branches de bois et plus tard 
de la corne et des os cylindriques. On voit que l'industrie mousté- 
rienne, tout au^moins dans sa dernière phase, laisse déjà pressen- 

1. La lame à encoche n" 1 provient d'une des couches supérieures de 
Ciielles (S.-el-M.). (Doi^neau, \os ancêtres primitifs, p. 83, fig. 18). Les trois 
autres silex proviennent des fouilles de M. le lieutenant Bourlon au Moustier, 
couche moustérienne (HP, 1905, p. 201-202, fig. 95-96). 



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I/OUTILLAGE MOUSTÉRIEN 103 

tir la variété des instruments typiques que nous constaterons à 
l'époque du Renne. Mais les pointes simples et les racloirs l'emportent 
de beaucoup par leur nombre sur les autres instruments. 

Le grattoir^ qui n'est qu'un racloir placé à l'extrémité étroite 
d'un éclat très allongé, sera extrêmementabondant pendant l'époque 
du Renne et l'époque néolithique. Il se montre sporadiquement 
à Tépoque mousférienne. 

Le perçoir {^^. 31, n® 4) est une lame très amincie à l'une' de ses 
extrémités. Notre figure reproduit quelques-uns de ces outils mous- 
lériens, d'après des trouvailles faites récemment à la station même 
du Moustier. Dans un foyer extrêmement riche, à deux mètres 
environ au-dessous de la surface du sol, gisait une énorme quan- 
tité d'instruments *, dont un grand nombre remarquables par la 
finesse de la taille ^. 

M. Ghauvet a signalé un objet assez fréquent dans l'industrie 
moustérienne. Il s'agit de boules en grès, en calcaire ou en silex, 
qui se distinguent des percuteurs par l'absence d'esquilles de per- 
cussion. Leur grosseur est variable, sans dépasser celle du poing, 
en général. Si quelques-uns de ces sphéroïdes sont parfois des 
spongiaires de la craie de forme arrondie, d'autres ont été incon- 
testablement façonnés par la main de l'homme et ne sauraient être 
confondus avec des cailloux roulés ^. Ces mêmes boules appa- 
raissent dans d'autres gisements de la même époque, notamment 
dans les grottes de l'Yonne. C'est ainsi que la couche inférieure du 
Trou de l'Hyène, niveau moustérien, n'a pas livré moins de 

1. 1455 instruments en douze heures de touilles (M. Bourlon, Une fouille 
au âfonstier^ HP, 1905, p. 200). Le gisement du Moustier est plus complexe que 
ne l'avaient pensé les premiers explorateurs. Le niveau moustérien typique est 
intercalé entre une couche à industrie moustérienne archaïque et des couches 
aurignacicnncs, avec silex à étranglement et grattoirs carénés. On a observé 
dans les couches post-moustériennes la présence de petites pièces amygdaloïdes 
.sur CCS coup-de-poing attardés, voir Anlhr., 1906, p. 121). 

2. La double pointe, taillée sur une seule face, comme la pointe simple, 
est signalée par M. Chauvet à la Quina, dans rénumération donnée ci-dessus 
et par M. H. Martin, BSPF, 1906, p. 233. On la trouve dans le Trou-de- 
l'Hyèoe, à Arcy, couche inférieure moustérienne (Abbé Parât, Les grottes de 
la Cure. Extr. du Bull. Soc. se. hiat. et nat. de V Yonne, 1900, p. 22 et pi. LIV, 
fig. 3, 5) : Des éclats ou des lames à encoche moustérienne sont figurés dans les 
ouvrages suivants : G. et A. de Mortillet, Musée préhist., 2*» édition., pi. XIV, 
107; — Doigneau, Nos ancêtres primitifs, p. 83, fig. 18 (voir notre fig. 31). 

3. Chauvet, Boules et pierres de jet dans les stations quaternaires, Extr. 
Bull. Soc. arch. Charente, 1886. Les conclusions de l'auteur ont été reconnues 
exactes par un géologue autorisé, M. Armand ; cf. Chauvet, Stations quater- 
naires, p. 98. 



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104 V. ÉPOQUE MOUSTÉRIENNE 

86 roçnons de calcaire de forme globulaire, grossièrement taillés à 
facettes K 

Il est didicile de préciser la destination de ces boules. Peut-être 
servaient-elles de projectiles ou pierres de jel '^. 

§ IV. — Premières traces de Vulilisalion industrielle de Vos. 

L'utilisation de Tos prendra une importance considérable à 
Tépoque du Renne et constituera alors un des caractères les plus 
typiques de Foutillage : il n'en est pas encore de même à Tépoquc 



Fijç. 32. — Extrémité inférieure d'humîrus de bison, avec traces d^utilisation. 
Station moustérienne de la Quina (Charente), d'après H. Martin '. 

mouslérienne. Tout dernièrement on ne connaissait encore aucun 
instrument en os ouvré, antérieur à Tépoque aurignacienne. Des 
découvertes récentes ont cependant permis d'observer, dans une des 
stations moustériennes les plus importantes, des traces assez nettes 
d'une utilisation de cette substance. En 1906, M. le D*" Henri Martin 
a présenté à la Société préhistorique de PVanceune nombreuse série 
d'os de grands animaux, recueillis avec des silex moustériens dans 

1. \hhè Vsir Ai, La grotte de VOurs^ Extrait du Bull. Soc, des se. hisl.el 
nat. de VYoïine^ \900, p. 21. L'auteur fait observer (|ue ces rognons globu- 
laires, de la grosseur du poin^, n'ont rien du nucléus, 

2. On les retrouve dans le gisement sud de la Quina, appartenant à l'époque 
du Renne Gliauvet, Stations quaternaires, p. 99, exemplaires de la grosseur 
moyenne d'un œuf de poule) et dans le niveau mouslérien des Cottes. 

3. BSPF, 1906, p. 156, fig. 1. 



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PREMIÈRES TRACES DE l/ UTILISATION INDUSTRIELLE DE l'oS 105 

le gisement nord de la Quina (Charente) et portant les traces d'un 
travail humain. Ces os comprennent deux séries : des extrémités 
inférieures d'humérus de cheval et de bison (fîg. 32) et des pre- 
mières phalanges de cheval (fîg. 33), de bison et d'un grand cer- 
vidé. Ils présentent, à un point constant, une sorte de méplat, dû 
à l'usure de la surface et strié d'entailles sensiblement parallèles. 
Sur quelques pièces portant les mêmes entailles, le méplat fait 
défaut. Ces altérations, constatées également, mais à titre d'excep- 
tion, sur des phalanges de renne et des métatarsiens de cheval, 
semblent dues au tranchant d'un instrument de pierre. Il paraît 
impossible qu'elles aient été produites accidentellement par des 



Fig. 33. : — Première phalun^^e de cheval, avec traces d'utilisation. 
Station moustérienne de la Quina (d'après H. Martin) *. 

dépeceurs inexpérimentés dans Tart de désarticuler. La locali- 
sation et la direction constante des incisions excluent cette hypo- 
thèse, qui, au surplus, n'expliquerait pas le choix systématique des 
épiphyses inférieures d'humérus et des premières phalanges de 
certains animaux déterminés. Il y a là une sélection rationnelle, 
dont le motif apparaîtrait si nous connaissions exactement l'utili- 
sation de ces os ouvrés. On peut, avec leur inventeur, les considé- 
rer soit comme des enclumes ou billots, soit comme des maillets ^. 
Jusqu'à ce jour, les os ouvrés n'ont été signalés dans aucune 
autre station moustérienne **. 

1. Jhid., p. 157, fig. 2. 

2. D'Henri Martin, Maillets on enclumes en os de lu Quina Chavenlc), BSPF, 
1906. p. 155 et 1H9. Voir à la suite de cette communicalion les observations de 
M. Chauvet qui a attribué ces entailles à un travail de désarticulation. Cf. 
A. de Mortillet, Les os utilisés de la période moustérienne, station de la 
Quina, IIP, 1906, p. 231 et H. Martin, BSPF, 1907, p. 47 (phototypic). 

3. Quelques auteurs considèrent cependant comme des poignards ou des 



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106 V. ÉPOQUE MOUSTBRIENNE 



§ V. — Les stations monstériennes. 

L'industrie moustérienne se rencontre dans des gisements en plein 
air, souvent exposés au midi, dans des alluvions superposées aux 
dépôts chelléens et le plus souvent dans des grottes ou abris. 
L'exploration des grottes offre, comme nous Tavons dit, d'*autant 
plus d'intérêt que Toutillage y est ordinairement associé à des 
restes de repas ou foyers, d'une stratigraphie plus sûre que celle 
des dépôts alluviaux. 

Les gisements moustériens, comme ceux des époques chelléenne 
et acheuléenne, sont nombreux dans la plupart de nos provinces fran- 
çaises. Beaucoup de grottes, occupées à Tépoque du Renne, grottes 
dont nous donnerons plus loin une liste partielle et cependant fort 
longue, présentent, à la base de leurs dépôts de remplissage, une 
ou plusieurs couches monstériennes. 

L'antériorité de cette industrie sur celle de l'époque du Renne ou 
du paléolithique supérieur est donc établie par des observations 
maintes fois confirmées. En Dordogne, l'outillage moustérien avait 
été reconnu de bonne heure par Edouard Lartet comme distinct de 
celui de l'époque du Renne. Cet éminent paléontologiste remarqua, 
d'ailleurs, que le renne était plus rare dans les foyers mousté- 
riens que dans ceux du paléolithique supérieur. Dans les vallées 
de la Cure et de l'Yonne, où M. l'abbé Parât a fouillé avec méthode et 
succès une soixantaine de grottes \ les dépôts moustériens consti- 
tuent la base du remplissage ossifère, au-dessus des alluvions et ne sont 
jsmiais intercalés dans les couches plus récentes -. D'autre part, la 
juxtaposition de l'industrie moustérienne et des industries successives 
de l'époque du Renne dans une même localité démontre également 
que cette diversité de l'outillage quaternaire correspond à une succes- 
sion de phases chronologiques. Elle ne saurait, en effet, s'expli- 
quer par cette simple hypothèse que des groupes ethniques distincts 
auraientpu posséder simultanément des industries diverses. Des deux 

tôles de lance et de flèche, les esquilles d'os longs, terminée» en pointe aigiie. 
qui ne sont pas rares à l'époque du Mammouth (Voir J. Fraipont, Les cavernes, 
1896, p. 94). Les Troglodytes brisaient ces os longs pour en extraire la moelle 
dont ils étaient friands. Ils ont pu naturellement les utiliser, mais il ne 
paraît pas qu'ils les aient retouches et façonnés. 

1. CIA, 1900, p. 63. 

2. Abbé Parât, La grotte du Trilobite^ Extr. du Bull. Soc. se. hist. et nat. 
de C Yonne, 1903, p. 35. 



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/ LES STATIONS MOUSTERIENNES 107 

stations de la Quina, par exemple, l'une, située au nord, est mous- 
f lérienne, tandis que Tautre, au sud, appartient au paléolithique 
supérieur et ne livre plus ni pointe, ni racloir : à ces outils 
classiques du moustérien se substituent des grattoirs doubles et 
simples et des lames minces *. 

Dans le nord delà France, c'est à la base de Tassise 111 des forma- 
tions quaternaires, c'est-à-dire dans les graviers supérieurs, qu'appa- 
raît l'outillage moustérien typique (voir ci-dessus, p. 69 et 71). 
Il succède donc immédiatement à Tacheuléen le plus évolué. On a 
reconnu cette superposition dans les couches de Saint-Acheul et 
dans divers gisements de la même région et des provinces voisines. 
I^ pointe et le racloir moustériens se rencontrent dans les graviers 
supérieurs de Saint- Acheul, associés à des éclats du type dit 
Levallois et à des lames. La faune de ces graviers est celle du 
mammouth. Toutefois dans les dépôts quaternaires du nord de la 
F>ance, ces silex moustériens des graviers supérieurs sont beau- 
coup moins abondants que les haches chelléennes et acheuléennes 
dans les formations sous-jacentes, alluvions et limons rouges^. 

Nous donnons ci-dessous la bibliographie de quelques-uns des 
travaux relatifs aux stations moustériennes françaises, publiés 
depuis 1889 '. Parmi ces stations, il en est une dont l'étude ia 
provoqué de nombreuses controverses. Nous voulons parler du gise- 
ment situé à moins d'un kilomètre de la Saône, sur la rive droite 
de cette rivière, au lieu dit le Garret, commune de Villefranche 
I Rhône). C'est une terrasse élevée de 20 à 23 mètres au-dessus du 
lit de la Saône. Si l'on s'accorde à reconnaître comme « mous- 
tériens » les instruments de silex recueillis dans cette sablière 



1. Chauvet, Stations quaternaires^ p. 96, 99 et 100. 

2. Commout, Industrie des graviers supérieurs à Saint- Acheul^ ï{EAy\901, 
p. 1 i ; — Goâselett Esquisse géologique du nord de la France, 4« fasc. 
Terrains quaternaires, 1903, p. a67. 

3. Outre les travaux déjà cités, consulter sur l'époque moustériennc : Salomon 
Reinach, Alluvions et cavernes, p. 179 et passini ; — G. et A. de Mortillet, Le 
Préhistorique^ 3" éd., p. 597; — Abbé Parât, nombreuses nionojfraphies des 
jfTottes de la Cure et de l'Yonne, publiées dans le Bull, de la Se, des se. hist. 
et nat.de V Yonne, notamment en 1900 et 1903; — MM. A. Mallet et Quenel ont 
décrit récemment quelques stations des départements de l'Oise et de Seinc-el- 
Oise, HP, 1904, p. 116 et p. 137. — L'abri moust^^rien du Bau de TAubesier, 
dans le département de Vaucluse, prés de Sault, a livré de beaux inî^trumcnls 
de silex associés à la Felis leo, race spelaea, à VUrsus tirctos, etc. (Moulin, 
BSPF, 1904, p. 14). Un atelier moustérien a été découvert à SaulL (l)' Raymond, 
ibid., p. 19). Pour la station des BourtioiCorrèze). cf. Rardon ctRouyssonie, 
CPF, Périgucux, 1905, p. 62. 



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108 V. ÉPOQUE MOUSTÉRIENNE 

(fig. 34), les géologues et les préhistoriens sont fort divisés au 
sujet de l'âge du gisement. La faune, qui renferme du mammouth et 
même du renne, contient aussi des restes du Rhinocéros Merchi. 
MM. Boule, de Mortillet, Chantre, ont admis Thypothèse de 
remaniements des alluvions pliocènes avoisinant la sablière. M. Depé- 



Pig. 3i. — Silex laillés de In station de Villefranche-sur-Saône (Rhôoe). 
D'après Cl. Savoye *. 

ret a classé ce gisement à Tépoque chelléenne en raison de la présence 
du rhinocéros de Merck. Mais nous avons dit que ce pachyderme 
paraît avoir survécu à ses compagnons, Diippopotame et Téléphanl 
antique. La station de Villefranche-sur-Saône semble donc devoir 
être classée à Tépoque moustérienne ■*, d'autant plus que le rhino- 
céros y paraît à l'état de remaniement. 

On trouve l'industrie de cette époque, plus ou moins nettement 
caractérisée, dans la plupart des pays d'Europe non recouverts 
par la grande extension glaciaire, dans l'Afrique du Nord et l'Asie 
occidentale. Mais souvent les formes des silex sont peu typiques. 
Dans l'Europe centrale, on peut citer parmi ces gisements la 
caverne du mammouth à Wierzchow (Pologne russe), gisement où 
le niveau moustérien supporte une assise magdalénienne, et aussi 
les grandes cavernes de Sipka et Gertova dira en Moravie. La 

1. Lq. Beaujolais préhistorique, 1899, p. 36, fi^. 9-11. 

2. Sur les }i:isemenls nioustériens situés hors de France, voir G. et A de Mor- 
tillet, Le Préhistorique^ 3" éfl., p. 623. Pour ceux de rEuio{)e centrale, on en 
trouvera la bibliojn'aphie dans Hocrnes, Der diluviale Mensch, p. 98. Voir 
aussi Oberniaier, Anlhr., 1905. p. 389. 



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LES STATIONS MOUSTEHIENNES 109 

caverne de Sipka, au nord de la Moravie, contient des outils de 
silex non typiques, de taille grossière, associés à la faune mousté- 
rienne. Les dépôts inférieurs ont livré une mandibule humaine 
qui compte parmi les plus anciens débris de Thomme fossile, 
découverts dans l'Europe centrale ^ 

La grotte ou plutôt Tabri sous roche de Krapina, en Croatie, se 
place encore parmi les plus importantes stations moustériennes. 
Elle est située à 25 mètres au-dessus du lit de la Krapinica. Lors 



Fig. 35. — Silex de Krapina (Croatie), d'après II. Obermaier •. 

tle son exploration par M. Gorjanovic-Kramberger, elle était 
complètement remplie jusqu'à son plafond par des dépôts fluviatiles 
provenant de grandes crues et par les éboulis de ses parois. Ces 
alluvions recelaient plusieurs foyers contenant des cendres, des 
ossements brisés ou brûlés, des instruments de pierre. La faune de 
Krapina contient encore, comme celle de Villefranche, le Rhino- 
ceros Mercki (ossements parfois brûlés) et VUrsus spelaaus^ très 
abondants dans la partie supérieure du dépôt ^. Les restes humains 

l. Depéret, CR Acad. des sciences, 8 août 1892. Cf. Boule, Anlhr., 1893, 
p. 64; -- Gaillard, CR Acad. des sciences^ 31 janvier 1898; cf. Boule, Anlhr., 
^Kî»8. p. 184; — G. de Mortillet etd'Acy (discussion) BSA, 189j, p. 57, 80, et 
1^96, p. 38; — Boule, Anlhr , 1895, p. 688; — Chantre, L homme quaternaire 
àans le bassin du Rhône, p. 10 ; — Savoye, Le Beaujolais préhistorique, 1899, 
p. 37 ;— Obermaier, Anthr., 1905, p. 25. 

î. Anlhr., 1905, p. 19, Cx^. 2. 

3. Le renne fait défaut; ses restes n'ont clé du moins recueillis que dans 
les déblais sans avoir été observés in situ (Obermaier, loc. cit., p. 16). 



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110 V. ÉPOQUE MOUSTÉRIENNE 

comfMPeBDeai des fragments de 10 à V2 crânes, plus de 100 frag- 
ments d*os divers et f44 denésiaoiétitt ajauL appartenu à des sujets» 
de tout âge. Malheureusement ces précieuses ek st aûmbreuses; 
reliques humaines sont en très mauvais état de conserTatma. 
Quelques-uns des os ont été recueillis dans les cendres et sont 
calcinés. M. Kramberger en a conclu que les foyers contenaient 
des restes de repas de cannibales '. 

L'outillage industriel se compose d'environ I.OOO débris d'instru- 
ments en pierre, la plupart en silex, mais ne comprenant pas plus 
de 150 pièces de forme à peu près typique, surtout des racloirs 
à retouches fines (fîg. 35) et quelques pointes à mains. Dans ce 
lot si abondant de silex, on cherche en vain la moindre hache 
amygdaloïde ^. Les caractères de la taille sont les mêmes à tous les 
niveaux du remplissage. 

1. M. Chauvet a donné une utile bibliographie du cannibalisme chez les 
peuples anciens et modernes dans Slaiions humaines quaternaires de La 
Charente, 1897, p. 44. Sur l'anthropophagie quaternaire, voir surtout G. de Mor- 
tillet, Dict. des sciences anthropologiques^ p. 404; — Delgado, Mat.^ 1880, 
p. 242;— CIA, 1880, p. 215, 266, 269, 270eL suiv. ; — Régnault, BSA, 17 juin 1869; 
— G. de Hialle, Afas, Lille, 18"4, p. 648; — Prince Poutiatine, CIA, Moscou. 
1892, p. 132. 

2. Les comptes rendus de M. Gorjanovic-Kramberger se trouvent dans les 
}fitt. Gesell. Wien. Voir les intéressants résumés de M. Obermaier : Les sta- 
tions paléolithiques de Krapina^ AnLhr., 1905, p. 13, avec bibliographie et 
similigravure des silex. Cf. du même, ibtrf., 1905, p. 392. 



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CHAPITRI? VI 



LE QUATERNAIRE SUPÉRIEUR OU ÉPOQUE DU RENNE. 
PHASE AURIGNACIENNE 



Sommaire. — I. Divisions chronologiques du quaternaire supérieur. — II. Les 
niveaux éburnéen et aurignacien. — III. L'outillage aurignacien. — 
IV. Apparition delà gravure sur os. La grotte du Trilobite. — V. La faune 
aurignacienne. — VI. Distribution géographique. 



!•'. — Divisions chronologiques du quaternaire supérieur. 

Le quaternaire supérieur est appelé époque du Renne^ en rai- 
son de l'abondance de ce cervidé dans la faune de cette période. 
Kdouard Piette Ta dénommé période glyptique (deyXuTÇTO), graver), 
parce que Tart de sculpter et de graver des matières dures, la 
pierre et surtout le bois de renne, Tos et l'ivoire, caractérise alors 
la civilisation de Thomme primitif. L'apparition des premières 
œuvres d*art chez nos ancêtres primitifs ne possédant encore que 
des outils de pierre et d'os donne un intérêt exceptionnel à cette 
phase attachante de Tarchéologie préhistorique. 

Nos provinces du sud-ouest sont la terre classique des gisements 
de Tépoque du Renne. Les départements de la Dordogne, de la 
Gironde, de la Haute-Garonne, des Hautes et Basses-Pyrénées, de 
TAriège et de la Charente possèdent les gisements les plus riches et 
les plus nombreux. Edouard Lartet. aidé de Christy, commença 
vers 1863, l'exploration des grottes de la Dordogne, dont les plus 
célèbres s'ouvrent dans la vallée de la Vézère, affluent de la Dor- 
dogne. A la même époque, le marquis de Vibraye entreprenait ses 
recherches dans les stations de la même région et dans celles de 
l'Yonne, tandis que M. Dupont explorait les gisements de la Bel- 
gique. 

L'intérêt des trouvailles stimula le zèle des explorateurs. De tous 
côtés, les préhistoriens recherchèrent les spécimens de Vart magda- 
lénien^ ainsi appelé du nom de la grotte delà Madeleine, commune 



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112 VI. ÉPOQUE AURIGNACIENNB 

de Tursac (^Dordo^e,, fouillée par Lartet *. Parmi les recherches 
récentes les plus fructueuses et les plus célèbres, se placent celles 
d'Edouard Piette dans les gisements pyrénéens où ses découvertes 
eurent un légitime retentissement*. Mais à mesure que les maté- 
riaux d'éludé se multipliaient, la complexité des assises de Tépoque 
du Renne et la variété de leurs divers faciès apparaissaient plus 
nettement. On n'avait pas apporté tout d'abord à la direction des 
recherches une méthode assez sûre. Les premières classifications, 
basées sur des observations incomplètes, se trouvèrent donc insuf- 
fisantes, lorsque les travaux récents eurent révélé le nombre et la 
diversité des niveaux. 

On reconnaît à l'heure actuelle trois subdivisions chronologiques 
principales dans le quaternaire supérieur ou époque du Renne: 

1® Un niveau inférieur, composé sans doute de plusieurs assises, 
appelé présolutréen ou aurignacien. Cette dernière dénomination, 
tirée du nom de la célèbre grotte d'Aurignac (Haute-Garonne), a été 
acceptée en 190G au Congrès international de Monaco, à la suite 
d'une communication de M. l'abbé Breuil, à qui Ton doit des 
observations décisives sur la position stratigraphique et les carac- 
tères de cette phase ancienne de l'époque du Renne '. 

2** Une assise moyenne ou solutréenne (de la station de Solulré, 
en Saône-et- Loire). 

1. E. Lartet et Christy. Sur des figares d'animaux gravées au sculptées et 
autres produits d'art et d'industrie rapportables aux temps primordiaux de la 
période humaine, RA, I86i, I, p. 233. La publication de ce mémoire marque 
une date dans les annales de Tarchéulogie préhislorique. Sur E. Lartet et les 
Retiquiae aquitanicas, ouvrage publié après sa mort, voir plus haut, p. 8, 
notes 1 et 2. 

2. Edouard Piette, né en 1827, à Aubigny 'Ardennes , mourut A Rumigny, 
dans le même département, en 1906. Il consacra à l'étude de la géologie et de 
rai*chéologie quaternaire tous les loisirs que lui laissait sa profession de magis- 
trat. Les premières cavernes qu'il explora furent celles de Montrejeau, dans la 
Haute-Garonne {Comptes rendus de l'fnstitut, 31 juillet 1871, p. 350 (Cf. Mat., 
1870-71, p. 49i), de Gourdan et de Lorthet, dans les Hautes- Pyrénées BSA. 
1873, p. 38i ; 1874, p. 498). Nous parlerons de ses mémorables découvertes au 
Mas d*Azil (Ariège , à Brassempouy (Landes; et à Arudy (Hautes-Pyrénées^. 
Les mémoires et opuscules publiés par Piette sont fort nombreux, mais il a 
laissé inachevés les deux grands ouvrages dont il avait fait graver les planches : 
L'art pendant iâge du Henné cl Les Pyrénées pendant l'âge du Renne, lia 
donné sa riche collection au musée de Saint-Germain. (Pour les détails bio- 
graphiques, voir Boule, Anthr., 1906, p. 214 avec une note bibliographique;: 
— Cartailhac, Rev. des Études anciennes, 1906, p. 274 ; — S. Reinach, RA, 
1906, H, p. 151). 

3. En attendant la publication du compte rendu de ce Congrès, voir Anlhr.. 
1906, p. 123. 



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DIVISIONS CHRONOLOGIQUES DU QUATERNAIRE SUPERIEUR 



113 



3* Une assise supérieure ou magdalénienne^ de la station de la 
Madeleine. 

L'ancienne classification, celle de G. de Mortillet, ne comprenait 
que les deux divisions supérieures, le solutréen et le magdalénien. 
Nous verrons toutefois que Caurignacien^ depuis longtemps connu 
et tout d'abord placé à la base du quaternaire supérieur, fut ensuite 
intercalé à tort entre le solutréen et le magdalénien et plus tard 
à peu près oublié. 

L" ordre de succession des phases initiales de l'époque du Renne 
a été fixé par une série de découvertes récentes, en tête desquelles 
se placent celles d'Edouard Piette, dans les grottes pyrénéennes. 
Pour Tintelligence de ce qui suit, nous mettrons donc tout d'abord 
sous les yeux de nos lecteurs un résumé des observations stratigra- 
phiques de Piette. Celui-ci a présenté la classification suivante des 
sédiments formés dans les cavernes pyrénéennes, pendant Tâge du 
Renne. 



AGE 


ÉPOQUE OU ÉTAGE 


ASSISE 


o 

.0- 


De la gravure 
[gourdanienne) 

1 


. De la gravure simple et des 
harpons en ramure de renne * . 
1 De la gravure simple sans 
; harpons ou avec très peu de 
harpons. 
De la gravure à contours dé- 
coupés. 


De la sculpture f Delà sculpture en bas- relief. 
{papalienne ou éburnéenne) l De la sculpture en ronde-bosse. 



Toutefois, si nous groupons synoptiquement dans ce cadre tracé 
par Piette les stratifications des trois principales grottes fouillées 



1. Piette a désigné sous la dénomination de lorthétienne cette assise de la 
gravure avec harpons nombreux. La nomenclature et le nombre des divisions 
de sa classification ont souvent varié, ce qui rend assez obscur l'ensemble de 
ses mémoires. 

Manuel d'archéologie préhistorique. — T. I. s 



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114 



VI. EPOQUE AURIGNAOIBNNB 



par lui, Brassempouy, le Mas d'Azil et Gourdan, nous obtenons I 
tableau suivant* : 



SUCCESSION 
des assises 


BRASSEMPOUY 
Grotte du Pape 


MAS DAZIL 


GOUHDAN 


5- x&al^V.* 

Gravures simples el 
harpons à Uge cy- 
linarique, en bois 
de renne. 


Assise à peine re- 
présentée. Pas de 
harpons. Quel- 
ques gravures. Si- 
lex uiagdaléniens. 


Couches bien re- 
présentées surtout 
sur la rive gauche. 


Nombreux harpons 
et gravures As- 
sise très riche . 
Animaux éinigrcfs 
et actuels. 


4» ASSISE 

Gravures simples sans 
(ou presque sans) 
harpons. 


Silexsolutréens 
(pointes en feuille 
de laurier ou de 
saule, pointes à 
crans typiques et 
atypiques). Grat- 
toirs nucléiformes. 
On trouve encore la 
faune des espèces 
éteintes. Uenne 
peu commun. 


Pas de silex solu- 
trt^ens. 

Les animaux dispa- 
rus sont rares. 

Couches très déve- 
lop^iéessurlarive 
droite. 


Peu de gravure» 
sur os. Beaucoup 
de gravures sur 
pierre. Animaux 
disparus rares. 


3- ASSISE 

Gravures à contours 
découpés. 


Assise atrophiée et 
d'ailleurs déblayée 
avant les travaux 
de Pietle. 


Grande richesse en 
œuvres d'art. 


Couche peu déve- 
loppée. 


2- ASSISE 

Sculotures en bas-re- 
lie». 


Assise pauvre et se 
distingnant diffi- 
cilement des cou- 
ches voisines. En- 
levée en partie 
avant les travaux 
de Pietle. 


Assise très riche 
en objets d'art. 


Couche peu déve- 
loppée. 


1" ASSISE 

Sculptures en ronde- 
bosse. 


Statuettes humai- 
nes. Pas une seule 
statuette d'ani- 
mal. 


Statuettes d'ani- 
maux nombreuses. 
Une seule figurine 
de femme. 


Couche peu déve- 
loppée. 



, Ce tableau accuse, comme on le voit, certaines lacunes dans la 
série des cinq assises de Piette pour chacune des trois grottes consi- 
dérées isolément. Les assises de la sculpture en bas-relief et de la 
gravure à contours découpés ont été surtout rencontrées au Mas 
dWzil, ainsi qu'à Arudy et à Lourdes. Mais il importe d'observer 
que le synchronisme admis par Piette pour les assises inférieures 

t. Nous éliminons de ce cadre les couches supérieures plus récentes que 
répoqu'e du Renne, y compris les couches de transition, dites ast/tennes, dont 
nous parlerons plus loin. 

2. Celte assise à harpons nombreux est richement représentée dans une 
autre grotte fouillée par Piette, celle de Lorthet (Hautes-Pyrénées). 



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I 



LES NIVEAUX EBURNBEN ET AURIG.NACIEN 115 



el moyennes de Brassempouy et des autres stations ne correspond 
[ pas à la réalité des faits. 

I Pielle a eu le mérite de démontrer que les œuvres d'art appa- 
' raissent à la base de Tépoquedu Renne sous la forme de sculptures. 
S<Mi assise ébuméenne a été reconnue à la base de Brassempouy, 
de même que dans d'autres {,'isements, comme nous allons le voir. 
Elle fait partie du niveau aurignacien, La quatrième assise est 50/11- 
tréenne (solutréen supérieur), la cinquième magdalénienne. Quant 
aox deuxième et troisième assises, elles se classent, de même que 
la première, à la période magdalénienne L'erreur fondamentale de 
Piettefut de synchroniser les sculptures archaïques de Brassempouy 
avec celles du Mas d'Azil, appartenant à un art beaucoup plus 
évolué'. 

§ 11. — Les niveaux éburnéen el aurignacien. 

Nous décrirons plus loin dans un chapitre spécial ces sculptures 

recueillies par Pie tte au niveau éburnéen de Brassempouy. Ce sont des 

slaluelles en ivoire, représentant pour la plupart des femmes nues. A 

Brassempouy, on n'a rencontré que des figurines humaines et pas de 

statuette d'animal, tandis qu'au Mas d'Azil, l'assise à sculptures, 

d'époque magdalénienne, a livré de nombreuses représentations 

d*aniniaux etune seule figurine de femme, d'un tout autre caractère ■*. 

M. Tabbé Breuil croit pouvoir rapprocher dubitativement de ce 

I uiveau éburnéen, faciès particulier de l'aurignacien, le foyer de 

Gargas (Hautes-Pyrénées), l assise de base de Pair-non-Pair 

' \Gironde) et de Solutré, la grotte des Fées, à Chatelperron 

I [Allier) et la Roche-au-Loup (Yonne) ^. Outre des silex, taillés 

I généralement à grands éclats, rappelant les types moustériens, 

toutes ces stations ont livré un type caractéristique que reproduit 

la figure 36. C'est une lame à retouches marginales unilatérales, 

avec pointe en segment de cercle. 

1. Une autre erreur de Piette fut de placer au niveau des gravures à con- 
' tours découpés l'industrie aurignacienne qu'il dénommait vallinfernalienne^ 

du nom de la station de Gorged'Enfer (Dordogne), M. Tabbé Breuil a expliqué 
les causes de cette confusion dans un mémoire actuellement sous presse 
voir ci-après, page 119, note 1). 

2. Piette, Anlhr.,\B9^, p. 5Î8. 

3. Breuil, Essais de stratigraphie des dépôts de l'âge du ren/ie, CPF, 
I Périgueux, 19J5, p. 76. Renseignements complétés par une communication 
i personnelle de M. Breuil. 



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116 



EPOQUE AURIGNACIBNNE 



Dans la faune de Téburnéen, les grandes espèces éteintes, notam 
ment Tours des cavernes, le mammouth, le rhinocéros à narines 
cloisonnées, demeurent toujours abondamment représentées. 

Le niveau d'Aurignac proprement dit est connu depuis le détml 






12 3 

Fig^. 36. — Lames en silex du type de Ghatelperron, d'après le D'BaiUeau. 

des travaux relatifs aux cavernes du midi de la France. Son 
importance et surtout sa véritable place stratigraphique, entrevues 
dès Torigine, ont été définitivement déterminées par des observations 
récentes. En 1852, on découvrit à Aurignac (Haute-Garonne) une 
petite grotle contenant tout à la fois des foyers quaternaires et des 
sépultures néolithiques. Huit ans plus tard. Ed. Lartet, informé de 
cette trouvaille, explora la grotte. Tout autour des foyers il recueillit 
des débris d'une faune quaternaire ancienne et des vestiges indus- 
triels comprenant une pointe en os à large base fendue, de forme 
typique (fig. 37 et 38)*. 

Cinq ans après les découvertes de Lartet, on rencontrait dans la 
grotte de la Chaise, commune de Vouthon (Charente), la même 
industrie, accompagnée d'une faune également plus ancienne que 
celle des stations alors connues de la Dordogne ^. 

1. Cf.rappendicede ce volume, Liste bibliographique des cavernes, 

2. KA, 1865,11, p. 90. La grotte de la Chaise contenait deux assises, l'une 
aurignacicnnc, Tautre magdalénienne très récente, mais on n'a pas distingué entre 
ces deux couches, dont la seconde a livré des gravures à figures d'animaux. 



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LES NIVEAUX ÉBURNBEN ET AURIGNACIEN 117 

En 1867, Gabriel de Mortillet était donc fondé à reconnaître dans 
la pointe en os d'Aurignac, le type industriel le plus caractéristique 
de ce que Ton appelait alors la prenriière époque des cavernes ^ 

Lartet et Christy, dans les Reliquiœ aquilanicœ, mirent en 
relief la similitude des découvertes d'Auri- 
guac et de la Chaise avec celles de la grotte 
des Fées, à Chatelperron (Allier), et de Tune 
des stations de la Gorge d'Enfer, sur la rive 
droite de la Vézère, en face des Eyzies. Dans 
tons ces gisements, on notait la présence de 
la pointe en os typique, à base fendue ou 
non. Partout la faune comprenait un plus 
grand nombre d'animaux éteints que celle de 
toutes les autres stations de Tépoque du 
Renne montrant, comme la grotte de la Ma- 
deleine, une industrie plus avancée ^. 

Mais Tattention se portait alors sur les 
importantes découvertes de Solutré, gise- 
ment complexe, exploré depuis 1866. Une 
nouvelle industrie de Tépoque du Renne y 
apparaissait, diiférant tout à la fois de celle 
d'Aurignac et de celle de la Madeleine, mais 
semblable à celle de I.augerie-Haute (Dor- ^f Lr,r„7i: T/^, 
dogne), déjà définie par Edouard Lartet. d'Aurignac. 
Quelle relation chronologique était-il permis 

d'établir entre le groupe d'Aurignac et celui de Laugerie- Haute 
et Solutré? Le problème demeurait encore obscur, faute d'obser- 
vations assez précises. En s'appuyant sur des données théoriques, 
M. de Mortillet, modifiant ses premières conjectures, crut pouvoir 
intercaler Taurignacien entre le solutréen et le magdalénien. Son 
Essai d'une classification des cavernes fondée sur les produits de 
r industrie humaine^ présenté en 1869 à l'Académie des Sciences, 
indique la superposition suivante ^ : 



1. En 1867 (Afa(., t. III, p. 191), G. de Mortillet plaçait les stations de la 
Chaise, Chatelperron, Gorge d'Enfer et Aurignac en tète des gisements de sa 
première époque des caveraes, avant Laugerie-Haute et Laugerie-Basse, cette 
dernière station caractérisant la seconde époque. 

2. Lartet et Ghristy, Reliquiœ, p. 95 et B, pi. 12. 

3. G. de Mortillet, Comptes rendus de UAcad. des Sciences, LXVIIl, l'^mars 
1869; — Mat., 1868, p. 458, et 1869, p. 172. 



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118 VI. EPOQUE AURIONAGIENNE 

1® Époque du Moustier; 

2^ Époque de Solutré ; 

3** Époque d'Aurignac ; 

4** Kpoque de la Madeleine. 

Cet ordre de succession ne fut pas adopté par le D"' Hamy qui, 
dans son Précis de paléontologie humaine (1870), plaça avec plus 
de clairvoyance le niveau d'Aurignac entre celui du Moustier et 
ceux de Solutré et de la Madeleine, considérés tous deux comme 
synchroniques. A partir de cette époque, Taurignacien tomba dans 
Toubli «. 

Des trouvailles récentes ont ramené l'attention sur cette phase 
ancienne de Tépoque du Renne. Le prince de Monaco fit commencer 
dans les grottes des Baoussé-Roussé, près de Menton, les fouilles 
importantes dont nous avons déjà parlé. A la suite de ces découvertes, 
MM. Cartailhac et Breuil, en se basant sur des données stratigra- 
phiques, réussirent à rétablir le véritable niveau de Taurignacien, pre- 
mière phasedeTépoquedu Renne, succédant immédiatementaumous- 
térien. Dans une communication présentée au Congrès préhisto- 
rique de Périgueux en 1905 *, M. Tabbé Breuil élucida ce problème 
chronologique et détermina les caractères de Tassise présolutréenne 
ou aurignacienne. De son côté, M. Cartailhac reconnut l'antériorité 
des gisements de Tarte, de Gargas et d'Aurignac sur les autres 
habitats de Tépoque du Renne dans la même région. 

A la Ferrassie (Dordogne), l'assise aurignacienne était également 
sous-jacente au solutréen ^. Enfin nous verrons plus loin que dans 
la fouille de la grotte du Trilobite, explorée très méthodiquement 
en 1895-98 par M. Tabbé Parât, on peut actuellement reconnaître 

1. En 1872, G. de Mortillet supprima la période d'Auripnac sans indiquer 
ses motifs, maintenant seulement dans sa classification de l'àjce de la pierre 
l'acheulëen [ou chelléen], le moustérien, le solutréen, le magdalénien et le 
robenhausien ou néolithique (.Va <.. 1872, VII, p. i64}. 

Cependant, sir John Evans, dans son volume sur les Ages de lu. pierre 1 1878 . 
p. 482, a reproduit la division ancienne de Mortillet avec l'âge de Cro-Mapnon 
[ou d'Aurij^nac], entre les niveaux de Laugerie-Haute et celui de la Made- 
leine. 

Dans la dernière édition du Préhistorique, M. A, de Mortillet place encore 
les types de Taurignacien (os à encoches, p. 195 et pointe en os à base fondue, 
p. 199) à une époque de transiticm entre le solutréen et le magdalénien. 
M. Girod (UEA, 1900, p. 309, partage celle opinion, aujourd'hui difltcile à 
soutenir. 

2. Breuil, Essai <le slratigraphie des dépôts de l'Age du renne, GPF, Périgueux, 
1905, p 75. Cf. Cartailhac, ibid., p. 83. 

3. D'après les observations de MM. Peyrony et Capitan, qui ont fouillé cette 
station (Breuil, ibid., p. 75 . 



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l'outill-\.oe aurignacien 1«19 

deux couches aurignaciennes surmontées d^un niveau solutréen 
archaïque et d'un niveau magdalénien. Ainsi se trouvent confir- 
mées en majeure partie les vues exprimées depuis longtemps par 
un éminent préhistorien belge, M. Ed. Dupont, sur les diverses 
phases de Tépoque du Renne en Belgique, et aussi les observations 
d'Adrien Arcelin sur les foyers inférieurs de la station de Solutré*. 

§ III. — Voulillage aurignacien. 

L'industrie d'Aurignac compte divers types caractéristiques en 
os et en pierre : 

1** Objets en os. — Les objets en os, déjà nombreux, 
comprennent la pointe à base fendue déjà signalée (fîg. 37), ou une 
pointe semblable, mais sans fente basilaire, de grosses épingles ou 
poinçons à tête, enfin des lissoirs et os divers, simplement ornés de 
traits gravés disposés en série, objets communément appelés 
« marques de chasse » et dont nous parlerons au chapitre X. Cette 
industrie de Fos est encore rudimentaire. Les habiles graveurs de 
Tépoque magdalénienne, dont les ouvrages admirables retiendront 
tout à rheure notre attention, n'ont encore que de rares précurseurs. 

Nous ignorons à quel usage était destinée la pointe en os d'Auri- 
gnac. La plupart des préhistoriens Tont considérée comme une arma- 
ture de flèche ou de javelot. Mais, comme on Ta observé, son extré- 
mité bifide est souvent trop mince et trop fragile pour se prêter à une 
emmanchure solide. La figure 38 en reproduit les principales variétés. 
La fente du talon fait parfois défaut, notamment à la Ferrassie 
(Dordogne), aux Roches (Indre) et à Brassempouy (grande grotte ^). 
Il faut se garder de confondre avec cette pointe en os aurignacienne 
à base fendue, de forme aplatie, une autre pointe en os à base four- 
chue, présentant une section cylindrique et appartenant à Tépoque 
magdalénienne ^. Des objets en os fort intéressants ont été signalés 

1. La question de la position straligraphique de raurignacien sera expo«*ée 
dans tous ses développements par M. l'abbé Brcuildans \a Revue préhistoriq ae , 
1907. L'auteur a bien voulu nous communiquer les épreuves de cet important 
mémoire avant le tirage de ce chapitre de notre ouvrage. 

2. Rrcuil. ibid., p. 76. 

3. C'est par suite de cette confusion que sir John Evans (Aifes de la pierre, 
p. 483) a fait figurer à tort dans sa liste des stations « de l'âge de Cro-Magnon » 
«u d'Aurignac, certaines localités ayant livré non pas la pointe plate à base fen- 
<iue, mais la pointe conique à base fourchue, notamment Aurensan (Hautes- 
Pyrénées). La pointe conique d' Aurensan est figurée, avec d'autres objets 
magdaléniens de même provenance dans Mal., 1870, pi. XI. 



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120 VI. ÉPOQUR AURIGNAGIBNNE 

dans la grotte des Cottes, à Saint-Pierre-de-Maillé (Vienne). Ce 
sont des flacons tubulaires ou étuis, en canons de renne, ornés 
comme les « marques de chasse » *. L'un d eux (fig. 79) contenait 
encore de Tocre rouge en poudre indiquant 
sa destination. Nous verrons que la pratique 
de la peinture corporelle à Taide de matières 
colorantes rouges explique l'emploi de ces 
flacons à ocre, matière également utilisée, 
d^ailleurs, pour les peintures pariétales. 
Les minéraux colorants, hématite, ocre, 
etc., sont signalés dans un grand nombre de 
Fig. 38. — Pointes en os stations paléolithiques, dès Tépoque auri- 
dutyped'Aurignac.Les ornacienne. Au reste la peinture corporelle et 
Cottes (Vienne) «. ^, ^ ,, . , f . , . . . . 

plus tard le tatouage furent très usités chez 

les sauvages de l'Europe primitive jusqu'à l'âge du bronze. On ne 
saurait donc être surpris de rencontrer encore à l'époque néoli- 
thique ces mêmes tubes en os ^. 

La parure corporelle dont nous parlerons plus loin est représen- 
tée par des coquillages et des dents percés, à tous les niveaux pré- 
solutréens. 

2" Instruments en silex, — Les outils mouslériens, pointes et 
racloirs, abondent encore dans tout l aurignacien. On y rencontre 
en outre, comme le démontrent des trouvailles déjà nombreuses, 
plusieurs types nouveaux et caractéristiques. La plupart se main- 
tiennent sporadiquement aux niveaux supérieurs de l'époque du 
Renne, mais leur groupement en nombre est particulière l'aurigna- 
cien, dont le faciès industriel, considéré dansson ensemble, sedéfînit 
assez nettement, même en l'absence des objets d'os typiques. 

Les éléments les plus caractéristiques de cet outillage lithique, 
où abondent les lames à nombreuses et belles retouches margi- 
nales, sont les suivants : 

Grattoirs carénés (i\^. 39). — Les bords en sont creusés de canne- 
lures qui les rapprochent des nucléus. Ce grattoir est épais, sur- 
tout au talon, court et surélevé *. Sous sa forme typique, il parait 
être à peu près exclusivement aurignacien. 

1. Breuil, REA, 1906, p. 51, fig. 2. 

2. Breuil, REA, 1906, p. 54. 

3. Mat.^ 1876, p. 376. Ces tubes en os néolithiques, fermés par un obturateur, 
proviennent de Tours-sur-Marne (Marne). Us seront figurés ci-après, dans la 
seconde partie. 

4. Cette forme de grattoir a été signalée pour la première fois à Ressaulier 



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L OUTILLAGE AURIGNACIEN 



121 



Lames k encoche et à double encoche (fig. 40). — Ces lames étaient 
» au nombre de quarante dans l'assise présolutréenne des Cottes, à 
j Saint- Pierre-de-Maillé (Vienne) *. Elles se terminent en pointes 





i 4 7 

Fig. 39. — Grattoirs carénés (d'après MM. Bard(»n et Bouyssonie) *. 

ou en grattoirs. Il n'est pas rare qu'elles soient retouchées sur tout 
leur pourtour. 

Les encoches forment souvent de larges échancrures à la partie 
médiane de la lame. Lorsqu'elles sont bilatérales, elles sont f'ré- 

fCorréze) par M. Lalande. On la désigne aussi sous le nom de grattoir du type 
de Tarte. « Très souvent, écrivent MM. Bardon et Bouyssonie, la partie retou- 
chée du grattoir, au lieu d'être un simple arc de cercle convexe, présente au 
milieu une sort* d'avancement en forme de nez »>. De la succession des niveaux 
archéoi. dans Les stations préhist. des environs de Brives, CPF, I90ô, p. 164. 
Pour Tétude de ce type d'instrument, se reporter à la notice récente de 
ces deux auteurs : Grattoir caréné et ses dérivés à la Counibo-del-Bouïlou 
Corrèze), RE A, 1906, p. 401. Les éléments de notre figure sont empruntés ù 
ce mémoire. 

1. Fouilles de M. de Rochebrune (Breuil, REA, 1906, p. i7, nomb.fig.). 

2. REA, 1906, p. 401. 



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122 VI. ÉPOQUE AURlGNACIBNNt: 

quemment opposées Tune à Tautre. Les lames ainsi échancr 
peuvent alors s'appeler lames étranglées ^ Elles ne se co 
fondent pas avec les lames à petites échancrures multiples de F*ai 
non-Pair et de Menton. 

Lames à tranchant rabattu, — Sur ces lames en silex, minces < 
étroites, un des tranchants est complètement supprimé par h 
retouches. La lame présente alors un bord équarri et porte au de 



„. ,„ - . , , , Fig, II." — Lame à Iranchant ra- 

Fip. 40. - Lames a double ^attu, du type de la Graveltc-. 

^"^«^»^^^- LeTrilobileS 

une nervure *. On trouve encore aux niveaux supérieurs de 
l'époque du Renne, des formes dérivées, plus ou moins voisines de 
celles-ci ^, mais les dimensions en sont en j;énéral plus réduites. 



1. Cf. les lames échancrées de rAbri-des-Roches, Indre (Seplier, HP, 1905, 
p. 257, fîg:. 11 i et 115). Les lames à petites encoches complexes de Menton sont 
représentées A Pair-non- Pair, à la base du jfisement glyptique (renseig^nemenl 
de M. l'abbé Bivuili. 

2. 1, d'après Breuil, Grotte des Cottes, REA, 1906, p. 59 ; 2, Les Roches 
Indre), d'après Scptier. HP, 1905, p. 257. 

3. Abbé Parât, loc. cit., pi. I, 11. 

4. Kxemples fi^Mirés : Les Gi>ltés, Breuil, REA, IPOa. p. 56, fi^. 5,n®M, Si- 
Grotte de la Harnia Grande à Menton; D' Verneau, Anthr,, 1899, p. 439-în2, 
fîp. 10 A 12 ; — Les lames de MentDU sont de petites dimensions. 

5. Breuil, Les Cottes, REA, 1906, p. 55, note l. 



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l'outillage At'RIGNACIEN 123 

Les lames dites du type de la Gmvetle (station aurignacienne de 
la Dordogne) représentent une variété de la lame à tranchant 
rabattu, de forme longue et eflîlée (ï\^, 41). Elles paraissent 
appartenir surtout au niveau supérieur de Taurignacien ^ 

Perçoirs (fîg. 42, n*** 4 et 5). — On désigne sous ce nom des lames 
ou éclats dont une extrémité se termine par une pointe que des 
retouches ont amincie et rendue plus ou moins aiguë. Le perçoir 
apparaît dans plusieurs gisements aurignaciens, aux Cottes ^, au 
Roches *. Les niveaux aurignaciens de la grotte du Trilobite (Yonne) 
en contiennent des exemplaires droits et d'autres incurvés *. 





6 
2 3* 

Fijç. 12. — I, Grattoir sur bout de lame ;2-3, lames retouchées ; 4-5, perçoirs "'. 

Burins, — On nomme burins des lames terminées par une pointe en 
angle dièdre. Pour obtenir un burin simple^ il suffit de détacher du 
sommet de la lame deux éclats obliques. L'intersection des deux 
plans d'éclatement donne une pointe beaucoup plus résistante que 
la pointe plate ou conique des perçoirs. C'est sans doute avec le 
burin que les artistes de Fépoque du Renne travaillaient des 
matières dures, telles que le bois de renne, Tivoire et la pierre. 

Le burin ordinaire (voir ci-après chap. Vlll, fîg. 67), qui 
apparaît très rarement au moustérien, est abondant dans 
les gisements aurignaciens, et demeurera d'un emploi constant aux 
époques solutréenne et magdalénienne. 

1. Bi-euil, CPF, 1905, p. 76. 

2. Breuil, RKA, 1906, p. 56, fijf. i, n»- 4 et 5. 

3. Scptier, HP, 1905, p. 257-269, tig. 120. 

4. Breuil, REA, 1906, p. 242. 

5. 2-.3, d'après Breuil, Grotte des Cottes, HEA, 1906, p. 56; 1, 'i-5. Les 
Roches (Intire). D'après Septier, IIP, p. 260-269, 



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124 VI. ÉPOQUE AURIGNACIENNE 

On a observé diverses autres variétés de burins dans les gise- 
ments aurignaciens. Nous reproduisons ici le burin busqué 
(fig. 43), forme très voisine du grattoir caréné. Son angle terminal 
est limité par une surface plane et une surface convexe creusée de 
facettes, offrant une courbure qui renforçait la solidité de la pointe. 




Fig. 43. — Burins busqués (d'après BardoneL Bouyssonie) '. 

Le plus souvent, comme sur les exemplaires de la figure 43, on 
remarque sur le côté opposé à la pointe une échancrure finement 
retouchée. Il est assez difficile d'expliquer Futilité de cette 
encoche taillée avec soin. MM. Bardon et Bouyssonie, auteurs 
d'une monographie sur les burins aurignaciens, estiment qu'elle 
pouvait servir, soit à faciliter la préhension de la pièce, soit à limi- 
ter les retouches terminales en forme de cannelures. Sur quelques 
exemplaires, l'extrémité opposée au burin est façonnée en grattoir 
(fig. 43, n" 3 et 4). 

On a signalé le burin busqué dans les stations aurignaciennes 
de la grotte du Trilobite (niveaux à pointe d'Aurignac), de Pair-non- 
Pair, de la Kerrassie, des Roches, à Pouligny f Indre), de la Goumbo- 



1. Grattoir caréné et s^s dérivés, REA, 1906, p. 408. 



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APPARITION DE LA GRAVURE SUR OS 125 

dei-Bouîtou (Corrèze). Il disparait aux niveaux supérieurs de 
lepoque du Renne*. On a donné le nom de burins d'angle ou burins 
latéraux (fig. 68) à des burins « fabriqués sur 'angle des lames, 
dont l'extrémité tronquée porte des retouches, la ligne de cassure 
étant oblique ou transversale, rectiligne ou concave ». C'est une 
forme qui n'est pas exclusive à l'aurignacien ^. 

On ne doit pas oublier que l'étude approfondie de l'outillage de 
cette époque étant toute récente, on peut attendre des recherches 
ultérieures bien des données complémentaires. 

§ IV. — Apparition de la gravure sur os. — La grotte du 

Trilobile. 

Si Ton en juge par une constatation de M. l'abbé Breuil, 
c'est à l'époque aurignacienne et non pas, comme on était jusque- 
là porté à l'admettre, à l'époque magdalénienne, que l'art de la 
gravure sur os aurait pris naissance. Dans la célèbre grotte du Tri- 
lobite, à Arcy-sur-Cure (Yonne) ^, M. l'abbé Parât, au cours de 
fouilles récentes, conduites avec une rigoureuse méthode, recon- 
nut un remplissage archéologique se composant de six niveaux. Us 
s etageaient à partir du haut de la façon suivante : 

1" Couche néolithique avec poterie ; 

•2<* Niveau magdalénien (fouilles Kicatier). Aiguilles en os, os 
travaillés, silex magdaléniens, trilobite-amulette (coléoptère en 
lignite sculpté] . Faune du renne ; 

3* Niveau de transition (aurignaco-solutréen). Faune d'ours. 
Silex à retouche solutréenne naissante, dont nous parlerons au 
chapitre suivant. Pointe en os typique à base non fendue ; 

4° Niveau aurignacien supérieur. Faune de rhinocéros. Pointes 
et racloirs moustériens. Grattoirs sur bouts de lames. Burins de 
divers types, surtout à retouche terminale oblique. Lames du type 
^\i de laGravette abondantes. Polissoirs à rainures. Lames à coche. 



1. Bardon et Bouyssonie, Grattoir caréné et ses dérivés [burins], REA, 
lî'06, p. 407. 

2. Bardon et Bouyssonie, ibid.^ p. S09. 

3. Celte grotte fut tout d'abord fouillée par le D' Ficaticr, d'Auxerrc. Celui-ci 
lui donna ce nom en raison de ladëcouverte qu'il y fit d'un fossile des terrains 
primaires, percé de deux trous de su8|>ension. Voir la bibliographie à l'appen- 
dice. 



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126 VI. ÉPOQUE AURIGNAGIENNE 

lames à dos rabattu ; perçoirs *. Minéraux colorants. Poinçon à tête ; 
marques de chasse ; os sur bois de renne et sur ivoire, avec gra- 
vures géométriques (dents de loup et lignes pectinées). Gravure 
sur os de renne, Rguraol un végétal. Une pointe en os du iyp^ 
d'Aurignac à base fendue. Galet schisteux, strié de figures de rhi- 
nocéros et de capridés (fig. 44) ; 

5*^ Niveau aurignacien inférieur. Faune ancienne complète. 



Fijf. V*. — Galet de schiste avec gravures de Rhinocéros tichorhinns et de 
capridés. Grotte du Trilobite (Yonne). D'après Brcuil «. 

Renne déjà plus abondant qu'au niveau moustérien. Silex mous- 
iériens ; grattoira carénés; deux lames à coche; lames à dos 
rabattu du type de Chatelperron et lames du type de la Gravette, 
ces dernières plus rares ; lames, burins de divers types. Poinçon à 
tête et fragments de poinçons. Hématite et sanguine. Quelques 
objets de parure (incisive d'ours perforée, etc.); 

6** Niveau moustérien. Faune et mobilier moustériens. 

Ces six couches, bien distinctes, formaient une épaisseur totale 
de six mètres. La grotte du Trilobile compte donc parmi les plus 
inléressantes et les mieux étudiées de l'époque du Renne ^. 

1. Voir l'intéressante description des innombrables silex de cette couche 
dans Parât, toc. cit.,, p. 13. 

2. REA, 1906, p. 2i4. 

3. Les objets découverts dans la grotte du Trilobile se trouvent, avec les 
collections de Tabbé Parât, au petit séminaire de Joij^ny. 



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LA FAUKE AURIGNAGIENNE 



127 



D'après ce^ données strati^raphiques, le galet de schiste à des- 
sins de rhinocéros serait à Theure actuelle, avec Tos de renne por- 
tant la représentation d'un végétal, la plus ancienne gravure con- 
nue de V époque du Renne, Mais ce sont des spécimens jusqu'à ce 
jour uniques pour l'époque aurignacienne, du moins en ce qui 
concerne les menus objets en matière dure. Il convient donc de se 
montrer encore circonspect sur les conclusions h tirer de ces décou- 
vertes. 

Il nous semble toutefois difficile de ne pas reconnaître avec 
M. Breuil, dans le tracé de ces esquisses, le sty'e archaïque 
caractéristique des plus anciens dessins pariétaux dont nous parle- 
rons ultérieurement. Or, nous verrons que, d'après les découvertes 
de Pair-non-Pair, les plus primitifs de ces dessins des cavernes se 
classent précisément au niveau aurignacien. 

§ V. — La Faune aurignacienne, 

La faune aurignacienne, comme celle de Téburnéen, diffère des 
faunes solutréenne et njagdalénienne par la présence d'un plus 
grand nombre d'animaux éteints. C'est ce que démontre le tableau 
suivant, indiquant les principales espèces recueillies dans les gise- 
ments aurignaciens les plus importants et les mieux connus : 



1*11 



Aurignac (Haute-Garonne) . . 

Tarte (Haute-Garonne) 

Gorffe d Enfer (D rdogne) . . 

Cro-Magnoa iDordogne) 

Pair-non- Pair (Gironde) 

La Chaise (Charente) 

Les Cottéfi (Vienne) 

Les Roches (Indre) 

Chalelperron (AllierJ 

Le Tiilobite (Yonne) (niveau 
aurignacien supérieur) 

Le Trflobite (Yonue) (niveau 
aurignacien inférieur) 

Monlaigle (Belgique) (Trou 
du Sureau) 

Goyet iBelçique) {Z* ca- 
verne, 3' niveau, Dupont, 
p. iii) 



+ + 



1^ 
C o 



a X 
.- a, 

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|e 

I- 



^ o 
•3 2 



+ + + + 



4- 
+(?)| 



1. Un ours 

2. Hyène ind<^terrainée . 



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128 VI. ÉPOQUE AURIGNACIENNE 

On remarquera dans cette faune la présence à peu près cons- 
tante de VUrsus spelaeus de VHyaena spelaea et du Rhinoceras 
lichorhinns. Le renne et le cheval se sont rencontrés dans toutes 
ces stations. Dans celle des Roches, on les trouve Tun et Tautre à 
toutes les profondeurs ^ Il en est de même auTrilobite. Le climat 
varie d'ailleurs suivant Taltitude des grottes. De plus, les régions 
où se faisait sentir le climat maritime bénéficiaient d'une tempé- 
rature plus clémente que les pays éloignés du littoral. 

L'abondance du cheval paraît indiquer un climat moins froid que 
celui de Fépoque magdalénienne. 

8 VL — Distribution géographique. 

Voici la liste des principales stations aurignaciennes de la France, 
liste appelée sans doute à s'augmenter rapidement, maintenant 
que l'attention des 'préhistoriens a été ramenée sur celte période, 
naguère oubliée ou méconnue '^, 

Dordogne : Cro-Magnon (commune de Tayac), Gorge d'Knfer 
(même commune), La Ferrassie ^, Le Petit-Puyrousseau (commune 
de Périgueuxj, La Gravette (commune de Bayac), Les Roches (com- 
mune de Sergeac). 

Gorrèze : La Coumbo-del-Bouïtou (en français, le Vallon du 
Boiteux), commune de Brive *. 

Haute-Garonne: Aurignac, Tarte (commune de Salies-du-Salat). 

Basses- Pyrénées : Isturitz. 

Landes : Brassempouy (Grotte des Hyènes et Grande Grotte). 

Gironde : Pair-non-Pair (commune de Marcamps). 

Charente: La Chaise (commune de Vouthon), La Quina, station 
sud. 

Vienne: Les Cottes (commune de Saint-Pierre de Maillé). 

Indre : Les Roches (commune de Pouligny-Saint-Pierre). 

Allier : La Grotte des Fées (commune de Chatelperron). 

Yonne : Le Trilobite (commune d'Arcy-sur-Cure), La Roche au 
Loup (même commune). 

1. Septier, HP, 1905, p. 269. 

2. Pour la bibliographie, on se reportera aux notes de ce chapitre, et à 
l'appendice du volume. 

3. Fouilles inédites de MM. Capitan et Peyrony. 

4. Station fouillée récemment par MM. les abbés Bardon et Bouyssonie, 
CPF, 190-., p. 63. et REA, 1906, p. 401. 



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DISTRIBUTION GEOGRAPHIQUE 



129 



Saôue-et- Loire : Germolles (commune de Mellecey), Solatré, 
foyers inférieurs. 

A Tétranger, outre les grottes de Grimaldi ^ on connaît des 
g-isementsaurignaciens en Belgique et même, selon 
toute apparence, en Autriche. 

La pointe de flèche à base fendue est abondante 
dans la caverne du Trou-du-Sureau, à Monlaigle, 
sur les bords de la Molignée. caverne dont la 
faune comprend Téléphant, le rhinocéros, Tours, 
l'hyène, le renne et le bœuf ^. On remarque parmi 
les silex le grattoir caréné ^. 

Le troisième des cinq niveaux ossifères de la 
caverne de Goyet est synchronique du gisement 
de Montaigle, avec les mêmes silex et une faune 
similaire *. Le premier niveau, au sommet, est 
nettement magdalénien. Il contenait un harpon 
et un bâton de commandement, types caracté- 
ristiques — le premier surtout — de Tétage supé- 
rieur de Tépoque du Renne"*. 

A l'aide de ces stratifications, les préhisto- 
riens belges, M. E. Dupont, et après lui M. Rutot ', ont adopté 
pour la série des assises de Tépoque du Renne la succession suivante : 




Fig. 45. — Pointe 
en os aurigna- 
cienne, prove- 
nant du Trou- 
du - Sureau ^ à 
Montaigle*. 



Groupe tarandien 



Niveau Chaleuxien 
(de Chaleux) 



Niveau Goyétien 



Groupe éburnéen 



■ I- 



Niveau Magritien 



Niveau Montaiglien 



1. La grande publication du prince de Monaco sur les grottes de Grimaldi 
permettra prochainement de connaître en détail le faciès aurignacien de cet 
important gisement, notamment dans la Grolle des Enfants. 

2. Dupont, L'Homme pendant les âges de la pierre dans les env. de Dinanl, 
1872, p. 75. 

3. Dupont, loc. cit., fig. 4. 

4. Dupont, loc. ci(., p. 114. , 

5. Dupont, loe. cil , p. 119. 

6. D'après Dupont, loc. cit., p. 77,- fig. 5. 

7. Voir Rutot, Le Préhist. dans l'Europe centrale, 1904. Projet de classifica- 
tion nouvelle des industries préhist. de la pierre, à la fin du volume; — 
G. Engerrand, Six leçons de préhistoire, 1905, p. 151. 

Uanael d'archéologie préhistorique. — T. I. 9 



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130 



VI. EPOQUE AURIGNACIENNE 



Cette classification correspond à la nouvelle classification fran- 
çaise : Le Mon taig lien équivaut à VAurignacien ; le Magrilien au 
Solutréen (inférieur) ; le Goyélien et le Chaleuxien correspondent 
tous deux au ^)fâ^c/â^/iie/i. 

M. Fabbé Breuil mentionne l'industrie d'Aurignac à Spy, où le 
niveau des pointes à base fendue, largement représenté et contenant 




Fig. 46. — Silex de Hundisteig, à Krems, Basse- Autriche ^ 

encore quantité de silex moustériens typiques, est sous-jacent aux 
assises montrant de longues pointes à soie, qui ont donné ailleurs 
la figure humaine de Trou-Magrite (Pont-à-Lesse) *. 

Peut-être devra-t-on classer à Taurignacien quelques-unes des 
stations du loess découvertes en Autriche, aux environs de Krems, 
sur le Danube. Les préhistoriens allemands les ont attribuées 
dernièrement à l'époque solutréenne ^, mais leur outillage en silex 
(fig. 46) présente plus d'analogie avec Toutillage aurignacien. 
La pointe à cran atypique de Willendorf * est similaire à celle de 
Menton. 



1. D'après Hoernes, Der diluviale Mensch, p. 116, fig. 41. 

2. Breuil, Essai de stratigraphie^ CPF, 1905, p. 61. 

3. Sur CCS stations, voir Hocrnes, Der diluviale Mensch^ p. 111. 

4. Iloerncs, ihid., p. 122-123, fig. 46, 47. 



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CHAPITRE VII 

LE QUATERNAIRE SUPÉRIEUR OU ÉPOQUE DU RENNE. 
PHASE SOLUTRÉENNE. 



Sommaire. — I. Le gisement de Solutré. — II. Les foyers solutréens. — 
IIÏ. Lts amas de chevaux — IV. Les foyers aurignaciens. — V. Les silex 
solutréens. — VI. Position stratigraphique du solutréen. — VII. La grotte 
de Lacave (Lot). Extension du solutréen. — VIII. Les silex de Volgu (Saône- 
ct-Loire'i. 

§ !**'. — Le gisement de Solutré, 

L'assise moyenne du paléolithique supérieur tire son nom d'une 
des plus importantes stations françaises quaternaires, celle du 
Crot-du-Gharnier, à Solutré, près Mâcon (Saône-el-Loire). 

Get horizon de Tépoquedu Renne estcaraclérisé, au point de vue 
paléontologique, par Tabondance relative du cheval, bientôt rem- 
placé par le renne, le climat étant alors un peu moins froid que 
celui de la période ultérieure, dite magdalénienne ; sous le rapport 
archéologique, par une technique spéciale dans la taille de cer- 
tains silex, technique qui donne naissance à des pointes de 
flèches ou de javelots très caractéristiques. Ces armatures, en 
feuille de laurier ou en feuille de saule (fig. 49), se distinguent 
nettement des formes aurignaciennes et magdaléniennes, mais pour- 
raient parfois se confondre aisément avec quelques-unes des pointes 
de flèche néolithiques. Lorsqu' Edouard Lartet recueillit à Laugerie- 
Haute (Dordogne) les premières pointes solutréennes, à une date 
où le gisement de Solutré lui-même était encore inconnu, il fut 
frappé de leurs ressemblances avec certains silex de la Scandina- 
vie'. Sans aller chercher aussi loin des points de comparaison, on 
observe dans l'outillage néolithique de nos régions les mêmes 
similitudes. Nous verrons, d'ailleurs, que celles-ci n'impliquent 
nullement Thypothèse d'une filiation directe. 

1. Ed. Lartet et Christy, Figures d'animaux gravées ou sculptées^ RA, 186i, 
I, p. 255. C'est dans ce mémoire qu'est figurée pour la première fois une pointe 
solutréenne en feuille de laurier. Les mêmes auteurs ont publié plus tard de 
nombreux dessins de ces pointes et des pointes à cran dans les Rel. Aquit.^ A, 
pi. IV et VI. 



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132 



VII. EPOQUE SOLUTREENNE 



La pointe à cran (fig;. 51), autre forme typique de l'époque solu- 
tréenne, appartient surtout à son horizon supérieur. 

Elle manque totalement dans la station même de Solutré, sta- 
tion à assises complexes que nous devons tout d'abord décrire. 



CT\pT Du CHA|\NltT\ 

chemin . 



Tranckêe 




Ceuf* 







Fip. 47. — Coupe du Crot-du-Gharnier, à Solutré *. 

mais elle est assez abondante dans quelques départements du sud- 
ouest de la France et à Altamira (Espagne). 

Le gisement du Grot-du-Gharnier s'étend sur une surface de 

plus d'un hectare, à la base 
d'une falaise jurassique, dite 
la Roche de Solutré. Il est 
formé d'une couche énorme 
d'amas détritiques, atteignant 
parfois dix mètres d'épais- 
seur. Les assises quaternaires 
comprennent de haut en bas : 
P Des foyers et des sé- 
pultures du moyen âge du 
Renne (assise dite solutré- 
enne) ; 
2^ Des amas d'ossements de chevaux et des foyers de l'époque du 
Renne inférieure (assise aurignaciennej ; 

En 1866, Adrien Arcelin commença à explorer Solutré, où il 
rencontra tout d'abord les affleurements des ossements de chevaux. 
Les foyers solutréens furent découverts peu après par M. de Ferry^. 

1. D'après Arcelin, Anlhr., 1890, p. 301. 

2. D'après Arcelin, Anlhr.^ 1890, p. 302. 

3. Les fouilles furent tout d'abord continuées après la mort de M. de Ferry 
par M. Arcelin et par M. labbé Ducrost, curé de Solutré. Les rechei-ches de 
MM. Lartet, Chantre, Toussaint, de Fréminville, n'ont été que passagères 
G. de Mortillet,en 1872, a fait exécuter des fouilles pour le musée de Saint- 
Germain. 

Les découvertes de Solutré ont donné lieu à un nombre considérable de tra- 
vaux, dont plusieurs, parmi les plus anciens, ne présentent, à l'heure actuelle, 



Fig.'48. — Coupe du Crot-du-Charnier, 
à Solutré*. 



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LE GISEMENT DE SOLUTRE 



133 



Deux des coupes du Crot-du-CHarnier, prises par M. Arcelin sur 
un point voisin du centre du gisement, expliquent nettement la 
stratigraphie des niveaux. 

Dans la première (fig. 47), on voit la couche des amas de chevaux 
(zone 2) se relever tout autour des foyers solutréens (zone l),mais 
quand les niveaux ont conservé leur position normale, et n'ont pas 
été modifiés par le plissement de la masse détritique, par exemple 
dans la partie b de la seconde coupe (fig. 48), on reconnaît net- 
tement la succession stratigraphique. Celle-ci se présente comme 
suit aux points a et /> de cette seconde coupe : 



Coupe .1 

Terre végétale % . . . . . 50 

1 . Foyers solutréens i 

2. Amas de chevaux, auri- j 0.60 

gnaciens ^ 

Éboulis 1.50 

3. Petite zone de foyers auri- 

gnaciens 0.30 

ÉbouHs.. 2.00 

4 . Zone inférieure de foyers au- 

rignaciens . iO 

5.50 



Coupe b 

Terre végétale 

Éboulis 

Foyers solutréens 

Éboulis 

Amas rie chevaux, aurignacirns. 

Éboulis 

Petite zone de fovers auri- 



gnaciens. 
Éboulis . . . 
Marne 



0.40 
1.30 
0.50 
1.80 
0.50 
1.30 

0.03 
1.70 
0:00 

7.53 



qu'un faible intérêt, parce qu'ils portent sur des questions autrefois probléma- 
tiques et actuellement éclaircies. 

Le premier compte rendu des fouilles fut présenté A l'Académie de Mâcon 
et au Congrès international d'archéologie préhistorique f troisième session), 
tenu la même année à Norwich (H. de Ferry et Arcelin. L'Age du Renne en 
Maçonnais, mémoire sur le gisement archéol. du Crol du Charnier, Ann. de 
l'Acad. de Mâcon, !'• série, t. VIII, 1869, p 432-471 et dans Transactions of the 
intern. Congress of prehisi. ArchaeoL, 3*"" session, Londres, 1869, p. 319. Cf. 
Mat.^ 1S68, p. 33). H. de Ferry avait déjà signale Solutré dans son ouvrage, 
L'Ancienneté de Vhomme en Maçonnais, Gray, 1867, ouvrage dont le titre ëtait 
inspiré par celui du géologue anglais Charles Lyell, The Antiquity of Man, 
paru en 1863. Ce dernier livre eut en France une influence notable sur le déve- 
loppement des études préhistoriques (Cf. Arcelin, CAF, Mâcon, 1899, p. 73). 
Pour Solutré, on doit se reporter maintenant au mémoire publié par 
Adrien Arcelin avec la collaboration de M. Ducrost, Les nouvelles fouilles 
de Salaire, Anthr., 1890, p. 295-313 (nombreux plans et coupes). Les réfé- 
rences données par l'auteur peuvent être complétées par les notes bibliogra- 
phiques de l'ouvrage de M. S. Reinach, Alluvions el cavernes, p. 196, note 3. 

t>epuis 1890, Arcelin a opéré quelques nouvelles fouilles au Crot-du-Char- 
nier. Le compte rendu en est reste inédit, mais cinq ans avant sa mort, sur- 
venue en 1904, Arcelin, parlant de son mémoire de 1890, déclarait que les 
fouilles ultérieures n'avaieqt pas modifié les résultats acquis avant 1890 et vrai- 
ment définitifs (Larchéologie dans Saône-et- Loire, CAF, 1S99, p. 74;. 

Pour les figures, consulter surtout de Ferry et .\rcclin, Le Maçonnais pré- 
historique, Mâcon, 1870, pi., et.lfa^, 1869, p. 469. . 

La collection de l'abbé Ducrost a été donnée par lui au Muséum de Lyon : 
ccWç de M. Arcelin se trouve au musée de Mâcon. L'Académie de Mâcon pos- 



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13 i VII. ÉPOQUE SOLUTRÉENME 



§ II. — Les foyers solutréens. 



Les foyers de la première assise, connus sous la dénomination de 
foyers de l'époque du Renne, sont ceux dont Tindustrie a été prise 
pour type du solutréen. De forme ovale ou circulaire et entourés de 
dalles brutes, ils sont disséminés au milieu d'une couche con- 
tinue de cendres, de débris osseux et d'outils en silex. La faune se 
compose des espèces suivantes: Canis vulpes^ Canis lupas, Hyaena 
spelaea^ Ursu$ spelaeus^ Ursus arctos^ Mêles taxuSy Musiella pus- 
toriuSy Lepus timidus, Elephas primigenius^ Equus caballus^ Cer- 
vus larandusy Cervus canadensis, Bos primigenius, oiseaux indé- 
terminés, échassiers, rapaces, etc. 

Le renne domine dans les débris de cuisine, d'où le chien 
domestique est absent. Une des plus intéressantes particularités 
du gisement de Solutré, c'est la présence des sépultures sur les 
foyers. 

Le Crot-du-Gharnier recèle d'ailleurs, comme on le verra ulté- 
rieurement, des tombes de diverses époques, quaternaires, néoli- 
thiques, gallo-romaines et burgondes, et il paraît difficile d'opérer 
un départ exact entre ces dépôts funéraires successifs. 

Nous étudierons plus loin les formes caractéristiques des silex 
appartenant à celte assise, pointes dites en feuille de laurier et en 
feuille de saule. L'outillage en os comprend de nombreux poin- 
çons et lissoirs, des bois de renne perforés désignés sous le nom 
de bâtons de commandement, des os à encoches ou marques de 
chasse, des phalanges de renne perforées (sifflets ?). Les objets 
de parure se composent de dents d'animaux, percées d'un trou de 
suspension. La présence de minéraux colorants, sanguine, man- 
ganèse, s'explique sans doute par la pratique de la peinture cor- 
porelle ou du tatouage. Enfin quelques œuvres d'art proviennent 
de ce niveau ; ce sont quatre quadrupèdes sculptés dans des 
rognons de calcaire *. La tête de ces animaux qui paraissent être des 

sède celle de M. de Fréminville. Quant au cabinet archéologique de M. de 
Ferry, il est conservé dans sa famille à Bussières (Saône-et-Loire). On peut 
voir au musée de Paray-le-Monial une collection de silex provenant également 
de Solutré (fouilles récentes). 

1. Coll. de Ferry, Arcelin et Ducrost. 



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LES AMAS DE CHEVAUX 135 

rennes n*a pas été figurée. Une gravure sur os représente égale- 
ment un quadrupède ^ 

§ III. — Les amas de chevaux. 

' Au-dessous des foyers dits de l'époque du Renne, on rencontre 
une couche continue (couche n" 2), formée par une énorme accu- 
mulation d'ossements de chevaux brisés ou entiers, souvent agglu- 
tinés ensemble par un ciment calcaire. Cette brèche compacte 
qui contient des foyers forme un véritable magma. Aux ossements 
de chevaux sont mêlés quelques rares fragments de renne, d'ours 
des cavernes, de grand bœuf, d'éléphant. Les silex comprennent 
surtout des formes moustériennes., associées à tous les types aurigna- 
ciens, lames à encoches, lames à dos rabattus, pointes de la Gra- 
vette, grattoirs carénés ^. Toutefois ces formes aurignaciennes sont 
en assez petit nombre. « On voit apparaître, écrit M. Arcelin, 
les os travaillés, les marques de chasse, les zagaies en os, des bois 
de renne percés, des pendeloques en ivoire et en os, des grains de 
collier^». On ne rencontre jamais dans cette couche les types solu- 
tréens caractéristiques, c'est-à-dire les pointes de lance ou de flèche. 
La diversité des deux couches est fort nette et les caractères de 
routillage en pierre et en os permettent de classer à l'époque 
aurignacienne les amas de chevaux. Le faciès de l'industrie diffère 
cependant sous certains aspects de l'aurignacien du Périgord. La 
pointe en os à base fendue paraît notamment faire défaut ^. La 
masse des ossements d'équidés est énorme. On n'évalue pas à 
moins de cent mille le nombre des individus que représentent 
ces débris. Les os longs et ceux delà tête et du bassin sont souvent 
brisés en menus morceaux et calcinés, ce qui permet de les consi- 
dérer comme des rejets de cuisine. Les chasseurs quaternaires ont 
extrait des os la substance médullaire dont ils étaient friands, et 
qu'à l'instar des sauvages modernes, ils utilisaient sans doute à 
divers usages industriels. 

1. Coll. Ducpost, au Muséum de Lyon. 

2. Nous devons ces renseignements à M. l'abbé Breuil. Tous les types de 
burins existent dans les foyers à chevaux. M. Arcelin avait cru reconnaître 
dans les zones inférieures de Solutré non seulement des types muustériens mais 
des types acheuléens (CAF, 1899, p. 75). M. l'abbé Breuil a constaté que ces 
derniers font défaut. L'erreur de M. Arcelin est due à une fausse interpréta- 
tion d^objets spéciaux. 

3. Arcelin, Bail. se. nal, Saône-et- Loire, nov.-déc. 1901. 

4. Voir Breuil, La quemtion aarignacienne, RP, 1907 (sous presse). 



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136 VII. ÉPOQUE SOLUTRÉENNE 

Avant de connaître exactement la stratigraphie du gisement, on 
avait formulé sur cette couche à ossements d'équidés des hypo- 
thèses erronées, basées sur des observations inexactes. Les osse- 
ments semblaient constituer autour des foyers de véritables 
murailles; Torigine en était donc attribuée soit à un rite religieux, 
soit à des sacrifices funéraires, soit encore à quelque motif d'ordre 
pratique. C'est ainsi qu'on comparait ces prétendues enceintes aux 
murs construits par les Esquimaux du détroit de Behring autour 
de leurs huttes, avec des os de bisons. M. Arcelin reconnut plus 
tard que la disposition des amas d'ossements s'explique tout natu- 
rellement par un relèvement plus ou moins vertical des couches, 
dû aux glissements des marnes supportant la masse détritique. 
Ces glissements ont déterminé dans les assises stratifiées des ondu- 
lations, des plissements et des failles. Comme l'indiquent les 
coupes, la couche à ossements de chevaux, en se relevant, tout 
autour des loyers, vient parfois affleurer la surface du sol. Toute- 
fois ces mouvements n'ont jamais déterminé l'inversion ou le 
mélange des diverses assises*. 

On doit donc accepter actuellement l'opinion depuis longtemps 
émise par MM. Ducrost et Lartet, et adoptée par M. Cartailhac, 
c'est-à-dire considérer le magma de cheval comme un énorme 
amas de débris de cuisine analogue aux Kjôkkenmôddings danois, 
dont nous parlerons ultérieurement ^. 

Un spécimen reconstitué du cheval de Solutré est conservé au 
Muséum de Lyon. Sa taille variait entre 1™36 et 1"*45. On 
remarque dans sa conformation la grosseur de la tête. Contraire- 
ment à l'avis des autres auteurs» M. Toussaint a admis la domes- 
tication du cheval de Solutré, mais les motifs qu'il a allégués 
(abondance des individus jeunes et présence de toutes les parties 
de l'animal) sont contestables ou tout à fait insuffisants, comme 
l'ont fait observer MM. Sanson, Piètrement et G. de Mortillet^. 

§ IV. — Foyers aurignaciens. 

Les coupes du Crol-du-Charnier, montrent au-dessous du 
magma de cheval, deux petites zones de foyers d'une faible épais- 

1. Arcelin, loc. cil.j p. 205. 

2. Voir S. Reinach, Alluvions et cavernes, p. ^M. 

3. Voir les références dans S. Heinach, loc. cit., p. 204, et Arcelin, loc. ciL^ 
p. 309. 



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LES SILEX SOLUTRÉENS 137 

seur (n*** 3 et 4). Ces couches très pauvres n'ont livré que des 
éclats de silex de petites dimensions, mêlés à des cendres et à des 
ossemeQts de cheval et de renne, brisés et calcinés. Mais sur plu- 
sieurs points du pourtour de la station, à la base du dépôt détri- 
tique, c'est-à-dire en contact ou presque en contact avec les marnes 
sous-jacentes, apparaissent des foyers composés de dalles et de 
cendres, qui se distinguent entièrement par leur mobilier des foyers 
solutréens. Dans l'un deux, mesurant 18 mètres de long sur 
9 mètres de large, on ne recueillit pas moins de 3.> à 40.000 silex. 
Les types rappellent absolument ceux des amas de chevaux, syn- 
chroniques avec ces foyers : on y trouve des disques moustériens, 
des racloirs, des lames, des nucléus et, en outre, les mêmes 
fonhes aurignaciennes. Les os travaillés comprennent des poin- 
çons et des lissoirs, types également aurignaciens. Avec ces objets 
se sont rencontrés quelques objets de parure en os et en ivoire *. 
Des plaquettes de schiste et des fragments de manganèse servaient 
sans doute les premières de palettes, les seconds de colorants 
pour le tatouage. L'abondance des nucléus et des éclats dans cette 
couche comme à tous les niveaux de la station, démontre qu'on y 
taillait le silex sur place. 

M. Arcelin a insisté sur la similitude du contenu de ces foyers 
avec celui des amas de chevaux. On peut actuellement classer les 
uns et les autres à l'époque aurignacienne, bien que les foyers 
anciens ne se rencontrent pas en position stratigraphique au-des- 
sous des foyers solutréens ; ils sont en effet disséminés à la périphé- 
rie de la station, tandis que les dépôts solutréens sont localisés au 
Crot-du-Charnier *. M. Arcelin suppose que les amas de chevaux 
représentent un triage des rejets de cuisine abandonnés par les 
occupants de ces foyers présolutréens. 

§ V. — Les silex solutréens. 

Abandonnons les couches aurignaciennes pour reporternotre atten- 
tion sur l'outillage du niveau solutréen. Nous nous trouvons en pré- 
sence de deux catégories de silex, les uns appartenant à toutes les 
périodes de l'époque du Renne, tels que grattoirs simples ou doubles, 

1. Abbé Ducrost. L\{(fe (la Moiislier à Solulré, dans Ami. Acad. de MAoon. 
XII, 1875, p. 91 ; — Arcelin, Anthr., 1890, p. 311. 

2. Arcelin, loc. cit., p. 313. 



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138 VII. ÉPOQUE SOLUTRÉENNE 

perçoirs, burins, lames retouchées et lames simples de petites 
dimensions; les autres composant les types caractéristiques de Pin- 
dustrie solutréenne proprement dite : ce sont des pointes de flèches 
ou de lances, dont plusieurs sont taillées avec une rare perfection - 
On les nomme communément pointes en feuille de saule et en 
feuille de laurier (fig. 49). Les explorateurs de Solutré en ont 
classé les nombreuses variétés en cinq types principaux dont voici 
rénumération, par ordre de fréquence : 

1** Losange irrégulier, formé de deux triangles isocèles de hau- 
teur inégale, opposés par la base ; 

2** Ovale à deux pointes ; 

3** Ovale à une seule pointe (type en amande); 

4° Losange régulier; 

5*» Flèche à pédoncule *. 

Le type n® 1, écrit M. Arcelin, se rencontre dans la proportion 
de 35 ®/o ; le type n® 5 dans celle de 2 *»/o. La flèche à pédoncule 
ou soie ne devient abondante, comme nous le verrons, qu'à Tépoque 
néolithique. A l'époque solutréenne, le pédoncule, lorsqu'il existe, 
n'est assez souvent qu'ébauché [Cig, 49, 4, 5). Les dimensions des 
flèches de Solutré et des stations de la même époque sont extrê- 
mement variables. Ces pointes devaient le plus souvent servir d'ar- 
matures de flèches ou de javelots. La taille dite solutréenne donne 
un aspect caractéristique à ces beaux silex : de petits éclats enlevés 
par pression au moyen d'un travail délicat dessinent ordinaire- 
ment sur les deux faces des sillons parallèles et souvent assez 
réguliers. Les belles pointes sont plates, de galbe très correctement 
profilé et parfois assez minces pour être transparentes. 

Celles de forme étroite et effilée, connues sous le nom de pointes 
en feuille de saule ((ig. 49, 3), sont le plus souvent retaillées sur 
une seule face. 

On a maintes fois noté, comme nous l'avons dit, la ressemblance 
des flèches de l'époque de Solutré avec les flèches néolithiques. 
Plusieurs auteurs en ont conclu qu'il* serait logique d'admettre 
deux filiations parallèles dans le développement de l'outillage de 
l'âge de la pierre, l'une débutant par l'outil chelléen pour aboutir 
à la flèche néolithique en amande , en passant par la pointe en 

1. Ces pointes à pédoncule ou à soie se retrouvent à la Font-Robert (Corrèzc) 
(fig. 54), à Pont-à-Lesse supérieur (Belgique), à Monthaud(Indre),à Montaut 
(Landes). Dans ces trois derniers gisements elles sont associées â d'autres 
pointes solutréennes (Breuil, CPF, 1905, p. 77). 



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LKS SILEX SOLUTRÉENS J39 



Fi{f. i9. — . Pointes de flèches solutréennes en silex, provenant de Solutré '. 
^- Mal., 1869, pi. 30 et 31. 



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140 VII. ÉPOQUE SOLUTRÉENNE 

feuille de laurier solutréenne; Tau tre comprenant les silex mous- 
tériens et magdaléniens *. Mais ce sont là des vues purennent 
théoriques. A Theure actuelle, connaissant mieux le développe- 
ment de Tindustrie de la pierre pendant toute la durée du quater- " 
naire, nous pouvons très bien saisir le passage du moustérien au 

solutréen : les pointes au- 
rignaciennes à fines re- 
touches marginales nous 
expliquent la genèse de la 
pointe de Solutré. Pour 
déterminer la transition 
d'un type à Tautre, il a sufiî 
que ces retouches, tout 
d'abord limitées aux bords 
de la pointe ou à son extré- 
mité (fîg. 54), s'étendissent 
peu à peu sur toute sa 
surface. Nous avons dit 
Fig.50. — Grattoir et double grattoir en silex, que dans le second niveau 
Solutpé et Saint-Marlin-d'Excideuil (Dor- quaternaire de la grotte du 

Trilobite, à Arcy-sur-Gure, 
niveau sous-jacent à une couche magdalénienne, on trouve, asso- 
ciés encore à la pointe en os à base non fendue, des silex à taille 
solutréenne naissante, qui permettent de suivre la transformation 
de l'industrie [fig, 53) ^. 

La pointe solutréenne compte d'ailleurs parmi ces formes qu'en- 
gendre d'elle-même la taille du silex parvenue à un degré suffisam- 
ment avancé de perfection. C'est un produit de ce déterminisme 
industriel dont l'outillage des primitifs nous procure tant d'exemples. 
Aussi se retrouve-t-elle non seulement dans l'industrie néolithique 
de l'Europe, mais encore chez les anciennes tribus sauvages du 
Nouveau Monde et d'Australie. 

La pointe à cran dite typique (fig. 51) (pour la distinguer de la 

1. Hypothèse de M. Diiponlacceptée parM. S. Rcinach, Alluvions et cavernes, 
p. 209, et par M. Iloernes, Dt7urt.î/e Mensch, p. 30. M. Pijçorini s'est également 
rallié à cette thèse qui fait du solutrcon un dt-rivc typoloj^ique du chelléen (voir 
BPI, 1902, p. 158, et compte rendu critique par Keinach, Anthr.^ 1903, p. 66j. 

2. G. et A. de Mortillet, Masée prèhlsi., 2" éd., pi. X!-\. 

3. Gomme spécimen caraclérisli jue de taille solutréenne rudimentaire, voir 
la pointe à soie de la Font-Kobert (Corrèze^ reproduite dans GPF, 1905, p. 66, 
flg. 4. 



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POSITION STBATIGRAPIIIQUE DU SOLUTREEN 



141 



pointe à cran atypique aurignacienne), forme qui caractérise, avec la 
pointe en feuille de laurier, Tinduslrie solutréenne, manque totale- 
ment, comme nous avons dit, à Solutré même, mais elle abonde 
dans d^autres gisements de la même époque, tels que Laugerie- 
Haute, La Balutie, Badegols, Sainl-Martin-d'Kxcideuil (Dordogne), 
Le Placard (Charente). La taille 
solutréenne de cette pointe, fine- 
ment exécutée par pressions suc- 
cessives, la distingue de la pointe 
at^'pique, à taille moustérienne, de 
forme moins régulière et dont les 
bords sont équarris plutôt que tran- 
chants. La flèche à cran solu- 
tréenne n'est retouchée qu'à sa face 
dorsale, l'autre face restant lisse, 
c'est-à-dire montrant son plan d'é- 
clatement. Le cran est presque 

toujours à droite, la pièce étant 
placée la pointe en haut et la face 

lisse en dessous. L'échancrure avait 

évidemment pour but de faciliter 

l'emmanchement de Tarmature au 

sommet d'*une hampe. 



Fig. 51. — Pointes à cran solu- 
tréennes en silex. 1, Grotte de 
Lacave (Lot)' ; 2, Le Placard 
(Charente)»; 3-4, Saint-Martin- 
d'Excideuil (Dordogne) '. 



§ VL — Position straiigraphique du solulréen. 

La position stratigraphique du solutréen entre lemoustérien et le 
magdalénien est établie par de nombreuses observations. Elle fut 
signalée tout d'abord à l'abri de Laugerie-Haute * par G. de Mor- 
tillet, à la suite des constatations de Franchet et plus tard par 
Massénat. 

Lors des premières découvertes à Laugerie-Haute et bientôt 
après à Solutré, plusieurs préhistoriens, comme MM. Arcelin et de 
Verry, furent égarés, en ce qui concernait l'âge de ces stations, par 
les analogies des flèches solutréennes et des flèches néolithiques. 

1. A. Viré, Anlhr., 1905, p. 417, fig. 5. 
î. A. de Maret, CAF, 1879, pi. I. 

3. Mat, 1870, pL XVIIL 

4. G. et A. de Mortillet, Le Préhisl., p. 631. 



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142 VII. ÉPOQUE SOLUTRÉENNE 

Nous sommes, disait M. Arcelin, en plein âge du Renne et sur l«i 
fin de l'âge quaternaire. Mais Lartet et Christy, s'appuyant sur le 
caractère ancien de la faune de Laugerie-Haute, ne partagèrent pas 
celle opinion. C'est alors que M. Edouard Dupont, éclairé par ses 
découvertes de Pont-à-Lesse, en Belgique, put apporter la solu- 
tion définitive du problème. « L'âge de Laugerie-Haute, écrivait 
en 1867 ce clairvoyant savant, n'est pas une transition directe vers 
Tâge de la pierre polie ; il a été suivi d'une véritable décadence 
dans l'art de tailler le silex, lequel a repris ses progrès postérieure- 
ment à l'âge du Renne pour atteindre bientôt son apogée * . » 
M. Edouard Dupont apportait à Tappui de cette doctrine des preuves 
stratigraphiqueset paléontoiogiques. Bien que lès silex de Poni-à- 
Lesse n'appartiennent qu'à l'aurore du solutréen (horizon auri- 
gnaco-solutréen de la couche n** 3 du Trilobite), la thèse du 
savant belge était fondée. On le reconnut à Laugerie-Haute, où 
Ton constata la superposition du magdalénien sur le solutréen -. 

Une couche stérile indiquant un abandon momentané de la 
station, séparait ces deux formations. 

Cette station de Laugerie-Haute, qu'il ne faut pas confondre avec 
celle de Laugerie-Basse (époque magdalénienne), est situéecomme 
celte dernière sur la commune de Tayac (Dordogne!. Edouard Lar- 
tet en commença l'exploration en 1863. 

Au Placard, célèbre grotte située près de Rochebertier (Cha- 
rente), les observations stratigraphiques furent plus concluantes 
encore. La coupe du remplissage, haut de sept à huit mètres, est 
des plus instructives. Elle montre huit niveaux archéologiques, 
séparés par des couches d'éboulis, et se succédant comme suit à 
partir du sommet : 

1<* Couche néolithique ; 

2-5** Couches magdaléniennes ; 

6** Couche solutréenne avec pointes à cran et pointes en feuilles 
de laurier rares ; 

7° Couche solutréenne avec pointes en feuilles de laurier sans 
pointes à cran; 

8" Couche moustérienne. 

Des couteaux, des grattoirs et des perçoirs en grand nombre, 
ainsi que des pointes et poinçons en os, ornés d'encoches, des 

1. Mat., 1867, p. 469. 

2. Afas, 1893, p. 749. 



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POSITION STRATIGRAPHIQUE DU SOLUTREEN 143 

fragmenls de sanguine et de plombagine accompagnaient les 
pointes solutréennes *. 

Plus récemment, Piette a rencontré des pointes solutréennes^à 




Fig. d2. — 1, Double pcrçoir en silex, station solutréenne de Saint-Marlin- 
d'Ëxcideuil (Dordogne)*; 2-4, Grotte de Lacave (Lot)'. 

Brassempouy, où le niveau solutréen était sous-jacent à une mince 
assise avec gravures, silex magdaléniens et faune du renne abon- 
dante, sans harpons ^. 

Dans la grotte du Trilobite, dont nous avons relaté plus haut la 
stratification, d'après les travaux de M. Tabbé Parât, une couche 
renfermant des silex de taille solutréenne, s'intercalait, comme nous 
Pavons dit, entre un niveau aurignacien et un niveau magdalénien 
sans harpon. On reconnaît sur ces silex la technique de Solutré 
appliquée à des formes qui, sans être encore la poinle en feuille de 
laurier ou en feuille de saule, en sont les véritables prototypes. 
La retouche est localisée sur une seule face et même souvent sur 
une partie des bords (fig. 53). 

Nous venons de voir qu'à la grotte du Placard, le niveau où 
apparaît la pointe à cran est superposé au niveau avec pointe de 



1. A. de Maret, CAF, 1879, p. 162, pi. I. 

2. D'après G. et A. de Mortillet, Musée préhist., 2« éd., pi. XVII. 

3. D'après A. Viré, Anthr,, 1905, p. 420. 

4. Piette, Anlhr., 1898, p. b50. 



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114 VII. ÉPOQUE SOLUTRÉENNE 

laurier. Cette même succession a été constatée ailleurs assez fré- 
quemment pour permettre d'introduire dans Thorizon solutréen 



Fig. 53. — Silex à taille solutréenne. Grotte du Trilobite, à Arcy-sur-Cure 
(Yonne), troisième assise '. 

une subdivision chronologique basée sur cette particularité de 
Toutillage. 

§ VII. — La grotte de Lacave {Lot), Extension du solutréen. 

Parmi les stations solutréennes du midi de la France explorées 
et décrites scientifiquement et, à ce titre, particulièrement dignes 
d'attention, on peut à Theure actuelle placer au premier rang la 
grotte de Lacave. Cette excavation, qui mesure 45 mètres de long 
sur 8 à 15 mètres de large, est située près de la Dordogne, vers le 
confluent de l'Ouysse, au nord-ouest du département du Lot, c'est- 
à-dire non loin des grands gisements de Tarrondissement de 
Sarlat, en Dordogne. Son explorateur, M. Armand Viré, y a ren- 
contré trois étages de foyers solutréens, intercalés dans des couches 
d'éboulis et de cailloutis. Ce remplissage atteignait près de 7 mètres 

I. D'après Parât, La GroUe de Trilobite, pi. II. 



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LA GROTTE DE LAC AVE. EXTENSION DU SOLUTRÉEN 145 

d^épaisseur . A la base M. Viré recueillit un. bois de renne percé 
d'un trou régulier, à Taide d'un instrument de silex, et pouvant 
passer pour une première ébauche d'un de ces objets indéterminés 
connus sous le nom de bâtons de commandement. Les éboulissous- 
jacents à la seconde couche de foyers ont livré des pointes en 
feuille de laurier et une seule pointe à cran. Celle-ci se montre 
plus abondamment aux niveaux supérieurs. 

Il est important de noter qu'une série de belles aiguilles en os 
percées d'un chas et d'un travail délicat, a été retirée de la seconde 
couche de foyers, où ces instruments de couture étaient associés 
à des pointes à cran, à des outils en bois de renne gravés de traits, 
à des coquilles et dents d'animaux perforées. Une tête d'antilope 
est gravée sur un fragment de bois de renne provenant de la 
couche supérieure des foyers. 

Bien que l'aiguille en os soit particulièrement abondante à 
l'époque magdalénienne, étage supérieur de l'époque du Renne, on 
fa signalée dans quelques autres gisements solutréens. 

Comme à Solulré, les formes typiques de l'outillage lithique, 
comprenant ici la pointe en feuille de laurier et la pointe à cran, 
sont moins abondantes que beaucoup d'autres instruments de silex 
appartenant à toutes les périodes de l'époque du Renne et même du 
néolithique, tels que les grattoirs simples et doubles, les perçoirs, 
burins, lames, etc. 

i^a faune comprend surtout le cheval, le bouquetin et le renne. 

Plus restreinte que l'industrie magdalénienne, l'industrie solu- 
tréenne a cependant été reconnue à Predmost (Moravie), dans les 
cavernes des environs d'Oicow (Pologne russe) * et à Altamira, 
province de San tander (Espagne) ^. Elle fait à peu près complète- 
ment défaut dans le nord de la France. Le Solutréen à pointes en 
feuille de laurier, sans pointe à cran, est abondamment repré- 
senté dans la Dordogne, la Charente et le Lot. Les gisements sont 
le plus souvent des grottes ou des abris. On retrouve spora- 
diquement la même industrie dans les autres régions du midi de la 
France. La pointe à cran ne s'est rencontrée que dans les dépar- 
tements du Lot, de la Dordogne, de la Corrèze, de la Charente, 
de l'Indre et des Landes, ainsi qu'à Altamira. 

Voici la liste des principales stations françaises de l'époque du 

1. Voir références et fifçures dans Hoernes, Der diluv. Mensch^ p. 143 et 17 i. 

2. Voir ci-apré», chap. X. 

Manuel' d'archéologie préhistorique. — T. I. ^ 10 



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146 vu. époque' SOLUTRÉENNE 

Renne appartenant à l'époque solutréenne ou contenant tout au 
moins une assise de cette période *. Nous ne mentionnons pas 
dans cette énumération les trouvailles d'objets isolés. 

Dordogne : Laugerie-Haute, à Tayac ; L'Église, à Saint-Martin- 
d'Excideuil ; La Balutie, à Montignac ; Badegols ou Badegoule, à 
Beauregard ; Gorge d'Enfer, à Tayac; Gro-Magnon, à Tayac ; Rey, 



Fig. b\. — Pointes en silex à retouche solutréenne naissante. 1, Trou Magrite, 
vallée de la Lesse (Belgique) ; 2, La Font-Robert (Corrèze) •. 



à Tayac ; les Eyzies ; à Tayac, Les Ghamps-Blancs; à Bourniquel, 
Bourdeilles. 

Gharente : Le Placard, à Vilhonneur; Les Fadets, même com- 
mune; Gombe-à-Roland, à La Gouronne. 

Lot : Lacave ; Reilhac. 

Landes : Le Pape, à Brassempouy ; Saussaye, à Tercis; Montaut. 

Indre : Monthaud. 

Gironde : Pair-non-Pair, à Marcamps. 

Mayenne : Thorigné-en-Gharnie (plusieurs grottes). 

Saône-et-Loire : Le Grot-du-Gharnier, à Solutré. 

11 en est des pointes solutréennes comme de certains outils néoli- 
thiques d'une beauté exceptionnelle et particuliers aux régions où 
l'art de la taille du silex atteignit son plus haut développement : 
la retouche solutréenne demeura ignorée d'un certain nombre de 

1. Pour la bibliographie, se reporter à l'appendice. Pour les stations qui n'y 
figurent pas, voir G. et A. de Mortillet, Le Préhist., p. 626. 

2. Bardon et Bouyssonie, GPF, 1905, p. 66, iig. i. 



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LES SILEX DE VOLGL* '147 

Uibos quaternaires dont Tindustrie passa sans doute directement de 
laurignacien au magdalénien. On a classé récemment au solutréen 
certaines stations du loess des bords du Danube, dans la Basse- 
Aulriche, telles que Villendorf* ; mais, comme nous Tavons dit, les 
pointes à cran atypiques et les autres 
formes de silex de cette station diffèrent 
des vrais types solutréens et se rappro- 
chent bien davantage des types aurigna- 
ciens. Les pointes en feuille de laurier 
signalées çà et là, en dehors de Taire géo- 
graphique du solutréen, ne sont souvent 
que des pointes de flèches néolithiques. Ce- 
pendant on a recueilli en Angleterre et en 
Belgique (au Trou Magrite) quelques silex 
paléolithiques du type solutréen. L'ind us- 
ine du Trou Magrite et de Spy (niveau su- 
périeupi paraît devoir se paralléliser avec 
celle de la Font-Robert, de Pair-non-Pair 
supérieur et du niveau aurignaco-solutréen 
àe la grotte du Trilobite ^ (fig. 54). 

^^^111. — Les silex de Volgu {Saône-el- 
Loire) . 

11 serait difficile de ne pas rattacher à 
1 époque solutréenne les célèbres silex dé- 
couverts à Volgu, commune de Rigny 
Saône-et-Loire), par des ouvriers terras- 
siers, le 24 février J873. Ces magnifiques 

pointes (fig. 55), objets votifs » ou pièces pip. 55. - Pointe en silex, 
^apparat, trop fragiles e( trop précieuses Cachette de VoIku (Saône- 

Pour servir d outils, composaient une vé- f'^'^'^^ ^usée de Cha- 
... * lon-sur-Saonc. 

niable cachette. On les trouva réunies en 

P^^iuet, au nombre de quatorze, en creusant un petit canal de TAr- 

^uxà Volgu. Toutes sont identiques aux belles etgrandes pointes 

®n feuille de laurier de Solutré, qu'elles dépassent cependant en 

ï- Hoernes, Der DiluvUtle Hensch, p. 121, fig. 46- i8. 

2. Renseignement de M. Tabbé Breuil. 

5. I3ne de» pointes, conservée au Muséum de Lyon, est complètement 
<înduite (j'ung matière colorante rouge (Breuil. Lu cachette magdnl. de tu Gou- 
***nc, Bull, de la Diana, 1907 (sous presse). 



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148 VII. ÉPOQUE SOLUTRÉENNE 

longueur. La technique de la retaille est absolument conforme à 
celle des silex solutréens. La plus longue de ces pointes, brisée 
ainsi que trois autres par Toutil du terrassier, mesurait 0"* 35, la 
plus petite 0°* 23. En raison de leurs dimensions et de Tadmirable 
délicatesse du travail, les silex de Volgu l'emportent sur tous les 
autres silex quaternaires et pour en trouver d'aussi beaux, il faut 
les chercher, aux temps néolithiques, parmi les merveilleuses 
pièces de TÉgypte ou de la Scandinavie * . 

1. Bibliographie dans Reinach, Alluvions et cavernes, p. 2t0. M. Reiiiach 
n'admet pas qu'il soit possible de déterminer à quelle époque remonte la 
cachette de Volgu. M. Rutot incline à la faire descendre jusqu'au néolithique 
(Rutot, Bull. Soc. anthr. Bruxelles, \90b, p. 6 du tiré à part). Nous croyons avec 
MM. de Mortillet et Breuil que le caractère solutréen de ces silex est mani- 
feste. D'ailleurs, d'après une indication que nous devons à M. l'abbé Breuîl. 
on a souvent trouvé à Laugerie-Haute des fragments de pointes du type de 
Volgu dont les dimensions ne devaient pas être moindres. L'ancienne collec- 
tion du Chambon,à Moulins, renfermait une belle pointe semblable à celles de 
Volgu et provenant peut-être de cette cachette. 



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CHAPITRE VIII 

LE QUATERNAIRE SUPÉRIEUR. — ÉPOQUE MAGDALÉNIENNE 



Sommaire. — I. Caractères généraux de l'époque magdalénienne. — II. L'in- 
dustrie de l'os et de la corne. Sagaies et harpons. — III. Bâtons de com- 
mandement.* — IV. Aiguilles et objets divers en os et en corne. — V. Ins- 
truments desilex. — VI. La poterie à l'époque du Renne. — VII. Récipients en 
pierre. Géodes, galets â cupule. Lampes. — VIII. Diffusion de la civi- 
lisation de l'époque du Renne. — IX. Distribution du magdalénien en France. 
Provinces du sud -ouest. — X. Provinces du centre, du nord, du nord- 
ouest et du sud-est. — XI. Les stations magdaléniennes de la Belgique et 
des lies Britanniques. — XII. Les stations magdaléniennes de la Suisse. — 
XIIL Les stations magdaléniennes de l'Allemagne, de l'Europe centrale et 
méridionale. 



§ l**'. — Caractères généraux de l'époque magdalénienne. 

Uépoque magdalénienne, ainsi appelée du nom de la grotte de la 
.Madeleine, commune de Tursac (Dordogne), constitue la phase 
supérieure de Tépoque du Renne, dernier épisode des temps 
pléistocènes. 

Les tribus de l'Europe occidentale cherchent de plus en plus 
dans les cavernes ou sous les rochers en surplomb favorablement 
exposés, un abri contre les rigueurs d'un climat très froid. Le Tro- 
glodyte conserve ses habitudes de chasseur nomade. Outre le 
renne, dont les troupeaux abondent, il poursuit ou guette à tra- 
vers la steppe les nombreux animaux énumérés plus haut, et dont 
1 ensemble nous révèle une faune arctique : antilope saïga, cerf du 
Canada, bœuf musqué, lemming, renard bleu, glouton, ours 
gris, etc., ainsi que les derniers mammouths et rhinocéros. Soumis 
à de dures conditions climatériques, l'homme redouble d'activité, 
perfectionne et multiplie ses engins de chasse et de pèche. 

L'outillage magdalénien surpasse celui des premières phases de 
1 époque glyptique par le perfectionnement du travail de l'os. Le 
harpon barbelé en bois de renne, à tige cylindrique, en constitue le 
type le plus caractéristique. 11 ne se rencontre pas précédemment 
et sera remplacé, dès la fin de cette période, par un modèle nouveau 



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150 VIII. ÉPOQUE MAGDALÉNIENNE 

en bois de cerf. Les Magdaléniens, s'ils ne connaissent pas encore 
Tare, possèdent un propulseur en os, analogue à celui dont se 
servent les Esquimaux. D'autres objets en os et en bois de renne, 
connus déjà des Solutréens, mais jusque-là peu répandus, tels que 
les bâtons de commandement et les aiguilles en os, accompag'nen t 
les harpons et les sagaies. 

L'outillage en silex ne comprend plus les belles pointes solu- 
tréennes en feuille de laurier et en feuille de saule. II semble que 
les progrès du travail de Tos aient porté préjudice à l'industrie de 
la pierre. Cependant de nombreuses formes anciennes subsistent. 
Dans son ensemble, l'industrie du silex est caractérisée par l'abon- 
dance des lames de toutes dimensions. 

L'art de la gravure sur os, sur corne et sur pierre atteint l'apogée 
de son développement. 

Les stations de la Dordogne et des Pyrénées vont nous livrer de 
nombreuses et précieuses œuvres d'art, dont le caractère primitif 
aurait été malaisément reconnu, si les conditions de leur découverte 
ne l'eussent mis en évidence. Déjà, aux premiers temps de Tépoque 
du Renne, à partir de la phase aurignacienne, les figurines ébur- 
néennes et les plus anciennes sculptures pariétales avaient révélé, 
comme nous le verrons, le génie artistique de ces habitants des 
cavernes. A l'époque magdalénienne l'art quaternaire évolue, se 
dégage de l'an haïsme et donne la mesure de sa puissance et de sa 
fécondité. D'une main à la fois plus sûre et plus souple, simple- 
ment aidée d'une pointe de silex, le Troglodyte périgourdin ou pyré- 
néen burine sur les matières dures ces gravures et sculptures d'ani- 
maux dont nous admirons le naturalisme expressif et vivant. Enfin 
nombre de cavernes dont ces tribus occupent l'entrée continuent à 
être revêtues de peintures et de gravures, dissimulées souvent 
dans les galeries les moins accessibles et vraisemblablement ins- 
pirées par de primitives conceptions religieuses. Sur le plafond 
d'Altamira, sorte de Cha pelle Sixtine de l'art guaternairû». appa- 
raissent des peintures polychromes d'un style si libre et si évolué 
que les préhistoriens, saisis de surprise devant ces découvertes 
imprévues, ont longtemps hésité à en reconnaître l'authenticité. 

De nos provinces du sud-ouest qui nous apparaissent comme le 
foyer et le centre de dispersion de cette civilisation, l'art magda- 
lénien se propage au nord et à l'est. A mesure qu'il s'éloigne des 
rives de la Vézère ou des cavernes pyrénéenes, il perd peu à peu sa 
fécondité, tout en conservant les traits essentiels de ses caractères 
et de son originalité. 



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9\\ 



Fig. 56. — Pointes, épingles, sagaies et flèches en ivoire, bois de renne et os. 

I, Pointe en ivoire ou épingle à tête entaillée. Grotte de la Garenne, à Saint- 
Marcel (Indre)*; 2, Autre pointe en ivoire à base entaillée'; 3 et i. 
Flèches à base fourchue • ; 5, Sagaie à base biseautée. Brassempouy 
^jLpiàyi) * ; 6. Même type de sagaie. Le Placard (Charenle) ^' ; 7 et H, 
Double pointe en bois de renne. Laugerie-Basse * ; 9, Sagaie en bois de 
renne, à base évidée. Laugerie-Basse '. 

1. Breuil, Anthr., 1902. p. 163, fig. 9, n» 3. 

2. Breuil, ibid., p. 163, fig. 9, n« 1. 

3. Breuil, BA, 1902. p. 13, pi. Il, fig. 5-6. 

^ *. Piette et de la Porterie, Anthr., 1898, p. 547, fig. 29. 
v»i A. de Maret, CAP, Vienne, 1879, p. 162, pi. II, n« 11. 

6. Heliq, aquitan., B, pi. XVIIl, n» 2 et 5 a. 

7. Ibid., B, pi. XVIII, 4 b. 



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152 VIII. ÉPOQUE MAGDALÉNIENNE 

Quelle que soit la multiplicité des découvertes, nous ne pos- 
sédons à coup sûr .que des épaves clairsemées de ses créations 
multiples. De larges lacunes, que le temps, sans les combler, atténue 
peu à peu, voilent à notre curiosité de nombreux épisodes de ses 
Qrigines, de son développement et de son brusque déclin. Mais ce 
que nous savons de cette belle période sufHt à nous pénétrer 
d'admiration pour ces tribus de chasseurs qui, malgré la rudesse 
toute primitive des conditions de leur existence, orientèrent l'huma- 
nité dans la voie du progrès. 

§ II. — L'industrie de l'os et de la corne. — Sagaies et harpons. 

Les armes de jet comprennent alors des pointes de lance, de jave- 
lot ou de flèche, en os, en corne, ou en ivoire, désignées sous le 
nom de sagaies, et des dards barbelés en bois de renne, semblables 
à nos harpons. 

Les sagaies {ilg. 56) sont des armatures non barbelées, effilées et 
pénétrantes. La forme de leur talon varie suivant le mode d'em- 
manchement et détermine des modèles distincts : 

Sagaieà base pointue (fîg. 57, 7), h hase fourchue [Cig. 56, 3 et 4), à 
hase biseautée (fig. 56, 5 et 6) Ce dernier type est le plus commun. 
Le méplat biseauté, ordinairement simple, c'est-à-dire en bec de 
flûte, mais parfois double, est souvent gravé de hachures assurant 
l'adhérence parfaite de la pointe au sommet de sa hampe en bois. Les 
«dimensions des sagaies sont variables, suivant que la pointe doit 
servir d'armature aune lance ou à un javelot. Nous ne connaissons 
pas le mode de ligature employé pour les fixer à leurs hampes, 
celles-ci, comme tous lesobjetsen bois, ne s'étanl jamais conservées. 

Les Magdaléniens aimaient à orner tous les objets composant 
leur armement et leur outillage. Un assez grand nombre de 
sagaies portent une ornementation gravée ou même sculptée en 
relief, se composant de sillons ou de nervures longitudinales, 
d'incisions obliques formant hachures, de nodosités saillantes et 
plus rarement de motifs figurés *. Quelques alvéoles profondes 
étaient peut-être destinées à recevoir des substances toxiques. 

1. Voir de nombreux spécimens de sag^aies unies et ornées dans Reliq. nqui- 
tan.Ai. pi. IX, X, XVIII, XXIH, XXVI; - Girod et Massénat, Stations, Lauge- 
rie-Basse, pi. Ll-\-LXVI. Les sa^çaies sont très abondantes dans quelques sta- 
tions. A Laugeric-Basse, M. Massénat en a recueilli environ deux cents {ibid.y 
p. 65). 



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L INDUSTRIE DE L OS ET DK LA CORNE 



153 



Gomme le harpon moderne dont il se rapproche par sa forme, 
le harpon magdalénien (fig. 57), portait à sa base un lien, ou fil 
iloiteur, qui s'enroulait autour de la hampe dont il était muni. 

Il se distingue des sagaies par ses barbeiures unilatérales ou bilaté- 



Fig. 57. — Harpons majçdaléniens en bois de renne, à un rang et à deux 
rangs de barbelures. 

I, Le Mas d'Azil (rive droite)'; 2, Bruniquel (Tarn-et-GaronnC'»; 3, 1, 5. 
I^ Madeleine (Dordogne) 3 ; 6, 7, Lorthet (Hautes-Pyrénées) *. 

raies. C'est un des types industriels les pluscaractéristiques de Tétage 
magdalénien, comme nous l'avons dit. Il est alors en bois de renne, 
rarement en os, et affecte une forme cylindrique. Nous verrons que 

1. Piette, Anthr., 1895, p. 286, fig. 7. 

2. DAG, pi. X, 5. 

3. Heliq aquUan,, B, pi. VI, 8, 9 et 2. 

4. Piette, Anthr., 1895, p. 288, fig. 11, 12. 



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154 VIII. ÉPOQUE MAGDALENIENNE 

dès la transition du quaternaire aux temps actuels, c'est-à-dire des 
répcxpie dite aalieane, ua harpon plat en bois de cerf, à base per- 
forée, succédera au modèle magdalénien et se retrouvera à 
l'époque néolithique. 

Cet engin servait sans doute à la pjche des gros poissons des 
rivières, mais il était peut-être employé également comme 
arme de chasse *. Une indication intéressante pour la question de 
l'emploi simultané du harpon comme arme de chasse et comme eng-i n 
de pêche nous est donnée par la comparaison de quelques 
figurations magdaléniennes. Sur des canines d'ours com- 
posant le collier d'un squelette découvert dans une sépulture 
de cette époque, à l'intérieur de la grotte Duruthy, à Sorde 
(Landes), on voit plusieurs représentations d'armatures de har- 
pons. Ceux-ci portent des barbelurés, au nombre de deux, de trois 
et même de quatre, de chaque côté de la tige ^. Deux des dents 
ainsi ornées de harpons sur une de leurs faces présentent sur l'autre 
face, la première, l'image d'un phoque, la seconde, celle d'un pois- 
son. D autre part, quelques-uns des bisons peints sur les parois de 
la grotte de Niaux (Ariège) portent, inscrits sur leur ventre, plu- 
sieurs représentations schématiques de harpons à une ou deux 
paires de barbelurés ^. 

Les harpons magdaléniens comprennent deux séries : ceux à un 
rang et ceux à deux rangs de barbelurés. Typologiquement et slra- 
tigraphiquement les premiers sont les plus anciens, mais ils ont 
subsisté après l'apparition des seconds. Bien qu'en l'étal actuel de 
nos connaissances, il paraisse encore prémaluré d'introduire une 
subdivision nette dans le magdalénien, nous devons relater ici que, 
d'après les observations de M. Tabbé Breuil, le harpon à un seul 
rang de barbelurés abonde à Gourdan, à Raymonden, à Bru- 
niquel (Plantade) et à TAbri-Mège (commune de Teyjat, Dordogne), 

1. L. Lartet et Chapla in Duparc, Sur une sépulture des anciens Troglodytes 
.des Pyrénées, Mat., 1874, p. 140-143, fig. 3i-38. 

2. Cartailhac, C. R. Ac. Inscr., 1906, p. 533 ; — Cartailhac et Breuil, Ibid., 
1907, p. 220, Vv^. 4. Un seul dard de Niaux porte deux paires de barbelurés; 
celles-ci étant placées chacune à l'une des extrémités du dard, on a pu con- 
sidérer cet objet comme une flèche barbelée. Mais la comparaison du dard de 
Niaux avec celui des canines de Sorde (voir surtout loc. cit.^ fig. 34, 5) 
autorise notre interprétation. 

3. M. PietUî admet que les petits harpons sont des instruments de pèche et 
les grands (très rares) des instruments de chasse {.inthr., 1895, p. 284) 11 faut 
observer qu'à l'époque néolithique on ne rencontre le harpon que dans les 
palafittes, villages dont les habitants s'adonnaient surlout à la pêche. 



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l'industrie de l'os et de la corne 155 

alors que dans ces mêmes stations le harpon à deux rangs de bar- 
belures fait complètement défaut ou se retrouve à des niveaux 
supérieurs. Le dernier, par contre, domine au Mas d'Azil (rive 
g-auche), à Lorthet, au Souci, à la Madeleine et à Sorde. 
MM. Capttan et Breuil classent donc les premiers gisements au 
gourdanieriy niveau inférieur du magdalénien ou magdalénien 
typique et les seconds au lorihélien ou niveau supérieur du magda- 
lénien. La faune du gourdanien est la faune du plus pur âge du 
Renne (cheval et bison rares, renne et saïga abondants ', cerf 
rare). Au lorthétien, le cerf élaphe prend de plus en plus la 
place du renne. 

La base des harpons, tout d'abord terminée par une simple pointe 
conique, est renforcée plus tard d'un bourrelet plus ou moins 
accusé, servant à retenir le fil flotteur* (Voir fig. 57). Les barbe- 
lures, dont le nombre est très variable, sont creusées de rainures ou 
silloos profonds, destinés peut-être à contenir, comme les encoches 
des sagaies, une substance toxique'. Les harpons se fabriquaient 
dans toutes les dimensions depuis 0"4()* jusqu'à O^OS environ"'. 
Les pointes bi-barbelées, dépourvues de tiges comme celles de 
Bruniquel et de Chancelade ^, servaient sans doute d'hameçons. 

On s'est demandé par quels procédés les Troglodytes magdalé- 
niens lançaient leurs traits. On ne peut affirmer que l'arc leur 
ait été inconnu, puisqu'aucun objet ou ustensile en bois de l'époque 
paléolithique ne nous est parvenu. A la vérité, une main exercée 
peut projeter avec force un harpon ou un javelot sans le secours 
d'aucun engin, mais la vitesse et la force de pénétration du dard 



1. Piette, Anlhr., 1895, p. 286; —Breuil, Stratigr. de Vàge du Renne, CPF, 
1905, p. 79 ; — Capitan, Breuil, Bourrinet et Peyrony, L'abri Mège, à Teyjat 
(Dordogne), REA, 1906. p. 212. 

2. On trouve de nombreux harpons figurés et décrits dans les ouvrages sui- 
vants : i?ea*<y. Aquitan., B, pi. XIV ; — DAG, pi. XV ; — Girod et Massénat, Sta- 
tions de Vàge du Renne, I, pi. LXVII-LXX et p. 68 : — Piette, Anthr., 1895, 
p. 283 ; — Cartailhac,5/a<(ons de Bruniquel, Anthr., 1903, p. 138 et 301 ; — Gapi- 
tan, Breuil, Bourrinet et Peyrony, REA, 1906, p. 209. 

La grotte ornée de Castillo (Espagne) adonné dernièrement à M. Alcade 
del Rio trois harpons en bois de cerf (?) à un seul rang de barbe! ures. et à 
perforation en forme d'anneau remplaçant le bourrelet de la base. V^oir les 
dessins dans Anthr. ^ 1906, p. 116. L'attribution du niveau qui renfermait ces 
harpons au magdalénien supérieur ou à Tazilien demeure incertaine. 

3. G. et A. de Mortillet, Le Préhist., p. 204. 

4. G. et A. de Mortillet, Le Préhist., p. -iOô. 

5. Harpons à un seul rang de barbelures. La Madeleine, DAG, pi. X. 

6. Cartailhac, Anthr., 1903, p. 303. 



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156 VIII. ÉPOQUE MAGDALÉNIENNE 

sonisenstblemenl accrues si, à défaut d'arc, on fait usage d'un ins- 
trument aujourd'hui encore employé par les Esquimaux <, les 
Tchouktchis et les Australiens et connu sous le nom de propu Iseur 
[throwlng-stick). Les Mexicains et les Péruviens précolombiens en 
faisaient également usage^ Les figures 58 et 59 en indiquent la 
forme et le mode d'emploi. 




Fig. 58. — Comment les Esquimaux emploient le propulseur 
(D'après Otis T. Mason). 




Fig. 59. — Comment les Australiens emploient le propulseur 
(D'après Brouch Smith). 



Les Troglodytes magdaléniens possédaient cet engin, comme le 
démontrent d'assez nombreuses trouvailles. La station de Bru- 
niquel (Tarn-et-Garonne) en a livré d'abondants exemplaires (ou 
fragments) (fig. 61), dont deux sont presque complets^. Dans la 
région pyrénéenne, outre des exemplaires plus ou moins frag- 

1. En Australie, le propulseur porte le nom de woumera. 

Sur les propulseurs modernes, voir : Lane Fox, Catalogue of the anthropol. 
collection lent hy Colonel Lane Fox for exhibition in the Bethnal Green 
branchof the South- Kensing Ion muséum^ Londres, 1874, p, 38; — O. Mason, 
Throwing -sticks^ Report of the U. S.N. muséum for 1890, VVashington; — F. V. 
Luschan, Annual Report Smilhsonian Instit., VVashin^çton, 1890, résumé dans 
Anthr., 1891, p. 476; — F. V. Luschap, VVfir/'/iois, etc., F'estchrift... Bastian, 
Berlin, 1895, p. 131. 

Le rapprochement de la ba^^uette à crochet magdalénienne avec le thro- 
wing-slick fut indiqué de bonne heure à Ed. Lartet par un membre du 
Comité géologique de l'Irlande (v. Gartailhac, Les stations de Bruniqael, 
Anthr., 1903, p. 312 . M. A. de Mortillet amis cette identification en évidence 
dans son article : Les propulseurs à crochet, BEA, 1891, p. 241. 

2. Carlailhac, Les stations de Bruniquel, Anthr., 1903, p. 309. Nombreuses 
fig. et bibliographie des trouvailles similaires. 



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BATONS DE COMMANDEMENT 157 

menlés, découverts par Pietle à Gourdan (Haute-Garonne)*, on 
peut citer en première li^ne les deux spéci- 
mens complets découverts également par 
Piette au Mas d'Azil. L'un d'eux, que repro- 
duit notre figure 60, mesure 0"" 27 de hau- 
teur. Des fragments de propulseur ont été 
encore signalés au Placard (Charente^), en 
Dordogne ^ et même au Kesslerloch, près de 
Thayngen (Suisse) *. Tous ces exemplaires 
offrent entre eux une telle ressemblance que 
ridentification des spécimens les plus incom- 
plets s'opère en général aisément"'. Ce sont 

des baguettes cylindriques en bois de renne, 

portant ordinairement en relief l'image d'un 

équidé, d'un capridé ou d'un bovidé, vu de face 

en racourci. 

Ce mode d'ornementation était ingénieu- 

•sement approprié à la destination de l'objet. 

.\u sommet de la tête, les crins de l'animal 

ramenés en avant et accostés de deux oreilles 

en relief forment le crochet ou arrêtoir qui 

retenait le talon du trait ; au-dessous sont 

indiqués le poitrail et les jambes. Entre 

celles-ci se creuse ainsi une sorte de canne- 
lure longitudinale, propre à loger la hampe. 

§ III. — Bâtons de commandement. 

« On appelle ainsi des objets de desti- 
nation encore obscure formés d'un bois de 

1. Piette, Mat., 1887, p. 361 ; - du môme, Antfir., ^Jf ' ^^- " Propulseur. 
1895, p. 289. ^^^^ ^ ^^»* (Arièfc-e) ". 

2. A. de Maret, CAF, Vienne, 1H79, pi. Il, Vi^. 15. 

3 Reliq. aqaitan., B, pi. XIX, fig. I et XXIV, fi^. 6. 

4. Cartailhac, A/i</ir.. 1903, p. 312, d'après K. Merk [Der Hôhlenfund Im 
Keislerloch, Zurich, 1875, pi. V et VI, fi^'. 46 et 47). 

5. Une note de M. Breuil, parue pendant la correction de cette feuille, donne 
une slatislique plus complète des propulseurs, comprenant 34 exemplaires ou 
fragments {Anthr., 1907, p. 14, note 2). 

6. Piette, Anthr., 1904, p. 130, (îg. 1 ; Assise des sculptures [niveau magda- 
lénien. 



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158 VIII. ÉPOQUE MAGDALÉNIENNE 

renne coupé à une petite distance au-dessus ou au-dessous de la 
naissance d'un andouiller. Au point de convergence des trois 
cylindres osseux ainsi isolés du reste du bois, on trouve généra- 
lement un trou, mais parfois aussi le même bâton en porte jusqu^à 
quatre. Dans l'intervalle des trous, se voient souvent des gravures 
ou des sculptures représentant des animaux, des scènes de 
chasse, etc. »* (Fig. 62). 

Depuis que M. Salomon Reinach définissait ainsi les bâtons de 
commandement, le nombre des exemplaires connus s'est multiplié, 
mais leur destination est demeurée tout aussi problématique. Les 
préhistoriens ont formulé à ce sujet maintes conjectures : casse-té te, 
instrument servant à redresser les flèches, chevêtres, sceptres ou 
insignes de commandement. La dénomination usuelle de ces objets, 
due à fidouard Lartet, se fonde sur cette dernière hypothèse, 
d'après laquelle le nombre variable des perforations correspon- 
drait aux divers degrés d'une sorte de hiérarchie sociale. Ce 
sont là des conjectures plus ingénieuses que solides. M. Salomon 
Reinach était porté à considérer ces baguettes comme des trophées 
de chasse et les rapprochait des cornes d'urus ornées que César 
signale chez les Germains. Mais dans cette hypothèse les trous ne 
seraient que de simples ornements. Or, on ne retrouve sur les nom- 
breux objets d'art magdaléniens aucun autre exemple d'un travail 
ajouré purement décoratif. La présence des trous ne permet pas non 
plus de classer ces bâtons parmi les casse-têle, destination évidem- 
ment incompatible avec la fragilité des exemplaires à trous multiples. 
Récemment une nouvelle hypothèse a été formulée par M. Schoe- 
tensack. D'après cet auteur, les bâtons troués seraient de simples 
agrafes de vêtement^. Le manteau de peau dont le Magdalénien 
s'enveloppait aurait été fermé à l'aide d'un lien dont les extrémités 
libres, munies d'olives terminales, étaient passées dans les trous du 
bâton. Tantôt les deux olives s'engageaient ensemble dans le 
même trou (bâton à trou unique), tantôt elles étaient séparées 
(agrafes à perforations multiples). A la vérité, une telle fibule eût 
été assez gênante, et l'on ne saisit nullement, dans cette hypothèse, 
l'utilité de la longue tige formant l'appendice de la boucle 
des bâtons à un seul trou, d'autant que celte tige n'est pas toujours 
ornée. 

Piette a cependant adopté en partie les vues de M. Schoetensack, 

1. Reinach, Alluvions et cavernes^ p. 283. 

2. CIA, 1900, p. 123 ; — ASA, 1901, p. 1-13. 



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BATONS DB COMMANDEMENT 



159 



lout en distinguant, dans les bâtons de commandement et objets 
similaires, une série d'agrafes à pendeloque et une série de che- 
vêtres* . 

Depuis la découverte des peintures et gravures pariétales qui 
paraissent révéler chez les hommes de Tépoque du Renne la pra- 



Fijç. 61. — Propulseurs incomplets provenant de Bruniquel (Tarn-et-Garonne). 

tique de cérémonies magiques, on est autorisé à rapprocher le 
bâton troué des baguettes mystérieuses, dont font usage les sor- 
ciers de tous les temps et de tous les pays ^. La baguette magique de 

1. Piette, Fibales pléislocènes, RP, 1906, p. 3. 

2. D'après Gartoilhac, Anthr., 1903, p. 311, fig. 125-126. 

3. MM. Girod et Massénat ont rapproché les bâtons de commandement des 
ba^^ettes bifides des Lapons servant à battre du tambour dans les cérémonies 
magique» {Stations de iâge du renne^ I, p. 80). Sur les bâtons magiques ornés de 
peintures des Indiens de l'Amérique du Nord, voir Afaf., 1875, p. 81. 

M. Salomon Reinach, qui en 1889 s'était arrêté, comme nous Tavons dit, à 
l'hypothèse des «« trophées de chasse »>, non sans entrevoir déjà celle 
d'une destination religieuse, s'exprime comme suit dans son magistral article 
sur VArl et La magie à propos des peintures et des gravures de Vâge du Renne : 

«Nous ignorons el nous ignorerons sans doute toujours le rôle joué par les 
bâtons de commandement dans les cérémonies magiques, mais il ne me 
semble pas douteux que telle ait été leur destination » {Anlhr., 1903, p. 265). 
La possibilité d'une relation entre les symboles totémiques et les iigurations 
d'animau3^ des bâtons de commandement avait été déjà énoncée par Bernar- 
din, conservateur du musée de Melle (Belgique) dans la Revue savoisienne, 
février 1876 (Reinach, loc. cit., p. 264). 



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160 



VIII. EPOQUE MAGDALENIENNE 



Gircé transformait en bêtes les compagnons d'Ulysse. Les bâtons de 
Tépoque du Renne exerçaient-ils ainsi quelque influence secrète 
sur les nombreux animaux dont ils portent les représentations? 




Fig. 62. — Bâtons de commandement en bois de renne. 

1 et 2, La Madeleine (Dordogne) ' ; 3, Grotte de Lacave (Lot). Cet exem- 
plaire, dont la fig. 3 a représente le développement, est d'époque solu- 
tréenne *. Cf. ci-dessus, p. 145. 

De tous les instruments employés dans les cérémonies magiques 
la baguette est le plus commun : baguette divinatoire, baguette des 
fées, baguette des brahmanes, baguette des chercheurs de sources, 
qui, suivantune remarque de M. Hubert, paraît prolonger le pou- 
voir des magiciens ^. 

Si la destination exacte des bâtons de commandement donne 
matière à diverses interprétations, nous savons du moins qu'ils 
apparaissent sous leur forme primitive et sans ornementation dès 

1. Reliq. aquilan., B, pi. XXX et XXXI, et B, pi. XV et XVI. 

2. Armand Viré, Grotte de Lacave, Anthr., 1905, p. 428, fig. 16. 

3. H. Hubert, Dict. des antiquités grecques et romaines, de Saglio., art. 
Magia, p. 1516. 



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AIGUILLES ET OBJETS DIVERS EN OS ET EN CORNE 161 

Tépoque solutréenne et même dès l'époque aurignacienne. La 
crotte de Lacave (Lot) a livré comme nous l'avons dit, un bois de 
renne entier, percé d'un trou exécuté avec un instrument de silex*. 
Dans les assises aurignacienne et solutréenne de Solutré, M. Arcelin 
a également recueilli des bois de renne perforés d'un trou ^. 

L'aire de dispersion des bâtons de commandement est presque 
aussi vaste que celle de l'industrie magdalénienne. Elle s'étend des 
Pyrénées à la Belgique et à la Moravie. Ces objets comptent parmi 
ceux de Tépoque du Renne qui portent le plus grand nombre de 
gravures. Celles-ci ont été parfois exécutées avant la perforation 
de la totalité des trous (v. Rg, 62, i). On a remarqué qu'un très 
|>etit nombre d'exemplaires paraissent complets. L'une des extré- 
mités du bâton, tout au moins, est presque toujours brisée^. 

55 IV. — Aiguilles et objets divers en os et en corne. 

Nous avons vu que les aiguilles en os munies d'un chas étaient 
comme les bâtons de commandement, connues déjà à l'époque solu- 
tréenne (niveau des pointes à cran) : c'est ce que démontrent les 
découvertes de la grotte de Lacave (Lot) et de Brassempouy. Elles 
deviennent abondantes à l'époque magdalénienne. Les Troglodytes, 
ignorant l'art du tissage, devaient se couvrir de peaux de bête 
préparées avec soin. C'est pour la couture de ces vêtements de cuir 
qu'étaient façonnées de fines aiguilles en os (fig. 63). Quelques-unes, 
d'une extrême délicatesse de travail et de dimensions minuscules, 
sont de petits chefs-d'œuvre d'adresse, en raison des difficultés 

1. A. Viré, La Grotte de Lacave^ Anthr., 1905, p. 415, %. 3. 

2. Arcelin, Les nouvelles fouilles de Solutré^ Anthr., 1890, p. 306. La pré- 
sence de ces bois de renne perforés dans l'assise aurignacienne de Solutré 
nous est signalée par M. Tabbé Breuil. 

3. M. Salomon Reinach a donné une première liste des bâtons de comman- 
dement dams Alluvions et cavernes^ p. 232, note 6. On en trouvera d'autres 
dans les publications suivantes, parues depuis IK89. Girod et Massénat, Sta- 
tionsde Vàge du renne, I,pl. 83-84; — TournieretGuillon,Les hommes préhisl. 
de VAin, Anthr., 1895, p. 314, bâton trouvé aux Hoteaux (Ain) ; — A. Viré, 
Grottes de Lacave (Loi), Anthr., 1905, p. 411 ; — Pour les trouvailles dans 
l'Europe centrale, voir Hoernes, Der diluv. Mensch, fig. 25 ;Thayngen) ; lig. 
Î7 ;Schweizérsbild) ; fig. 72 (Schussenried) ; fig. 59 (Gudenushole, à Krems, 
Basse-Autriche) ; fig. 69 (Kulna Moravie). Un bâton de commandement a 
été trouvé dans la Maszicka-Hoehle (Pologne russe), Much, MAGW, 1906, 
p. 75. 

Voir dans Anthr. ^ 1907, p. 15 et 17 (fig. 4 et 5), les deux beaux exemplaires 
de Laugerie-Basse, publiés dans la série des œuvres d'art de la coll. \'ibraye 
par MM. Cartailhac et Breuil. 

Manuel d*archéologie préhistorique. — T. I. 11 



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162 



VIII. EPOQUE MAGDALENIENNE 



qu'offre la perforation de ces menus objets à Taide d'une pointe 
en silex. Elles étaient faites d'une esquille d'os*, sans doute 
arrondie tout d'abord au moyen d'une lame à encoches et achevée 



Fig. 63. — Aiguilles 
en os. 



Fig. 64. — Petit poiissoir ciï 
grès. Grotte des Combarelles, 
3/4 gr. nat. (Daprcs E. Ri- 
vière^. 



sur de petits polissoirs. On a retrouvé dans les foyers magdaléniens 
plusieurs pierres de grès ayant servi à cet usage; la figure (V4 
en reproduit une recueillie par M. Rivière dans la grotte des Comba- 
relles ^. Le forage du trou des aiguilles dénote chez l'ouvrier une 
habileté surprenante, bien supérieure à celle des fabricants d'objets 
en os de l'époque romaine, pourtant munis de perçoirs métalliques^. 
Bien que ces menus objets échappent aisément aux recherches des 
explorateurs, dans le déblai des cavernes, la plupart des grandes 
stations magdaléniennes en ont donné *. La poterie étant inconnue 
des Troglodytes quaternaires, to^iran- na> e iaa au o ud -fte-hr Loire, 
il est à présumer qu'à l'exemple de certains primitifs actuels, ceux- 
ci y suppléaient par des récipients en cuir nécessitant, plus encore 
que la préparation des vêtements, de fins travaux de couture. Les 

1. Voir dans Girod et Massénat {Stations de Vâge du Benne, Laugerie- 
Basse^ pi. IX) deux canons de cheval, creusés de rainures longitudinales pro- 
venant de l'ablation d'esquilles pour la confection d'aiguilles. 

2. Afas.Caeii, 189 i, II, p. 709. Voiries polissoirs publiés par Lartet et Ghristy, 
dans Beliq. aquitan., pi. A, XXX, etp. 133, fig. âl (cedernierde Massât, Ariège). 
Sur les aiguilles quaternaires et leur emploi consulter dans ce môme ouvrage 
le mémoire de E. Lartet, On the employmenl of sewing-needles in ancient 
times, p. 127. 

3. On peut s'en assurer en comparant aux aiguilles magdaléniennes la nom- 
breuse série des aiguilles en os de Verlillum [musée de Ghatillon-sur-Seine). 

4. Voir G. et A. de Mortillet, Le PréhisL, p. 197. 



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AIGUILLES ET OBJETS DIVERS EN OS ET EN CORNE 163 

aiguilles les plus délicates devaient aussi servir à la confection 
de parures en lanières de cuir chargées de coquillages, parures que 
remplaceront les passementeries de Tépoque néolithique, lorsque les 
habitants de l'Europe connaîtront Fart de filer et de tresser les 
matières textiles. 

On suppose que les tendons de renne fournissaient le fil néces- 
saire à ces travaux. Edouard Lartet et Ghristy, au cours de leurs 
premières explorations des grottes de la Dordogne, ont, en effet, 
observé sur des débris de ce cervidé, au bas des os de la jambe, 
des incisions caractéristiques*. C'est, d'ailleurs, le procédé encore 
employé par les Lapons et les Esquimaux, qui réussissent à obtenir 
un fil très fin en divisant les tendons du renne. 

L'outillage magdalénien comprend encore divers menus objets 
en os : des poinçons, des marteaux, des ciseaux ^, des perçoirs, des 
épingles avec ou sans tête, des spatules ou lissoirs. Ces derniers 
instruments, confectionnés avec des os longs et plats, arrondis 
au sommet, devaient servir à des emplois multiples, notamment 
à la préparation des vêtements de cuir. Nous avons vu que les poin- 
çons, les épingles et les lissoirs apparaissent dès le début de la période 
glyptique. On donne — peut-être improprement — le nom de 
poignards ' à des os longs ou à des bois de renne, qui ne paraissent 
pas avoir été vraiment appointés. L'un de ces objets, trouvé à Lau- 
gerie-Basse, orné d'une poignée figurant un renne aux jambes 
repliées, compte parmi les beaux ouvrages de l'art pléistocène ; 
quant aux prétendus manches de poignards en ivoire sculpté de 
Bruniquel (Tarn-et-Garonne), figurant également des rennes (voir 
ci-après, fi^, 85), ce sont, comme l'a établi M. Breuil, deux fragments 
d'un même objet sculpté, dont la vraie destination demeure incon- 
nue*. 

1. RA, 1864, I, p. 263. 

2. Les ciseaux ne doivent pas se confondre avec les fragments de flèches à 
base en double biseau : « Lorsque la partie opposée au ciseau ne manque pas 
on peut toujours y voir la trace d'un écrasement produit par de violentes per- 
cussions ». Breuil, Anthr., 1907, p. 24. Le môme auteur fait remarquer que 
les ciseaux, extrêmement abondants au lorthétien, c'est-à-dire à la lin du 
magdalénien, sont fort rares aux niveaux gourdanien ou plus anciens. 

Un beau ciseau double, orné de moulures et de gravures dessinant des 
chevrons hachurés (voir ci-après lîg. 92,2) a été découvert par M. Breuil dans 
l'abri magdalénien de Saint-Marcel (Indre) [Anthr., 1902, p. 155, fig. 5 . 

3. Cette dénomination remonte au temps de Lartet et de Peccadeau de 
risle(V. RA, 1868, I, p. 217). 

4. M. l'abbé Breuil a démontré que ces deux fragments s'ajustaient bout à 
bout. Anthr.^ 1905, p. 630. 



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164 VIII. ÉPOQUE MAGDALENIENNE 

s5 V. — Instruments de silex. 

L'outillage en silex magdalénien diffère de Toutillage solutréen 
par la disparition des pointes en feuilles de laurier et des pointes 
à cran. Comme ces armatures, d'une exécution si achevée, repré- 
sentent les plus beaux produits de l'industrie lithique quater- 
naire, il est permis de dire que Tart de la taille du silex a 
subi, à l'époque magdalénienne, une régression sensible. Il convient 



Fig. 65. — Silex magdaléniens. Les n»* 1, 4, 5 présentent à leur base une sorte 

de soie '. 



toutefois d'observer qu'à cette époque les silex taillés ne répondent 
pas exactement à la même destination que précédemment. Les 
Magdaléniens ont surtout utilisé l'os, le bois de renne et l'ivoire 
pour la confection de leurs armes et de leurs engins de pêche et de 
chasse, sagaies et harpons. La fabrication de ces armatures exigeait 
un outillage industriel déjà complexe. Il fut constitué par de petits 
instruments de silex, dont plusieurs, d'ailleurs, devaient encore 
servira divers autres usages, par exemple à la préparation des peaux 
composant le vêtement. 

L'ingéniosité des ouvriers se manifeste par l'excellent parti qu'ils 
ont su tirer de la lame, éclat étroit et allongé, détaché du nucléus 

1. Reliq. aquilan., A, pi. XVIIl, XIX, XLII. 



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INSTRUMENTS DE SILEX 165 

d^un seul coup de percuteur. L'abondance des lames et des lamelles 
dans les stations magdaléniennes a frappé, dès le début de leurs 
recherches, les premiers explorateurs des cavernes. Les lames simples, 
sans aucune retouche, se rencontrent sou3 toutes 
les dimensions. Les unes, adroitement détachées 
d'un grand noyau, et remarquables par leur lon- 
gueur, atteignent exceptionnellement jusqu'à 20 
ou 25 centimètres ^ D'autres, minuscules et minces 
{Rg. 70, 1-4), constituent un véritable outillage 
microlithique. Les lames retouchées sur leurs 
bords sont plus rares qu'à l'époque aurignacienne, 

mais celles à retouches terminales, désignées dans ^^^' ,?^- T'J^^' 
. 11 melles à base 

la nomenclature usuelle sous les noms de grat- amincie, en for- 

toirs, de burins et de perçoirs, demeurent d'un medesoie.Mas 
emploi fréquent. '^y}""'' 

Les petites lames, dont la base amincie ou large- 
ment échancrée, forme une véritable soie (fig. 65, 1, 4, 5 ; fi&. 66, 
1-2), méritent de fixer l'attention. Elles comptent, en Dordogne 
et dans la région pyrénéenne, parmi les types de l'outillage 
magdalénien, mais, dans certains cas, elles se confondent avec la 
pointe à cran atypique "*. 

Certaines lames portent à l'une de leurs extrémités une ou deux 
encoches, destinées peut-être à recevoir un lien de suspension * 
(Rg. 67, 1). Cette particularité ne constitue pas une indication de 
date. 

Parmi les burins, le type ordinaire à angle dièdre médian (fig. 67), 
type déjà connu antérieurement, est des plus abondants. On trouve 
encore, comme au solutréen, le burin latéral ou burin sur angle de 
lame (fig. 68), sorte de type hybride tenant à la fois du grattoir et du 
burin. « Il a la forme d'une lame tronquée, plus ou moins allongée, 
dont la cassure porte les retouches caractéristiques du grattoir; le 
burin latéral [angle dièdre] est obtenu par l'enlèvement au bord 
du grattoir d'une lamelle parallèle à la direction de la lame » *'•. Le 

1. La plus grande lame de la coll. Massénat dépasse 25 centimètres (Girod 
et Massénaty Stations de Vâge du renne, Laagerie- Basse ^ pi. XLIÏI-XLÏV). 

2. D'après Breuil, BA, 1902, p. 12. . 

3. Rel. aquit., pi. A, XVIII; - Girod et Massénat, loc. cit.. pi. XLVIII, 
17-25 ; — Breuil, Fouilles au Mas d^Azil, BA, 1902, p. 12, fig. 2; — Capitan, 
Breuil, Bourrinet et Peyrony, L'abri Mège. Une station à Teyjat {Dordogne) 
REA, 1906, p. 196, etc. 

4. Par exemple, Reliq. aquitan., pi. A, XVIII, fig. 9. 

5. Bardon et Bouyssonic, Un nouteau type de burin, REA, 1903, p. 165 ; 
~ Capitan, Breuil, Bourrmet et Peyrony, L'abri Mége, REA, 1906, p. 202. 



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166 vin, ÉPOQUE MAGDALÉNIBNNE 

bord terminal de la lame, retouché en grattoir, peut être rectiligne. 




Fijc- 67. — Burin ordinaire, burin-grattoir et double burin. Stations de la 
Dordojçneet de la Vienne (d'après G. et A. de Mortillet, Album préhist., 
2- éd., pi. XXI). 
Le burin n» 1 porte à la base une double encoche. 

convexe ou concave. Il est ordinairement oblique par rapport à 
Taxe de la lame. 




1 

Fig. 68. — Burins latéraux et lame dite bec-de-perroquet. Silex. 
1-3, Burins latéraux. Grotlc de Noailles (Gorrèze) '. Le n" 3 présente une 
double encoche latérale; 4, Bec-de-perroquet. Abri de Soucy"(Dordogne) *. 

Plusieurs stations, en France et à l'étranger, livrent en abon- 

1. Bardon et Bouyssonie, REA, 1903, p. 166-167. 

2. G. et A. Mortillet, Le Préhist., 3- éd., p. 183, %. 46. 



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INSTRUMENTS DE SILEX 



167 



' dance de petites lames denticulées, c'est-à-dire offrant sur un de 
leurs bords des encoches régulières en dents de scie (fig. 69). Par- 
ticulièrement communes à Bruniquel, elles ont été signalées dans 
plusieurs stations magdaléniennes de la Dordogne, ainsi qu'en Bel- 
gique *. Quelques-unes sont munies d'une soie ou pédoncule. Leur 



Fifç. 69. — Lames denticulées. Silex. 

1-2, Bruniquel (Tarn-et-Garonne). 3-4, Les Eyzies et 

Laugerie-Basse (Doi*dogne) *. 

destination précise ne peut être déterminée avec certitude. Celles 
dont les coches sont profondes ne peuvent être classées parmi les 
scies, et ont pu servir à arrondir et à polir de petits instruments 
en os, tels que les aiguilles et les poinçons'. ^ 

Quelques perçoirs très aigus (fig. 70, 5-7) permettaient, comme 
nous l'avons dit, d'obtenir les fines perforations des aiguilles. Cer- 
taines petites pointes effilées ont pu servir d'alênes à tatouer, car le 
tatouage ou tout au moins la peinture corporelle était en usage 
chez les tribus de l'époque du Renne. 

Outre les grattoirs allongés sur bout de lames, extrêmement 
abondants, on rencontre le grattoir discoïde, de diverses dimen- 
sions ^, et le double grattoir, fort commun. 

1. Voir pour Bruniquel, CarleiiUmc, Les stations de Bruniquel, Anthr., 1903, 
p. 134 ; — pour la Dordogne, Reliquiœ aquUanicss^ A, pi. XLl ; — Girod et 
Massénat, Stations de l'âge du Renne, pi. XLVIII et p. 62 (Lauji^crie-Basse) ; 
— Des mêmes, REA, 1900, p. 30S et pi.' VII ; — Gapitan, Breuil et Peyrony, 
Station magdal. de Teyjat i Dordogne), REA, 1906, p. 196 ; — des mêmes, REA, 
1901, p. 262, fig. 80 (Sorde). — En Belgique quelques exemplaires ont été ren- 
contrés dans le trou de Chaleux (Dupont, L homme pendant les âges de la 
pierre, 1871, p. 73), et dans le premier niveau de la grotte de Spy (De Puydtet 
Max Lohest, L homme contemporain du Mammouth, 1887, p. 7 et pi. II, 8). 

2. Reliq. aquilan, pi. A, XLl. 

3. G. et A. de Mortillet, Le Préhistorique, 3» éd., p. 177. 

4. Voir Girod et Massénat, Stations de Cage du Renne, pi. II. 



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168 



VIII. ÉPOQUE MAGDALÉNIENNE 



Le grattoir circulaire ou discoïde, de petites dimensions, est sur- 
tout abondant dans les stations des Pyrénées. D'après Piette, il 
caractérisait à Lorthetetau Masd'Azil Tassise magdalénienne avec 
harpons à fût cylindrique et l'assise azilienne à harpons plats et 
galets coloriés * . Ces grattoirs circulaires passent, par une variété 




12 4 5 6 7 

Fig. 70. — Pointes et perçoirs magdaléniens en silex.; Stations de la Dordogne* 

semi-circulaire, à une forme très voisine des petits tranchets ou 
flèches à tranchant transversal de Tépoque néolithique, forme qui 
s'est rencontrée dans Tabri de Sordes '. 

Les outils doubles -sont assez communs dans l'outillage magda- 
léniens {^g. 67, 4 et 71, 2). Il n'est pas rare qu'une lame soit termi- 
née d'un côté par un grattoir, et de l'autre par une pointe ou par un 
burin (fig. 67, 3). 

M. Salmon a donné le nom de bec-de-perroquet à un instrument 
en silex magdalénien, dont la forme répond assez bien à cette appella- 
tion (fig. 68, 4). C'est une lame aux bords retouchés se terminant par 
une pointe épaisse en forme de bec plus ou moins crochu et plus ou 
moins retouché *. 

1. Breuil et Dubalen, Fouilles d'un abri à Sorde en 1900 [abri Dufaure], 
REA, 1901, p. 267; — Breuil, BA, 1902, p. 11. 

2. Reliq. aquiian., A, pi. II etXLI. 

3. Breuil et Dubalen, /i^td., p. 266, fig. 97 et 98. Dans les Pyrénées, ces petits 
grattoirs ronds et carrés abondent surtout à la phase supérieure du magda- 
lénien, dite lorthétiennc (voir ci-dessus, p. 155). Breuil, CPF, Périgueux, 1905, 
p. 79. 

4. D'après MM. de Mortillet, le bec-de-pcrroquet, signalé jadis par M. G. 
de Mortillet sous le nom de type des Eyzies, a été observé non seulement 



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LA POTERIE A L EPOQUE DU RENNE 



169 



Les lames étant abondantes dans les stations magdaléniennes, il 
en est de même nécessairement des nucléus qui se rencontrent sous 
toutes les dimensions. On employait souvent comme percuteurs de 




Fig. 71. — Nucléus, double grattoir et grattoirs simples 
sur bout de lame. Silex. 

simples cailloux roulés, dont les nombreuses étoilures et l'usure 
révèlent nettement Tusage. 

§ VI. — L0SL poterie à V époque du Renne, 

L'emploi de récipients en argile durcie par la cuisson joue un 
rôle si important dans la vie domestique des peuples anciens et 
modernes, et la découverte de la poterie nous semble a priori une 
invention si simple que nous nous expliquons diflicilement Tabsence 
complète de tout produit céramique chez des peuples déjà en pos- 
session, comme les tribus magdaléniennes, d'une industrie relati- 

oans cette station où il est assez abondant, mais encore dans celle de Soucy, 
près Lalinde (Dordogne), de Raymonden (Dordogne), de Duruthy, à Sorde 
lUndes) et de Blanzat (Puy-de-Dôme). Le Préhistorique, 3» éd., p. 186. On 
peut ajouter à cette liste l'abri Dufuure à Sorde (Breuil et Dubalen, REA, 1901, 
p. 264 et fig. 84). 



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170 VIII. ÉPOQUE MAGDALÉNIENNE 

vement développée. Cependant Tethnographie moderne nous met 
en garde à cet égard contre toute idée préconçue : des peuples chas- 
seurs ou simplement nomades, comme les Australiens, les Fuégiens, 
une partie des Esquimaux, les Mongols, ignorent ou proscrivent 
Tusagedes vases céramiques. Ce n'est point là, à proprement parler, 
le signe caractéristique d'une infériorité de culture : la vaisselle des 
Mongols se compose de vases en fer, en bois et en cuir * . Les Mêla — 
nésiçns, comme Ta remarqué Quatrefages, savent tous fabriquer des 
vases solides et de formes variées, alors que cet art est ignoré 
des Polynésiens, supérieurs aux précédents sous d'autres rapports ^. 

Il semble que la fragilité des vases d'argile explique leur absence 
chez quelques-uns des peuples à vie nomade. Les dépôts chelléens 
et moustériens n'ont jamais livré aucun débris céramique. Il en 
est de même de toutes les stations de l'époque du Renne en 
France et en Angleterre^. Or en France, le nombre considérable 
des stations du quaternaire supérieur méthodiquement ou tout au 
moins attentivement fouillées permet d'attribuer une signification 
décisive à ces observations négatives. Si les foyers aurignaciens, 
solutréens ou magdaléniens eussent contenu quelques tessons en 
argile cuite, ceux-ci, si menus et si fragmentés qu'ils fussent, n'au- 
raient pu échapper partout aux recherches de tant d'explorateurs. 
On ne saurait, d'autre part, prétendre que la poterie quaternaire, en 
raison de l'imperfection de sa cuisson, aurait pu se désagréger dans 
le sol et s'effriter entièrement sous l'action destructive du temps, 
caries gisements néolithiques nous livrent en quantité considérable, 
et dans un excellent état de conservation, des restesde poterie primi- 
tive, souvent imparfaitement cuite. 

Sans doute de prétendues trouvailles céramiques ont été signa- 
lées çà et là, surtout au début des recherches, dans le remplissage 
de nos grottes quaternaires, mais chaque fois qu'il a été possible de 
contrôler les faits, on a reconnu nettement que la présence de la 
poterie dans un milieu paléolithique provenait soit du mélange de 
plusieurs niveaux, soit de la présence d'une sépulture néolithique 
dans un dépôt antérieur, soit enfin de l'intervention des animaux 
fouisseurs. 

Ces observations s'appliquent aux stations françaises et anglaises, 

1. Deniker, liaces et peuples delà terre, p. 183, 

2. CIA, Pans, 1867, p. 238. Voir aussi Lubbock, L'homme àvunt l'histoire, 
4«éd.. II p. 254. 

3. Pour l'Angleterre, voir J. Evans, Ages de la pierre, p. 637. 



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LA POTERIE A l'ÉPOQUE DU RENNE 171 

mais, de Tavis unanime des préhistoriens de la Belgique, les habi- 
tants de cette région auraient connu l'industrie fictile dès Tépoque 
glyptique et même dès la première phase de cette époque. Telle 
est Topinion émise de bonne heure par M. Dupont et défendue 
après lui par MM. Rutot, Fraipont, Engerrand, A. de Loë et 
d'autres encore * . Nous ne saurions récuser le témoignage si affir- 
matif d'observateurs autorisés, lorsqu'ils déclarent avoir acquis la 
conviction que les tessons de diverses stations et notamment d'En- 
gis, de Spy et du Petit-Modane faisaient partie intégrante de 
couches paléolithiques, sans que Thypothèse de quelque remanie- 
ment puisse être soutenue. Le problème de la poterie quaternaire 
comporterait donc une solution complexe, comme un grand nombre 
de questions ethnographiques. La céramique aurait été connue des 
habitants de la Belgique dès les temps éburnéens, alors qu'à la 
même époque les tribus périgourdines et pyrénéennes n'en fai- 
saient point usage. Ce ne pouvait être par simple ignorance, caria 
similitude de l'outillage industriel est telle de part et d'autre qu'elle 
implique l'existence de relations plus ou moins directes entre les 
riverains de la Vézère et ceux des vallées de la Meuse et de la 
Lesse. 

La poterie attribuée en Belgique à l'époque du Renne est d'une 
pâte grossière et mal cuite. On n'en possède pas de vases entiers, 
mais de simples fragments qui semblent avoir appartenu à de grands 
bols évasés, à fond plat^. 



1. Tous les faits relatifs à la question de la céramique quaternaire jusqu'en 
1H87 sont résumés dans un mémoire de M. Julien Fraipont, La poterie en 
Belgique k l'âge du mammouth, ext. de la Revue d'anthropologie, 1887. Trou- 
vailles deo grottes d^Engis, de Spy et du Petit-Modane. Voir la discussion des 
conclusions parM.E. Carlailhac, dans les Matériaux, 1888, p. 63. Sur les décou- 
vertes postérieures, cf. L. de Pauw et Emile Hublard, Fouilles pratiquées au 
Caillou-qui-Bique, BSh, ium \90l; — des mêmes, iVotice sur des antiquités 
préhist. découv. dans la région d'Angre-Roisin, Mons, 1903. Pour les stations 
de la régfion de l'Yonne, où l'existence de la poterie quaternaire demeure 
extrêmement douteuse, v. la notice de M. l'abbé Parât, La poterie primitive 
dans les stations paléolithiques de la Cure, Soc. d'hist. nat. d'Autun, 1902, 
p. 156. 

D'après M. Rutot (Le Préhist., p. 202^ la poterie apparaît définitivement en 
Belgique à la seconde phase de l'Eburncen, c'est-à-dire au niveau de Pont-à- 
Lesse. M. Engerrand {Six leçons de préhistoire, p. 145) en place la première 
apparition aux débuts de l'éburnéen. 

2. Rutot, loc. cit., p. 202 ;— Engerrand, loc. cit., p. 145. 



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172 VIII. ÉPOQUE MAGDALÉNIENNE 

§ VII. — Récipients en pierre [Géodes utilisées. 
Galets à cupule ou mortiers. Lampes). 

La destination précise des objets présentant la forme d'un 
récipient offre en général de grandes difficultés : un même modèle 
de vaisseau peut, suivant ses dimensions, répondre à des usages 
multiples. Il convient donc de ne pas attacher ici aux dénomina- 
tions usuelles une valeur absolue. , 

On a trouvé, à défaut de poterie, dans les stations de l'époque 
du Renne, quelques pierres creusées de cavités naturelles ou artifi- 
cielles que Ton peut classer en trois séries : 

a) Géodes utilisées, — Ed. Lartet a recueilli à la Madeleine une 
géode naturelle en grès quartzeux, paraissant avoir subi Faction 
du feu. Par suite de l'arasement intentionnel de son hémisphère 
supérieur, elle se présente sous la forme d'une grande marmite de 
la capacité de cinq litres environ et semble avoir servi de vase 
culinaire^. Dans le gisement magdalénien de Schussenried (Wur- 
temberg), un spongite ou polypier avait dû être également utilisé 
comme vase de cuisine ^. 

Des géodes de diverses dimensions, recueillies dans des alluvions 
quaternaires, ont été parfois signalées comme portant également des 
traces d'utilisation ^ ; comme elles ne proviennent pas de stations 
archéologiques, cette utilisation semble extrêmement problématique. 

h) Galets à cupules. — Plusieurs gisements de la Dordogne, 
notamment la Madeleine, ont livré des cailloux roulés en roches 
diverses (quartz, grès, granit, etc.), creusés d'une cavité cupuli- 
forme sur une de leurs faces aplaties. La dépression, peu profonde, 
ne mesure en général que quelques centimètres de diamètre (voir 
fig. 72). On a supposé que ces récipients, de trop faibles dimen- 
sions pour avoir servi au triturage des grains ou des substances ali- 
mentaires, devaient être utilisés pour le broyage et le malaxage 
des matières minérales colorantes. Celles-ci, mélangées avec 
quelque substance graisseuse, étaient sans doute employées par les 

1. G. de Mortiïlct, Promenades, p. 120. — L. Figuier a publié un dessin de 
cette marmite dans V Homme primitif , p. 125, %. 62. — Cf. S. Reinach, 
Alluvions et cavernes, p. 183. Nous verrons qu'à l'époque néolithique les 
vases en pierre sont fort nombreux dans certaines régions, notamment en 
Egypte. 

2. CIA, Paris, 1867, p. 151. 

3. Durhan-Laboricy Silex fféodiques et godets préhisl., RP, 1906, p. 90. 



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RÉCIPIENTS EN PIERRE 173 

Troglodytes quaternaires pour la peinture corporelle (v. ci-après, 
cHap. IX). Siir un des exemplaires trouvés par Lartet et Christy, 
ork distinguait quelques traces de couleur \ Les musées ethnogra- 
pHiques d'Amérique possèdent des palettes tout à fait semblables 
provenant des villages des anciens Indiens ^. Sur un des mor- 
liers trouvés à la Madeleine, la cupule est 
encadrée d'un sillon annulaire '. 

c) Lampes, — Après la découverte des 
g^ravures et des peintures de Tépoque du 
"Renne reconnues sur les parois des ca- 
ATernes, on s'était demandé par quels pro- 
cédés les artistes troglodytes éclairaient les 
g-aleries ainsi ornées, le plus souvent com- 
plètement obscures. La trouvaille d'une 
lampe magdalénienne dans la grotte ornée de 
la Mouthe (Dordogne) paraît avoir élucidé le 
problème. Au mois d'août 1899, M. Emile 
Rivière déblayait le couloir étroit de cette 
grotte, dans le but d'en rendre plus acces- 
sible les gravures pariétales, découvertes 
par lui quatre ans auparavant. A sept F»?- "^2. — Galet à cupule 
mètres de l'enlrée et au niveau magda- °B".,«rpXne)T™' 
lénien du remplissage — niveau séparé 

d'une couche néolithique par une nappe stalagmitique — les 
foyers livrèrent un galet en grès permien de forme amygdaloïde, 
creusé d'une cavité ovale, presque circulaire, et muni d'une sorte de 
manche ^. Des traces de matières charbonneuses apparaissaient 

1. Reliq. aquUan,^ A, pi. XXIII, et description des planches, p. 61 (note) et 
p. 108. — M. Max Verworn a publié récemment un de ces mortiers (de Lau- 
gerie-Basse) sur lequel il a cru distinguer de légères traces de coloration 
brune (ZfE, 1906, p. 646). 

2. M. Verwom, loc. cit.^ p. 646. Le D' Roulin a rappelé que les sauvages de 
TAmérique du Sud se servent d'objets semblables pour se procurer du feu, 
« en faisant tourner dans la cavité toujours rugueuse de ces cailloux de granit, 
un bâton de bois sec et inflammable »> (Lartet et Christy, RA, 1864, I, p. 249). 

3. G. et A. de Mortillet, Le Prèhisl., 3" éd., p. 189, fig. La station magda- 
lénienne de Saint-Marcel (Indre) a donné à M. l'abbé Breuil un galet de quartz 
à cupule entouré également d'un sillon annulaire, mais cet objet est de très 
petite dimension (Anthr., 1902, p. 158, fig.). Sur des galets à dépression cupu- 
liforme, de destination douteuse, trouvés dans l'abri de Sorde, couche supé- 
rieure, voir Breuil et Dubalen, REA, 1901, p. 261, fig. 76. 

4. Reliq. aquit.j A, pi. XXIII et p. 110. 

5. Emile Rivière, La lampe en grès de la Mouthe^ BSA, 1899, p. 554 ; — du 
même, Deuxième note sur la lampe de la Mouthe, BSA, 1901, p. 624. 




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174 Vlir. ÉPOQUE MAGDALÉNIENNE 

encore sur le fond de la cavité. L'analyse chimique de ces matières 
acheva de dissiper les doutes que Ton aurait pu encore concevoir 
sur la destination de Pobjet. Berthelot y reconnut « des résidus 
charbonneux semblables à ceux que laisserait la combustion d'une 
matière grasse d'origine animale, mal séparée de ses enveloppes 
membraneuses, telles que le suif ou le lard '. » 

La lampe de la Mouthe n'est pas seulement datée par les condi- 
tions de sa découverte. Elle porte au revers une tête de bouquetin 
répondant exactement par son style aux gravures de Tépoque 
glyptique et même similaire à celle d'un bouquetin gravé sur la 
paroi de la grotte. 

Cette découverte rappela l'attention sur des lampes ou godets 
préhistoriques en pierre, de forme similaire, signalées précédem- 
ment, notamment celles de la grotte de Mouthiers, près d'Angou- 
lême (deux exemplaires) et de Coual (Lot). Mais Tâge paléoli- 
thique de ces trois pièces n'est peut-être pas absolument établi ^. 

Un autre godet en pierre, de 8 à 10 centimètres de longueur, à 
cavité peu profonde, et dont les rebords paraissent avoir subi l'ac- 
tion du feu, aurait été trouvé avant 1896 au village de Chabans, 
situé à 2 kilomètres du Moustier ^. 

Nous verrons que les Néolithiques ont fait usage de cuillers 
en argile, dont certaines variétés présentent une grande analogie 
de forme avec les lampes quaternaires. A la même époque néolithique 
apparaissent également des godets en pierre seînblables aux cuillers 
en terre cuite. 11 est donc souvent malaisé d'appliquer à chacun de 
ces objets une dénomination précise. 

§ VIII. — Diffusion de là civilisation de Vépoque du Benne, 

Des diverses périodes qui constituent la succession des temps 
préhistoriques et protohistoriques, depuis l'apparition de l'homme 
jusqu'à l'époque romaine, aucune n'est représentée dans toutes nos 
provinces par un nombre de stations sensiblement égal. Pour 
chacune d'elles, un centre principal de distribution géogra- 



1. Berthelot, C. R. Acad. Se, séance du 28 octobre 1901. 

2. Pour la bibliographie, voir Chauvet, Vieilles Lampes charentaises^ Bull. 
Soc. archéol. de la Charente, février 1904. D'après M. Chauvet, la grotte 
solutréenne de Mouthiers contenait des objets en pierre polie. Pour la lampe 
de Coual, v. G. et A. de Mortillet, Le Préhist., 3* éd., p. 192. 

3. E. Rivière, Afas, Montauban, 1902, II, p. 921. 



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DIFFUSION DE LA CIVILISATION DE l'ÉPOQLB DU RENNE 175 

phique et un certain nombre de centres secondaires cons- 
tituent une ou plusieurs zones de répartition, en dehors desquelles les 
trouvailles se font souvent de plus en plus rares à mesure que Ton 
s'éloigne de ces zones. 

Cette inégalité s'explique par des causes multiples et complexes. 
Gomme il est naturel, certaines provinces, soit en raison de leur 
situation ou de leur configuration géographique, soit à cause de la 
nature du sol et de son degré de fertilité, soit pour tout autre 
motif, ont été fréquentées ou occupées de préférence à telle ou 
telle phase de la préhistoire par les anciennes populations de la 
Gaule. Les modifications continues des conditions de la vie maté- 
rielle déplaçaient successivement les grands centres d'habitat. 
Il ne parait pas qu'aucune région, au cours de ces âges lointains, 
ait détenu une primauté constante, et constitué pendant toute une 
série de périodes consécutives le foyer principal de la civilisation 
primitive. 

Néanmoins, grâce aux progrès des études archéologiques et à la 
multiplicité des recherches, les découvertes sporadiques opérées 
{X)ur chaque période en dehors de sa zone propre d'extension sont 
actuellement assez nombreuses pour démontrer la diffusion rapide des 
progrès industriels sur tout le territoire des peuples celtiques et même 
sur une aire beaucoup plus vaste. Malgré d'inévitables variations 
locales, dont il ne faut pas trop exagérer l'importance dans l'inté- 
ressante étude des faciès régionaux, les subdivisions chronologiques 
constituant le cadre de la préhistoire sont sensiblement synchro- 
niques en Gaule et dans toute l'Europe occidentale et centrale. Ce 
serait tomber dans une grave erreur que d'admettre, par exemple, 
la contemporanéité d'une longue période finale du paléolithique 
dans la France du nord, et d'une phase initiale de la culture néo- 
lithique dans la France méridionale, même en supposant que cette 
culture soit venue du sud. Dès les temps quaternaires, les diverses 
tribus de notre territoire ne vivaient pas dans un état d'isolement. 
Leurs habitudes nomades facilitaient le rayonnement des progrès 
matériels. 

Nous avons des preuves directes de ce contact intime des tribus 
paléolithiques que l'homogénéité de leur outillage industriel suffirait 
déjà à établir. A plusieurs reprises, des stations de l'époque du 
Renne ont livré à leurs explorateurs des coquilles percées, 
employées comme parures et dont la détermination scientifique a 
démontré l'origine lointaine. M. Ed. Dupont a attiré depuis long- 
temps l'attention surce fait important. La caverne de Ghaleux lui a 



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176 VIII. éPOQUE MAGDALENIENNE 

donné de nombreuses coquilles fossiles originaires de gisements situés 
près de Reims, près de Versailles et sur le territoire des Ardennes * . 
Le même auteur a noté la provenance étrangère de quelques silex 
quaternaires des stations belges ^. En France, les observations 
similaires sont assez abondantes. Dès 1843, Pomel recueillait dans 
une station de l'époque du Renne des environs d'Issoire (Puy-de- 
Dôme) des coquilles fossiles des faluns de la Touraine^. En 1876, le 
D*" P. Fischer étudia les coquilles récentes et fossiles de plusieurs 
grottes préhistoriques : la Madeleine, Cro-Magnon, Laugerie- 
Basse (Dordogne) ; Bruniquel (Tarn-el-Garonne) ; Gourdan (Haute- 
Garonne) ; Grimaldi (Ligurie) K II reconnut à Laugerie-Basse 
des formes fossiles originaires des faluns de la Touraine et du Poi- 
tou, et des espèces vivantes de l'Aquitaine et du Poitou. Trois 
espèces étaient méditerranéennes*. Dans les grottes de Grimaldi, 
parmi les milliers de coquilles recueillies par M. Rivière, on 
compte un grand nombre d'espèces qui ne vivent actuellement que 
dans la Méditerranée, et quelques-unes exclusivement dans TOcéan. 
Au Mas-d'Azil, d'après les coquilles d'espèces vivantes qu'a déter- 
minées M. H. Fischer, les relations s'étendaient de la Méditerranée 
à l'Océan, comme à Gourdan ^. M. G. Mayer a reconnu dans les 
coquilles de Thayngen, canton de SchalTouse (Suisse), des fossiles 
miocènes des environs de Vienne '^. On pourrait aisément multi- 
plier ces exemples, sans réussir cependant à déterminer nettement 
si ce transport des objets de parure résultait d'un véritable trafic 
ou simplement des migrations nombreuses des tribus quaternaires *. 

1. E. Dupont, L'homme pendant les âges de la pierre^ p. 158, et Mat., II, 
1865-66, p. 167. 

2. Du môme, Ibid.y p. 161. 

3. Pomel, Bull.soc. géol. de France, 1843, p. 206. 

4. P. Fischer, Sur les coquilles récentes et fossiles trouvées dans les cavernes 
du midi de la France et de la Ligurie, Bull. soc. géol. de France, 3« série, 
t. IV, 1876, p. 330. Notice insérée également dans Mat., 1876, p. 482. 

5. M. P. Fischer a noté en outre parmi les coquilles fossiles de Laugerie- 
Basse la Paludina lenta « semblable aux individus provenant de rilc Wight ». 
On pourrait en conclure, ajoute-t-il, qu'à cette époque la navigation existait 
déjà. Cette opinion ne serait pas suffisamment établie, d'autant plus que la 
détermination de la prétendue Paludina lenla a été contestée par un autre 
conchyliologiste (Girod et Massénat, Stations, Laugerie-Basse, p. 77). 

6. H. Fischer, Note sur les coquilles récoltées par M. E. Piette dans la 
grotte du Mas-d'Azil, Anthr., 1896, p. 633. 

7. Vierteljahrsch. d. Nat.Gesell. Zurich, novembre 1874 (cité par P. Fischer, 
Mat., 1876, p. 490J. 

8. Pour les coquilles delà Charente, voir, dans Maret (CAF, Vienne, 1879, 
p. 175;, l'analyse des déterminations de P. Fischer. 



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DISTRIBUTION DU MAGDALENIEN EN FRANCE 177 



î:i IX. — Distribution du magdalénien en France, — Provinces 

du sud-ouest. 

Dès le début des recherches sur rhomme paléolithique, la région 
du Périgord apparut comme le principal foyer de la civilisation de 
l'époque du Renne sur le sol de la Gaule. Les explorations ulté- 



Fi^. 73. — Rocher en surplumb ou abri sous roche. Les Eyzies (Dordogne). 

Heures des cavernes, grottes et abris ont confirmé ces premières 
constatations, dues surtout aux travaux de Lartet et de Ghristy. 

Cest dans le voisinage du village des Eyzies, arrondissement de 
Sarlat, que Lartet, dès 1863, commença l'exploration des célèbres sta- 
tions des Eyzies, de la Madeleine, de Laugerie-Basse et de la Gorge 
d^Enfer, pour ne citer ici que les plus connues (voir fig. 27) *. Là, au 

1. Avant les recherches de Lartet, la Corréze et In Dordof;ne avaient déjà 
donné divers objets provenant des grottes de l'époque du Renne. Vers 18 i2, 
lé collège de Brive avait acquis une collection de silex quaternaires et d'os 
de renne, de provenance locale. Jouannait avait fouille vers 1860 plusieurs 
grottes de la Dordogne et, quelques années plus tard, l'abbé Audierne appe- 
lait l'attention sur l'importance des cavernes du Périgord dans ses deux bro- 
chures : Audierne, L'origine et ienfance de Varl en Périgord^ Périgueux, 

M&nuel d'archéologie préhistorique. — T. I. 12 



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178 VIII. ÉPOQUB MAGDALÉNIENNE 

pied des escarpements calcaires qui enserrent de leurs hautes 
murailles la vallée de la Vézère, affluent de la Dord ogne, ou dans les 
cavitésde ces falaises, des tribus de Troglodytes aimaientà établir leurs 
campements. Les rochers en surplomb (Rg, 73) et les cavernes leur 
assuraient des gîtes nombreux ; les eaux de la Vézère leur procuraient 
une pêche abondante, et sans doute de grands troupeaux de rennes 
et d'autres animaux erraient aux alentours, fournissant aux chas- 

1863;— Indication générale des grottes du département de la Dordogne, 
Pcrigueux, 1864. 

Edouard Lartet reçut en 1862, par l'intermédiaire d'un antiquaire de Paris, 
Gharvet, des fragments de la brèche ossifère d'une grotte voisine des Eyzies, 
fragments recueillis par un habitant de cette localité, Abel Laganne. Aidé du 
concours financier d'Henry Christy, industriel anglais, il fouilla la grotte de 
Richard, au-dessous du village des Eyzies et les stations du Moustier, de la 
Madeleine, de Gorge d'Enfer, de Laugerie- Haute et de Laugerie- Basse (Sur 
cet historique des premières fouilles du Périgord, voir D"" Paul Girod et Élie 
M assénât. Les stations de Vàge du Renne dans les vallées de la Vézère et de 
la Corrèze^ Laugerie-Basse, Paris, 1900, p. 7). 

H. Milne-Edwards communiqua à l'Académie des Sciences les observations 
de Lartet et Christy (Milne-Edwards, Sur de nouvelles observations de 
MM. Lartet et Christy ^ relatives à Vexisience de l homme dans le centre de la 
France, à une époque où cette contrée était habitée par le renne et d'antres 
animaux qui ny vivent pas de nos jours, Comptes rendus de TAcad. des 
Sciences, LVHI, 20 février 1861). En môme temps Lartet et Christy publiaient 
leur célèbre mémoire : Sur des figures d'animaux gravées ou sculptées et 
autres produits d'art et d'industrie rapporlables aux temps primordiaux de la 
période humaine, RA, 1864, I, p. 233. 

D'autres explorateurs, suivant aussitôt l'exemple donné par Lartet, fouil- 
lèrent la même région. Parmi eux nous mentionnerons le marquis de Vibraye dont 
les travaux dans l'Yonne et la Dordogne et les communications à TAcadé- 
mie des Sciences contribuèrent alors à faire connaître au monde savant les décou- 
vertes de lépoque du Renne (de Vibraye, Note sur de nouvelles preuves de 
l'existence de l'homme dans le centre de la France à une époque où s'y trou- 
vaient aussi divers animaux qui de nos jours n'habitent pas cette contrée, 
G. R. de l'Acad. des Sciences, LVUl, 29 février 1864; — du même. Note accom- 
pagnant la présentation des objets recueillis dans le terrain de transport, 
les cavernes et les brèches creuses, ibid., 14 mars 1864 ; — du môme, Sur la 
reproduction en bois de renne, d'une tête présumée du mammouth, ibid., 
LXI, 4 septembre 1865. Sur la coll. de Vibraye, voir Cartailhac et Breuil, 
Les œuvres d'art de la coll. de Vibraye au Muséum national, Anthr., 1907 
p.l. 

Elie Massénat compte également parmi les successeurs immédiats de Lar- 
tet dans l'exploration des grottes du Périgord. Dès 1865, il commença à 
fouiller les stations de la Corrèze et passa ensuite en Dordogne, où il explora 
tout d'abord les grottes du Pouzet, Badegoule, les Eyzies, Gorge d'Enfer, 
Laugerie-Bassc, etc. (Voir Girod et Massénat, Les stations de l'âge du renne, 
Laugerie-Bisse, Paris, 1900 et 1907, 1. 1 et II. La collection Massénat est con- 
servée à Clermont-Ferrand chez M. le Df Paul Girod, son collaborateur.) 

Les travaux plus récents sur les gisements de la Dordogne sont dus surtout 
à MM. Rivière, Breuil, Gapitan, Peyrony, Bourrinet, comme nous le verrons 
ci-après, à propos des gravures et peintures pariétales. 



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DISTRIBUTION DU MAGDALENIEN EN FRANCE 179 

seurs leur gibier préféré. Le nombre toujours croissant et la 
richesse archéologique des gisements témoignent hautement de la 
densité relative et de Tindustrieuse activité des familles humaines 
installées tout au moins temporairement sous ces abris. 

La grotte des Eyzies s'ouvre à 35 mètres d'altitude, au-dessus 
d'un petit affluent de la Vézère. Lorsque Lartet y commença ses 
fouilles au mois d'août 1863, un remplissage compact- en recou- 
vrait le sol. C'était un conglomérat épais de 10 à 25 centimètres, 
tel que les concrétions calcaires en ont formé dans ces cavernes : 
il empâtait des fragments d'os de renne et des débris de silex de 
formes variées, des os façonnés et gravés, des morceaux de char- 
bons. Plusieurs musées exposent des spécimens de cette brèche 
ossifère, témoignage matériel vraiment suggestif de l'antiquité de 
rhomme (fig. 28). 

La station de la Madeleine, commune de Tursac, orientée au sud, 
s'ouvre à 25 mètres de la Vézère et à quelques mètres au-dessus de 
son niveau. Le dépôt ossifère, d'après Lartet, s'étendait sur un 
espace de 15 mètres environ le long des rochers. Son épaisseur 
moyenne était de 2 "* 50, mais ^dans certaines parties atteignait 
3 mètres * . 

Le gisement de Laugerie-Basse, commune de Tayac, à trois cents 
mètres de la station solutréenne de I^augerie-Haute, esta coup sûr la 
station du Périgord la plus riche en objets d'art. Plus qu'aucune 
autre grotte de ces régions elle a enrichi ses explorateurs, Lartet et 
Ghriàty tout d'abord, E. Massénat ensuite, d'outils et d'instruments 
en bois de renne, de représentations d'animaux sculptés et gravés. 
C'est d'ailleurs un gisement fort étendu, abrité en grande partie 
sous une excavation de rocher dominant le lit de la Vézère. Lau- 
gerie-Basse est également célèbre par la découverte d'un squelette 
paléolithique qui sera décrit ci-après ^. 

Nous parlerons plus loin de l'abri de Cro-Magnon, commune de 
Tayac, à 177 mètres de la Vézère, gisement découvert en 1868 par 
des ouvriers ; ceux-ci y rencontrèrent cinq squelettes, reposant sur 
un remplissage quaternaire dont le sommet est aurignacien et non 
magdalénien, comme on l'avait cru avant les récentes observations 

1. RA, 1864, I, p. 253. 

2. n La station s*étend presque sans interruption, écrivent MM. Girod et Massé- 
nat, sur une longueur de six à sept cents mètres, ayant à certains points douze 
à dix-sept mètres de largeur, avec une profondeur très variable, pouvant 
atteindre sept à huit mètres au plus » (Girod et Massénat, Stations de Vàge 
du renne, Laugerie-Basse, p. 19). 



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180 VIII. ÉPOQUE MAGDALÉNIENNE 

de M. Tabbé Breuil. EnJ893, Élie Massénat,et en 1897, M. Rivière, 
en ont repris Texploralion. M. Rivière y a recueilli la figurine 
humaine gravée que reproduit la fig.S^-^* . - > ' 

La Gorge d'Enfer, sur la rive droite de la Vézère, abrite plusieurs 
gisements, dont les deux principaux ont été fouillés par Lartet et 
Christy. Ce sont les premières grottes que tous deux visitèrent à 
leur arrivée en Périgord en 1863*. Toutes les phases successives de 
Tépoque du Renne sont représentées dans les divers gisements de 
Gorge d'Enfer, où les foyers aurignaciens sont les plus nombreux. 

Nous décrirons dans un chapitre spécial les grottes de la Dor- 
dogne à gravures et peintures pariétales, les unes magdaléniennes, 
les autres plus anciennes. 

On trouvera, d'ailleurs, dans Tappendice bibliographique de ce 
volume la liste de toutes les stations de Tépoque du Renne de ce 
département. La plupart ont livré des objets magdaléniens ^. 

Le département de la Gorrèze est riche également en stations 
de l'époque du Renne, mais celles-ci n'étant plus creusées dans le 
calcaire ont conservé très rarement les matières osseuses. La faune 
et les instruments en bois de renne et en os font donc le plus sou- 
vent défaut. Les grottes de Combo-Negro, de Champs, de Res- 
saulier, etc., riches en instruments de silex, avaient été fouillées de 
bonne heure par M. Ph. Lalande et E. Massénat *. Les recherches 
depuis lors sont demeurées actives. Par suite de la pauvreté de 
l'outillage, les silex exceptés, l'attribution exacte de chacune des 
stations ou de leurs divers niveaux à tel ou tel horizon de l'époque 
du Renne présente parfois de sérieuses difficultés '. 

1. BSA, 1897, p. 507. 

2. L'une d'elles avait été vidée d'ancienne date pour l'extraction du salpêtre. 
Beaucoup de grottes périgourdines ont subi le même soi*t en 1793 pour le 
même motif. L'industrie delà recherche du salpêtre sest d'ailleurs continuée 
longtemps en Périgord (UA, 1864, I, p. 240). 

3. Parmi les grottes magdaléniennes plus récemment découvertes, nous 
citerons l'abri Mcge, à Teyjat, fouillé à partir de 1904 par MM. Bourrinet et 
Peyrony (voir leur notice écrite en collaboration avec MM. Capitan et Breuil, 
HKA, 1906, p. 196). 

4. Ph. Lalande, .Vém. «ur /es ^ro/<e5 des environs de Brive, Moniteur de 
l'archéologue, I, 1866-67 ; — Girod et Massénat, Stations de Vàge du Aenne, 
Liiutferie- Basse, p. 8. 

3. Voir le mémoire de MM. les abbés Bardon et Bouyssonie, De la succession 
des niveaux archéologiques dans les stations préhist. des environs de Brives, 
CPF, Périgueux, 1905, p. 59. Ces auteurs ont proposé le classement suivant 
des stations préhist. de cette région. 

Acheuléo-moustérien: Le GrifTolet, la Vaysse, Puymège, Ressaulier- 
Bassaler; — Moustérien: chez Pourré, les Bouffio ; — Aurignacien: La 



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DISTRIBUTION DU MAGDALÉNIEN EN FRANCE 181 

Au sud des déparlements de la Dordogne et de la Corrèze, le 
magdalénien est encore bien représenté dans les bassins de la 
Garonne et de l' Adour. Dans le Lot, les grottes de Reilhac (fouilles 
de MM. Garlailhac et Boule) et de Conduché sont les plus 
connues. 

Des stations de Bruniquel, situées sur les rives de l'Aveyron, 
aux confins des départements du Tarn-et-Garonne et du Tarn, 
proviennent, quelques-unes des œuvres d'art magdaléniennes les plus 
universellement connues. On y rencontre plusieurs gisements qui 
ont été souvent confondus et dont voici la liste, d'amont en aval ^ 
P Le Boc du Courbet^ commune de Penne, creusé de 
plusieurs excavations, notamment La Grotte des Forges^ explorée 
par M. de Lastic, dont la collection a passé au Musée Britannique. 
2** La Grotte des Batuts^ même commune, fouillée par M. Victor 
Brun. 3** Les Abris sous roche du Château^ au-dessous des rochers 
qui supportent le château féodal et le village de Bruniquel ; ceux 
de l^faye et de Plantade ont été fouillés par M. Brun, qui remit 
le principal produit de ses recherches au musée de Montauban, et 
de nombreux doubles à d'autres musées, notamment à celui de 
Saint-Germain. L'abri de Montastruc fut exploré par Peccadeau 
de risle, dont la collection passa au Musée Britannique en 1887. 
Elle contenait trois des sculptures les plus célèbres de l'art magda- 
lénien : les deux rennes en ivoire, déjà cités, et un mammouth 
en bois de renne. C'est en 1866 que Peccadeau de l'isle fil 
commencer les fouilles de cette station : elles amenèrent la décou- 
verte de ces précieuses sculptures publiées peu après et depuis 
lors maintes fois reproduites ^, La roche de Montastruc mesure une 



Coumbo-del-Bouïto (inférieur), La Coumbo-del-Bouïto (supérieur). Le Bos 
del Ser; — Solutréo-magdalénien : Champ (al bas del Roc), Coumbo-Negro, 
Noailles, La Font- Robert (Bassaler-sud), le Raysse, Planche-Torte, Esclauzure, 
Puyjarrige, etc. ; — Magdalénien : Les Morts. Champ (la grande Grotte), Puy- 
de-Lacan ; — Néolithique : Puy-de-Lacan, Coumbo-Negro, Chasteaux, etc. 

La monographie de la grotte de Noailles parles mêmes auteurs contient de 
nombreuses et intéressantes reproductions de l'outillage en silex (Bardon et 
Bouyssonie, Bull. soc. hist. arch. Corrèze, XXVII, 1905) ; mais l'attribution 
de ce gisement à un faciès ancien du magdalénien ou peut-être à une phase 
plus ancienne de Tépoque du Renne demeure incertaine. 

1. Cartailhac, l^es Stations de Bruniquel, Anthr., 1903, p. 129 (carte des 
stations). 

2. Peccadeau de l'isle, C. R. Acad. des Sciences, 18 mars 1867 ; — du mêmes 
Objets sculptés et gravés des temps préhistoriques, RA, 1868, I, p. 213, fig. 
Nous avons vu que l'outillage en silex à Bruniquel comprend de nombreuses 
lames denticulées. 



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182 VIII. ÉPOQUE MAGDALÉNIENNE 

hauteur de 29 mètres ; Tabri creusé à sa base couvre une superficie 
d'environ 250 mètres carrés *. 

Dans la région pyrénéenne, parmi les premières recherches sur 
les cavernes de Tépoque du Renne, se placent celles de MM. Emilie n 
et Gh. L. Frossard, notamment dans les grottes d'Aurensan et de 
Lourdes. Dès 1870, ils publiaient une note sur la grotte d'Auren- 
san, où apparaissait Tindustrie de la Madeleine avec des objets 
variés en bois de renne, des silex typiques, des harpons et enfin 
quelques gravures sur os, sur ivoire et sur ardoise, dont deux têtes 
de bouquetin^. Mais c'est surtout à Edouard Piette qu'est due 
l'exploration des grottes des Pyrénées^. Ses mémorables fouilles, 
dans cette région, commencées à Gourdan en 1871, n'offrent pas 
moins d'intérêt pour l'époque magdalénienne que pour les deux 
phases glyptiques plus anciennes. Nous avons vu combien fut 
fructueuse l'exploration des grottes de (iourdan et de Lorthet, 
commune de Lourdes, deux stations des Hautes-Pyrénées. Nous 
parlerons dans les chapitres suivants de celle d'Arudy (Basses- 
Pyrénées), connue surtout par ses gravures ornées de spirales, 
ainsi que des grottes ornées pyrénéennes. 

La célèbre grotte du Mas d'Azil, dans TAriège, n'a pas seulement 
attaché son nom au dernier épisode du paléolithique, elle compte 
parmi les stations les plus riches en œuvres d'art magdaléniennes, 
car c'est de ce gisement (rive droite), que proviennent, comme 
nous Tavons dit, quelques-unes des statuettes d'animaux, bas- 
reliefs et gravures à contours découpés, découverts par Piette *. 

Le département de l'Ariège possède plusieurs gisements magda- 
léniens, en partie explorés depuis longtemps. Les plus connus sont 
la grotte de la Vache, à Alliât, près Tarascon, fouillée par M. Gar- 
rigou, en 1866, et celles de Massai, explorées par MM. Fontan, 
.Audierne, E. Lartet et Garrigou, vers la même date. 

Dans les Landes, le niveau supérieur de l'époque du Renne était 



1. RA, 1868, I, p. 214. 

2. On confondait alors la poinlc conique à base fendue avec celle d'Auri- 
pnac {Mat.^ 18T0, p. 215). C'est par suite de cctt-e confusion que M. John 
Evans a rapporté à i'aurignacien la station magdalénienne d'Aurensan [Ages 
de la pierre, p. 183). 

3. La grotte de Lourdes (Hautes-Pyrénées) avait déjà été explorée par 
Milne-Edwards et par Lartet ou Ghristy en 1861 {Ann. sciences naturelles, 
i* série, Zool., XVII et RA, 1861. I, p. 240;. 

4. M. Tabbé Breuil a exploré la couche migdalénijnne de la rive droite du 
Mas d'Azil BA, 1902, p. 3. 



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DISTRIBUTION DU MAGDALÉNIEN EN FRANCE 183 

faiblemenl représenté à la grotteMu Pape, à Brassempouy. La grotte 
Duruthy et Tabri Dufaure (commune de Sorde, même départe- 
ment) comptent encore parmi les stations magdaléniennes imporr 
tantes. 

Au groupe pyrénéen se rattachent les stations de TAude : la 
célèbre grotte de Bise, explorée par un des précurseurs de Tarchéo- 
logie préhistorique, Tournai, de Narbonne, et celle de la Crouzade, 
commune de Grouissan, qui a livré également des os gravés. 

§ X. — Distribution du magdalénien en France. 
Provinces du centre, du nord^ du nord-ouest et du sud-est. 

Dans le bassin de la Loiro, les découvertes deviennent beaucoup 
plus rares. Quelques départements, la Mayenne et la Vienne, 
comptent cependant des stations assez nombreuses, dont quelques- 
unes avec instruments en os magdaléniens. L'abri de la Garenne, à 
Saint-Marcel (Indre), a donné, entre autres objets magdaléniens, une 
plaque de schiste portant une belle figure de renne lancé au 
galop (fig. 88, 1)'.' 

Cest dans la grotte de Chaffaud, à Savigné (Vienne), que fut 
recueilli en 1834, comme nous le verrons, le premier os gravé de 
l'époque du Renne. Les stations du cours inférieur du bassin de 
la Loire se relient d'ailleurs à celles du bassin périgourdin par les 
gisements de la Charente et de la Charente-Inférieure depuis long- 
temps connus. Nous avons déjà cité à diverses reprises la célèbre 
grotte du Placard où un étage magdalénien est superposé à plu- 
sieurs autres niveaux. 

L'industrie de Tépoque du Renne est représentée dans le nord de 
la France par des trouvailles éparses de lames en silex, au sommet 
des alluvions quaternaires, dans les conditions stratigraphiques 
indiquées ci-dessus. On a signalé çà et là aux environs de Paris, 
notamment dans l'Oise et la Seine-et-Marne, quelques gisements 
de silex attribuables avec plus ou moins de certitude au niveau 
le plus élevé du paléolithique supérieur 2. 

Mais à l'extrémité sud-est du bassin de la Seine, les nom- 
breuses grottes ouvertes dans le terrain jurassique des vallées de 
la Cure et de l'Yonne constituent un groupe important. Leur 

1. Voir ci-après, cliap. IX. 

2- G. et A. de Mortillet, Le PréhisL, 3« édit., p. 638. 



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184 VIII. ÉPOQUE MAGDALÉNIENNE 

exploration, commencée par MM. de Vibraye et Ficatier, a été 
poursuivie par M. Tabbé Parât, auquel on doit la fouille d'une 
soixantaine de ces grottes : celles des Fées et du Trilobite comptent 
parmi les plus productives. Nous avons indiqué ci-dessus la belle 
stratigraphie de la grotte du Trilobite, contenant six niveaux. 
Dans la grotte des Fées, le magdalénien est également superposé à 
plusieurs couches moustériennes. C'est dans une de ces dernières, 



Fiji^. 74. — Bois de renne gravé. Neschcrs (Fuy-de-Dôme) '. 
Dessin de l'abbé Breuil. 

au-dessus d'un repaire d'ours et d'hyène, que de Vibraye recueillit 
une mâchoire humaine ^. 

Une station de la Basse-Auvergne, celle de Neschers, sur la 
coulée volcanique de la montagne du Tartaret, a démontré que 
Tarchéologie préhistorique peut dans certaines circonstances prêter 
à la géologie un concours utile, en échange des services nombreux 
qu'elle en reçoit elle-même. La coulée de lave du Tartaret (sûr un 
des flancs du Mont-Dore) surmonte, d'une part, des ailuvions mous- 
tériennes à faune à'Elephas primigenius ; d'autre part, elle sert de 
gîte à une station magdalénienne dont l'âge est nettement déter- 
miné non seulement par une faune comprenant le renne, le sper- 
mophile et de nombreux rongeurs, mais surtout par un bois de 
renne gravé d'une figure de cheval {fig. 74). 

1. D'après Boule, loc. cit., p. 57, fig. 32. 

2. Les travaux de M. l'abbc Parai ont paru dans le Bull. Soc. se. Yonne, 
depuis 189i. On en trouvera un résumé dans son mémoire, Les grottes de la 
Cure et de V Yonne, Recherches préhist., CIA, Paris, 1900, p. 63. 



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DISTRIBUTION DU MAGDALENIEN EN FRANCE 185 

Cette intercalation des déjections volcaniques entre une forma- 
tion moustérienne et un gisement magdalénien a permis à M. Boule, 
conjointement avec d'autres observations, de fixer Tâge des plus 
récents volcans de la France, ceux de la chaîne des Puys d'Au- 
vergne*. Cette même province compte encore quelques stations 
de Tépoque du Renne, mais Tindustrie en est pauvre, les œuvres 
d'art y font défaut et ces gisements, comme celui de l'abri sous 
roche du Rond, près Saint-Arcons d'Allier (Haute-Loire), ne 
peuvent être datés que par la faune et l'outillage en silex : données 
souvent insuffisantes pour obtenir une détermination précise du 
niveau archéologique, en Fabsence de tout instrument en matière 
osseuse. 

Le département de la Loire possède quelques petites stations 
magdaléniennes qui n'ont donné également que des instruments 
en silex, notamment celle du Sa ut-du- Perron, à Villerest, sur les 
bords de la Loire, à quelques kilomètres en amont de Roanne '. 

Ce n'est pas sans surprise que l'on constate l'extrême rareté de 
l'industrie magdalénienne dans le département de Saône-et-Loire ; 
il y a là entre les époques aurignacienne et solutréenne, d'une part, 
et, de l'autre, les temps néolithiques dont les vestiges dans cette 
région sont extraordinairement abondants, une lacune assez anor- 
male. M. Capitan a cependant rencontré du magdalénien à Solutré ^. 
M. l'abbé Breuil a pu classer au magdalénien la trouvaille de la 
Goulaine, à la Motte-Saint-Jean, trouvaille composée de plusieurs 
centaines de beaux silex, grandes lames, grattoirs, burins, etc. , décou- 
verts sur l'emplacement d'un atelier et constituant peut-être une sorte 
de cachette '*. Outre ces diverses lames, la cachette contenait une 
pièce d'un volume exceptionnel et d'une destination énigmatique 
(racloir ou enclume) en forme de croissant. Son bord arqué est régu- 
lièrement taillé sur tout le pourtour. Cette pièce qui pèse 2 kil. 150^ 



1. M. Boule, L'âge des divers volcans de la France, ext. de La Géographie^ 
mars- mai. 1906, p. 57. 

2. Une collection de petites lames provenant de cette station est conservée 
an musée de Roanne. 

3. REA, 1899, p. 23. 

4. F. Pcrot, Rapport sur Vatelier paléolithique de la Goulaine, Mém. Soc. 
éduenne, 1893, p. 347 ; — G. Bonnet, Le Charollais préhist., Ann. Acad. Mâcon, 
1904, p. 36 4. Une phototypie de ce mémoire reproduit le grand silex de la 
Goulaine ; — Breuil, La cachette magdalénienne de la Goulaine, Bull, de la 
Diana, 1907 [sons presse). 

5. Long. : 0, 31 ; larg. au milieu : 0, 12 ; épaisseur : 0,03. 



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186 VIII. ÉPOQUE MAGDALÉNIENNE 

est peut-être le plus gros silex taillé que Ton connaisse. La cachette 
de la Goulaine contenait un autre silex similaire, mais de volume 
moindre *. 

Si nous passons aux provinces du nord-ouest de la France, les 
indications deviennent de plus en plus sporadiques. 

La Bretagne, terre privilégiée de Tarchéologie préhistorique pour 
le second âge de la pierre et Tépoque du bronze, est fort pauvre 
en gisements quaternaires, même par rapport aux autres régions 
granitiques. On a cependant signalé dans la Loire-Inférieure tout 
au moins une station à silex magdaléniens, celle de Bégrol, à la 
Haye-Fouassière ^, et dans le Finistère celle de Roc'h Toul, à Gui- 
clan, fouillée vers 1868 par le D*" Le Hir, de Morlaix, qui y recueil- 
lit 3 à 400 lames en silex ou en grès lustré, de petites dimen- 
sions '. 

Dans Test, les stations de Tépoque du Renne apparaissent de nou- 
veau, se reliant, d'une part, par la vallée de la Meuse, aux impor- 
tants gisements de la Belgique, de l'autre, à ceux du territoire 
helvétique. On peut citer notamment : la caverne de la Zouzette, à 
Farincourt (Haute-Saône), (os et bois de renne travaillés, gravure 
sur pierre) ; le Trou de la Vieille Grand'Mère, à Mesnay, près d'Ar- 
bois (Jura) ; la Grotte d'Arlay dans le même département (une 
gravure de poisson, harpons barbelés) ; la Grotte de la Roche- 
Plate, à Saint-Mihiel (Meuse) ; faune du renne, pas de harpons 
ni d'aiguilles, quelques silex magdaléniens et quelques gravures 
sur os ou bois de renne. 

Nous parlerons de l'abri des Hoteaux, à Rossillon (Ain), à propos 
des sépultures paléolithiques. 

La station désignée par le nom du village suisse de V'eyrier, 
bien que située en territoire français (à quelques pas de la fron- 
tière), repose sur les moraines de la dernière extension glaciaire. 
Cette situation, concurremment avec celle des gisements suisses 
mentionnés ci-après, démontre le caractère post-glaciaire de 
l'époque magdalénienne. On y a recueilli notamment un bâton 
de commandement, dont les gravures figurent d'un côté une branche 
de feuillages (fig. 89, i), de l'autre un animal rappelant le bouquetin. 

1. Ces deux pièces ainsi qu'un choix important de lames, de grattoirs, de 
burins, sont conservés au Musée de Roanne. 

2. P. de Lisle, Stations primitioes de la Bretagne, p. 60, et Catal.du Musée 
de Nantes, 1903, p. 3. 

3. G. de Mortillet, Le Préhist., 2" éd., p. 435; — P. du Chatellier, i$po(]^ae« 
préhist. et gaul. dans ie Fmw(érc, 2» édit., 1907, p. 7. 



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LES STATIONS MAGDALENIENNES DE LA BELGIQUE 187 

Au midi du département de l'Isère, qui possède les grottes de 
Béthenas supérieur et de la Balme avec niveaux magdaléniens ou 
peut-être plus anciens, la région du sud-est de la France est fort 
pauvre en gisements de cette période. Les départements de 
TArdèche et du Gard en possèdent quelques-uns, notamment la 
grotte de la Salpêtrière, sur la rive droite du Gardon, au pied du 
Pont-du-Gard. M. Cazalis de Fondouce y a pratiqué des fouilles 
fructueuses qui ont mis à découvert un gisement magdalénien, avec 
de nombreux harpons en bois de renne et des os gravés. Dans les 
Alpes et en Provence, nous ne connaissons aucune trouvaille qui 
puisse être rapportée avec certitude au magdalénien. Nous verrons 
d'ailleurs que, plus au sud, dans la péninsule italique, cette période 
n'est nullement représentée. 

§ XI. — Les stations magdaléniennes de la Belgique 
et des Iles Britanniques . 

Lorsque Lartet et Ghristy exploraient les premières grottes de 
la vallée de la Vézère, ils ne soupçonnaient pas que cette civilisation 
de l'époque du Renne, dont ils recueillaient les vestiges autour des 
Eyzies, eût rayonné au nord et à l'est bien loin du Périgord et des 
Pyrénées, jusque dans les Iles Britanniques, la Belgique et l'Europe 
centrale. Quelques années plus tard, le fait imprévu de cette large 
diffusion était acquis par diverses découvertes. Nous avons indiqué 
ci-dessus des stations aurignaciennes de la Belgique et de la vallée 
du Danube. Avec la dernière phase du paléolithique supérieur, 
l'archéologie comparée peut opérer des rapprochements encore plus 
nombreux, et intéressant une plus vaste zone géographique. 

Les stations magdaléniennes de la Belgique sont connues depuis 
longtemps par les travaux de M. Edouard Dupont, directeur du Musée 
d'histoire naturelle de Bruxelles *. Elles sont pour la plupart situées 
dans les vallées de la Lesse et de la Meuse, non loin de Dinant, 
Namur et Liège. Au premier rang se placent les cavernes de Goyet'^, 
sur un ruisseau, le Samson, affluent de la Meuse. M. Dupont y a 



1. Dupont, Les temps préhist. en Belgique. V Homme pendant les Açfes de 
lu, pierre dans les environs de Dinanl-sar-Mense, Bruxelles, 1X72 Voir la 
carte des stations avant rintrodiiction) et CIA, 1.S72, Bruxelles nombreuses 
planches. 

2. Dupont, lac. cit., p. 105-124. 



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188 



Vlll. EPOQUE MAGDALENIENNE 



reconnu cinq niveaux ossifères, dont les deux premiers étaient des 
repaires de lions, d'hyènes et d'ours. 

L'homme succéda à ces grands carnassiers. Le troisième, et peut- 
être également le second niveau, appartient à l'industrie de Mon- 
taigle, c'est-à-dire à l'aurignacien. Enfin le niveau supérieur conte- 
nait une industrie magdalénienne très riche et très pure, avec pré- 
dominance de la lame parmi les silex et disparition graduelle de la 
pointe moustérienne. L'outillage comprend en outre de nombreux 
instruments en bois de renne: pointes, lissoirs, aiguilles percées 
d'un chas, un bâton de commandement, un harpon barbelé, des 




5 6 7 8 9 10 

Fig. 75. — Silex du Trou de Ghalcux, province de Namur (Belgique)». 

poinçons en ivoire et en bois de renne, divers objets de parure. 
Cette industrie est donc bien identique à celle de la Madeleine. La 
faune réunit le mammouth et le renne ^. 

D'autres stations belges, dont quelques-unes dépendent du 
village de Furfooz, dans la vallée de la Lesse, à six kilomètres au 
sud-est de Dinant ^, appartiennent à l'époque magdalénienne *. 

Une autre, le Trou de Chaleux, près Hulsonniaux, province de 
Namur, sur la'Lesse, a livré un mobilier similaire (fig. 75)^. 

M. Dupont eut le mérite d'introduire de bonne heure dans les 
recherches préhistoriques des classifications précises. Au moment 

1. Daprès Rutot, Le Préhist. en Europe^ p. 224. 

2. Dupont, loc. cit., p. 133 et suiv. 

3. Dupont, loc. cit., p. 129. 

4. La figurine du Trou Magrite ifig. S3, s; est sans doute aurignaco-solu- 
trécnne. 

5. Dupont, loc. cit., p. 14 4. 



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LES STATIONS MAGDALENIENNES DE LA BELGIQUE 189 

OÙ il explorait les cavernes belges de la province de Namur, de 
1860 à 1870, les observations stratigraphiques étaient encore clair- 
semées. 

M. Dupont, comme nous Tavons dit, distingua cinq types ou 
faciès, à savoir de bas en haut : 1<* le type de Montaigle ; 2o le type 
de Pont-à-Lesse ; 3** le type de Goyet ; 4** le type de Chaleux ; 5** le 
type de la pierre polie. M. Rutot .a réuni les faciès de Montaigle 
(montaiglien), de Pont-à-Lesse (magritien) et de Goyet (goyetien) 
dans son groupe éburnéen^ à faune du mammouth. Le faciès de 
Chaleux (Chaleuxien) constitue son groupe tarandîen^ à faune du 




Fijç. 76. — Tête d'équidé gravée sur os, cavernes de Creswell (Derbyshire, 
Iles Britanniques) >. 

renne ■^. Mais il n'apparaît pas que Tindustrie chaleuxienne diffère 
assez sensiblement de Tinduslrie goyetienne pour justifier cette 
coupure du magdalénien, au point de vue archéologique 3. 

En Angleterre, la caverne de Kent, dans le Devonshire, près de 
Torquay, fouillée à partir de 1824 et surtout entre 1868 et 1880 par 
un comité de la British Association, renfermait sous une couche 

1. Guide ofthe British Muséum^ Slone âge, 1902, p. 65. 

2. Voir Rutot, Le Préhisl, dans V Europe centrale^ Projet de classification^ 
p. 253. 

3. « En France, comme en Belgique, écrit M. Rutot, les formes mousté- 
riennes et solutréennes disparaissent complètement [au chaleuxien] et l'outil- 
lage de silex comprend bon nombre de formes qui ont déjà apparu dans le niveau 
supérieur de Goyet, telles que les lames utilisées comme couteaux, auxquelles 
s'adjoignent des types nouveaux, c'est-à-dire des grattoirs à tranchant établi à 
l'extrémité d'une lame, des grattoirs doubles, des lames habilement trans- 
formées en burins — les deux outils : grattoir et burin étant parfois réalisés 
aux deux extrémités d'une même lame — des perçoirs ou poinçons de divers 
calibres, tirés de lames, et d'autres petites lames à encoches. » (Rutot, lac. cit. , 
p. 223). Or tous ces types de silex, sauf les petites lames à coches du type de 
Bruniquel apparaissent déjà en France avant l'époque magdalénienne. L'in- 
dustrie de l'os et du bois de renne à Chaleux comme à Goyet comprend les 
mêmes objets. M. Rutot reconnaît que si la paléontologie permet de distin- 
guer en Belgique entre l'Ebuméen et le Tarandien, il ne semble pas en être 
de même en France. 

Nous croyons d'ailleurs que pour le paléolithique supérieur, c'est l'archéo- 
logie et non la paléontologie qui doit servir de fondement aux subdivisions 
chronologiques. 



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190 VIII. EPOQUE MAGDALÉNIENNE 

stalagmitique une assise magdalénienne ; elle a livré notamment 
une épingle en os perforée, un os de lièvre percé de trous et quelques 
harpons en bois de renne à un ou deux rangs de barbelures *. 

Les cavernes de Creswell, fouillées à partir de 1876 par Mello et 
Boyd Dawkins, sont situées dans le Derbyshire. Au-dessus d'une 
assise du paléolithique moyen, on y a rencontré un niveau magda- 
lénien avec silex de type solutréen ^, des outils en os de renne et 
de lièvre (aiguilles, alênes, sagaies). L'âge de cette couche était 
d'ailleurs précisé par une trouvaille plus intéressante, celle d'un os 
portant un cheval gravé, d'une facture tout à fait semblable à celle 
des gravures du Périgord ^ {fig. 76). 

§XI1. — Les stations magdaléniennes de la Suisse, 

La Suisse du nord compte après la France méridionale et la 
Belgique parmi les régions possédant les plus importantes stations 
magdaléniennes. Recouvert d'un manteau de glace pendant la période 
glaciaire, le territoire helvétique n'a livré aucun vestige industriel 
pouvant se classer avec certitude au quaternaire inférieur ou 
moyen '. 

Lorsque les glaciers des Alpes eurent reculé jusqu'à leurs limites 
actuelles, l'homme occupa les vallées de la Suisse devenues libres. 
Nous avons déjà parlé de la station de Veyrier sur la limite de 
notre département de la Haute-Savoie et du sol helvétique. Celle 

1. J. Évans, Ages de la pierre, p. 488-515 ; — Guide of the British Muséum, 
Sione Age, 1902, p. 61-63. 

2. Si le mélange ne provient pas d'un remaniement ancien ou récent, cela 
prouverait, faisait observer G. de Mortillet, qu'en Anjçleterre Tindustrie solu- 
tréenne s'est prolongée plus qu'en France et s'est mêlée à Tindustrie magda- 
lénienne (A/as, Clermont-Ferrand, 1876, II, p. 405). 

3. Mapens Mello, Les Cavernes quaternaires de Creswell (Angleterre), 
Afas, Le Havre, 1877, II, p. 702; — L'os gravé de Creswell (M. Mello ne pré- 
cise pas dans laquelle des deux cavernes il a été recueilli) est reproduit dans 
le Guide of the British Muséum, Stone Age, p. 65. 

4. On avait cru reconnaître les traces d'un travail humain sur des baguettes 
de bois provenant de lignites interglaciaires, lignites contenant des osse- 
ments d'ii7cp/ia« a7i(*</u us et de Bhinoceros Mercki (Rutimeyer, Sp arc n des 
Menschen aus interglaciaren Ablagerungen in der Schiceiz, 1875), mais ce 
fait n'a pu être retenu (Voir Ileicrli, Urgeschichle der Schweiz, p. 34). 

Tout récemment, cependant, une publication de M. Emile Bftchler vient de 
faire connaître à Wildkirchli, dans l'Ëbenalp, une station moustérienne à faune 
(ïUrsus spelaeus. Elle est située à près de 1.500 mètres d'altitude (É. Bâchler, 
Die prahist. Kulturslalle in der Wildkirchli — EbenalphÔhle, Saint-Gall, 1907). 



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LES STATIONS MAGDALENIENNES DE LA SUISSE 



191 



de Villeneuve, dite la grotte de Scé (faune du renne et silex mag- 
daléniens), avoisine le lac de Genève ^. Deux autres, beaucoup plus 
importantes et depuis longtemps célèbres, doivent être décrites ici 
avec quelques détails : la grotte du Kesslerloch, près de Thayn- 
gen et Tabri du Schweizersbild, près de SchalThouse. 

La grotte du Kesslerloch (ainsi appelée parce qu'elle aurait 
donné refuge à des chaudronniers ambulants) est située tout près 




Fig. 77. — Silex magdaléniens du Kesslerloch et des stations de la Dordogriïe. 
N«* 1-6, Kesslerloch 2; n" 7-11, Laugerie-Basse *. 

de Thayngen, dans le canton de Schaffhouse et à deux lieues de cette 
ville, vers la frontière du duché de Bade. Elle s'ouvre sur la vallée 
de la Fulach, affluent du Rhin. Découverte par le professeur Merk 
en 1873, elle fut explorée par lui au commencement de l'année 
suivante. M. Nûesch en 1893 et 1899 et M. Heierli en 1903 en ont 
repris les fouilles. 

Les récoltes de Merk, abondantes et variées, ont placé ce gise- 
ment au premier rang parmi les stations magdaléniennes situées 
hors de France. L'industrie correspond exactement à celle des 
stations du Périgord: à des silex abondants (Merk a compté plus 

1. Henri de Saussaye, Grotte de Scéj près de Villeneuve, Station suisse du 
Renne^ Arch. des Sciences, Biblioth. universelle, juin 1870. Cf. UEA, 1898, 
p. 139. 

2. J. Nûesch, Da«Kc5sterioc/i, 1904, pi. XXIX et XXX. 

3. Reliq. aqaitan.^ A, pi. II et Girod et Massénat, Stations de Vâge du 
renne, Laugerie-B&sse, pi. 48 et 58 



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192 VIII. ÉPOQUE MAGDALÉNIENNE 

de 12.000 pièces, y compris les éclats et débris) et de petites dimen- 
sions, comme ceux de la Madeleine, étaient associés, entre autres 
objets d'os et de corne, des aiguilles à chas, des haq^ons à un rang 
et à deux rangs de barbelures, des fragments de propulseurs, des 
lissoirs, des sagaies, des bâtons de commandement (29, dont 25 à 
un seul trou et 4 à deux trous). 

Les objets de parure comprennent des dents et des coquillages 
perforés, des pendeloques, une plaque en os couverte d'une matière 
rouge, etc. Plusieurs objets sont sculptés ou gravés. En 1889, 
M. Salomon Reinach en dressait la liste suivante : Renne broutant. 
Trois chevaux gravés sur un bâton de commandement. Cheval gravé 
sur bois de renne et tête de cheval fragmentée, sculptée dans 
un os. Tête cTOvibos moschatus \ sculptée dans un os. Tête de 
renne gravée sur bois de renne. Deux têtes de chevaux gravées 
sur lignite. Arrière-train d'un suidé (?), gravé sur bois de renne. 

Le Benne broutant (fig. 88, 2)^ maintes fois reproduit, a été con- 
sidéré à juste titre comme un des chefs-d'œuvre de Tart quater- 
naire. Cette admirable gravure est conservée au musée de 
Constance (Rosgartenmuseum). 

Aux découvertes du Kesslerloch se rattache le souvenir d'une 
mystification célèbre dans les annales de la préhistoire. Les 
fouilles de Merk furent continuées en 1875 par Messikommer. Un 
des ouvriers de ce dernier, Martin Stamm, envoya à Rûtimeyer 
deux gravures sur os, un renard et un ours: il affirmait les avoir 
recueillies dans la grotte, alors qu'il les avait fait exécuter par un 
jeune étudiant. La supercherie, pressentie par les préhistoriens 
suisses, fut démasquée par Lindenschmit : ours et renard avaient 
été empruntés à un ouvrage allemand édité pour les enfants : Die 
Tiergarten und Menagerien mit ihren Insassen, Leipzig, 1868. 
Lindenschmit, suivi de quelques archéologues, prétendit tirer parti 
de ce fait pour jeter le discrédit sur toutes les gravures et sculptures 
magdaléniennes. Il ne réussit qu'à mettre en évidence son ignorance 
en archéologie pléistocène. Toutefois la leçon ne fut pas perdue 
pour les adeptes de cette jeune science. L'histoire de la décou- 
verte des premières peintures pariétales à Altamira a démontré que 
ceux-ci ont depuis lors péché parfois par excès de prudence plutôt 
que par témérité. 



1. Cest peut-être un bouquetin aux cornes retournées (Cartailhac, CIA, 
Paris, 1900, p. 129). 



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LES STATIONS MAGDALENIENNES DE LA SUISSE 193 

Dans la faune du Kesslerloch, Rûtimeyer, qui emporta de la sta- 
tion 1.500 kilogrammes d'os, reconnut vingt-quatre espèces de 
mammifères, huit espèces d'oiseaux et quelques reptiles^. Cette 
faune, complétée par les recherches ultérieures, comprend notam- 
ment les espèces suivantes : Felis leo^ Gulo borealisy Elephas pri- 
migeniuSj Rhinocéros tichorhinus^ Rangifer tarandus^ etc. 

Les explorations récentes du Kesslerloch ont porté notamment sur 
Forifice méridional de la caverne qui possède deux issues. Outre de 
nombreux outils de silex, d'os, de corne, elles ont amené la décou- 
verte de plusieurs gravures et sculptures nouvelles *. 

On connaît encore près de SchafThouse la grotte magdalénienne 
de Freudenthal, explorée par Karsten. Les produits de cette fouille, 
moins importants que ceux des stations précédentes, ont cependant 
livré des objets de Tépoque du Renne très typiques: des silex, une 
aiguille à chas, des sagaies, quelques rares os gravés, etc. ^. 

L'abri du Schweizersbild, situé au pied d'un rocher jurassique, 
à trois kilomètres au nord de la ville de SchafThouse, fut exploré par 
M. Nûesch, à partir de 1891. Au-dessous de la terre végétale une 
couche néolithique contenait vingt-deux sépultures avec squelettes 
entourés de grosses pierres : aucune de ces tombes, où l'on a cru 
retrouver les restes d'une population naine dont nous parlerons 
plus loin, n'a paru remonter aux temps quaternaires *. Les 
dépôts sous-jacents comprenaient trois niveaux distincts, soit de 
haut en bas : 

1" Un niveau magdalénien, épais seulement de 0™ 30, avec 
foyers et nombreux débris d'industrie ; 

2** Un niveau à peu près stérile en débris industriels, mais con- 
tenant de nombreux ossements de petits animaux, surtout des ron- 



1. Pour la bibliographie voir Salomon Reinach, Alluvions et cavernes^ 
p. 214, et H. Obermaier, Anihr., 1906, p. 77. 

2. Jacob Niiesch, Studer et Schoetensack, Bas Kesslerloch^ eine Hôhle ans 
palâol. Zeity Neue Denkschriften der allg. schweizer. Gesell. fiir die gesamten 
Naturwissenschafteo, XXXIX, fasc. 2, 1904. Résumé dans ZfE, 1905, p. 473 et 
ZBl.A, 1904, p. 379. M. Niiesch a publié en outre plusieurs articles sur ses 
découvertes, noUmment ASA, 1900, p. 4 ; 1904-1905, p. 183; — cf. PB, 1906, 
p. 29; — GBl.A, 1899, p. 143; — MAGW, 1900, p. [76]; — cf. REA, 1900, 
p. 243 ; — VBAG, 1900, p. 99. 

3. G. Karsten, Siudie der Urgeschichte des Menschen in einer HÔhle des 
Schafpiauser Jura, Mitth. Ant. Gesell. Zurich, XVllI, 1874. Les objets les 
plus typiques sont reproduits dans Hoernes, Der diluviale Mensch, p. 65, fig. 
21 et p. 66, fig. 22. 

4. V. Obermaier, Anthr., 1906, p. 79. 

Manuel d'archéologie préhistorique. — T. I. 13 



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19'l VIIU ÉPOQUE MAGDALÉNIENNE 

geurs, appartenant à une faune subarctique (faune des steppes de 
M. Nehring) ; 

S** Une couche d'alluvions (cailloux roulés). M. Boule a reconnu 
qu'elle est en relation avec les moraines de la dernière époque 
glaciaire. Cette observation confirme une fois de plus le caractère 
post-glaciaire du magdalénien. 

L'assise de cette période se distingue, au point de vue paléonLolo- 
gique, par Tabondance du renne, du cheval et du lièvre des Alpes. 
Le mobilier, moins varié qu'au Kesslerloch, comprend des silex de 
petites dimensions, aux types classiques magdaléniens ; M. Nûesch 
en a recueilli 14.000, y compris les simples éclats. Les aiguilles en 
os, le harpon, le bâton de commandement, les pointes en os, 
quelques gravures sur os et sur pierre ne laissent subsister aucune 
incertitude sur Tâge de ce niveau*. 

La bonne conservation des foyers a permis d'étudier plus com- 
plètement leurs dispositions que dans la plupart des autres 
gisements de Tépoque du Renne. Plusieurs se composaient d'une aire 
soigneusement pavée et entourée de grosses pierres, rangées en 
cercles pour servir de sièges ; ce même dispositif a été observé 
dans quelques autres stations de Tépoque du Renne ^. 

g XIIL — Les stations magdaléniennes de r Allemagne, de 
r Europe centrale et méridionale. 

Sur le territoire allemand les recherches relatives au quaternaire 
étaient demeurées peu actives jusqu'à ces dernières années. Cette 
région est d'ailleurs beaucoup moins favorisée que la France et la 
Belgique pour l'étude du paléolithique, la grande extension glaciaire 

1. J. Nûesch, Das Schioeizersbild^ eine Niederlassung aus p&laeol u. neoUt. 
Zeil, N0ue Denkschriften d. Schweiz. Naturwissensch. Gessellschaft (avec la 
collaboration de divers auteurs!, XXXV, Zurich, 1896. Résumé dans RE A, 1898. 
p. 1 42 et Anthr., 1897, p. 346. M. Nûesch a donné en 1902 dans le même recueil 
une seconde édition de cette monographie. Cf. ZBl.A, 1903, p. 147 ; — du 
même, VBAG, 1897, p. 86 ; — \f. Boule, La station quaternaire du Schweizers- 
bild, près de Schaffhouse, et les fouilles de M. Nûesch^ Nouv. arch. des Mission^^ 
scient, et littéraires. Résumé de Cartailhac dans Anthr.^ 1893, p. 99: — Cf. 
Boule, ibid., 1892, p. 633; — Heierli, Urgeschichte der Schweiz^ p. 55 ; — 
H. Obermaier, Anthr., 1907, p. 78. 

2. Par exemple, à Castillo ( Espagne !, Anlhr., 1906, p. 147. MM. Girod et 
Massénat rapportent qu'à Laugerie-Bassc, les silex ouvrés se rencontrent sur- 
tout autour de grosses pierres ayant dû servir de tables aux ouvriers {Sta- 
tions, Langer ie- Basse, p. 59). 



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LES STATIONS MAGDALENIENNES DE l'eUROPE CENTRALE 195 

ayant rendu longtemps inhabitables ses provinces septentrionales. Au 
sud, le glacier des Alpes poussait ses moraines jusqu'en Wurtem- 
berg. Mais le magdalénien étant post-glaciaire en Allemagne comme 
en Suisse, ses gisements peuvent se trouver au-dessus des moraines. 
Telle est en effet la situation géologique de la station de Schussenried 
(Wurtemberg), décrite parle l^ppaas, conservateur du musée natio- 
nal de Stuttgart, au congrès international d'anthropologie de Copen- 
hague, en 1869, alors que les découvertes de Lartel et Christy dans 
le Périgord provoquaient de tous côtés de fécondes recherches. Les 
foyers de Tépoque du Renne de Schussenried gisaient non pas dans 
une caverne, mais sous la couche de tourbe qui recouvre d'un vaste 
manteau la plaine de la Souabe et au-dessus du gravier glaciaire. 
Là encore le harpon et la sagaie en os ou en bois de renne, ainsi que 
les bois de renne perforés, s'associaient aux débris d'une faune com- 
prenant, avec le renne, le cheval, l'ours brun, le loup, le glouton, 
etc. '. Des mousses conservées sous la tourbe appartenaient à des 
espèces boréales. 

Les provinces rhénanes de l'Allemagne possèdent quelques autres 
stations synchroniques avec Schussenried. La plus connue est celle 
d'Andernach, gisement en plein air, qui a livré des quartzites taillés 
de types magdaléniens, des harpons, des sagaies et des aiguilles à 
chas, etc. *. La grotte de Wildscheuer, près Steeten (Nassau), sur 
la Lahn, est la seule station de l'Allemagne où l'on ait rencontré des 
gravures sur ivoire et sur os; ces gravures ne sont d'ailleurs que 
des quadrillés, des stries et des lignes de chevrons parallèles ^. 

Le synchronisme de quelques stations de l'Europe centrale avec 
nos gisements magdaléniens paraît établi non seulement par la 
similitude de l'outillage, mais encore par celle de la faune. 

Voici, d'après M. Hoernes *, la liste des stations magdaléniennes 
situées en Autriche-Hongrie : 

1. O. Fraas, Noie sur une xlation récemment découverte sous les sources de 
laSchoassen{sic)^ près de Schoussenried(Wurtemberg)y Cl A, Copenhaj^ue. 1869, 
p. 286; — Du même, AfA, II, p. 29; — Hoernes, Diluviale Mensch^ p. 72 ; Les 
découvertes de Schussenried avaient été déjà signalées par M. Albert Steudel, 
au nom de Fraas, au congrès de Paris en 1867, CIA, p. 117. M. Dcsor, à la 
suite de cette communication, en fît aussitôt ressortir Timportance au point 
de vue de la connaissance de ce fait que Tépoque du Renne élail post-glaciaire, 
mais il parallélisait à tort cette époque avec celle des gisements intcrglaciaires 
d*Utznach, à faune d'Elephas antiquus {tbid., p. 152). 

2. Schaaffhausen, Die "VorgeschichlUche Ansiedlung in Andernach, BJ, 
LXXXVI, 1888, p. 1, pi. Mil'; — Hoernes, loc. cit., p.W.S. 

3. Figures et bibliographie dans Hoernes, loc. cit., p. 74. 

4. Hoernes, loc. cil.., p. 188. 



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196 VIII. ÉPOQUE MAGDALÉNIENNE 

a) Bas8e-Autriche : caverne de Gudenus, près de Krems ; 

b) Moravie * : cavernes de Kulnaet de Schoschuwka, toutes deux 
aux environs de Sloup; cavernes Byéiscala et Zitny,prèsd\\damstal; 
Kostelik (ou Mokrauer Hôhle), près Mokrau ; caverne de Lautsch ou 



Fig. 78. — Objets divers provenant de la caverne de Gudenus (Basse- 
Autriche). Silex et objets en os (sagaie, aiguilles, bâton de commande- 
dément, pendeloques) *. 

du Prince Jean (Fûrst Johannshôhie, près Lautsch) ; couches supé- 
rieures des cavernes §ipka et Certovadira, près Stramberg. 

La caverne de Gudenus, à 20 kilomètres au nord-ouest de Krems, 
a livré près de 1.300 instruments en silex et beaucoup d'objets en 
corne et en os. La faune comprenait : Elephas primigenius ; Rhi- 
nocéros tichorhinus, Bos primigenius y Capella rupricapra^ Ran- 
gifer tarandus, Cervus elaphus^. Parmi les objets en os ou corne 
se trouvaient un bâton de commandement en bois de renne, de 
fines aiguilles à chas, des sagaies à biseau gravé. 

Ces mêmes objets se retrouvent dans la grotte de Kulna. La 

1. Voir dans Iloernes. loc. cit., passim, les indications bibliographiques. 
Consulter surtout Maska, Derdiluvialc Mensch in Miihren ; — Makowsky, Der 
Mensch derDiluvialzeit Mahrens et les travaux de Kriz (pour Kulna). Voir aussi 
Obermaier, Restes humains quaternaires, Anthr., 1905, p. 404. 

2. Hoerncs, Diluv. Mensch, p. 149, fig. 59, d'après J. N. Woldinch. 

3. Hugues Obermaier, Restes humains quaternaires, Anthr., 1905, p. 398. 
Les travaux de Woldr-ich sont cités dans Hocrnes, loc. cit., p. 150. 



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I-ES STATIONS MAGDALÉNIENNES DE l'eUROPE CENTRALE 197 

grande caverne de Byôiscala, célèbre d'ailleurs par ses sépultures du 
premier âge du fer, et la caverne Zitn^ ont livré des aiguilles à chas en 
os, des sagaies en os de renne et des silex magdaléniens. A ces objets 
s'ajoute à Kostelik une trouvaille plus caractéristique encore, celle 
d''un harpon à deux rangs de barbelures, en bois de renne. Les 
gravures de cette dernière station-* sont toutefois d'une authenticité 
douteuse. 

Quant aux cavernes de Sipka et de Certovadira, leur intérêt 
principal réside dans la stratification très nette qu'y présentent les 
couches archéologiques. Nous avons vu que l'assise de l'époque du 
Renne dans la caverne de §ipka repose sur deux couches plus 
anciennes. Les récoltes du niveau madgalénien se composant d'outils 
en silex et en cristal de roche (couteaux, perçoirs, etc.), n'offrent 
pas la variété des gisements précédents. Dans la Certovadira une 
assise magdalénienne surmonte une couche moustérienne. 

Les cavernes de la région d'Oicôw (Pologne russe), non loin de 
Krakau, ont été fouillées par le comte Zawisza et par G. Ossowski^. 
Deux d'entre elles contenaient un niveau magdalénien : la grotte 
du Mammouth ou de Bas-Wiérzchow dont pous avons parlé plus 
haut (chap. VII) et la grotte Maszycka, près du village de Maszyce. 
Dans cette dernière, une couche néolithique surmontait une 
assise à faune quaternaire (mammouth, rhinocéros, aurochs, bison, 
saïga, cerf, cheval, lièvre, hyène, etc.). On y a recueilli de nom- 
breux objets magdaléniens, des sagaies en os à traits incisés, des 
bâtons de commandement en bois de renne, des lames de silex, etc. 

On a rapporté à l'époque magdalénienne des découvertes paléoli- 
thiques survenues, il y a quelques années, à Kiev (Ukraine) dans la 
rue Saint-Cyrille et décrites par M. Khvoïka '. Sous une couche 
de loess, épaisse de 17 à 20 mètres, gisaient de nombreux ossements 
fossiles de mammouth (environ 50 individus). Le renne manque 
dans ce gisement comme dans d'autres stations similaires de 
l'Ukraine (Kostenki, Hontzi). D'autre part, on n'y a recueilli aucun 
des types caractéristiques du magdalénien (harpons, aiguilles. 



1. Niederle, Lidstvo v dobè predhislorické, p. 62, fig. 29-33; — Hocrncs, Der 
dilav. Mensch, p. 170. 

2. Zawisza, CIA, 1871, p. 121; — Iloernes, loc. cil., p. 173; — Much, Allas^ 
pi. III-IV, VI- VU (Belles phototypies des silex et os gravés de la caverne 
Maszycka). 

3. Voir Volkov, BSA, 1900, p. 478 et Anthr., 1903, p. 326 (Compte rendu d'un 
mémoire du même : « VArt magdalénien en Ukraine »», 1902). 



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198 Vlll. ÉPOQUE MAGDALÉNIENNE 

bâton de commandemenl, etc.). Un fragment de défense de 
mammouth porte un assemblage confus de traits incisés, qu'il est 
assez difBcile de rapprocher des gravures magdaléniennes^. Les 
silex seraient, dit-on, de types magdaléniens ^. L'attribution de 
cette station à une phase de Tàge du Mammouth correspondant pour 
rUkraine à Tassise supérieure de notre époque du Renne demeure 
encore problématique. 

Au sud de TEurope, le magdalénien n'est connu jusqu'à 
ce jour que dans la péninsule ibérique. 

C'est à Louis Lartet que sont dues les premières reconnaissances 
opérées scientifiquement dans les cavernes de l'Espagne. En 1865, 
il visita quelques-unes de celles de la Vieille-Castille, notamment 
la grotte supérieure de la Pefta la Miel, où il reconnut des silex tail- 
lés pouvant être rapprochés de ceux de notre époque du Renne. 

En 1875 et 1879, un Espagnol, M. de Sautuola, fouilla la grotte 
d'Altamira, commune de Santiilana del Mar, près de Santander. 
Une découverte dont nous parlerons plus loin, celle des peintures 
ornant les parois de cette grotte, devait assurer plus tard à ces 
trouvailles, tout d'abord méconnues, une notoriété retentissante. 
La faune comprenait des débris abondants de cerf élaphe, de che- 
val et de bœuf, d'un petit ruminant, de bouquetin et de renard. 
Le renne faisait entièrement défaut. Néanmoins l'outillage corres- 
pond à celui de nos stations glyptiques : on y trouve, avec des 
outils de silex, des objets typiques, tels que Taiguille en os percée 
d'un chas, la sagaie à traits gravés^. 

Une autre station à industrie magdalénienne de l'Espagne du 
nord est souvent citée : c'est celle de Banyolas^, province de 
Gérone (Catalogne); découverte et signalée par M. Alsius, elle fut 
étudiée par M. Harlé^*. Parmi les récoltes peu nombreuses d'os 

1. Reproduit dans Hoernes, foc. cit., p. 182. 

2. Beaucoup de types de la Madeleine font défaut ; la station rappelle plu- 
tôt les gisements « solutréens » de rAutriche-IIongrie (Hoemes, loc. cit.^ 
p. 182). Elle est enfouie aussi profondément sous le loess que celles de l'époque 
solutréenne en Autriche iihid., p. 183). Une pendeloque eu os de mammouth 
de Predmosl, récemment publiée par la nouvelle revue movav e (Pravèk, 1903. 
p. 49), porte des jrravures rappelant celles de Kiev (Hoernes, loc. ct7., 
p. 220;. 

3. On trouvera des dessins des objets d'Altamira dans Harlé, La Grotte 
d'Altamira, Mat., ISsi, p. 275, pi. VIII, et d'autres reproductions bfen meil- 
leures dans Cartailhac, Afjes préhist. de VEspagne et du Portugal^ 1886, p. 40. 
Pour le surplus de la bibliographie, voir ci-après, chap. X. 

4. M. Cartailhac la nomme la Bora gran den Carreras {loc. cit., p. 43). 
b. Mat., IH84, p. 527. 



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I-ES STATIONS MAGDALENIENNES DE l'eUROPE CENTRALE 199 

ouvrés, fîg^uraient deux fragments de harpons à tige cylindrique, 
V\xn à un rang, l*autre à deux rangs de barbelures, non pas en 
bois de renne, mais en bois de cerf, des burins et des grattoirs de 
silex, etc. Là encore on constatait l'absence du renne, pourtant 
si fréquent aux temps magdaléniens sur le versant français des 
Pyrénées. 

Les provinces méridionales de l'Espagne et même celles du centre 
n'ont jusqu'à ce jour livré aucun instrument en os ouvré ni aucune 
gravure ou sculpture rappelant les produits de notre époque 
g^lyptique *. 

Nous avons dit que dans toute la péninsule italique, nu sud de 
Menton, limite méridionale actuelle de la présence du renne, on 
ne connaît pas de gisement correspondant à notre paléolithique 
supérieur. 

1. Siret, L'Espagne préhisl.j Èxtr. de la Revue des questions scientifiques, 
octobre 1893, p. 19. 



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CHAPITRE IX 

L'ART A L'ÉPOQUE DU RENNE. PARURE, SCULPTURE 
ET GRAVURE 



SOMMAIRE. — I. Observations préliminaires. Danse et musique. — IL Peinture 
corporelle et tatouage. — III. Objets de parure. — IV. Les arts du dessin. 
La sculpture. Style archaïque et style libre. — V. La gravure. Représenta- 
lions humaines. — VI. Les animaux. — VII. Motifs végétaux et motifs d'orne- 
ment. — VIII. Les prétendus signes alphabétiques. Les « marques de chasse ». 



§ I®*". — Observations préliminaires. Danse et musique. 

Les origines de Thistoire de Fart, dans Tétat actuel de nos con- 
naissances, se placetit au début de Tépoque du Renne. Aucune mani- 
festation d'une activité artistique n'apparait dans les gisements 
chelléens, acheuléens et moustériens, alluvions ou cavernes *. 

Sans doute la recherche de la symétrie et de Tharmonie des 
lignes se révèle nettement dans certaines formes d'outils paléoli- 
thiques, dont la régularité et Télégance des contours ne sauraient 
s'expliquer exclusivement par de simples considérations d'ordre 
pratique. Mais un stade plus élevé de culture devait bientôt per- 
mettre àPhomme de reproduire sous leurs aspects multiples les êtres 
et les objets dont il lui fut utile tout d'abord — et plus tard 
agréable — de conserver l'image. 

Nous étudierons ici ces premiers ouvrages plastiques auxquels 
leur antiquité prête un puissant intérêt. Après l'examen souvent 
trop aride des vestiges purement industriels de nos ancêtres les 

t. Tout en nous gardant de vouloir décourager les chercheurs, nous ne 
croyons pas devoir citer autrement que pour mémoire les nombreux écrits 
des préhistoriens qui, à la suite de MM. ThieuUen, Harroy, Dharvent, pré- 
tendent reconnaître de9 pierres- figures dans certains rognons des alluvions qua- 
ternaires. La ressemblance plus ou moins frappante de ces pierres, vues sous 
un certain angle, avec des figurations diverses n*est due qu'à des causes 
accidentelle^ Certains rognons de silex présentent des silhouettes de person- 
nages ou d'animaux plus ou moins frappantes, dont les accidents naturels de 
la taille complètent l'efTet. Les prétendues pierres-figures paléolithiques n'ap- 
partiennent pas plus à l'archéologie que les nuages du ciel auxquels les vents 
donnent fréquemment en les divisant ou en les déchirant de vagues profils zoo- 
morphes ou anthropomorphes. 



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202 IX. PARURE, SCULPTURE ET GRAVURE 

plus anciens, Tapparition des premières œuvres d'art est à l'archéo- 
logie ce qu'est à la vie de Thomme le premier sourire de Tenfance. 

Outre les arts plastiques, sculpture, gravure et peinture, s'ap- 
pliquant à divers objets et concourant à la parure corporelle que 
nous étudierons en premier lieu, les Troglodytes, à l'instar des 
peuples inférieurs actuels, durent pratiquer d'autres arts, tels que 
la danse, la musique et le chant. Mais c'est à peine si les matériaux 
dont nous disposons nous permettent de formuler à ce sujet quelques 
timides hypothèses. 

Les monuments figurés du paléolithique ne représentent pas les 
chasseurs de rennes dans les diverses actions de leur vie quoti- 
dienne. L'âge du fer et même l'âge du bronze nous livrent, sur- 
tout en Orient, et parfois en Europe, des images scéniques où des 
tribus innomées sont représentées. Accomplissement des rites reli- 
gieux, combats, chasses, expéditions maritimes ou terrestres, jeux 
et danses sacrées, tels sont les thèmes courants de ces figurations 
animées, fonds précieux d'informations pour la reconstitution de 
la vie antique. La série déjà abondante des œuvres d'art paléoli- 
thiques ne procure à l'archéologie préhistorique aucun document 
de cette nature. Nous verrons qu'elle se compose surtout de sculp- 
tures et de dessins d'animaux et que sur les rares images anthropo- 
morphes, les personnages sont isolés ou ne participent à aucune 
action nettement déterminée. On a pu, avec assez de vraisemblance, 
rattacher à la pratique des danses sacrées ou des cérémonies 
magiques comportant des exercices mimiques, certaines silhouettes 
étranges de personnages humains, alTublés, semble-t-il, de masques 
zoomorphes, silhouettes esquissées sur les parois des cavernes, mais 
cette interprétation demeure encore conjecturale. 

Peut-être est-il permis de reconnaître dans les vestiges matériels 
exhumés du remplissage des cavernes paléolithiques quelques débris 
d'instruments de musique. Dès 1875, Piette se croyait en mesure 
d'affirmer que l'homme magdalénien avait pratiqué cet art, connu 
d'ailleurs, sous sa forme rudimenlaire, de presque tous les peuples 
primitifs. Il citait, à l'appui de son opinion, de petits tubes en os 
d'oiseau, polis à l'orifice et dont quelques-uns portent un trou latéral. 
Réunis parfois en paquet, ces tubes auraient été, d'après Piette, des 
éléments disjoints de la flûte composée, dite flûte de Pan"* . Ajoutons 



1. Piette, Afas, Nantes, 1875, p. 93S. M. Tabbé Breuil considère ces tubes 
comme des étuis a aiguilles. 



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LA PEINTURE CORPORELLE ET LE TATOUAGE 203 

qu'un os de lièvre perforé de plusieurs trous, découvert dans la 
caverne paléolithique de Kent's Hole, parait bien appartenir à un ins- 
trument semblable au sifflet troué*. Enfin, de nombreuses phalanges 
de renne ou de saïga, perforées près de Tune de leurs extrémités 
(fîg. 82, 1), sont également considéré es comme des sifflets. Ils rendent 
des sons sibilants très aigus, dont la note varie suivant la dimension 
et les dispositions du trou ^. 

§ II. — La peinture corporelle et le tatouage. 

Les peuples les plus primitifs ont presque tous coutume de se 
peindre le corps. « L'Australien a dans son sac une provision d'argile 
blanche et d'ocre rouge et jaune. Pour la vie journalière, on se con- 
tente de quelques taches rouges sur les joues, les épaules et la poi- 
trine ; pour les occasions solennelles on se barbouille le corps tout 
entier » ^. 

Autrefois en vigueur chez les Péruviens et chez quelques tribus 
indiennes de la Caroline et de la Californie, cet usage s'est maintenu 
jusqu'à nos jours, chez les Australiens, les Adamans, les Maoris de 
la Nouvelle-Zélande et plusieurs tribus des deux Amériques. 

La scarification, cicatrice faite intentionnellement avec un ins- 
trument tranchant, et le tatouage, encore en usage dans les classes 
inférieures des peuples civilisés, ne sont que des méthodes perfec- 
tionnées de décoration corporelle permettant d'obtenir des dessins 
durables. 

Les premiers habitants de l'Europe préhistorique s'ornaient le 
corps à l'aide des mêmes procédés, mais, en général, il nous est 
impossible de distinguer nettement, pour cette période, entre la 
peinture corporelle simple et le tatouage. C'est là un fait établi par 
des preuves indirectes, mais décisives, pour la fin des temps qua- 
ternaires, pour l'époque néolithique et le commencement tout au 
moins de l'âge du bronze : 

1. Guide of the Brilish Muséum, Slone âge, p. 62, iig. 71. 

2. Cette interprétation des phalanges perforées est due à Ed. Lartet. Sur 
ces objets, voir S. Reinach, AUuvions et cavernes, p. 220, note 5. 

3. Grosse, Les débuts de l'art, p. 41. Sur le latouaKC, la peinture corporelle 
cl les cicatricesintentionnelles, voiraussi : Joest, Kôrperbemalen,\arhenzeich- 
nen und Tâtowiren, Berlin, 1887, p. 10; — Colini, Il sepolcreto di Remedello, 
BPI, 1902, p. 11. Les notes bibliographiques données ci-après se complètent 
à Taide des références plus anciennes déjà indiquées par M. Salomon Reinach, 
AUuvions et cavernes, p. 187, note 4. 



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204 IX. PARURE, SCULPTURE ET GRAVURE 

1^ Les matières colorantes, rouge, jaune et noire, abondent dans 
les foyers de Tépoque du Renne. 

2^ A cette époque, les cadavres, lors de leur inhumation, étaient 
souvent saupoudrés, tout au moins partiellement, de couleur 



Fig. 79. — Tube en canon de renne contenant de l'ocre rouge en poudi*e. 
Grotte des (lottes, à Saint-Pierre-de-Maillé (Vienne) '. 

rouge. Or, tandis que Ton rencontre dans les tombeaux des néoli- 
thiques égyptiens les mêmes substances, d'ordinaire renfermées, 
comme chez les Australiens, dans des petits sacs placés à proximité 
des mains, des statuettes égyptiennes contemporaines sont préci- 
sément ornées de tatouages ou de peintures corporelles ^. 

Pour les époques chelléenne et moustérienne, aucune découverte, 
à notre connaissance, ne permet encore de constater l'emploi de 

1. D'après Breuil, REA, 1^06, p. 51, fig. 2 ; — Cf . ci-dessus, p. 120. 

2. Pétrie, iWaqada, p. 30 ; — Gapart, Débais de lart en Egypte^ p. 21. 



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LA PEINTURE CORPORELLE ET LE TATOUAGE 205 

matières coloranles. Mais il ne faut rien conclure de ces indica- 
tions nég^atives. 

Il n'en est plus de même dès Tépoque aurignacienne. La station 
des Roches (Indre) a livré dix-sept échantillons de colorants, que 
rinventeur, M. Septier, a soumis à l'analyse chimique; on y a 
reconnu une plaque de sanguine, plusieurs kilogrammes de terres 
ar^leuses donnant des poudres rouges ou couleur lie de vin, des 
grès contenant de Toxyde de fer, des morceaux d'ocre rouge et 
jaune, et quelques fragments de pyrolusite et d'oxyde de manga- 
nèse * . Ces couleurs étaient broyées, à Faide de cailloux roulés, 
sur des blocs creusés de dépressions en forme de godets. Des 
plaques en schiste, encore enduites de sanguine, rappellent les 
palettes de même matière de TÉgypte préhistorique^; elles ser- 
vaient en effet aux mêmes usages, mais ne portent aucune orne- 
mentation. 

Un objet en os, sorte de spatule à bec de flûte, rougie de san- 
guine, découvert sous TAbri des Roches, a été considéré par 
M. Septier comme ayant pu servira l'application des couleurs sur 
la peau ^. Des minerais de fer et de manganèse ont été recueillis 
autrefois dans la Grotte des Fées, à Chatelperron *, La grotte 
également aurignacienne des Cottes (Vienne) a livré un tube en 
canon de renne gravé, tube qui contenait une certaine quantité 
d'ocre « (fig. 79). 

Enfin les squelettes de Menton, comme celui de Brûnn, en Mora- 
vie, squelettes présolutréens, présentent une coloration rouge. 
Pour celui de Brûnn, M. Obermaier a constaté qu'il est impossible 
d'admettre une coloration directe des os ; le cadavre avait été sau- 
poudré de grains de sanguine lors de son ensevelissement ^. 

Dans l'assise solutréenne de la grotte du Placard gisaient des 
fragments de sanguine et de plombagine raclés au silex ' . A Solu- 
tré même, on a recueilli du peroxyde ^de fer et du minerai de 
manganèse ^. 



1. HP, 1904, p. 265. 

2. Capart, loc. cit.j p. 76. 

3. HP, ihid., p. 267. 

4. Màt.y 1869, p. 387. 

5. Breuil, REA, 1906, p. 53. 

6. Anthr., 1905, p. 397. 

7. A. de Maret, CAF, Vienne, 1879, p. 165. 

8. G. et A. de Mortillet, Le Préhistorique, p. 189. 



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206 IX. PARURE, SCULPTURE ET GRAVURE 

Pour l'époque madgalénienne, les indications abondent. Pans la 
groltede Noailles, station peut-être solutréo-magdalénienne, des fra ^— 
mentsd'ocre « ont donné par délayage avec de Teau une belle série 
de sept tons très chauds, allant du jaune pâle au brun rouge. Kii 
outre, un ton noir bleu était fourni par du bioxyde de mang-a- 
nèse. Tous ces produits se rencontrent à l'état naturel dans le voi- 
sinage de la grotte » * . Les mêmes matières minérales se retrouvent 
par exemple aux Eyzies ^, à Laugerie-Basse ^, à Bruniquel *, à 
Liveyre (Dordogne), où on a recueilli un crayon d'ocre rouge strié 
et un godet à couleurs, formé d'une coquille fossile, contenant un 
épais dépôt de cette substance *% à Arlay ®, à Aurensan (Hautes- 
Pyrénées) ^, à Saint-Marcel (Indre) ^, à Sail-sous-Gouzan (Loire) •, 
à Schussenried (Wurtemberg) ^'* et dans les cavernes de la Bel- 
gique **. 

Ces matières colorantes, réduites en poudre et broyées sur des 
palettes ou dans les godets dont nous avons parlé ci-dessus, ont dû 
servir à divers usages **^, mais surtout, d'après le témoignage de 
l'ethnographie moderne, à la peinture corporelle, qui devait être 
habituelle chez les Troglodytes de l'époque du Renne. Peut-être ces 
tribus pratiquaient-elles également le tatouage, très commun chez 
les peuples primitifs. Certaines lames minuscules de silex à pointe 
aiguë (fîg. 70) peuvent, comme nous l'avons dit, avoir servi d'ai- 
guilles à tatouer. Il est vrai qu'en raison de la rigueur du climat. 



1. Bardon et Bouyssonie3 REA, 1904, p. 292. 

2. Gapitan et Breuil, Nouvelles observations, (IPF, Périj^ueux, 1905, p. 139. 
Très nombreux fragments d'ocre de plusieurs teintes, dont beaucoup ont été 
raclés. 

3. Girod et Massénat, Stations de Vàge du Renne, I^ugerie-Basse, p. 79. 

4. RA, 1868, I, p. 217. 

5. Lieutenant Bourlon, HP, 1906, p. 39. 

6. HP, 1904, p. 125. 

7. Mat., 1870, p. 215. 

8. Breuil, /Ifii/ir., 1902, p. 156. 

9. El. Brassant, Mém. de la Diana, t. VII, 1881, p. 210 et 212. 

10. CIA, Paris, 1867, p. 151. 

11. Dupont, L Homme pendant les âges de la pierre, p. 156; — Rutot, Le Pré- 
hist. dans C Europe centrale, p. 20 i. 

12. A propos de la présence de l'ocre rouge à Munzingen, sur le mont Tuni, 
près de Fribourg-en-Brisgau, station de l'ancienne époque du Renne, M.Stein- 
mann indique une utilisation peu connue de cette substance: les Téhuelchcs con- 
servent les peaux de guanacos en les enduisant avec un mélange de graisse et 
d'ocre ou de terre riche en alun [Anthr., 1906, p. 154 ; analyse du travail origi- 
nal de M. Steinmann). 



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OBJETS DE PARURE 207 

les Troglodytes de Tépoquedu Henné devaient nécessairement se 
vèiir ; noais le port des vêtements n'exclut nullement le tatouage, 
et particulièrement celui du visage ^ 

Nous verrons qu'à répoqu«î néolithique les observations se mul- 
tiplient. 

§ m. — Objets de parure. 

Après les peintures et les tatouages, un des modes de parure les 
plus répandus chez tous les peuples primitifs c'est le port de col- 
liers et de chaînettes en coquillages et en dents d'animaux perfo- 
rées. Chez les Australiens, le coquillage est d'un emploi universel 
pour la confection des ornements corporels. On l'a porté en Gaule, 
non seulement à l'époque néolithique, mais encore, sporadiquement, 
jusqu'à Tépoque gauloise. Les Troglodytes de l'époque du Renne 
couvraient leurs vêtements de coquilles appartenant à des 
espèces vivantes ou fossiles. 

Les sépultures de cette époque nous en donnent la preuve. Le 
crâne du squelette du Gavillon, l'une des grottes de Grima4di, était 
coiffé d'une résille réunissant plus de deux cents petites coquilles du 
genre Nstssa ^. Deux autres squelettes d'adultes, découverts par 
M. Rivière dans les mêmes grottes, de 187'2 à 1875, portaient éga- 
lement des parures de coquillages (résilles ou couronnes, colliers et 
bracelets), associées également à des canines perforées "*. Une sorte 
de pagne, orné de ces mêmes coquilles [Nassa neritea), devait revê- 
tir chacundes deux jeunes Troglodytes inhumés ensemble dans celle 
des grottes Grimaldi qui a pris depuis lors le nom de Grotte 
des Enfants *. 

L'« homme écrasé » de Laugerie-Basse possédait une parure en 
cyprées de la Méditerranée. Gelles-ci étaient disséminées par paires 
sur tout le corps : deux paires sur le front, une à chaque bras, 
quatre vers les genoux, deux à chaque pied. 

Ce sont des coquilles fossiles, recueillies à quelques kilomètres 

i. Voir dans l'album de Piette, Galets coloriés du Mas dAzil. pi. XXIII (on 
couleur), des spalules en os, un godet et une coquille ayant servi d'accessoires 
de peinture à des Trojçlodytes. 

2. Mat., 1872, p. 229. 

3. Rivière, Les parures en coquillages, BSA, 1903, p. 199. 

4. Rivière, Antiq. de V homme dans les Alpes-Maritimes, I8H7, p. 119. 



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208 IX. PARURE, SCULPTURE ET GRAVURE 

de la sépulture, qui paraient le squelette de Brûnn, en Moravie : 
six cents fragments de Dentalium hadense, sectionnés à leurs extré- 
mités, composaient son collier ou plastron ^ . 

La grotte du Cavillon contenait d'ailleurs une véritable cachette 
de petits coquillages marins, au nombre de huit mille environ, 
pour la plupart teints en rouge et dont un dizième étaient perforés *. 
Cro-Magnon a livré à Lartet et Christy plus de 300 coquilles de 



Fig. 80. — Coquilles marines perforées pour être réunies en collier 3. 

LiUorina /iV^orea perforées * . Nous avons déjà signalé Tintérêt que 
présente l'étude des espèces, souvent recueillies à une grande dis- 
tance de leurs gisements naturels"*. 

Aux coquilles étaient associées les dents d'animaux estimés des 
peuples chasseurs ^. Elles abondent dans les foyers quaternaires. 
Les Troglodytes recherchaient surtout les canines des carnassiers 
et des cervidés. Ils les perforaient d'un trou de suspension, les 
ouvrageaient avec un art délicat et les rehaussaient parfois, comme 



1. REA, 1893, p. 21 ; — Obermaier, fles/e» humain» quaternaires, Anthr., 
1905, p. 396. 

2. Rivière, BSA, 1903, p. 200. Chez les primitifs, les objets de parure, perles 
coquillages, etc., servent souvent de monnaie courante. Voir Deniker, Races et 
peuples de la Terre, p. 322. 

3. Lartet et Christy, Heliq. aquitan., B. pi. X. 

4. Reliq,, aquitan.,p. 92. 

5. Les coquilles abondent dans les foyers quaternaires non seulement parce 
qu'elles étaient utilisées pour la parure, mais parce qu'elles entraient dans 
Talimentation des Trojflodytes. 

6. On trouvera des reproductions nombreuses de dents percées dans les 
publications suivantes : Lartet et Christy, iîe/tVy. agui7an.,B,pl. V ; — Girod et 
Massénat, loc. cit., pi. LXXIXetp. 76: — Cartailhac (Grotte de Bize), Mat., 
1877, p. 320 ; — du même (Bruniquel), Anthr., 1903, p. 306; — Viré (Grotte de 
Lacave), Anthr., 1905, p. 411, etc. 



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OBJETS DE PARURE 209 

les coquilles, d'une vive couleur rouge *. La plus curieuse parure 
ea dents d'animaux est celle du squelette paléolithique de la grotte 
Duruthy, à Sorde (Lande). Des canines d'ours et de lion, au 
nombre d'une cinquantaine environ, avaient dû former les éléments 
d'un collier et d'une ceinture. Presque toutes étaient percées d'un 
trou de suspension. Une vingtaine de dents d'ours portaient des 




Fig. 81. — Dents perforées de trous de suspension. Grotte de Lacave (Lot) '-. 

gravures diverses : représentations de harpons barbelés, poisson, 
phoque, etc. ^. 

Nos lecteurs trouveront ci -après (chapitre XI) la description 
détaillée de diverses autres parures rencontrées in situ sur des sque- 
lettes paléolithiquejs des deux sexes, notamment dans la Barma 
Grande, la cinquième des grottes de Grimaldi. On verra par ces 
découvertes que les ornementscorporels des hommes comportaient à 
cette époque, comme chez certains primitifs modernes, plusde luxe et 
plus de variété que ceux des femmes. « La répartition de la parure 
chez les hommes inférieurs, écrit M. Grosse, est la même que chez les 
animaux supérieurs; elle s'explique dans les deux cas par ce fait 
que c'est le mâle qui courtise la femelle. Il n'y a pas de vieilles 
filles chez les primitifs, pas plus que chez les animaux. La femme 
est sûre d'être épousée, alors que l'homme doit faire souvent de 
j^rands efforts pour trouver une compagne. » ' 

1. Rivière, BSA, 1903, p. 200. Les Australiens leijçnenL aussi leurs colliers 
en rouçc (Grosse, loc. cit., p. 77). 

2. D'après Viré, Anthr.y 1905, p. 429. 

3. Afa*., 1875, p. 137. 

4. Grosse, Débuts de fart, p. 82. L'auteur cite à l'appui de ces conclusions des 

Manuel d'archéologie préhistorique. — T. I. 14 



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210 IX. PARURE, SCULPTURE ET GRAVURE 

Les grottes de Grimaldi nous montreront éf^alement l'emploi des 
vertèbres de poisson, comme élément de parure d'enfilage. 

L'industrie des Magdaléniens était assez développée pour leur 
permettre de fabriquer déjà des objets de parure « d'imitation ». A 
côté des fausses dents en ivoire de la grotte du Mammouth, en 
Pologne ^ on peut citer une coquille en bois de renne de Laug'e- 
rie-Basse *. 

Beaucoup d'autres menus objets servaient d'ornements corpo- 
rels. Les sauvages convertissent en pendeloques tous les minéraux 
dont l'éclat, la rareté ou l'étrangeté a éveillé leur attention. J^e 
chasseur quaternaire rapportait de même dans sa caverne ou sa 
hutte des cristaux translucides ou colorés, des fossiles ^, tels que le 
trilobite de la grotte d'Arcy-sur-Cure ^, ou des échantillons de 
roches diverses. 

L'ambre, matière fort recherchée en Europe dès les temps néoli- 
thiques pour la fabrication des objets de parure, s'est rencontré 
déjà à l'état brut dans quelques stations de l'époque du Renne : à 
Aurensan (Hautes-Pyrénées) ', à Gudenus, près de Krems, en 
Basse-Autriche, et dans deux cavernes de la Moravie, celle de Kos- 
telik et celle de Zitny ®. La grotte du Kesslerloch, près Thayngen, a 
livré beaucoup d'objets de parure en jayet ou ambre noir, matière 
abondante sur le territoire de la Souabe ^ 

Les collections paléolithiques contiennent de nombreuses pende- 
loques munies d'un trou de suspension. Les plus modestes de ces 
objets de parure consistent en un simple galet perforé à Tune de 



faits typiques empruntes à l'ethnographie des Fuégiens, des habitants du 
Quensland, des tribus de PAustralie du Sud. 

Pour l'époque du Kenne, la sépulture double de la Grotte des Enfants et la 
sépulture triple de la Barma Grande procurent à cet égard d^intéressantes 
observations. 

1. G. et A. de Mortillel, Le Préhist., p. 212. 

2. Girod et Massénat, loc. cit., pi. LXXIX, 15. 

3. La caverne de Guyet en Belgique contenait à son niveau supérieur un 
véritable petit musée de paléontologie renfermant, outre de nombreuses 
coquilles fossiles du bassin de Paris, presque toutes percées, des dents et des 
vertèbres de squales, des loges de Goniatites, etc. (Ilutot, Le Préhisl. dans 
l'Europe centrale, p. 20 i). 

4. RKA, 1S9T, p. 159. On a prétendu que la provenance de ce tribolite 
devait être cherchée en Bohème. 

5. CIA, Stockholm, 1874, H, p. HIO. 

6. MA(iW, 188J, XIV, p. U5 ; — Hocrnes, Urgesch. d. bild. Kunst, p. 22. 

7. O. Fraas, ZfE, 1878, p. 246 ; — Hoerncs, ibid., p. 22. 



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OBJETS DE PARl'RE 



211 



ses extrémités *. D'autres sont en matières diverses, os, ivoire, bois 
de renne, lignite, etc., et parfois délicatement ornés. Quelques-uns, 
comme le bupreste en bois de co- 
nifère (?) de la grotte du Trilobite ^ 
(fig. 87), présentent la forme d'une 
sculpture en ronde bosse ou celle 
d'une gravure à contours découpés, 
comme la tête de cheval de Saint- 
Marcel (Indre) ^. La plupart por- 
tent des gravures simples avec 
figures d'animaux ou dessins d'or- 
nements '. 

Des plaquettes en os, de forme 
discoïde, avec trou central, rap- 
pellent nos boutons modernes. Ce- 
pendant quelques-uns de ces « bou- 
tons »> sont gravés sur les deux faces (fig. 89, lo-ii) *. 

Les os plats dont la perforation terminale affecte la forme d'un 




Fip. 82. — 1, Phalange de renne 
perforée (sifflet); — 2, 3, Dents 
ouvrées et perforées '*. 



1. Voir la planche LXXXI de l'ouvrage de MM. Girod et Massénat, Stalions 
de Vàife du Henné, Laugerie-Busse. 

2. KEA, 1897, p. 159, fig. 27. 

3. Breuil, Station de Saint-Marcel {Indre), Anthr., 1902, p. 151, fig. 2. 

4. On peut citer parmi les nombreux spécimens publiés de pendeloques 
gravées (souvent sur les deux faces) celle de Saint-Marcel (Indre). Elle porte 
sur une face un animal au galop volant ifîg. 88, 1), c'est-à-dire avec l'allure toute 
conventionnelle que les animaliers modernes prêtent aux animaux lancés à la 
course. M. Salomon Reinach a montré que la figuration du galop volant ne se 
rencontre ni dans l'art ancien, en dehors des productions mycéniennes, c'est- 
à-dire de l'âge du bronze des pays helléniques, ni dans l'art moderne 
européen, avant le xviii* siècle (RA, 1900-1901 ; pour cette figuration dans 
Tari quaternaire, cf. Breuil, Station de Saint-Marcel, Anthr., 1902, p. 152). 
Parmi les pendeloques gravées, nous citerons encore : un autre exemplaire de 
Saint-Marcel à décor d'ornements (Breuil, toc. cit., p. 152); les plaques de 
schiste et le galet de calcaire de Liveyre (Dordogne) (Bourlon, HP, 1906, 
p 39) ; des objets plus allongés, du Mas d'Azil,en canons de cheval, ornés de 
bouquetins (Breuil, BA, 1902, p. 15, pi. lil, 1-1 bis), etc. 

5. Reliq. aquitan. B, pi. v. 

6. Exemples : Laugerie-Basse (Dordognei. Rondelle percée au centre, por- 
tant au recto un animal gravé, au verso des lignes confuses (Girod et Massé- 
nat, Stations de Vâge du Benne, I, pi. XXI, fig. 6) ; — Abri Raymonden. à Chance- 
lade (Dordogne . Rondelle percée au centre, portant sur cliaque face une 
gravure de mammouth (Breuil, iVour. figures de mammouth, HEA, 190j, 
p. 15i. fig. 78 ; — Les Combarelles (Dordogne . Rondelle gravée, percée de 
trois trous, dont un central, tous sur le même diamètre (Rivière, .1/as, (2aen, 



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212 IX. PARl'RE, SCLLPTLRE ET GRAVURE 

véritable anneau paraissent encore appartenir aux objets d'orne- 
ments ^. Mais souvent la destination précise de ces diverses pièces 
dites de parure demeure problématique. Quelques-uns des galets 
perforés classés comme pendeloques ont pu servir, par exemple, de 
pesons de filet ou encore de palettes à couleurs, comme les plaques 
de schiste similaires des sépultures néolithiques. Nos attributions 
et nos dénominations prêtent maintes fois aux conjectures. 

Des fragments de bracelets ou d'anneaux découpés dans des 
défenses de mammouth ont été signalés dans la grotte du Placard, 
à Vilhonneur (Charente) et à Spy (Belgique). Ceux du Placard pré- 
sentent sur leur tranche de fines dentelures. La même station con- 
tenait au même niveau (solutréen supérieur) un anneau brut 
découpé également dans Tivoire d'une défense '^. 



§ iV\ — Les arts du dessin. Im sculpture. Style archaïque et 

style libre. 

Prolem sine maire créa la m ^ miiler sine proie defuncta, 

M. Salonion Heinach a appliqué fort justement ce vers d'Ovide 
à Part quaternaire. Un des caractères de cet art, c'est, en effet, de 
ne dériver apparemment d'aucun autre et de s'être éteint sans des- 
cendance. En Europe, comme dans les contrées voisines, on en 
cherche vainement les traces à l'époque néolithique. Au moment où 
la vie agricole succédera à la vie nomade, l'activité humaine trou- 
vera une orientation nouvelle. Les tribus de l'âge de la pierre polie 
construiront en énormes blocs de pierre brute de gigantesques tom- 
beaux, donnant ainsi naissance à l'architecture, complètement incon- 



1894. II, p. 709-722. pi. X. 3); — La plupart de ces plaquettes cii'culaires sont 
incomplètes. Un exemplaire entier, k décor figuré également bifacial, provient 
encore de Laugerie-Hasse :G. et A. de Mortillet, Musée préhist.^ 2" éd., 
pi. XXIll, 191-192, et Préhist.,^" éd., p. 215 . 

On a classé parmi les bouton» de menus objets d'os ou d'ivoire en forme de 
petits sabliei*s, c'est-à-dire bi-coniques (G. et A. de Mortillet, ibid., p. 215). 

Un type de pendeloque, formé d'un bois de renne à extrémité façonnée en 
sphéroïde Breuil, Station de Saint-Marcel, Anthr., 1902, p. 157, «g. 6, n» 17;, 
se retrouve au néolithique parmi les objets en bois de cerf. 

1. Ces os à aimeau terminal ont été rencontres par Piette dans les stations 
pyrénéennes, par M. Rivière dans la grotte Hcy (Dordogne). Afas, Caen, 1894, 
11, pi. X, 2«), etc. 

2. A. de Mortillet. Bracelets paléolil. en ivoire. HP, 1907, p. lil. 



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LES ARTS DU DESSIN 



213 



nue des Troglodytes, mais les délicats ouvrages de la plastique et de la 
gravure feront alors défaut et d'informes essais de sculpture attes- 
teront rinaptitude de leurs auteurs pour les arts du dessin. 

Si la brusque disparition de Tart quaternaire demeure à certains 
égards énigmatique, du 
moins les trouvailles ré- 
centes nous font connaître 
les phases successives de 
son développement à par- 
tir d'une période sans 
doute voisine de ses ori- 
gines. Les travaux d'E- 
douard Piette dans les 

grottes des Pyrénées et Fig. 83. — Tête de cheval hennissant 

tout récemment la décou- (Mas d'Azil, Ariège) •. 

verte des cavernes ornées, 

éclairent cette question d'un jour nouveau. Nous savons que dans 
les Pyrénées la sculpture a précédé la gravure. Ce fait peut au 
premier abord sembler étrange; la réflexion nous permet toute- 
fois de concevoir le dessin d'une figure, c'est-à-dire la représenta- 
tion d'un volume sur une surface, comme une opération plus 
complexe et plus abstraite pour l'intelligence d'un primitif que 
la reproduction de ce volume sous ses trois dimensions. Piette, 
s'appuyant sur des données purement statigraphiques, a donc placé 
u un étage de la sculpture » à la base de sa période glyptique, 
c'est-à-dire de l'époque du Renne. 

Mais il serait imprudent de donner à ces observations une portée 
absolue : d'une part, la gravure figurée ne fait pas entièrement 
défaut aux étages aurignacien et solutréen ; d'autre part, les sculp- 
tures se rencontrent à tous les niveaux de l'époque du Renne, sauf à 
l'extrême lin (lorthétien). Piette, comme on l'a vu, n'a pas inter- 
prété exactement la stratigraphie comparée des grottes pyrénéennes 
en synchronisant les couches inférieures d'Arudy et du Mas d'Azil 
avec celles de Brassempouy. Kn réalité, Tart quaternaire a compté 
successivement deux phases distinctes, celle du style archaïque ou 
primitif et celle du style libre ou évolué. Réaliste et naturaliste 
dès son origine, il conserve ce même caractère pendant toute la 
durée de son développement, bien que la dégénérescence des types 

1. D'après Piette, Anihr., 1894, p. 141, (ig. 12. 



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214 IX. PARURE, SCULPTURE ET GRAVURE 

introduise peu à peu dans ses créalions des formes conventionnelles, 
parfois d'un schématisme obscur. 

La phase primitive nous est connue surtout par des sculptures 
en ronde-bosse et par quelques-unes des gravures et peintures 
pariétales. Elle n'a produit qu'exceptionnellement des gravures 
figurées sur menus objets d'ivoire, d'os et de bois de renne, fort 
abondants, par contre, durant la seconde phase. 

C'est avec ces distinctions essentielles que doit être acceptée la 
classification de Piette, qui place à la base de l'époque du Renne l'étage 
de la sculpture. Aussi serait-il plus juste de nommer cet étage, 
appartenant aux assises aurignaciennes, étage de la sculpture 
archaïque, car des sculptures de style libre, au nombre desquelles 
se placent les plus admirables chefs-d'œuvre de l'art quaternaire, 
demeurent assez abondantes aux étages moyens. 

La diversité du style de ces deux groupes de sculptures serait plus 
manifeste, si nous pouvions mettre en parallèle des sujets de même 
nature, mais il n'en est pas ainsi. Les rondes-bosses primitives 
figurent des personnages humains, tandis que les rondes-bosses de 
style évolué représentent surtout des animaux. Toutefois, comme 
on le verra, le contraste apparait nettement, lorsque la comparaison 
s'exerce sur les gravures et peintures pariétales, représentant de 
façon constante des sujets semblables, c'est-à-dire des figures d'ani- 
maux, avec des variations évidentes de style. 

Le groupe des sculptures archaïques est constitué par la série 
suivante de rondes-bosses anthropomorphes : 

a) Figurines des grottes de Grimaldi, près Menton. L'une d'elles 
[Cig. 84,4, 4», 4*,), en stéatite jaune, provenant de la Barma Grande \ 
réunit les caractères propres aux représentations féminines de cette 
période, qui toutes présenientla même exécution sommaire. Ici, les 
traits du visage ne sont pas même indiqués ; les seins ont un dévelop- 
pement anormal. La saillie globuleuse du ventre rapproche cette 



1. Salomon Rcinach, Anlhr., 189K, p. 26, pi. I et II. 

L'authenticité de cette statuette de Menton a été contestée à tort par 
G. de Mortillct, BSA, 1898, p. 146. Au cours des dernières fouilles faites 
par le prince de Monaco, on a trouvé dans une de ces grottes, un fragment de 
stéatite de même nature que celle dans laquelle a été taillée cette figurine: 
nous sommes surpris que l'origine des autres statuettes de Menton ait été égale- 
ment accueillie avec réserve par M. A. de Mortillet ^BSA, 1902, p. 777), car, 
comme le fait observer M. Boule, tous ceux qui sont familiarisés avec les 
antiquités de ce genre et qui connaissent les grottes de Menton admettent 
Tauthenticité de ces sculptures (Anthr,, 1903, p. 532). 



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LES ARTS DU DESSIN 



215 






Fip. 84. — Figurines aurignacicnncs et auriji^naco-solutréennes. 

1, 2, 2«, 5 et 5*. Ivoire. Brasscmpouy (Landes) ' ; — 3, Bois de renne. Trou 
Magrite, à Pont-à-Lesse (Belgique . Couches supérieures*; — 4,4', 4*,Stéatite. 
Grottes de Grimaldi, près Menton '». 



J. D'après Piette, Anthr., 1895. pi. i, fig. 1 A) : pi. vu, fig. ï, 1 /> ; pi. v, fig. 2, 
2 a et pi. VI. 

2. D'après Dupont, L'Homme pendant les âges de la pierre, p. 92, fig. 8. 

3. Dessins de M. Champion, d'après l'original conserve au Slusée de Saint- 
Germain. 



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216 IX. PARURE, SCULPTURE hT GRAVURE 

figurine de celle de Brassempoay (fig. 84, i,). Cinq autres statuettes 
ou fragments ^evstatuettes, dont quatre en talc cristallin et une en 
os, ont encore'été recueillies dans les grottes de Grimaldi. Unelete, 
dont la coiffure est indiquée, offre un profil néanderthaloïde. Les 
autres représentent des personnages adipeux ou même franchement 
« stéatopyges », c'est-à-dire caractérisés par un développement 
exagéré des tissus graisseux recouvrant les muscles fessiers *, 

h) Plusieurs statuettes de femmes, toutes incomplètes, trouvées 
à Brassempouy ^. Dans l'assise inférieure de la grotte du Pape 
gisaient de nombreux débris de statuettes féminines en ivoire. 
Parmi les plus connues se place la « Vénus de Brassempouy », 
dont il ne reste que le ventre, la hanche et la cuisse droites (fig. 84, l), 
et la « Figurine à la capuche » (fig. 84, 5, 5') au visage rudimen- 
taire, coiffée d'un capuchon qu'on a comparé, comme nous l'avons 
dit, à la perruque égyptienne, bien qu'il n'y ait là qu'une ressem- 
blance fortuite. La grotte du Mas d'Azil n'a livré qu'une seule 
figurine de femme '. 

c) Figurine humaine en bois de renne, provenant du Trou Magrite, 
à Pont-à-Lesse (Belgique) (fig. 84, 3) *, Facture très fruste. 

d) F'igurine en ivoire, découverte dans la sépulture de Briinn en 
Moravie (voir ci-après, chap. XI) ^\ 

Parmi ces statuettes, celles de Menton et de Brassempouy sont 
présolutréennes. Quant à celles du Trou Magrite et de Brûnn, 
nous avons dit qu'elles peuvent se classer vraisemblablement à un 
niveau moyen de l'époque du Renne. 

Une figurine de femme nue, dite la « Vénus impudique », a été 
découverte par le marquis de Vibraye à I^ugerie-Basse. C'est une 
statuette en ivoire, haute de huit centimètres, dont la tête et les 
pieds sont brisés. Les jambes sont détachées l'une de l'autre et le 
style de la figurine dans son ensemble ne rappelle pas celui des 
statuettes aurignaciennes. Comme ces dernières cependant, elle 
était, dès Torigine, dépourvue de bras. On ne connaît ni les circon- 



1. Piette, BSA, 1902. p. 773. 

2. Piette et J. de Laporterie, Les fouilles de Brassempouy en 1894^ BSA, 
1894, p. 633 ; — Piette, La station de Brassempouy, Anthr., 1895, p. 142 et 1897, 
p. 165. 

3. Piette, Anthr., 1898, p. 634; 

4. Dupont, L'Homme pendant les âges de la pierre^ p. 92. 

5. M. Tabbé Breuil cite aussi une statuette inédite d'un gisement présolu- 
tréen en plein air des environs des Eyzies (Essai de stratigraphie , p. 3). 



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LES ARTS DU DESSIN 217 

stances précises ni les conditions stratigraphiques de sa décou- 
verte *. 

Les figurines féminines aurignaciennes présentent, comme nous 
l^avonsdit, des caractères stéatopygiques nettement accentués. Cette 
particularité de conformation physique que l'on observe dans la race 
hottentote se retrouve sur les nombreuses statuettes céramiques de 
rÉçypte préhistorique ^. La ressemblance de nos figures quater- 
naires avec celles de la vallée du Nil a frappé tous les observateurs, 
d^autant que la coiffure de la « figurine à la capuche», et celle delà tête 
de Menton décrite ci-dessus, présentent un vague faciès égyptien. 
M. Capart a fait observer que les figurines stéatopyges occupent 
une aire de dispersion très étendue : on les trouve non seulement 
dans les cavernes françaises et en Egypte, mais à Malte, en Thrace 
et en lllyrie, à Butmir (Bosnie), à Cucuteni (Roumanie), à Sereth 
(Pologne), en Grèce et dans les îles de la mer Egée, en Crète par 
exemple ^. Ces gisements, tous postérieurs aux temps quaternaires, 
sont pour la plupart néolithiques. Comme il s'agit de monuments 
d'âges différents et que, d'autre part, aucune considération sérieuse 
ne saurait indiquer un lien de parenté * ou de relation même indi- 
recte entre nos Troglodytes et les habitants de T Egypte primitive, 
il est bien évident que toute théorie ethnographique ou autre, pré- 
tendant invoquer ici Thypothèse d'une filiation, serait absolument 
inacceptable. On ne saurait hésiter à ranger ces téméraires asser- 
tions parmi les aberrations trompeuses du|« mirage oriental. » 

Cette expression est d'un emploi courant dans le langage des 
archéologues depuis que M. Salomon JReinach s'en est servi pour 
résumer ses vues sur le problème si attachant des relations de 
rOrient et de l'Occident aux temps préhistoriques ^. On verra dans 
la seconde partie de ce volume et dans le volume suivant qu'en 
abordant à notre tour cette question complexe, nous ferons aux 



1. Voir surtout la nouvelle reproduction de cette statuette d'après un des- 
sin de Tabbé Breuil (vue de dos et de 3/4), dans Anihr.. 1907, p. 10. 

2. Capart, Les débuts de Vart en Egypte^ p. 155, Vi^. 113-114. 

3. Capart, loc, cit.,, p. 158. Sur les fig^urines de Hutmir, de Cucuteni, etc., 
voir ci-après, 2* partie. 

4. M. Fouquel, Recherches sur les crânes de Vépoque de la pierre taillée 
en Egypte (dans de Morgan, Recherches sur les origines de V Egypte. II, p. 378], 
ne craint pas d écrire : « On sait que la race hottentote a pénétré jusqu'en 
France et a pu passer par l'Egypte en rétrogradant ». Une telle affirmation est 
au moins très prématurée. 

5. Salomon Reinach, Le mirage oriental, Anthr., 1893, p. 539, 699. 



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218 IX. PARURE, SCLLPTURE ET GRAVURE 

iniluences orientales une large part. La brillante argumenta- 
tion que M. Reinach a développée dans son célèbre mémoire ne 
nous a pas convaincu de la légitimité des revendications nouvelles 
de rOccident au titre de principal promoteur de la civilisation 
méditerranéenne. Mais, d'autre part, abaisser avec M. Sophus 
Mùller l'âge des figurines de Brassempouy jusqu'au cinquième ou 
au sixième millénaire avant notre ère, pour faire dériver notre art 



Fig. 85. — Statuette d'équidé en ivoire. Caverne des Espélungucs, à Lourdes 
(Hautes-Pyrénées) '. 



glyptique quaternaire de Tart néolithique égyptien 2, c'est donner à 
la vieille formule ex Oriente lux la plus chimérique application. 
Nous ne percevons encore sur les obscures cavernes périgourdines 
ou pyrénéennes aucun reflet lumineux venu du Levant. 

Les sculptures d'animaux paraissent appartenir en presque tota- 
lité au magdalénien, à l'exception des cervidés en pierre de Solu- 
tré ^. Mais plusieurs ont été recueillies à une époque où la déter- 
mination stratigraphique des niveaux quaternaires était trop rare- 
ment indiquée. Nous citerons parmi les plus connues : 

1" Dans la région périgourdine : le quadrupède assis *, le double 



1. D'après PieLte, Ânlhr., 1906, p. 51, ûjg. 28. 

2. Sophus Muller, Uryeschichte der Europa, p. K. 

3. Quatre figurines de cervidés, sculptées dans des ropnons de calcaire 
siliceux, sans doute des rennes, dont le sc.ilpteur n'a pas représenté la 
léte. D'après M. Arcelin, on les a recueillies dans les foyers de l'époque du 
Renne. Anthr., 1S90, p. 306. 

l. Mal., 1872, pi. IX et p. 22 i; — Girod, REA. 1900, pi. XVII, 1 ; — Girod et 
Massénat, Stations de Vàye du Renne^ Laugerie-Basse^ pi. III, 1. 



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LES ARTS DU DESSIN 219 

protome de bovidés (?), le renne ', la tête de mammouth et la tête 
de bison formant le sommet de deux « bâtons de commandement » ^, 
et divers animaux de Lau*3^erie- Basse ', une tête de cheval en lignite, 
de Teyjat *, une tête de cheval en bois de renne, de Raymonden "'. 
'2® Dans la région pyrénéenne et la zone voisine : le bel équidé 
tacheté de Lourdes (fig. 85) **, diverses pièces du Mas d'Azil, notam- 
ment la magnifique tête décharnée, sur bois de renne ^. et ia tête de 
cheval hennissant (fig. 83) '', le cygne et la tête d'équidé écorchée ®, le 



Fig. 86. — Rennes en ivoire. Sculpture en deux fragments. Bruniquel Tarn- 

el-Garonnc)"». 



mammouth et les rennes de Bruniquel (fig. 86)**, les nombreux frag- 
ments de propulsefurs de cette station étudiés ci-dessus, etc. 

3** Dans les stations plus septentrionales : le bupreste en bois de 
la grotte du Trilobite, à Arcy-sur-Gure (fig. 87) *^, etc. 

Ces divers ouvrages sont, comme il est naturel, de mérite iné- 
gal. L'admirable tête d'équidé du Mas d'Azil (fig. 83) révèle un 
art consommé, maître de ses moyens, apte à rendre avec une sai- 

1. Mat.. 1869, pi. 20: — P. Girod, REA, 1900, pi. XVllI, I; — Giiod et 
Massénat, Stations de Vâge du Benne, Laugerie-Basse, pi. IV ; — G. et A. de 
Mortillel. Musée préhisl., 2- éd., pi, XXVlj 225. 

2. Carlailhac et Breuil, Co/tec^fon de Vihraye, Anthr.. 1907, p. 11. 

3. Girod et Massénal, Stations, I, pi. I-II. 

4. Découverte récemment par M. Bourrinet [inédite] (Voir CarLailhac et 
Breuil, Anthr., 1907, p. 13). 

• 5. Découverte par le général de Larclause [Anthr., 1907, p. 13\ 

6. Piette, BSA. 1892, p. 436, pi. 1 ; — du même, Anthr., 1906, p. 5L fig. 2S. 

7. Cartailhac, France préhist.. p. 71, fig. 30. 

8. Piette, Anthr., 1904, p. 141, fig. 12. 

9. Piette, ibid., p. 156. fig. 47. 

10. D'aprè.s Breuil, Anthr., 1905, p. 629, fig. 1. 

11. Peccadeaude l'isle, UA, 1868. I, p. 213: — Gartailliac, .Mat., 1885, p. 63; 
— G. et A. de Mortillel, Musée préhisL, 2* éd., pi. XXVII, 233-23 i. Très souvent 
reproduits dans divers autres ouvrages. Ces deux rennes sont, comme il a été 
dit plus haut, deux fragments d'une même pièce s'adaptant l'un à l'autre et non, 
comme on l'avait cru, deux manches de poignard Breuil, Anthr., 1905. p. 629. 

12. Salmon, REA, 1897, p, 159;— G. et A. de Morlillet, Musée préhist., 
2- éd., pi. XXVII, 238. 



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220 IX. PARURE, SCULPTURE ET GRAVURE 

sissanie vérité Texpression de la vie dans toute son intensité. 
Entraîné par sa légitime admiration pour les chefs-d'œuvre de 
l'art glyptique, Piette a prêté à ces vieux maîtres à demi-sauvag'es 
une sorte d'éducation artistique académique d'une forme beau- 
coup trop moderne. Certaines têtes d'équidés du Mas d'Ajcil * 
sont figurées à Tétat de squelettes ou d'écorchés. L'intention qui a 
conduit le sculpteur à représenter ces crânes décharnés n'était 

point d'en [étudier l'anatomie artistique, 
et l'explication de ces étranges sculptures 
semble devoir être recherchée, comme 
celle du problème des origines de l'art 
quaternaire tout entier, dans le do- 
maine des croyances primitives, com- 
munes aux peuples inférieurs ^. Nous 
n'aborderons cette question que dans 
le chapitre suivant. 
Vil ^® ^^ sculpture en ronde-bosse la 

technique des artistes paléolithiques passa 

„. o- r> » , à la sculpture en bas-relief ^ et aux 

Fig. 8<. — Bupreste, sculp- \ 

ture en bois de coni- gravures dites à contours découpés. C'est 
fère. Grotte du Trilobite dans les stations magdaléniennes d'Aru- 
dy, de Lourdes et du Mas d'Azil que 
se sont rencontrés, comme nous l'avons dit, avec abondance les 
bas-reliefs et les gravures à contours découpés. Comme exemple 
de bas-reliefs, nous citerons les spirales bien connues des Espé- 
lungues d'Arudy (fig. 91). Le motif ornemental se détache en relief 
plat sur un fond champlevé. 

§ V. — La gravure. Représentations humaines. 

Les gravures, beaucoup plus abondantes que les sculptures, 
appartiennent à l'étage supérieur de l'époque du Renne ^, à la 
période magdalénienne. Le nombre en est si important que nous 

1. Anthr., 190i, p. 131, fif^. 2 et p. 149. 

2. Voir Salomou Ficinach, Peintures et gravures de Vâge du Renne^ Aiithr., 

1903, p. 265. 

3. La saillie des bas-reliefs est en général peu accentuée (Piette, Anthr., 

1904, p. 114). 

4. D'après Salmou, Hi:.\, 1897, p. 159, fig. 25 et26. 

5. Nous avons dit que la gravure avait déjà apparu exceptionnellement à 
l'époque aurignacienne i Voir ci-dessus, p. 125.) 



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LA GRAVURE. REPRESENTATIONS HUMAINES 221 

ne |>ouvons songer à en dresser ici un catalogue même sommaire. 
Il comprendrait à Theure actuelle plusieurs centaines de pièces en 
os, en bois de cervidés, en ivoire ou en pierre. L'os j^ravé, découvert 
entre 1834 et 1845 dans la grotte de ChalTaud' Vienne), déposé en 
1851 parJoly-Leterne au Musée de Cluny et signalé par Worsaae au 
Congrès de Copenhague en 1869 (fîg. 89, 4) \ est le premier objet 
d'art connu de l'époque du Renne. L'importance et l'originalité de 
Fart quaternaire furent mises en lumière par Edouard Lartet, dans 
le mémorable article que publia, en 1864, la Revue archéologique ^. 
Lartet y signalait le résultat de ses fouilles dans les grottes de la 
Dordogne, fouilles exéculées avec le concours d'Henry Ghristy, à 
la même époque que celles du marquis de Vibraye. Kn 1874, la 
découverte du célèbre Renne de Thayngen^ gravure sur bois de 
renne, recueillie dans la caverne du Kesslerloch, aux environs de 
Schaffhouse (Suisse), non loin du lac de Constance [Vig. 89, 2), démon- 
tra tout à la fois l'extraordinaire habileté des graveurs quaternaires et 
la large diffusion de leurs (euvres '. La finesse d'exécution de cer- 
tains de ces ouvrages est d'autant plus admirable que leurs auteurs 
ne disposaient que d'un outillage primitif. Les lames en silex, aux- 
quelles on a donné le nom de burins, constituaient vraisemblable- 
ment leur principal instrument *, mais, sans doute pour certains 
travaux délicats ou pour l'achèvement des pièces d'une exécution 
soignée, ils employaient en outre des pointes plus fines que le burin. 

Les principales matières utilisées pour la gravure étaient l'os 
et le bois de renne, plus rarement la pierre et l'ivoire. La surface 
plane des omoplates permettait de juxtaposer sur ces os plusieurs 
figures. On connaît des pièces où les dessins se superposent sans 
ordre, d'autres où le trait définitif est accompagné de traits d'essai 
ou repentirs, légèrement indiqués par l'artiste '*. 

La grande majorité des gravures représentent des animaux ou 
des têtes d'animaux tournés de profil ^. Les figurations humaines 

1. Cf. Salomon Reinach, Alluvions et cavernes, p. 178. La découverte eu est 
due à Brouillet père, notaire à Charroux. 

2. RA, 1H64, 1 ,p. 223. 

3. V. Bertrand, A rchéol. celtique, 2» édit., p. 72 {Le Renne de ThayngenK 

4. Louis Legay, Sur la gravure des os av moyen du silex, Afas. La Rochelle, 
1882, p. 677. 

5. Pour les gravures sur pierre, particulièrement abondantes aux 
Eyzies, â Gourdan, à Lorthet et à Bruniquel, voir Capitan, Brcuil et Peyrony, 
REA, 1906, p. 436, et Gartailhac et Breuil, Anthr., 1907, p. 26. 

6. On connaît quelques essais de racourcis, par exemple le renne vu de 
face de Gourdan, Piette, Anlhr., 1901, p. 159, fijc- 52; — REA, 1906, p. 210. 



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222 IX. PARURE, SCULPTURE ET GRAVURE 

sont peu abondantes. Graveurs et peintres ont alors relégué l'homme 
au dernier plan. Au surplus, le petit nombre de figures humaines 
connues n'égalent nullement, par la fidélité, la correction et la 
finesse du dessin, les belles gravures d'animaux. Il serait donc 
imprudent de leur attribuer une réelle valeur documentaire au 
point de vue de l'étude des races quaternaires. Nous ne saurions 
admettre, par exemple, avec M. A. de Mortillet, que le pouce était 
plus opposé aux autres doigts chez 1 homme quaternaire que chez 
rhomme actuel, d'après cette simple observation que les mains des 
représentations humaines de l'époque" du Renne ne montrent que 
quatre doigts *. Ces images ne nous renseignent pas davantage sur 
les mœurs ou sur les occupations des Troglodytes. Elles sont iso- 
lées ou juxtaposées, comme nous l'avons dit, plutôt qu'associées à 
des animaux ; elles ne prennent part à aucune action nettement 
déterminée. On a désigné sous le nom de Chasseur d'aurochs un 
personnage gravé derrière un de ces bovidés (fig. 88, 4), mais 
il n'est nullement démontré qu'une relation quelconque unisse 
les deux figures. L'attitude et le gesfe de l'homme nu prêtent aux 
conjectures; pour les uns, ce serait un chasseur debout; pour 
d'autres, un chasseur à l'affût, étendu sur le sol etguettant sa proie. 
Les uns l'arment d'un poignard, les autres d'un harpon. En réalité, 
l'interprétation de l'image demeurée obscure. 

Il est important d'observer que toutes les figures sont nues. Elles 
ne sauraient donc nous procurer la moindre information sur le cos- 
tume magdalénien *^. Parmi celles que reproduit la figure 88, il en est 
une (n" 1) qui relient particulièrement l'attention par ses caractères 
étranges : c'est une gravure du Mas d'Azil sur fragment de ron- 
delle en os (omoplate). On peut se demander quelle est la nature 
de cet être aux formes mi-humaines et mi-bestiales, nu, ithyphal- 
lique, les bras tendus, le dos ployé, d'ailleurs manifestement appa- 
renté aux silhouettes humaines à masques d'animaux, reconnues sur 
les parois des cavernes. Piette inclinait non sans hésitation à le 
considérer comme un singe anthropomorphe, voisin du Pithecan^ 
Ihropus^ et plus rapproché de l'homme que les singes actuels 'K 
Cette opinion ne saurait être acceptée, surtout par les paléontolo- 



1. G. et A. de Mortillet, Le Préhist., 3« éd., p. 323. 

2. Il est même douteux que l'on puisse reconnaître un bracelet aux poignets 
de la Femme au renne. 

3. BSA, 1902, p. 771. 



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LA GRAVURE. REPRESENTATIONS HUMAINES 223 

g^istes *. Serions-nous simplement en présence d'un être fantaisiste, 




5 6 

Fig. 88. — Gravures avec représentations humaines. 

1, Gravure sur os. Mas d'Azil (Ariège)*; — 2, Gravure sur i^ois 4c renne, 
dite la « Femme au renne » oula« Femme enceinte ». Laugerie-Uasse (Dordo- 
gne;'; — 3, Gravure sur os. Gro-Magnon, fouilles É. Rivière*; — 4, Gravure 
sur bois de renne. Laugerie-Bassc (Dordogne)*; — 5, Gravure sur bois de 
renne. Homme, têtes de chevaux, serpent;?). La Madeleine, commune de 
Tursac (Dordogne)*; — 6, Tète humaine gravée sur bois de renne. Roche- 
bertier, commune de Vilhonneur (Charente) 7. 

produit de Timagination d'un artiste? Rien n'autorise cette hypo- 
thèse, puisqu'on ne rencontre pas dans l'art quaternaire d'autres 

1. Boule, Anthr., 1903, p. 530. 

2. D'après Piette, BSA, 1902, p. 772, fig. 1. On voit au revers de cette ron- 
delle une autre gravure dont le sujet est moins distinct. 

3. D'après Piette, Anthr., 1895, pi. V, fig. 4. 

4. Nous devons ce dessin, plus exact que celui de M. Rivière (BSA, 1897, 
p. 507, fig. 2) à l'obligeance de M. l'abbé Breuil. 

5. D'après Girod et Massénat, Stations de l'âge du renne^ Laugerie-Basse^ 
pi. XI, fig. 1. 

6. D'après Lartet et Christy, Reliq. aquitan., B, pi. II, 8 b. 

7. D'après Bourgeois et Delaunay, Afa(., 1875, p. 192, fig. 76. 



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224 IX. PARURE, SCULPTURE ET GRAVURE 

exemples d'êtres hybrides ou symboliques. Si Ton a recours aux 
observations ethnographiques, on constate que l'emploi de masques 
à têtes d'animaux pour certaines cérémonies religieuses ou pour 
des exercices mimiques est d'un usage fréquent chez les primitifs. 
Telle paraît être l'interprétation la plus satisfaisante qu'on ait don- 
née de ces pseudo-singes anthropomorphes. 

§ VI. — Les animaux. 

Les quatre cinquièmes environ des gravures quaternaires repré- 
sentent des animaux. Dans la faune variée de l'art des cavernes, 
comme dans celle des cavernes elles-mêmes, le renne occupe le 
premier rang. C'est Tespèce que les Troglodytes dessinaient le plus 
fréquemment et le plus fidèlement. Le renne broutant de Thayngen 
figure encore, malgré toutes les découvertes récentes, parmi les 
plus admirables créations de l'art magdalénien. Les difficultés 
techniques que présentaient la dureté de la matière et l'imperfection 
de l'outillage n'ont pas empêché l'artiste de détailler la tête de 
l'animal avec une finesse d'exécution que les reproductions ont 
peine à atteindre. Les animaux sont représentés dans des attitudes 
variées. Leur mouvement est ordinairement saisi très heureuse- 
ment et exprimé avec une vérité qui dénote une observation atten- 
tive de la nature. A cet égard il est intéressant de comparer au 
Renne broutant de Thayngen [ïi^, 89, 2 ) le Renne courant de 
Saint-iMarcel (Indre), [û^. 89, 1). 

Plus surprenant encore par la beauté, en même temps que parla 
singulière distribution des figures, est le célèbre bâton de Lorthet 
aux cerfs et aux saumons [ï\^. 89, 3). Ces derniers sont répartis 
comme au hasard sous les jambes des cerfs, pour remplir les espaces 
vides. On remarquera le mouvement de tête du cerf qui se retourne 
pour regarder en arrière, mouvement observé avec justesse et que 
d'autres artistes quaternaires ont reproduit*. 

Les équidés à grosse tête et crinière dressée en brosse abondent 
également. Sur quelques gravures du Mas d'Azil et de Saint- 
Michel d'.Arudv des chevaux semblent entourés d'une sorte de 



I. Autres exemples : gravure sur un bâton de commandement trouvé par 
le marquis de V^ibraye à Laugerie-Basse, bison peint d'Altamira, équidé de 
Pair-non- Pair, etc. Voir Breuil, Anthr.y 1907, p. 18. Comme le fait observer 
cet auteur, les cervidés du bAton de Lorthet sont des cerfs et non des rennes. 



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LES ANIMAUX 225 

licol OU de chevêtre * . Telleestdu moins rinterprétalion donnée par 
Piette à ces représentations dont le sens exact demeure incertain, 
mais que nous considérerions volontiers comme une sorte de déco- 
ration faciale, analogue aux tatouages ornant le visage des humains 
primitifs. 

Les graveurs ont également figuré des équidés d'une autre race, 
à tête fine ^. 

Parmi les autres mammifères de la faune actuelle représentés 
sur les gravures magdaléniennes, les uns assez fréquemment, les 
autres à titre exceptionnel, on peut citer le bison et Turus, le bou- 
quetin^ l'antilope saïga ^, le cerf, le chamois, la chèvre, l'élan, le 
sanglier, le renard. Tours, le glouton^, le phoque**. 

On possède plusieurs représentations de poissons • (saumons, 
truites, brochets, etc.), fidèlement reproduits, et de reptiles difficiles 
à déterminer. Une figurine du Mas d'Azil incomplète et une gra- 
vure de Gourdan, d'après Piette, représentent des cygnes, des oies 
ou canards (La Madeleine) '^. 

Les figurations de mammouths sont particulièrement typiques, 
la technique de la gravure permettant à Tartiste d'indiquer nette- 
ment la toison abondante de ce proboscidien. La courbure pronon- 
cée de son front bombé est, d*autre part, fidèlement rendue. I^es 
gravures de mammouths sur menus objets en matière dure sont plus 
nombreuses que les sculptures de cet éléphant déjà mentionnées. 
La figure 89 en réunit cinq. La plus complète, celle de la Madeleine 
(Dordogne), est sur un fragment de défense conservé au Muséum 
d'histoire naturelle de Paris. 

Nous avons signalé plus haut les deux gravures où l'on croit 

1. Piette, Ane/ir., 1894, p. 139 et 141 ; — 1906, p. 27. 

2. Breuil, Anihr., 1902, p. 151. 

3. MaLy 1S73, p. 396 , fig. 74 et p. 270. 

4. Sur le glouton, très rare dans les gisements français, voir Boule, Anihr,, 
1894, p. 11. 

5. On a recueilli des dessins de phoque à Montgaudier, Brassempouy, 
Gourdan, La Vache (phoque pris â tort pour un morse par Garrijçou), Duruthy 
etâ TAbri Mège (plusieurs figurations. Cf. Capitan, Breuil, Bourrinetet Peyrony, 
REA, 1906, p. 211). Ces auteurs font observer que presque tous, sinon tous les 
dessins de phoques, ainsi que la mâchoire de phoque de Raymonden, proviennent 
d'un seul et même niveau archéologique, le Gourdanien de Piette, niveau ancien 
du Magdalénien. Pour la grotte Duruthy, à Sorde, voir Afa^, 1874, p. 143. 

6. Voir des dessins de poissons dans les publications suivantes : Mat.^ 1873, 
p. 395 ; 1877, pi. I et II ; — Anthr., 1907, p. 28 (Lauger ie-Bassc) ,— C. R. Acati. 
Jnscr.^ 1887, p. 42 (bâton de Montgaudier). 

7. Anthr., 1894, p. 140; 1904, p. 156. 

Manuel d*archéologie préhistorique. — T. I. 15 



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Fig. 89. — Gravures avec représentations d'animaux *. 

1.1, Renne au galop, plaque de schiste. Saint-Marcel, Indre (D'après Breuil, 
Anlhr., 1902, p. 159, fig, 8); — 2, Renne broutant, sur bois de renne (figure déve- 



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LES ANIMAUX 227 

reconnaître Tours des cavernes, et les gravures de rhinocéros 
lichorhinus(rig. 89,5)*. 

L«es animaux sont tantôt disposés en file, les uns derrière les 
autres, presque toujours de profil, tantôt superposés sans constituer 
des tableaux d'ensemble. 11 y a cependant quelques exceptions. 
Une plaquette de pierre, découverte dans la grotte principale du 
Chaffaud (Vienne), est divisée en deux registres portant Tun et 
l'autre, gravés légèrement, deux groupes de chevaux galopant de 
front {Rg. 89, 12). Un des animaux marche en tête à Taile droite, 
comme s'il conduisait cette charge de chevaux sauvages ^. 

La célèbre et belle plaque de schiste de Laugerie-Basse faisant 
partie de la collection de Vibraye, porte une gravure improprement 
appelée le « Combat de rennes », alors que le sujet principal repré- 
sente un renne suivant sa femelle ^. 



1. Anthr., 1904, p. 147, fig. 27 et 28. 

2. CarUilhac, Anthr., 1903, p. 180. 

3. Carlailhac et Breuil, Œuvres d'art de la coU.de Vibraye^ Anthr., 1907, 
p. 25. Bonne phototypie, pi. !.. 



loppée). Grotte du Keasierloch, à Thayngen, Suisse (D'après Bertrand, Archéol. 
celtique, 2* édit., p. 75, pi. I) ; — 3, Rennes, saumons et signes géométriques, 
Caverne de Lorthet, à Lourdes, Hautes-Pyrénées (D'après Piette, Ai\ihr.j 1894 
p. 1 4 4, fig. 15) ; — 4, Quadrupèdes, gravure sur os. Grotte du ChalTaud, commune de 
Savigné, Vienne (D'après A. Bertrand, C.R. Acad.Inscr., 1887, p. 225); — 5, Rhi- 
nocéros tichorhinus, gravure sur stalagmite, Gourdan, Haute-Garonne .Dessin de 
Breuil dans Piette, Anthr., 1904, p. 147, fig. 27); — 6, Poisson (saumon), gravure 
surosà contours découpés. Grotte Rey, Dordogne (D'après h.Rivière, A/as,Gaen, 
1894, II, p. 721 et pi. X, fig. 14); — 7, Mammouth, gravure sur ivoire. La Made- 
leine, commune de Tursac, Dordogne (D'après Breuil, RE A, 1905, p. 155, 
fiç. 80). Les lignes adventives ont été supprimées; — 8 et 9, Mammouth sur frag- 
ment d'omoplate. Vallée de la Vézère, Dordogne (D'après Lartet, Mal., 1874, 
p. 34, fig. 20 et 21) ; — 10 et 11, Rondelle en os, gravée sur chaque face d'une 
figure d'éléphant. Raymonden, commune de Chuncclade , Dordogne (D'après 
Breuil, REA, 1905, p. 154, (Ig. 78); — 12, Chevaux gravés sur une plaquette de 
pierre. Le ChalTaud, commune-de Savigné, Vienne (D'après Cartailhac, Anlhr., 
1903, p. 180); — 13, Antilope saïga, gravée suros. Gourdan, Haute-Garonne (D'a- 
près CarUilhac, Mat., 1873, p. 396, fig. 74). 



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228 IX. PARURE, SCULPTURE KT GRAVURE 

§ VII. — Motifs végétaux et motifs d'ornements, 

La troisième série des figurations de Tart quaternaire se compose 
de motifs végétaux. Extrêmement pauvre, du moins jusqu'à ce 




I 2 3 4 5 

Fig. 90. — Os et bois de renne avec gravures de végétaux. 

1, Grotte du Trilobite (Yonne)"; — 2,fLe Veyrîer, commune de Bossey (Haute- 
Savoie) *; — \3 et 4, Laup^erie-Basse (Dordogne) '; — 5, Le Mas d'Azil (Ariège) *. 

jour, elle mérite néanmoins de fixer l'attention, car la représenta- 
tion des plantes est inconnue dans Tart des peuples chasseurs de 

1. D'après Parât, Anthr., 1001, p. 124. 

2. D'après Schoetensack, i4niAir., 1901, p. 143, fig. 5. 

3. D'après Cartailhac, Mai,, 1873, p. ,396, fig. 73. 

4. D'après Piette, An^Air., 1896, p. 410, fig. 59. Cette gravure est sur bois de 
renne; les autres (fig. 1-4) sont sur os. 



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MOTIFS VÉGÉTAUX ET MOTIFS d'oHNEMENTS 229 

Fethnographie moderne. « Tandis que Tari ornementaire des 
peuples civilisés, écrit M. Grosse, cherche ses motifs surtout dans 
le règne végétal, celui des primitifs se borne presque exclusivement 
aux formes animales ou humaines. L'ornement d'ordre végétal qui 
abonde chez nous manque complètement chez les primitifs » * . 

11 s'est trouvé cependant chez les Magdaléniens quelques artistes 
pour s'intéresser à la flore chétive de cette époque : un grêle et 
élégant rameau à feuilles alternées (fîg. 90, i) est gravé sur un 
fragment d'os de la grotte du Trilobite '^. Dans l'assise tarandienne 
du Mas d'Azil, Piette a recueilli un fragment de bois de renne por- 
tant un arbre pourvu de ses branches et de ses racines (fig. 90, 5 ) ^. 
De délicates tiges de prêle figurent sur une gravure de Gourdan ^. Un 
bâton de commandement du Veyrier présente un décor analogue 
(fig. 90, *^). Quelques gravures de Laugerie-Basse appartiennent à la 
même série (fig. 90, 3 ©t 4] •. 

On ne doit pas oublier que les peuples chasseurs sont en même 
temps ramasseurs de plantes. Elles entrent dans leur alimenta- 
tion, avec les produits de leur chasse. Or si les animaux reproduits 
de préférence par les Magdaléniens sont des espèces comestibles, il 
n'est point étonnant que ceux-ci aient figuré quelques végétaux. La 
présence des racines sur une de ces représentations mérite, à cet égard, 
de fixer l'attention, car l'art purement décoratif ne représente 
jamais les plantes ainsi enracinées. Chez les chasseurs australiens, 
une des principales occupations des femmes est Textraction des 
racines de plantes sauvages '. 

L'art quaternaire contient d'ailleurs en germe presque tous les 
principaux éléments de notre art. 11 a représenté l'homme, les ani- 
maux et les plantes. Il est allé plus loin encore et a créé ces tracés 



1. Grosse, Les débuts de Varl^ p. 88. 

2. Abbé Parât, CIA, Paris, 1900, p. 68. 

3. Anlhr.f 1896, p. 410, fig. 59. Pielte signale aussi des figurations de plantes 
et d'arbres à Lorthet (ibid.^ p. 5). 

4. Piette, Anthr., 1904, p. 148, fig. 29. 

5. Schoetensack,CIA, 1900, p. 127. M. Schoetensack a cru voir sur ce bâton 
du Veyrier non pas un végétal, mais une parure formée d'un tendon auquel 
seraient fixées des dents d'animaux. Le rapprochement de cette gravure avec 
celle de la grotte du Trilobite ne laisse subsister aucun doute sur la nature 
de la représentation. 

6. Girod et Massénat, Stations de l'âge du Renne, Laugerie-Basse, pi. VII, 
fig. 5 et 6 ; — Cartailhac, Mat., 1873, p. 396, fig. 73 et p. 270. 

7. Deniker, Races et Peuples de la terre, p. 552. 



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5 10 
' • 1 1 1 1 1 1 I I ! 

Fig. 91. — Gravures d'ornements sur bois de renne et os. Spirales et motifs 

curvilignes*. 

1. 1, 3 et 7, Lourdes, Hautes-Pyrénées (D'après Piette, Anthr.. 1905, p. 2, 
fifT. 1 ; p. 4, fig. 2 ; p. 5, fig. 6) ; — 2, 5,6 et 8, LesEspélunguesd'Arudy, Hautes- 
Pyrénées (D'après Piette, ibid., p. 4, fi^. 3: p. 5, fig. 4; p. 6, fig. 7; p. 5, ùg. 5); — 
4, Pendeloque en os percée d'un trou" de suspension. Saint-Marcel, Indre 
(D'après Breuil, Anthr., 1902, p. 152, fig. 4). 



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Motifs végétaux et motifs d'ornements 



231 



conventionnels et artificiels qui composent le décor dit géométrique 

Lorsque les peuples néolithiques orneront leur poterie de dents 
de loup, de losanges quadrillés, de zigs-zags, de tracés dérivés 
du cercle et de tant d'autres motifs rectilignes ou circulaires, ils ne 




^^ 




F'ig. 92. — Gravures d'ornements sur bois de renne et os. Motifs rectilignes. 
Laugerie-Basse tDordogne). 

i , Rangées de losanges quadrillés • ; — 2, Losanges concentriques 3 ; — 3, Lignes 
horizontales en zig-zag^; — iet5, Lignes en zig-zag, losanges et rangées d'orne- 
ments en X (Face et revers d'un même fragment de bois de renne)*. 

feront que répéter avec de nouvelles variations des leit-molivs 
déjà connus en Gaule à l'époque quaternaire. La spirale elle-même 
avait apparu alors dans l'Europe occidentale, bien avant que les 
Kgyptiens et les Égéens ne l'eussent adoptée comme thème fonda- 

1. M. Cartailhac (La France préhistorique, p. 66, fig. 25) et MM. Girod et 
Massénat {Slations de Vàge du renne, Laugerie-Basse, pi. VI) ont publié des 
spécimens de dessins géométriques quaternaires. La spirale était inconnue 
avant les découvertes de Pictte. 

2. D'après Girod et Massénat, Stations de l'âge du renne^ Lnugerie-Basse, 
pi. VI, fig. 8. 

3. Ihid., pi. VI, fig. -. 

4. /fcid., pLlX,fig.2. 

5. Ibid,, pi. XXVII, fig. 5 a et 5 b. 



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232 



IX. PARURE, SCULPTURE ET GRAVURE 



mental de leur système décoratif. Les grottes de Lourdes et 
d'Arudy ont livré des gravures et des bas-reliefs où Ton reconnaît 
profondément et nettement incisées, non seulement la spirale 
simple, mais encore la spirale double récurrente ou le tracé en S, 
appelée à devenir un jour le motif de prédilection de Tart celtique 
(fîg. 91) *. Certains ornements sont de simples dégénérescences 
ou dérivés schématiques de motifs emprun- 
1 tés au monde animé ^, 

Sur quelques points, Fart primitif quater- 
naire diffère de Tart de certains peuples chas- 
seurs actuels. L'usage d'orner les outils et les 
ustensiles fait complètement défaut chez plu- 
sieurs tribus sauvages. « Nous n'avons jamaispu 
trouver, écrit M. Grosse, le moindre ornement 
sur un bâton ou sur un arc de Boschiman : un 
ustensile fuégien qui poKerait des ornements 
serait une très grande rareté >> '. L'art orne- 
mentaire cependant s'est développé chez les 
Australiens, les Mincopies et les Hyperbo- 
réens. Nous ignorons, il est vrai, si les autres 
tribus n'auraient point perdu à travers les 
âges, et peut-être à une date récente, quelques- 
uns des caractères originaires du faciès de 
leur vie matérielle. Quoiqu'il en soit, chez les 
Troglodytes quaternaires, l'art intervient in- 
contestablement dans l'ornementation des 
armes et des ustensiles. La destination des 
w bâtons de commandement » demeure, il est 
vrai, inconnue, et peut-être faut-il les consi- 
dérer comme des baguettes magiques, mais 
des sagaies, des propulseurs, des lissoirs, des tubes, sont revêtus 
d'ornements. Nous avons vu avec quelle ingénieuse habileté le 
décor des propulseurs avait été approprié à leur destination. 



\^ , 5 

Fig. 93. — Gravures 
d'ornements sur os. 

1, Fragment de côte 
gravée, Marsoulas 
(Haute-Garonne)*; 2, 
Ciseau double en os 
(profil), Saint-Marcel 
(Indre*). 



1. Piette, An(/ir.,1904, p. 144-146, fig. 19 et suiv. 

2. Breuil, La dégénérescence des figures d'animaux en motifs ornementaux 
à l'époque dn Renne, C.R.Acad. Inscr., 1905, p. 105. 

.S. Grosse, Les débuts de lart, p. 85. 

4. D'après Gau-Durban, Mat., 1885, p. 346, fig. 98. 

5. D'après Breuil, Anlhr., 1902, p. 155, fig. 5. 



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LES PRÉTENDUS SIGNES ALPHABETIQUES 233 



S VIII. — Les prétendus signes alphabétiques. Les « marques 

de chasse ». 



L'humanité n'est arrivée que par de laborieux efforts et de longues 
étapes à la possession de Técriture alphabétique qui nous permet 
de fixer et d'échanger si aisément nos idées. L'ethnographie et 
l'archéologie nous révèlent comment l'homme a été mis en posses- 
sion de ce mécanisme merveilleux si indispensable au développe- 
ment de notre vie sociale. C'est l'art qui a donné naissance à l'écri- 
ture : les premiers scribes furent des dessinateurs. Après s'être con- 
tenté tout d'abord des moyens mnémoniques conventionnels dont nous 
allons parler, l'homme, avant de figurer des sons par des signes gra- 
phiques, commença par figurer des idées. Les Indiens de l'Amérique 

|tB«>«ft • M il 1% 

Fig. 94. — Texte pictographique^/oarnaMe voyage d'un Esquimau de l'Alaska* . 

du Nord possèdent toute une littérature écrite à l'aide de cette 
notation iconographique, messages, récits de chasses, chansons 
et annales *. On la désigne sous le nom d'écriture pictographique. 
En voici un exemple bien connu, tiré du journal de voyage 
d'un Esquimau de l'Alaska {^g. 94). Ce texte est gravé sur un foret 
en ivoire. « La première figure (1) représente l'auteur du récit, dont la 
main droite fait le geste indiquant <• moi )> et la main gauche tour- 
née vers la région où il va, signifie « aller ». Continuant notre tra- 
duction, nous lisons les figures suivantes ainsi qu'il suit : (2) « (en) 
bateau » (pagaie soulevée) ; (3) « dormir (main à la tête) nuit une » 
(la main gauche montre un doigt) ; (4) a (sur) une île avec 
habitation au milieu » (le petit point) ; (5) « moi aller (plus loin) » ; 
(6) «« (arriver) une (autre) île inhabitée (sans point) »; (7) « (y) passer 

1. D'après Mallery-HofTman. Voir Deniker, Races et Peuples de la Terre^ 
p. 164, ûg. 29. 

2. S.Mallery, Piclographs of the N or th American Indians, 4 th Rep. Bur. 
Ethn.. 1882-83 et 10 th Rep., 1893. Voir un intéressant résumé des faits ethno- 
graphiques relatifs à l'origine de l'écriture dans le livre de M. Deniker, Races 
et Peuples de la Terre, p. 159 et suiv., ouvrage auquel nous faisons ici plusieurs 
emprunts. 



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234 IX. PARURE, SCULPTURE ET GRAVURE 

nuits deux » ; (8) « cHasser avec le harpon » ; (9) « un phoque » ; 
(10) chasser avec l'arc » ; (11) « retour en canot avec une autre 
personne) deux rames dirigées en arrière) »; (12) « (à) la hutte du 
campement». 

De cette pictographie figurative on passa à la pictographie sym- 
bolique en substituant à Firnage complète des objets matériels leur 
équivalent schématique ou symbolique, plus ou moins complexe. 
A la peinture des idées succéda ensuite la représentation graphique 
des sons, c'est-à-dire le phonétisme ; les premiers textes de Técriture 
phonétiqueéquivalaientànosr^Aw^etdès lors n'étaient plus intelli- 
gibles qu'aux lecteurs parlant la même langue que le scribe. Ces signes 
phonétiques, bientôt simplifiés et schématisés à leur tour, repré- 
sentèrent soit des syllabes entières, soit des articulations simples. On 
se trouva ainsi en possession de syllabaires et d'alphabets. Telle est 
l'origine des hiéroglyphes égyptiens, chinois et mexicains, et de ceux 
qu'emploient les Mayas du Yucatan 

Nous avons rappelé cette théorie bien connue de l'origine de l'écri- 
ture pour en arriver à l'examen d'un problème récemment soulevé : 
le chasseur de rennes a-t-il connu l'art d'écrire, à l'un des stades 
de son développement ? Dans la célèbre grotte du Mas d'Azil, sur la 
rive gauche de l'Arise, petit cours d'eau qui la traverse, Piette a 
recueilli de nombreux galets portant des signes variés, grossière- 
ment peints en rouge au peroxyde de fer (voir ci-après fig. 121). Ces 
galets gisaient dans une assise intercalée entre la deuxième couche 
de l'époque du Renne et la première couche de l'époque néoli- 
thique. A la suite de cette découverte, le nom de période azilienne 
a été donné à la phase intermédiaire entre le quaternaire et le 
néolithique, comme nous le verrons plus loin. Les signes des galets 
coloriés du Mas d'Azil se composent de bandes parallèles en 
nombre variable (de 1 à 8), de lignes ponctuées, de motifs cruci- 
formes, de cercles à point central, de rubans ondulés, de lignes 
brisées. D'autres signes se rapprochent par leur tracé de quelques 
caractères alphabétiques, tels que les lettres 1% M, L, etc. 

Enhardi parla découverte de l'écriture dite égéo-crétoise, écriture 
prépharaoniqne que les trouvailles de la Crète et de l'Egypte ont 
récemment révélée, Piette fut porté à attribuer auxAzyliens et aux 
Magdaléniens, leurs ancêtres immédiats, la possession d'une écri- 
ture apparentée à celle du territoire égéen. Il retrouvait sur les 
galets coloriés du Mas d*Azil neuf signes graphiques identiques à 



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Fig. 95. — Gravures alphabéliformes et signes divers sur os et bois de renne '. 

1.1, Laugerie-Basse, Dordogne D'après Girod et Massénat, Stations, Lnii- 
gerie-Basse, pi. XXVIII, fig. 5 />); — 2, Mas d'Azil, Ariège (D'après Breuil, HA. 
1902, p. 3, pi. III); — 3, Rochebertier, commune de Vilhonncur. Charente (D'après 
Piette, Anthr.y 1905, p. 9, fig. 11); — i, La Madeleine, commune de Tursac, Dor- 
dognc(D'aprèsPietle, ii)W.,p. 9, fig. 10) ; — 5, Gourdan, Haute-Garonne (D'après 
Pictte, ibid., p. 8, fig. 9) ; — 6,Lorthet. Hautes- Pyrénées (D'après Pictle, A/U/ir., 
1896, p. il7, fig. 78). 



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236 IX. PARURE, SCULPTURE ET GRAVURE 

ceux du syllabaire cypriote * . Il serait difficile d'accepter ces 
conclusions. En effet, les signes des galets du Mas d'Azil et des 
« inscriptions magdaléniennes » du genre de celles que reproduit 
notre figure 95 ne sauraient être des pictographes représentant 
des objets concrets. C'est à tort que Piette croit retrouver des 
représentations de serpents, d'arbres, de mammifères, etc., dans ces 
figures géométriques d'un caractère très simple. Si ces signes 
appartenaient à un système graphique, ce serait donc comme signes 
alphabétiques ou syllabaires déjà très évolués et nous serions en 
présence d'une véritable écriture linéaire. Or on cherche vainement 
dans les vestiges de la civilisation quaternaire les inscriptions en 
pictographes figuratifs d'où seraient dérivés ces prétendus signes 
alphabétiques. Si l'on isole les éléments des « épigraphes magdalé- 
niens », on se trouve en présence de motifs décoratifs, tels que la 
croix et le chevron, apparaissant d'ailleurs en série dans l'ornemen- 
tation géométrique magdalénienne. Le signe xx, gravé par exemple 
sur un os de renne découvert au Mas d'Azil (fîg. 95, 2), compose à 
lui seul des bandes d'ornements sur d'autres gravures magdalé- 
niennes. 

Mais, d'autre part, nous trouvons dans l'art glyptique, à défaut 
de textes pictographiques proprement dits ', des dégénérescences 
de représentations figurées ayant sans doute une signification sym- 
bolique ou magique, et peut-être convient-il d'attribuer aux galets 
du Mas d'Azil une destination similaire. 

D'autres les ont comparés aux marques mnémoniques, en usage 
chez certaines tribus sauvages ^. Dans cette hypothèse, ils se rap- 
procheraient par leur destination des encoches ou traits parallèles 
disposés en série sur un grand nombre d'objets en os et parti- 
culièrement sur les bords d'os plats en forme de lissoirs. Quelques 
peuples illettrés se servent en effet d'os ou de planchettes à 
encoches pour marquer le souvenir de certains faits, pour dresser 
des comptes ou pour divers usages conventionnels. Les gravures- 
encoches peuvent dans certains cas remplacer l'écriture. Les 
tailles de nos boulangers appartiennent encore à cette catégorie de 
marques mnémoniques, peut-être en usage à l'époque du Renne *. 

1. Anlhr.y 1896, p. i25. Les conclusions plus récentes de Piette {Anthr., 
1904, p. 164) sont moins téméraires. 

2. VoirBreuil, Anlhr., 1902, p. 155. 

3. Voir Deniker, Races et Peuples de la Terre^ p. 163. 

4. Sur cette question voir dans les Reliquiœ Aquitanicœle mémoire docu- 



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LES PRÉTENDUS SIGNES ALPHABETIQUES 237 

Les archéologues les désignent communément sous le nom de 
tt marques de chasse ». Elles sont surtout abondantes à Tépoque 
aungnacienne. 

Certains groupes de traits gravés sur des objets ornés, sans 
avoir aucune valeur alphabétique, peuvent être regardés avec 
vraisemblance, comme des « marques de propriétaires ». Mais il 
serait imprudent d'interpréter avec nos idées modernes les diverses 
créations de Tart quaternaire. Dans le chapitre suivant consacré à 
Fétude des peintures pariétales si nettement apparentées aux sculp- 
tures et aux gravures des menus objets d'ivoire, d'os, de corne et 
de pierre, nous pourrons plus aisément mettre en évidence les 
grossières conceptions religieuses qui semblent avoir provoqué en 
ces temps primitifs les premières manifestations du sentiment artis- 
tique. 

mente de T. Rupert Jones, p. 183; — Cf. Lefèvre-Pontalis, i4R(/ir., 1892, 
p. 157 (curieux exemple d'écriture à encoches en usage chez les Khas Indo- 
Chinois) ; — Grosse, Débuts deVart^ p. 104 et suiv. ; — Dcniker, Aaces et 
Peuples delà Terre, p. 159. — Voir les os à encoches de Bruniquel récemment 
publiés dans Anthr, par M. Cartailhac, 1903, p. 306. Ils abondent d'ailleurs 
dans nos stations de Tépoque du Renne. 



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CHAPITRE X 

L'ART A L'ÉPOQUE DU RENNE. — GRAVURES 
ET PEINTURES PARIÉTALES 

Sommaire. — 1. Historique des découvertes. — IL Description sommaire des 
grottes ornées. — III. Authenticité des dessins des cavernes. Classement 
chronologique. Nature des sujets. — IV. Gravures et peintures rupestres de 
l'Australie et de la Californie. Pierres écrites de l'Afrique du Nord. — 
V. Totémisme et magie. 

§ I®^ — Historique des découvertes. 

On connaissait, depuis bien des années déjà, les objets mobiliers 
de pierre, d'ivoire, d'os et de corne sculptés ou gravés par les 
artistes magdaléniens, lorsque des découvertes très inattendues 
vinrent apporter à Tarchéologie préhistorique de nouvelles révéla- 
tions sur Tart primitif des chasseurs de rennes. Dans quelques-unes 
des cavernes profondes à Tentrée desquelles ces hommes primitifs 
avaient installé leurs foyers, on reconnut des représentations souvent 
nombreuses d'animaux et de figures diverses, gravées et peintes sur 
les parois et les voûtes. Ces singulières figurations étaient-elles 
contemporaines de l'habitat quaternaire des cavernes? Le pre- 
mier qui les signala à l'attention des préhistoriens, un Espagnol, 
Don Marcelino de Sautuola, n'hésita pas à l'affirmer, sans réussir 
d'ailleurs à dissiper les doutes que la nouveauté et l'étrangeté 
de ses observations devaient naturellement provoquer. C'est en 
1880 qu'il pubHa sommairement quelques-unes des peintures 
d'animaux reconnues par lui l'année précédente *ur la voûte de 
la caverne d'Altamira, commune de Santillana del Mar, province 
de Santander (fig. 96). Un ingénieur, M. Edouard Ilarlé, 
après avoir à son tour étudié les peintures, formula des con- 
clusions nettement défavorables à leur antiquité. M. Vilanova 
y Piera, professeur de paléontologie à Madrid, prit vainement 
position dans le même sens que son compatriote, en attestant ferme- 
ment la contemporanéité des figures pariétales et des foyers du 
quaternaire supérieur, découverts dans la caverne. De nombreuses 
considérations semblaient autoriser l'incrédulité ou la défiance. 
Comment expliquer la merveilleuse conservation de ces fresques, 



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240 X. GRAVURES ET PEINTURES PARIETALES 

vieilles de plusieurs millénaires d'années, dans des galeries humides, 
tapissées par endroits de nappes stalagmitiques? Que signifiaient 
ces figures d'animaux occupant des points de la caverne complè- 
tement obscurs et d'un accès difficile? On objectait encore Tabsence 
complète de toute Irace de fumée sur les parois, ce qui semblait 
exclure l'hypothèse d'un habitat prolongé dans ces noirs souter- 



Fig. 96. — Peintures du plafond de la grande salle d'Altamira, 
province de Santander (Espagne). Longueur, environ 14 mètres \ 

rains. Cependant certains faits observés par M. Harlé lui-même 
demeuraient inconciliables avec l'hypothèse d'une mystification ou 
de l'attribution des peintures à une date récente. Plusieurs figures 
étaient recouvertes d'une couche stalagmitique. D'autre part, 
l'entrée de la grotte était demeurée obstruée et ignorée jusqu'en 
1868. On ne pouvait donc, sans de graves difficultés, considérer 
comme modernes la totalité tout au moins des représentations. 

Quoi qu'il en soit, MM. de Sautuola et Vilanova ne réussirent 
pas à dissiper les doutes, et la découverte d'Altamira était tombée 
dans l'oubli lorsqu'en 1895, M. Kmile Rivière, l'heureux explora- 
teur des grottes de Menton, rencontra à son tour des dessins 
gravés sur les parois de la grotte de la Mouthe, commune de 
Tayac (Dordogne). Des dépôts paléolithiques et néolithiques 
obstruaient complètement l'entrée de cette caverne avant les 
fouilles de M. Rivière. Une argile de date indéterminée, il est vrai, 
recouvrait quelques traits de la partie inférieure des dessins, dont 

1. D'après Alcade del Rio, Portugalia, II, pi. VI. 



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DESCRIPTION SOMMAIRE DES GROTTES ORNÉES 241 

rautheniiciié n'était donc aucunement contestable. Dans la grotte 
de Pair-non-Pair, commune de Marcamps (Gironde), M. Daleau avait 
commencé des fouilles depuis 1883. Averti par les découvertes de 
la Mouthe, il publia en 1897 les précieuses gravures pariétales de 
cette grotte qu'il avait reconnues quelques années plus tôt. 
Là, des formations archéologiques recouvraient totalement les des- 
sins. Les derniers doutes étaient ainsi dissipés et, dès lors, l'attention 
des préhistoriens se porta sur les parois des cavernes. On cessa de 
nier Tauthenticité et Timportance des trouvailles de Sautuola. 
Enfin les gravures de la grotte Chabot, à Aiguèze (Gard), signalées 
par M. Chiron, instituteur, dès 1889, purent être classées au 
quaternaire et non plus, comme on Tavait pensé, à une époque 
relativement récente. 

Nous allons voir que, grâce aux explorations actives de plusieurs 
préhistoriens, notamment de MM. Breuil, Gapitan, Gartailhac, 
Peyrony, Alcade del Rio, le nombre des découvertes n'a cessé de 
s'accroître durant ces dernières années*. 

§ II. — Description sommaire des grottes ornées. 

Les cavernes ornées de gravures ou de peintures attribuées au 
quaternaire sont, à l'heure actuelle, au nombre de vingt, y compris 

I. Voici la liste des (çrottes ornées, classées d'après Tordre des découvertes, 
avec les noms des inventeurs : 

1' AUamira (Espagne), de Sautuola ; 1875, comme gisement archéologique; 
1879, comme grotte ornée. 

2* Chabot ( Ardèche), Chiron, 1879; 

S» La Mouthe (Dordogne), Rivière, 1895 ; 

A* Pair-non-Pair (Gironde), Daleau, 1896; 

5» Marsoulas (Haute-Garonne), Regnault, 1897; 

6* Les Combarelles (Dordogne), Gapitan, Breuil et Peyrony, 1902; 

7» Font-de-Gaame (Dordogne), id. ; 

8* Mas d'Azil (Ariège), Breuil, 1902; 

9*» J8erni/ai (Dordogne), Gapitan, Breuil et Peyrony, 1903; 
JO» Teyjat (Dordogne), id.; 
il" La Calévie (Dordogne), id. ; 
12* Covalanas (Espagne), Alcade del Rio, vers 1903 ; 
13» Castillo (Espagne), id, ; 
14» Hornos de la Peha (Espagne), id. ; 
15" La, Haxa (Espagne), id.; 

16* La Grèse (Dordogne), Gapitan, Breuil et Ampoulange, 1904; 
n» San Isabel (Espagne), Alcalde del Rio et Breuil, 1906; 
18«» La Venta de la Perra (Espagne), id. ; 
19» Gargas (Haute-Garonne). Regnault, 1906; 
20» Niaax (Ariège), Molard et Gartailhac, 1906. 

Manuel d'archéologie préhistorique. — T. I. 16 



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242 X. GRAVURES ET PEINTURES PARIÉTALES 

celle du Mas d'Azii qui n'a conservé que des vestiges à peine 
distincts de ses dessins. Nous décrirons successivement celles du 
département de la Dordogne au nombre de sept, celles des autres 
départements français, au nombre de six, et enfin les sept grottes 
du nord-ouest de TEspagne *. 
a) Grottes du département de la Dordogne, 

1. La grotte de la Mouthe est un étroit couloir creusé dans la 
roche crétacée sur une longueur de 220 mètres environ. Lorsque 
M. Rivière y commença des travaux de déblaiement, en 1895, 
rentrée en était obstruée presque jusqu'à la voûte*. Nous avons 
indiqué plus haut la stratification du remplissage, partiellement 
déblayé. Les premiers dessins commencent à 93 mètres de Tentrée, 
c'est-à-dire en pleine obscurité et se poursuivent jusqu'à 128 mètres, 
répartis en plusieurs groupes. Les figures sont tantôt de simples 
gravures, tantôt des gravures rehaussées d'un trait peint, de 
couleur rouge ou noire. Leur mérite artistique présente une 
inégalité manifeste. Un renne levant la tête, d'un mouvement 
très heureux, surpasse toutes les autres représentations, qui 
comprennent au moins un mammouth, des bovidés, des bisons, un 
bouquetin, etc. Deux animaux d'un dessin assez barbare portent 
chacun sur le dos une ligne horizontale de taches brunes qui les 
rapprochent des animaux pointillés de Marsoulas^. 

2. La grotte des Combarelles, commune de Tayac, près des 
Eyzies, est, comme celle de la Mouthe, une étroite galerie, longue 
de 230 mètres et à peine large de 2 mètres *. Sa hauteur s'abaisse 

1 . Cet inventaire ne comprend que les cavernes ornées décrites jusqu'à ce 
jour dans les publications. Leur nombre augmente assez rapidement d'année 
en année. Pendant la correction des épreuves de ce chapitre, M. Tabbé Breuil 
nous fait savoir qu'il compte actuellement 27 cavernes ornées, dont 11 en 
Espagne (une dans l'Aragon) et une en Italie. Dans ce nombre de 27, sont 
comprises, il esl vrai, des grottes à rares dessins. 

2. Avant ces travaux, lors de la découverte des gravures par les correspon- 
dants de M. Rivière, Edouard et Gaston Berthoumeyrou, le 11 avril 1895, le 
couloir dans lequel on ne pouvait s'avancer qu'en rampant, n'avait pas plus 
de 40 centimètres de hauteur environ, sur 60 de largeur. 

3. Emile Rivière, C. R. Acad. Se, juillet 1895 ; juillet 1896 ; 28 septembre 1896; 
5 octobre 1896; 5 avril 1897 ; 30 septembre 1901 ; 28 juillet 1902 ;— du même. 
Revue scientif., 1896, p. 526; 1901. p. 492; — du môme, BSA, 1897, p. 302, 
484, 497 ; 1901, p. 509; 1903, p, 191; — du même, Afas, Bordeaux, 1895, I, 
p. 313 ; Saint-Étienne, 1897, II, p. 669 ; Nantes, 1898, I , p. 186 ; — G. de Mor- 
tillet, REA, 1898, p. 20 ; — Massénat, A/'a.-?, Montauban, 1902, I, p. 261. 

4. Capitan et Breuil, Une nouvelle grotte avec parois gravées ^ G. R. Acad. Se, 
16 septembre 1901 (voir compte rendu dans Anthr., 1901, p. 671) ; — M. Boule, 
Les gravures et les peintures sur les parois des cavernes^ Anthr., 1901, 



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DESCRIPTION SOMMAIRE DES GROTTES ORNEES 243 

parfois à 50 centimètres. Les représentations pariétales commencent 
à 123 mètres de l'entrée et se poursuivent à intervalles irréguliers 
jusqu'à l'extrémité de la grotte. Beaucoup sont recouvertes par un 
enduit de calcite. Les dimensions des figures varient. Les plus 
petites n'ont que 10 centimètres de hauteur, tandis que d'autres 
mesurent un mètre. Souvent, quand plusieurs images sont super- 
|K>sées, l'enchevêtrement des lignes rend malaisée l'interprétation 
des sujets. Un œil non exercé ne distingue à première vue qu'un 
dédale confus de traits qui se croisent en tous sens, mais un examen 
patient permet bientôt d'opérer le départ entre les figures. Quel- 
ques-unes, d'ailleurs, complètement isolées, se détachent très 
nettement. En 1901,. MM. Capitan et Breuil ont compté aux 
Combarelles 64 figures d'animaux entiers et 43 têtes d'animaux, 
non comprises les figurations partielles ou indéchiffrables. On voit 
par là l'importance de l'ensemble. Ces figures se répartissent de la 
façon suivante : équidés, 23 ; bovidés, 3 ; bisons, 2 ; rennes, 3 ; 
mammouths, 14 (voir ci-dessus, fig. il) ; têtes de bouquetins, 3; 
têtes d'antilopes saïga *, 4; têtes variées, surtout de cheval, 36 ; face 
humaine (?), 1 ; cupule, 1 ; animaux entiers non identifiés *, 19. 

Le trait est tantôt profondément incisé comme à Pair-non-Pair et 
à la Grèze, tantôt finement gravé et accompagné de hachures 
indiquant certains détails du pelage, tels que la crinière et les poils 
longs. Un trait peint, de couleur noire, accentue parfois la gravure 
des contours et dans certains cas la remplace. Certaines figures 
d'animaux ne le cèdent en rien aux gravures sur os, sous le rapport 
de la fidélité du dessin. De pirtet d'autre, c'est le même style et le 
même faire ; les nombreuses représentations de mammouth, 
notamment, et celles des équidés où se retrouvent les deux races 
quaternaires, appartiennent bien aux mêmes types. Un cheval 
porte sur le dos une bande de signes triangulaires, dits tectiformes, 
tout d'abord interprétée faussement comme une sorte de couverture. 
MM. Capitan, Breuil et Peyrony ont reconnu dernièrement aux 
Combarelles une représentation de félin, en partie cachée sous la 
stalagmite et un ours qui pourrait être VUrsus spelaeus ^. 

p. 671 ; —Capitan et Breuil, Gravures paléol. sur les parois de la grolte des 
Combarelles, BSA, 1902, p. 527; —A. de Mortillet, Sur quelques figures 
peintes, HP, 1903, p. 44. 

1. Jeunes rennes et non antilopes s&i^a (Breuil . 

2. La continuation des recherches a permis aux mêmes explorateurs de la 
caverne de remanier et d'augmenter ces chiffres, donnés en 1901 à titre provi- 
soire. 

3. REA, 1905, p. 237. 



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241 X, GRAVURES ET PEINTURES PARIÉTALES 

3. La grotte de Font-de-Gaume est située à un kilomètre et demi 
des Eyzies et à 300 mètres de la Beune. Un couloir étroit, d'où 
partent deux galeries, aboutit à une grande salle de 40 mètres de 
longueur sur 2 à 3 mètres de largeur et 5 à 6 de hauteur. C'est là 
que se trouvent les belles peintures et gravures d'animaux décrites 
par MM. Gapitan et Breuil, notamment les rennes alFrontés (fig. 97), 
Fun des meilleurs ouvrages de Tart quaternaire. Sur les parois de 



Fig. 97. — Rennes afTrontés, gravés et peinls. Longueur, 2" 10 ; hauteur, 1»30'. 
Grotte de Font-de-Gaume (Dordogne). 

la salle, les inventeurs ont pu, dans un premier inventaire 
provisoire, reconnaître nettement 80 figures, souvent recou- 
vertes par un glacis stalagmitique. Elles comprenaient : 49 
bisons, 4 rennes, 4 équidés, 3 antilopes^, 2 mammouths, 11 ani- 
maux indéterminés et 7 signes divers. «Ces figures, écrivent MM. 
Gapitan et Breuil, sont placées à des hauteurs diverses sur les 
parois, tantôt presque au ras du sol, tantôt à 2 mètres environ de 
hauteur. Le mode d'exécution est très variable. Tantôt ce sont^des 
gravuresfranchementincisées dans la pierre. D'autres fois, la gravure 
est extrêmement fine, peu profonde et indiquant une moins grande 
sûreté de main que dans le cas précédent. Parfois la figure est cir- 



1. D'après le D' Gapitan et Tabbé Breuil, C. R. Acad. /A«cr.,1903, p. 122. 

2. Détermination erronée, d'après une rectification que M. Breuil veut bien 
nous communiquer. 



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DESCRIPTION SOMMAIRE DES GROTTES ORNEES 245 

conscrilepar une sorte de grattage de la roche donnant un aspect 
de champlevé. Enfin les traits gravés peuvent être recouverts par 
la peinture ou au contraire avoir été tracés par-dessus. Celte pein- 
ture a été obtenue au moyen d'ocre rouge et de noir de manga- 
nèse, dont on retrouve des gisements aux environs. Klle a dû être 
préparée, avant Temploi, par une sorte de broyage grossier ou par 
décantation, ainsi que M. Moissan Ta établi en examinant des par- 
celles de ces couleurs que nous lui avions soumises. Tantôt la 
couleur est appliquée sous forme de traits rouges ou noirs circon- 
scrivant un animal, tantôt sous forme de teintes plates juxtaposées, 
parfois enfin les deux couleurs sont fondues et donnent des teintes 
dégradées fort intéressantes » *. 

Il convient de noter parmi les figures, outre les rennes 
aiTrontés: un petit mammouth finement gravé, bien complet, 
un bovidé peint, mesurant 2 "70 de longueur sur 1"30 de 
hauteur, portant sur le corps deux signes rouges tectiformes, 
nettement dessinés ; de nombreux bisons rouges et noirs, des 
rennes, des signes tectiformes gravés ou peints et des signes en forme 
d'échelles incurvées ^. 

Un félin (peut-être la felis leo, var. spelaea, ou grand chat des 
cavernes ?) et un Rhinocéros Uchorhinus, bien caractérisé par 
ses deux cornes nasales et sa toison, ont été reconnus récemment 
parmi les dessins pariétaux de Font-de-Gaume ^. Le rhinocéros 
bicorne. Tune des rares figurations de ce mammifère signalées jus- 
qu'à ce jour dans Fart quaternaire, n'a pas encore été publié. 

4. La petite grotte delà Grèze, commune de Marquay, se trouve 
à six kilomètres des Eyzies, sur la rive droite de la Beune. L'humi- 
dité de Tair a altéré ses gravures pariétales où Ton n'a pas reconnu 
plus de quatre représentations d'animaux, dont une seule entière et 
les autres incomplètes. Néanmoins, en raison de leur archaïsme 
nettement accentué, ces figures méritent de fixer l'attention. Elles 
se présentent en profil absolu, comme celles de Pair-non-Pair, 

1. Capitan et Breuil, C. R. Acad. /fisc, 1903, p. 120. 

2. Capitan et Breuil, Une nouvelle grotte à /îg. peintes^ C.R. Acad. Se, 16 el 
23 septembre 1901 ; — REA, 1901, p. 323 ; — M. Buule. àravures et peintures 
survies parois des cavernes, Anthr., 1901, p. 671; — Capilan et Breuil, C. H. 
Acad. Se, 16 juin 1902; Ibid., 1903, p. 117 ; — Afas, MonUuban, 1902, I, 
p. 261 ; — Moissan, Sur les matières colorantes, etc., REA, 1902, p. 239; 
— Martel, Sur la grotte de Font-de-Gaume et Vàge du creusement des 
cavernes, C. R., Acad. Se, 15 juin 1903 et HP, 1905, p. 282 ; — A. de Mortillet. 
HP, 1903, p. 43. 

3. Capitan, Breuil et Peyrony, REA, 1905, p. 237. 



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246 



X. GRAVURBS ET PEINTURES PARIETALES 




Fig. 98. — Bison gravé. Phase archaï- 
que. Haut., 0" 40. Grotte de la 
Grèxe (Dordogne)^. 



c'est-à-dire que, des quatre membres de Tanimal, deux seulement 
sont ordinairement indiqués, cachant entièrement les deux autres. 
L'animal entier est un bison (%. 9S), d'un dessin ferme et juste, mais 
dont les cornes sont vues de face, bien que la tête se présente exacte- 
ment de profil. C'est là une particularité archaïque qui se retrouve 
dans lart de l'antiquité classique. Le train postérieur d'un quadru- 
pède, gravé à droite de ce bison, 
est tracé avec une naïveté toute pri- 
mitive. La raideur des contours 
contraste nettement avec la sou- 
plesse harmonieuse de dessin que 
présentent les figures quaternaires 
appartenant à un art plus évolué. 
Un autre intérêt s'attache à la 
grotte de la Grèze * : comme à Pair- 
non-Pairet àTeyjat, le décor mural 
y était entièrement caché par un 
remplissage archéologique, encore 
incomplètement connu, et paraissant appartenir à une phase an- 
cienne de l'époque du Renne. 

L'abri de la Grèze est éclairé par la lumière du jour, et la conser- 
vation d'une partie des figures pariétales est due à leur enfouisse- 
ment sous une couche de débris. 

5. La grotte de Teyjal, située à trois kilomètres de Javerlhac, 
à une faible distance des Eyzies, avait été fouillée en 1889 
par Perrier du Carne, auquel elle avait livré des silex magda- 
léniens et cinq gravures sur os. Son entrée, rétrécie par des 
éboulis, conduit à un couloir qui se divise bientôt en deux branches. 
Au point fouillé par Perrier du Carne, à 10 mètres de l'entrée 
de la branche de droite, M. Peyrony découvrit de remarquables 
figures sur une ancienne cascade de stalagmite. On y reconnaît 
surtout des rennes, des cerfs, des chevaux, des bisons, deux bœufs et 
deux ours. 

« Ces dessins sont de dimension assez réduite, quelquefois aussi 
petite que celle des os gravés ; ils sont parfois fortement tracés, 
mais plus souvent simplement marqués d'un trait menu »^. 



1. Capitan, Breuil et Ampoulanfce, La grotte de la, Grèze [Dordog ne , G. R. 
Acad. Inscr., 1904, p. 487; — des mêmes, KKA, 1904, p. 320. 

2. Capitan, Breuil et Ampoulange, C. R. Acad. Inscr., 1904, p. 488, fîg. 1. 

3. Capitan, Breuil, Peyrony, Bourrinct, CPF, Përigueux, 1905, p. 87. Les 



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DESCRIPTION SOMMAIRE DBS GROTTES ORNEES 



247 



6. La grotte peu profonde de la Galévie, sur la route des Eyzies à 
Sarlat, s'ouvre, comme cinq autres des grottes ornées du Périgord, sur 
la vallée de laBeune, affluent de la Vezère. On y a signalé une dou- 
zaine de gravures d'animaux, dont quelques-uns près de l'entrée, 
dans une partie de la grotte qu'éclaire encore la lumière du jour *. 

7. Dans la grotte de BernifaI, aux environs des Eyzies, grotte 
formée de trois salle.-; réunies par des couloirs, MM. Capitan, 
Breuil et Peyrony ont découvert une série de gravures assez pro- 
fondément incisées et voilées d'une 
couche de concrétion stalagmitiqye 
mince mais fort dure. Ces gravures, 
au nombre de vingt-six, divisées en 
deux groupes, comprennent des 
mammouths, de petits chevaux, un 
grand bison et des jeunes rennes à 
cornes non ramifiées, pris tout d'abord 
à tort pour des antilopes^. 

Les signes triangulaires, désignés 
sous le nom de signes tectiformes, 
apparaissent douze fois sur les parois 
de cette grotte, notamment sur les 
deux représentations de mammouths (fig. 99). Ceux-ci sont figurés 
fidèlement. L'artiste a su reproduire la forme bombée du front et 
la toison laineuse du ventre de ces éléphants, indiquée par des 
stries verticales. 

La grotte de BernifaI est complètement obscure '•. 

b) Grottes situées dans divers départements. 

8. La grotte de Pair-non-Pair, à Marcamps (Gironde), lors de sa 
découverte par M. Daleau en 188L était entièrement comblée par 
les apports des eaux pluviales et par des foyers. Près de 600 mètres 
cubes de terre et de débris en furent extraits par son inventeur en 
1885. Grâce à la méthode qui présida à ses fouilles, M. Daleau 




Fig. 99. — Mammouth gravé, 
portant sur le corps deux si- 
gnes tectiformes. Grotte de 
BernifaI (Dordogne) ^. 



dessins des gravures de Teyjat n'ont pas été publiés. Les fouilles du i*cm- 
plissage se poursuivent. Sur cette grotte voir aussi Capitan, Breuil et Pey- 
rony, C. R.Acad. Inscr., 1903. p. 407. et REA, 190.3, p. 36i. 

1. Capitan, Breuil et Peyrony, IIKA, 1904, p. 379. 

2. Communication de M. Tabbé Breuil. 

3. D'après Capitan, Breuil et Peyrony, C. R. Acad. Inscr., 1903, p. 226, 
fig. 6. 

4. Capitan, Breuil et Peyrony, Les figures gravées sur les parois de la 
grotte de BernifaI, C. R. Acad. Inscr., 1903, p. 219 et REA, 1903, p. 202. 



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243 



X. GRAVURES BT PEINTURES PARIÉTALES 



distingua dans le remplissage archéologique trois assises distinctes, 
auxquelles il donna tout d'abord les dénominations suivantes : 

Magdalénien. . 2"» 30 

Solutréen 0"» 30 

Moustérien .... 1™ 55 

Mais à la suite des constatations de M. Breuil, M. Daleau reconnut 
que les deux assises supérieures se classent à Taurignacien. Ce fait 




Fig. 100. — Gravures pariétales de la grotte de Pair-non-Pair (Gironde) *. 

présente une importance capitale pour la détermination de la date 
des gravures et peintures pariétales. En effet, les figures étaient 
cachées par l'assise aurignaciennne. Elles ont donc été exécutées 
avant la fin de cette formation. La base de Taurignacien paraissant 
manquer, M. Breuil est autorisé à les faire remonter au plein de 
cette première phase de Tépoque du Renne. 

1. D'après Daleau, Les gravures sur rocher de Pair-non-Pair, Actes Soc. 
Archéol. Bordeaux, 1897, p. 236. 



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DESCRIPTION SOMMAIRE DES GROTTES ORNEES 249 

On compte à Pair-non-Pair quatorze figures déterminables : 
équidés, bouquetin, capridés, bovidés. Ces animaux (voir Rg, 100), 
tournés adroite ou à gauche, sont tous de profil absolu, comme à la 
Grèze. Les traits sont profondément entaillés. Un équidé retourne la 
tète en arrière. Un autre portait des traces de couleur rouge. Au 
reste, M. Daleau a recueilli dans les assises supérieures de nom- 
breux fragments de peroxyde de fer, des broyeurs en quartz et en 
granit, servant à pulvériser les couleurs, enfin des omoplates tein- 
tées de rouge qu*il considère comme des palettes. 

Les gravures étaient placées sur les deux parois dans une partie 
de la grotte autrefois obscure, à 16°* 50 de Tentrée primitive. Mais 
la partie antérieure de la galerie étant détruite, elles se trouvent 
actuellement à une faible distance de Torifice . Ces gravures occupent 
une surface de 25 mètres environ * . 

9. J-^ grotte Chabot, à Aiguèze (Gard), est située sur la rive 
droite de TArdèche. Ses parois, à droite et à gauche, portent des 
gravures profondément entaillées, mais tellement enchevêtrées que 
la confusion des lignes permet malaisément d'isoler les figures^. 
Cependant on distingue quelques animaux d'une facture primitive, 
notamment une silhouette de mammouth reconnaissable, comme 
les autres figurations de ce pachyderme, à son dos arqué et à sa toison 
laineuse^. La grotte Chabot avait livré des ossements de rennes et 
de cerfs, associés à des instruments de silex de Tépoque du Renne. 

10. La grotte de Marsoulas, à Salies-du-Salat (Haute-Garonne), 
fut fouillée de 1881 à 1884 par M. Tabbé Cau-Durban, qui n'attacha 
pas d'importance à des traces de peintures rouges reconnues sur les 



1. F. Daleau, La grotte de Pair-non-Pair, Afas, Alger, 1K81, p. 755 (Les 
gravures n'étaient pas encore découvertes) ; — du même, Les gravures sur 
rocher de la caverne de Pair-non-Pair, Actes de la Soc. archéol. de Bordeaux, 
1897, p. 236 (voir les comptes rendus dans REA, 1899, p.26 ; — Anthr. 1898, 
p. 66; — REA, 1898, p. 20). 

2. Chiron, Note sur les dessins de la grotte Chabot, Bull. Soc. Anthr. Lyon, 
1889, p. 96; — du même, Rapport sur les grottes Chabot et du Figuier, Acad. 
de Vaucluse, 1890, p. 344; — du même, La grotte Chabot, Rev. hist. du 
Vivarais, 15 oct. 1893, p. 437 ; — Rivière, BSA, 1897, p. 317 ; — D' Paul Ray- 
mond, Gravures de la grotte magdalénienne de Jean-Louis à Aiguèze, BSA, 
1896, p. 643; — du même, L arrondissement d'Uzès avant l'histoire. — 
— A. Fvombard-Dumas, La sculpture prèhist. dans le dép. du Gard, 1899 
(c. r. dans REA, 1901, p. 26; — ibid., p. 49) ;— D' P. Raymond, Les gra- 
vures de la grotte Chabot, Màcon, 1903. 

3. Sur une des phototypies publiées par le D' Raymond {Ibid., 1905, p. 6), 
on voit assez distinctement cette image de mammouth, tracée par une main 
encore inexpérimentée. 



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250 X. GRAVURES ET PEINTURES PARIETALES 

parois de la caverne *. Signalées en 1897 par M. Félix RegnaulL et 
partiellement publiées par lui en 1903, ces peintures ont été 
récemment Tobjet d'une étude approfondie, due à MM. Breuil et 
Cartailhac. 

La grotte fut fermée d'ancienne date par un éboulement de sa 




00/i 



""^, 




Fifç. 101. — Bison gravé. Grotte de Marsoulas (Haute-Garonne) 2. 

partie antérieure, probablement avant l'époque néolithique, ce qui a 
assuré la conservation des peintures. 

Les figures, gravées ou peintes, commencent à 15 mètres de 
l'entrée et se rencontrent jusqu'à 40 mètres. Gomme à l'ordinaire, 

1. Cau-Durban, La grotte de Marsoulas, Mat., J885, p. 341; — du même. 
Revue de Comminges, 1S86, 4' trimestre ; — Nadailliac, La grotte de Marsou- 
las^ La Nature, 1887, p. 359 (Ces trois notices ne font pas encore mention dcîf 
peintures pariétales); — Cartailhac, Note sur les dessins de la grotte de Mar- 
soulas, C. R. Acad. Inscr., 1902, p. 178 ; — F. Hcp:nauU, La grotte de Mar- 
soulas, Afas, Montauban, 1902, I. p. 2i5; — F. Re^nauU, Peintures et gra- 
vures dans la grotte de Marsoulas, BA, 1903, p, 209; — Cartailhac et Breuil, 
Les peintures et gravures murales des cavernes pyrénéennes , Anthr., 1901, 
p. 643, et 1905, p. 431 ; — Fabre, Analyse chimique des peintures rouges de 
Marsoulas et de Gargas^ BSA, 1906, p. 332. 

2. D'après Cartailhac et Breuil, Peintures et gravures murales des cavernes 
pyrénéennes, Anthr., 1905, p. 434, fîg^. 2. 



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DESCRIPTION SOMMAIRE DES GROTTES ORNEES 



251 



leurs dimensions varient suivant Tétendue des surfaces dont dis- 
posait l'artiste. Tel bison mesure l'^SO et tel autre 0"56. De même 
qu'aux Gombarelles, des gravures obtenues par unirait profond et 
continu sont associées ici à des gravures à trait fin, hachuré (fig. 101). 




Fi^. 102. — Figures humaines gravées. Grotte de Marsoulas (Haute- 
Garonne) *. 

Outre quatorze figures entières (six chevaux, six bisons, un bou- 
quetin, un cervidé), on constate plus d'une centaine de figures 
partielles reproduisant surtout des bisons. « L'homme est rappelé 



Fig. 103. — Bisons, peintures au pointillé rouge et en noir. 
Grotte de Marsoulas (Haute-Garonne)-. 

par une douzaine de croquis (voir fig. 102) et, comme à Altamira, ce 
sont des dessins très incomplets, tout à fait insuffisants. Ce ne sont 
guère que des têtes. La figure n'est nullement traitée avec cette 
sûreté de biirin qui distingue les gravures d'animaux » ^. 

Les peintures comprennent des animaux et des signes linéaires^. 

1. D'après Cartailhac et Brcuil, Anthr., 1905, p. 437, fig. 5 à 7. 

2. D*après Cartailhac et Breuil, loc.eil.jp. 439, fig. 9. 

3. Cartailhac et Breuil, loc. cit , 1905, p. 437. 



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252 X. GRAVURES ET PEINTURES PARIETALES 

Tous les détails de la technique des peintures d'Altamira et de 
Fonl-de-Gaune se retrouvent à Marsoulas. L'artiste traçait en cou- 
leur noire les contours du corps et la tête ; il peignait en rouge la 
masse de la figure. On trouve aussi des figures noires. D'autres 
ont été exécutées au pointillé : dans ce cas, tandis que la tête, 
dont les détails sont gravés, a reçu un remplissage uniforme de 
couleur rouge brun, tout le corps est couvert de pastilles rouges, 
régulièrement disposées en lignes parallèles [i\g. 103). 

Un des bisons polychromes de Marsoulas porte sur ses flancs un 
signe pectiniforme, dérivé schématique du signe de la main 
(fig. 110). 

Les peintures de Marsoulas comprennent en outre toute une série 
de signes divers, pectiniformes, tectiformes, lignes arborescentes 
(peut-être dérivés du harpon bi-barbelé, tel qu'il apparaît à 
Niaux et sur les dents du collier de Sorde), lignes et surfaces 
ponctuées. 

11. La grotte de Gargas, commune d'Aventignan (Hautes-Pyré- 
nées), à la limite de ce département et de la Haute-Garonne, non 
loin de Bagnères-de-Luchon, fut fouillée il y a bien des années par 
MM. Garrigou et F. Regnault. Nous Tavons déjà mentionnée à 
propos d'importantes découvertes paléontologiques, notamment de 
la trouvaille d'un squelette de Thyène des cavernes, rencontré pour 
la première fois à peu près entier ^ M. Félix Regnault reconnut 
en 1906, sur des draperies stalagmitiques tombant de la voûte de 
Gargas, des empreintes de mains se détachant en rose clair sur un 
fond brun rouge, les doigts toujours tournés en haut. MM. Cartail- 
hac et Breuil, étudiant ultérieurement les mains de Gargas, ont 
noté à ce sujet quelques particularités intéressantes : le nombre 
de ces empreintes n'est pas inférieur à cent vingt et, sauf de rares 
exceptions, c'est toujours la main gauche qui est figurée. Les doigts 
sont ouverts, mais souvent tronqués, en partie ou en totalité, 
comme si les deux phalanges supérieures étaient mutilées ou 
repliées ^. Nous verrons que des figurations semblables de mains 

1. Les ossements quaternaires de Gargas provenant des fouilles de 
M. F. Regnault sont conservés en partie au Muséum d'histoire naturelle de 
Paris. 

2. F. Regnault, Empreintes de mains humaines dans la grotte de Gargsis^ 
BSA, 1906, p. 332. — Cartailhac, Souvelles grottes à peintures, RP, 1906, 
p. 269. — Fabre, Analyse chimique des peintures rouges de Màrsouh* et de 
Gargas, BSA, 1906, p. 332: — Cartailhac et Breuil. Une seconde campagne 
aux cavernes de Niaux et de Gargas, C. R. Acad. Inscr., 1907, p. 214. 



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DESCRIPTION SOMMAIRE DBS GROTTES ORNEES 253 

cernées de rouge ou de noir se retrouvent sur les rochers de la 
Californie et de TAustralie, parfois avec la valeur convention- 
nelle d'un signe d'alliance *. 

Dans les cavernes ornées quaternaires, ce signe de la main se 
nencontre non seulement à Gargas, mais encore dans deux grottes 
de l'Espagne, à Altamira (main imprimée) et à Gastillo (main faite 
nu patron^ comme celles de Gargas). D'autre part, la figuration 
schématique de la main apparaît à Marsoulas et à Altamira. 

On a encore relevé à Gargas des signes en forme de gros 
points rouges, d'autres composés de points plus réduits, des 
g^raffites confus, comprenant des fragments de représentations 
d^animaux, et enfin des entrelacs tracés sur un enduit argileux du 
plafond par une main aux doigts réunis ou écartés. 

12. La grande grotte de Niaux (Ariège), la dernière des cavernes 
ornées connues à ce jour, dans l'ordre des découvertes, se classe 
parmi les premières sous le rapport de l'intérêt archéologique *. Sa 
découverte remonte au mois de septembre 1906 '. Elle s'ouvre à 
100 mètres au-dessus de la rivière de Vie de Sos et mesure au moins 
] .400 mètres d'étendue. C'est à 800 mètres de l'entrée environ, dans 
la galerie latérale droite, que les premières figures ont été recon- 
nues. 

Au fond de ce long souterrain, dans le bas-côté d'une sorte de 
rotonde, apparaissent sur une surface de 40 mètres de développement 
environ de belles fresques noires représentant des bisons, des che- 
vaux, des bouquetins et un cerf. Les bisons sont au nombre de 
plus de trente et l'on a reconnu huit ou neuf chevaux et trois 
bouquetins. La longueur des figures qui atteint parfois l°^50 
s'abaissse en général à une dimension voisine de l mètre, et descend 
exceptionnellement à 0™25. Les dessins sont peints en noir. Par- 
fois le contour de la silhouette est seul tracé, mais ordinairement 
Tartiste a indiqué par des hachures les détails du pelage ou de la 
charpente générale du corps. Les figures noires modelées de Mar- 

1. On trouverait même aux époques historiques de nombreuses traces du 
culte de la main à travers les â^es. Voir à ce sujet quelques indications de 
M. Camille JuUian, Hevue des études anciennes, 1906, p. 345. 

2. Cartailhac, Nouvelles grottes à peintures^ RP, 1906, p. 270; — du même,. 
Le salon noir préhistorique de V Ariège, Anthr., 1906, p. 622 ; — Cartailhac et 
Breuil, Une seconde c&mpagne aux cavernes de Niaux et de Gargas, C. R, 
Acad. In^cr., 1907, p. 216. 

3. M. le commandant Molard reconnut le premier la présence des pein- 
tures pariétales, dont l'âge quaternaire fut établi tout aussitôt par M. Car- 
tailhac. 



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254 X. GRvVVURES ET PEINTURES PARIETALES 

soulas et d^AItamira font ici défaut, de même que les figures poly- 
chromes. 

Le principal intérêt de ces représentations réside dans la pré- 
sente des signes en forme de pointe barbelée que portent sur leurs 
flancs plusieurs animaux. 

Nous avons vu qu'un cheval des Gombarelles est marqué de 
signes tectiformes, qu'un bison polychrome de Marsoulas présente 
sur ses flancs un signe pectiniforme, enfin que Font-de-Gaume et 
Bernifal ont procuré des constata'ions analogues. A Niaux, Tinter- 
prétation du signe ne présente pas de dlfiiculté : c'est une pointe 
portant au sommet et même une fois au talon deux barbelures. 
Nous avons dit plus haut que ces pointes, rapprochées de celles 
qui sont gravées sur le collier de Sorde, doivent être identifiées 
avec les harpons barbelés. On les voit figurées par unités ou par 
groupes de deux, de trois et de quatre sur les flancs de sept 
bisons. Dans un groupe qui réunit quatre de ces pointes, alignées 
sur un rang, les deux externes sont rouges, les deux internes sont 
noires et plus longues que les précédentes. 

La grotte de Niaux a livré quelques objets appartenant à Tépoque 
du Renne, mais elle ne contient aucun remplissage archéologique. 

MM. Cartailhac et Breuil ont constaté que son aire n'a subi 
aucune modification depuis Tépoque du retrait des glaciers, anté- 
rieure aux peintures pariétales. L'argile desséchée que foulaient les 
artistes magdaléniens paraît même garder quelques empreintes de 
leurs pas. Les forces de la nature qui ont modifié ou bouleversé tant 
d'autres cavernes exposées aux infiltrations, au ruissellement, aux 
éboulis, ont respecté cette galerie profonde. Telle elle était à 
l'époque du Renne, telle nous la retrouvons aujourd'hui. Et ce 
n'est pas sans une profonde surprise que ses explorateurs ont 
reconnu, tracés sur le sol argilo-sableux de ce souterrain, des des- 
sins du même style et apparemment de la même époque que 
ceux des murailles. 

MM. Cartailhac et Breuil n'hésitent pas à considérer comme 
incontestable l'ancienneté de ces dessins. Le spécimen qu'ils en ont 
publié représente un poisson. Tous ceux qui sont familiarisés 
avec les ouvrages d'art de l'époque glyptique ne sauraient en effet 
méconnaître son étroite ressemblance avej les poissons gravés sur 
os et sur bois de renne de l'époque magdalénienne. 

La première galerie de la grotte de Niaux, longue de 600 mètres, 
souvent envahie en partie par les eaux, contient sur ses parois de 



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DESCRIPTION SOMMAIRE DBS GROTTES ORNÉES 255 

nombreux signes rouges symboliques, notamment des pointillés, 
comme à Marsoulas. 

13. Dans la grotte du Mas d'Azil M. Tabbé Breuil à décou- 
vert en 1902 de nombreuses traces de dessins dont deux figures 
d'animaux seulement sont discernables *. 

c) Grottes de V Espagne, 

14. Nous avons relaté ci-dessus les circonstances de la découverte 
dés peintures delà célèbre caverne d'Altamira ^ par M. de Sautuola 
en 1875. Après que les trouvailles similaires de la Mouthe, de 
Pair-non-Pair et de Font-de-Gaume eurent mis en évidence le haut 
intérêt archéologique et Tincontestable antiquité des peintures 
pariétales, l'attention se reporta sur celles d'Altamira. MM. Car- 
tailhac et Breuil et après eux un Espagnol^ M. Alcade del Rio, 
explorèrent de nouveau \3. caverne. Notre figure 104 r epr odui t un 
des nombreux pastels exécutés par M. Breuil en vue de Touvrage 
d'ensemble qu'il prépare, en collaboration avec M. Cartailhac, sur 
les peintures et gravures des cavernes pyrénéennes. 

La caverne d'Altamira est située au sommet d'une colline, à trois 
kilomètres de la mer que regarde son entrée, exposée au nord. 
Klle fait partie de la commune de Santillana del Mar, province de 
Santander. 

Un chasseur découvrit en 1868 son orifice, très étroit et masqué 
par des broussailles. M. de Sautuola y pratiqua quelques fouilles et 
au cours d'une de ses visites y reconnut les célèbres peintures. La 

1. Breuil, Rapport sur les fouilles dans la grotte du Mas d'Azil {Ariège), 
BA, 190i, p. 434. 

2. Don Marcelino de Sautuola, Brèves apuntos sobre algunos objetos 
prehist. de la prov. de Santander, Madrid, 1880, ipl.; — Ed. Harlé, La grotte 
d'Altamira^ Mat., 1881, p. 275; — Vilanova y Piera, Les peintures des grottes 
de Santillana, Afas, Alger, 1881, p. 765, et La Rochelle, 1H82, p. 669 ; — 
É. Rivière. BSA, 1897, p. 138, 319; — G. de Mortillet, REA, 1898, p. 20; — 
Cartailhac, La grotte d'Altamira, mea culpa dun sceptique, Anthr., 1902, 
p. 348. — Cartailhac et Breuil, Note sur les peintures de la grotte dWUamira^ 
C. R. Acad. Inscr., 1903, p. 256; — des mêmes, Les peintures de la grotte 
d'Altamira,C. R. Acad. Se, 1903, p. 1534; — des mêmes, Les peintures et 
gravures des cavernes pyrénéennes, Altamira et Marsoulas, Anthr., 1904, 
p. 625, et 1905, p. 431 ; — Martel, Sur la grotte d' Altamira, BSPF, 1906, p. 82; 
^ da même. Réflexions sur Altamira, CPF, Périgueux, 1905, p. 112. L'auteur, 
dans ce mémoire, s'est efforcé de démontrer l'âge néolithique des peintures 
d'Altamira et des autres grottes de l'Espagne. Cette opinion insoutenable a été 
réfutée par M. BreuW, Vâge des peintures d'Altamira, RP, 1906, p. 237. — 
Hermilio Alcade del Rio, Las pinturas y grabados de las cavernas prehist.^ 
Po'rtugalia, 1906, p, 137. Voir l'analyse critique de cet important mémoire 
par M. Breuil dan» Anthr., 1906, p. 137. 

Dans le même recueil (1906, p. 626), M. Breuil a rendu compte de son voyage 
d'exploration dans les cavernes ornées de l'Espagne. 



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256 X. GRAVURES ET PEINTURES PARIETALES 

caverne, qui présente une succession de grandes salles et de cou- 
loirs, se développe sur une longueur totale de 28Q mètres. On ny a 
rencontré aucun vestige postérieur au quaternaire, ce qui permet 
d'admettre que, dès la fin de cette période, l'entrée se trouvait 
obstruée par Téboulement du plafond. « Un grand amoncellement 
de coquilles et d'os cassés, pétris dans une cendre noire et grasse 
avec de nombreux galets, des instruments de pierre taillée, d'os ou 



Fig. 104.— Bison bondissant, peinture polychrome, plafond de la caverne 
d'Altaniira, province de Santander (Espagne). Dimension, 1"55 *. 

de bois de cerf, occupe Tentrée de la caverne; ces déchets de cuisine 
se retrouvent, mais sans traces de cendres, le long des murailles de 
la grande salle. Aucun autre débris dans le reste des galeries » ^. 

Pendant ces dernières années, M. Alcade del Rio explora ces 
foyers, recouverts par des éboulis du rocher. Il reconnut à la base 
du remplissage une assise solutréenne avec pointes à cran typique 
(solutréen supérieur) et au sommet une assise magdalénienne avec 
gravures sur os représentant des biches d'un dessin identique à celles 
des peintures pariétales. Le renne manque dans la faune, ce cervidé 
ne paraissant pas avoir franchi les Pyrénées. D'ailleurs, aucun des 
animaux éteints de la faune quaternaire n'est figuré sur les parois 
des cavernes espagnoles. 

1. D'après un pastel de l'abbé Breuil (Cartailbac et Breuil, Peintures et 
gravures murales des cavernes pyrénéennes^ Anthr., 190 4, p. 641, fig. 16). 

2. Gartailhac et Breuil, loc. cit., 1904, p. 629. 



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DESCRIPTION SOMMAIRE DES GROTTES ORNEES 



257 




On trouve sur toute Tétendue de la grotte des figures peintes ou 
gravées. Les plus belles et les mieux conservées occupent le grand 
plafond formant voûte au-dessus d'une salle s'ouvrant à gauche de 
l'entrée. 

Là, comme dans plusieurs des cavernes déjà décrites, des généra- 
tions successives d'artistes se sont succédé, usant tour à tour de 
méthodes et de procédés divers et su- 
perposant les figures nouvelles aux 
images anciennes. La figure 96, em- 
pruntée aux relevés de M. Alcade del 
Rio, reproduit un panneau du grand 
plafond, mesurant 14 mètres de long. 
Vingt-cinq figures polychromes et 
quelques figures noires modelées, en- 
tamant des dessins plus anciens et par- 
tiellement détruits, se pressent, sans 
ordre apparent, sur cette vaste fres- 
que, œuvre composite, due à divers 
artistes. 

Avec ces représentations fidèles d'a- 
nimaux divers, parmi lesquels domine 
le bison et où Ton admire la variété 

et la souplesse des mouvements, se montrent à Altamira, comme 
à Marsoulas, d'étranges silhouettes d'êtres indéterminés ou hybrides 
[Rg. 105)» intermédiaires entre l'homme et la bête, rappelant les 
figurations des gravures sur os découvertes au Mas d'Azil ^, On 
les a considérées avec vraisemblance comme des représentations 
d'hommes affublés de masques d'animaux. Chez les Esquimaux et 
les Peaux-Rouges et chez d'autres peuples non civilisés, les sorciers, 
avant de se livrer à leurs danses magiques, s'enveloppent la tête 
de masques semblables ^. Le mouvement des bras levés vers le 
ciel, geste de supplication, paraît confirmer cette conjecture. 

15-20. On connaît encore dans la région de- Santander six autres 
cavernes ornées : Gastillo, Govalanas, Hornos de la Pena, la Haza, 
San Isabel, la Venta de la Perra. La plus importante est celle de 
Castillo, grande caverne située à Puente-Viesgo et découverte en 
1903 par M. Alcade del Rio. Elle contient un grand nombre de 



Fig. 105. — Silhouettes d'hom- 
mes à masques d'animàux(?). 
Plafond de la caverne d' Al- 
tamira, province de Santan- 
der (Espagnç)*. 



i. Relevé de M. Breuil (Gartailhac et Breuil, loc. cit., p. 638, fig. 12 et 13). 

2. Voir ci-dessus, p. 223, fig. 88. 

3. Gartailhac et Breuil, Anthr., 190 4, p. 638. 

Manuel d^ archéologie préhistorique. — T. l, 17 



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258 



X. GRAVURES ET PEINTURES PARIETALES 



gravures et de peintures, notamment des bisons polychromes de 
même style que ceux d'Altamira, de nombreuses mains humaines 
cernées de rouge, c'est-à-dire exécutées « au patron », comme celles 
de Gargas, des images en forme de boucliers et des signes variés, 
points rouges de diverses dimensions, bandes scalari formes, etc. 



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M'«ii^,Q|f¥ 




• • • • • 






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Fig. 106. — Signes divers et figures d'animaux. Caverne de Castillo (Espagne)*. 






(fîg. 106). Une fouille pratiquée par M. Alcade del Rio dans les 
foyers du vestibule a mis à découvert une assise magdalénienne, 
sous-jacente à une ou deux couchés plus récentes, avec céramique 
néolithique à la surface. 

Parmi les dessins de la caverne de Hornos de la Pefia (San Felice 
de Buelna), M. Tabbé Breuil croit difRcile de ne pas reconnaître 
un singe à queue, figuré le bras levé. 

§ III. — Authenticité des dessins des cavernes. Classement 
chronologique. Nature des sujets. 

Depuis les découvertes de la Mouthe et de Pair-non- Pair, aucun 
doute ne saurait être formulé au sujet de- Tauthenticité des 

1. D'après Alcade del Rio, oc. cit., pi. Xïll. 



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AUTHENTICITE DBS DESSINS DES CAVERNES 259 

dessins des cavernes, ceux-ci étant masqués dans ces grottes par 
des foyers de Tépoque du Renne, dont les assises étaient absolu- 
ment intactes avant les travaux de fouilles. Au reste, les adver- 
saires des conclusions de Sautuola ont confessé leur erreur avec 
la plus sincère bonne foi, dès que la lumière des faits nouveaux 
eut dissipé toute incertitude. 

La solution paléolithique du problème chronologique soulevé par 
ces représentations est acceptée de tous et sapplique, quoi 
qu*en aient dit de rares auteurs mal informés, à toutes les grottes 
ornées, tant à celles de la France qu'à celles de TEspagne. 

Cette solution repose sur les considérations suivantes : 

I** La nature des sujets. Parmi les animaux figurés se trouvent 
plusieurs espèces quaternaires, éteintes ou émigrées, appartenant à 
l'époque du Renne :, mammouths, rhinocéros, rennes, etc. On a 
prétendu tirer argument de l'absence de ces animaux parmi les 
dessins des grottes espagnoles pour attribuer ces derniers au 
néolithique \ mais Téléphant de Castillo et même les bisons si 
nombreux des peintures pariétales espagnoles suffiraient à anéantir 
cette assertion, d'ailleurs démentie par d'autres considérations, 
comme nous Tavons vu plus haut. Le style de ces dessins est mani- 
fe-stement le même que celui des figures ornant les grottes fran- 
çaises. Avec quelques écarts chronologiques, toutes ces figurations 
se classent à des phases successives d'une longue période qui ne 
descend pas jusqu'aux temps néolithiques. Nous avons vu que Tâge 
des peintures d'Altamira est précisé par la découverte d'objets en 
os portant des gravures de biches tout à fait semblables à celles 
des murailles^ comme l'a fait observer M. Alcade del Rio. 

2® L'enfouissement partiel ou total des gravures de quelques 
grottes, la Mouthe, Pair-non- Pair, Teyjat et la Grèze, sous les 
assises quaternaires, fait sur lequel nous n'avons pas à revenir. A 
Pair-non-Pair, l'enfouissement était complet, de même qu'à Teyjat. 

3° L'analogie frappante des dessins pariétaux avec les gravures 
quaternaires sur menus objets en matière dure. Si peu que l'on 
soit familiarisé avec les ouvrages de l'art glyptique, on reconnaît 
nettement cette similitude. F^es meilleurs artistes quaternaires 
dessinaient avec une sûreté de main et une virtuosité souvent 
déconcertante pour les copistes. Dans leur naturalisme si franc, 

1. E.-A. Martel, Réflexions sur Allamira ; Cage des gravures et peintures 
des cavernes^ GPF, Périgueux, 1905, p. 112. Les conclusions erronties de ce 
mémoire ont été réfutées par M. Brcuil, Làge des peintures d'Altamira^ RP, 
1906, p. 237 



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260 X. GRAVURES ET PEINTURES PARIÉTALES 

leurs ouvrages, comme toutes les créations originales et puissantes, 
portent Tempreinte d'un véritable style. Sur certains profils d'équidés, 
de cervidés, de poissons, etc., un préhistorien exercé peut recon- 
naître aussi aisément Tœuvre d'un chasseur de rennes qu^un 
archéologue classique retrouve sur un vase peint le dessin d'un 
potier de TAttique. 

Toutefois certaines particularités de la echnique et du dessin 
permettent de répartip quelques-uns de ces ouvrages entre les 
diverses phases de Tépoque du Renne. Par la simple étude du 
style on peut y distinguer aisément deux groupes : d'une part, des 
figures archaïques dont le trait est profondément incisé et dont nous 
avons indiqué les principaux caractères, en décrivant les grottes de 
Pair-non-Pair et de la Grèze ; d'autre part, des figures d'un trait 
plus léger et d'un dessin plus souple et plus détaillé, comme celles 
de la Mouthe et des Combarelles, ou encore d'un art accompli 
comme les polychromes d'Altamira, de Marsoulas et de Font-de- 
Gaume. 

M. l'abbé Breuil, en étudiant attentivement dans toutes les grottes 
l'ordre de superposition des figures successivement exécutées sur 
un même panneau d'après des procédés divers, a pu dresser le 
tableau suivant de classification chronologique \ Cette intéressante 
esquisse de systématisation que son auteur a donnée à titre d'essai 
met sous les yeux de nos lecteurs un résumé des diverses tech- 
niques et des procédés mentionnés ci-dessus dans la description des 
grottes. 

Figures incisées. Figures peintes. 

I. — Figures incisées profondé- 1. — Tracés linéaires monochro- 
ment, grossières, en profil absolu. mes, noirs ou rouges, indiquant seu- 
Formes raides; Pair-non-Pair, La lement une silhouette. Deux mem- 
Grèze. bres sur quatre sont ordinairement 

figurés. Peintures les plus ancien- 
nes d'Altamira, Font-de-Gaume, 
Marsoulas, La Mouthe, Les Com- 
barelles, Bemifal. 

II. — Figures incisées, d'abord 11. — Lignes à empâtements 
très profondément, puis moins; d'abord faibles, puis de plus en 
quatre membres généralement fi- plus forts, enfin associés à un 
gurés. Dessins vigoureux, d'abord modelé qui gagne toute la sil- 

1. Breuil, L'évolution, de la peinture et de la gravure sur murailles dans 
les cavernes ornées de Vàge du Renne, CPF, Périgueux, 1905, p. 107. 



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AUTHENTICITE DES DESSINS DES CAVERNES 



261 



Figures incisées, 

très juches (La Mouthe), puis plus 
caractéristiques (Les Comba relies). 

III. — Traits moins profonds et 
légers graffiti. 



IV. — Graffiti faiblement tracés; 
le poil prédomine sur les traits. 
Font-de-Gaume, Marsoulas. 



Figures peintes, 

houette. Traits incisés, associés h 
la peinture. Combarelles, Font-de- 
Gaume, Marsoulas, Altamira. 

III. — Figures à teinte plate «« en 
ombres chinoises », sans modelé, 
et figures au pointillé. Font-de- 
Gaume, Altamira, Marsoulas. 

IV. — Figures polychromes, 
avec contour noir et modelé infé- 
rieur obtenu par le mélange du 
jaune, du rouge et du noir. Asso- 
ciation constante du raclage et de 
rincisé à la peinture. Mains styli- 
sées. Grandes fresques d'Altamira, 
de Marsoulas et de Font-de-Gau- 



V. — Néant. 



V. — Aucune représentation d'a- 
nimal. Figures et signes divers 
(bandes, rameaux, lignes et surfa- 
ces ponctuées, rappelant les galets 
aziliens.) 



Les bases générales de ces données chronologiques paraissent 
d'ores et déjà solidement établies, mais, en ce qui concerne les 
subdivisions, il convient peut-être, avant de les arrêter définitive- 
ment, d'attendre que de nouvelles découvertes aient confirmé ces 
premières vues *. 

*Kn décrivant les grottes ornées, nous avons indiqué la nature 
des sujets principaux. Le tableau ci-contre (que nous ne pouvons 
donner qu'à titre provisoire) résume leur composition sous une 
forme synoptique. On voit que les représentations d'animaux éteints 
et notamment du mammouth appartiennent presque exclusivement 
aux grottes périgourdines, tandis qu'en Espagne et dans les Pyré- 
nées cette faune pariétale ne comprend plus que des animaux 
actuels, surtout des bisons et des chevaux. 

Les indications données par le remplissage archéologique de 
Pair-non-Pair et par les foyers d'Altamira permettent de classer 

I. Conjointement avec M. Alcade del Rio, M. Breuil admet maintenant, à 
GastiUo, rantérioritëdes mains « australiennes » sur tous les autres graphiques. 
Ce fait semble confirmé à Gargas par la haute vétusté du gisement. 



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GRAVURES ET PEINTURES. PIERRES ÉCRITES 263 

I 

I à Taurignacien et au solutréen les gravures les plus anciennes. Les 

; plus récentes sont magdaléniennes, et peut-être doit-on attribuer 

à la |>ériode azilienne, transition du paléolithique au néolithique, 

la cinquième et dernière série, celle des signes Symboliques non 

accompagnés de figures d'animaux. 

§ \V. — Gravures et peintures rupesires de V Australie et d^ la 
Californie, Pierres écrites de V Afrique du Nord. 

Sur la foi d'informations erronées on considérait jadis les 
peuples primitifs de Tethnographie moderne comme incapables de 
produire des ouvrages de peinture et de sculpture autres que des 
essais timides et informes. Les premiers récits des voyageurs 
décrivant les dessins rupestres des Australiens reçurent Taccueil 
incrédule que rencontra plus tard la communication de M. de 
Sautuola sur les peintures pariétales d'Altamira. Vers 1840, George 
Grey avait découvert dans le Nord-Ouest du continent australien 
quelques cavernes ornées de dessins en couleurs ^ . L'origine indigène 
de ces ouvrages fut contestée. Mais les observations se multiplièrent 
et démontrèrent qu'au nord de l'Australie les dessins sur rochers, 
bas-reliefs sculptés et peintures, se rencontrent au contraire fré- 
quemment. Stokes en publia des reproductions *» Depuis quelques 
années, on s'est appliqué à classer et à interpréter ces intéressants 
monuments qui paraissent être, comme nous le verrons, en relation 
avec les cultes totémiques des peuples primitifs. Par une heureuse 
coïncidence, au moment où la sociologie dirigeait son attention sur 
ces ouvrages graphiques des régions non civilisées, l'archéologie 
préhistorique retrouvait les grottes ornées périgourdines et pyré- 
néennes. L'étude comparative de ces deux groupes de documents 
mit en pleine lumière leurs étroites analogies. De part et d'autre 
apparaissent notamment ces étranges figurations de mains, repro- 
duites en séries sur les parois des cavernes ou (pour une partie des 
dessins australiens) sur des blocs de rocher, et d'ailleurs exécutées 
par les mêmes procédés. De part et d'autre, un art réaliste, souvent 
assez avancé pour reproduire fidèlement les formes et le mouvement, 
s'est plu à représenter de préférence des animaux, bien que cepen- 

1. George Grey, Jour nais of iwo expéditions of Discovery in xWorth West 
ànd Wesl-Ausir., 1841,1, p. 203; cf. Grosse, Débuts de Vart, 1902, p. 128. 

2. Stokes, Discoveries in Australia. 



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264 



X. ORAVUBBS ET PEINTURES PARIETALES 




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GRAVURES BT PEINTURES. PIERRES ECRITES 265 

dantchez les sauvages modernes les scènes de chasse et de combat 
avec personnages humains [Rg. 107) ou encore les figures humaines, 
soit isolées, soit associées à des animaux, ne fassent nullement 
défaut. Dans le Clacks (côte australienne du nord-ouest) un rocher 



Fïfg. 108. — Mains humaines et figures d'animaux peintes en roupe sur 

un rocher de ias Cacachillas, près La Paz (Basse-Californie) '. 

porte, sur fond d'ocre rouge, plus de 150 figures peintes en blanc : 
requins, tortues, étoiles de mer, massues, canots, kangourous, 
chiens, etc. Dans Tîle de Cap York, on signale sur la paroi d'un 
rocher, parmi de nombreuses peintures tracées à Tocre rouge, 
rimage d'un homme couvert de taches jaunes qui nous rappelle 

1. Léon Diguet, iVoic sur la pictographie de la Basse-Californie^ Anlhr., 
189 5, p. 163, fig. 8. 



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'}&) X. GHAVURBS ET PEINTURES PARIETALES 

les animaux pointillés de Marsoulas et d'Altamira K Parmi les 
peintures australiennes les plus curieuses se placent celles qu'a 
publiées M. Mathews. Elles représentent des mains, des outils, 
des personnages humains, des animaux peints en diverses cou- 
leurs. On les trouve sur les rochers formant des abris naturels. 
C'est ainsi qu'une excavation de la commune de Goolcalwin, comté 
de Philipp, montre soixante -quatre mains imprimées en rouge, 
outre les traces plus ou moins distinctes d'un certain nombre 
d'autres. Un grand rocher de grès de la commune de Goonbaralba, 
comté de H un ter, porte de même trente-huit représentations 
de mains peintes en blanc, en rouge ou en jaune ^. Comme sur 
certains ouvrages de Fart quaternaire, le bras est parfois repré- 
senté jusqu'au coude. D'autres voyageurs anglais ont signalé 
dans l'île de Chasm (golfe de Carpentaria) une grotte ornée de 
dessins peints, rouges et noirs, représentant des kangourous, des 
tortues, une main^ un kangourou suivi de trente-deux hommes, 
dont l'un tient une sorte d'ëpée ^. 

Les peintures rupestres de la Californie, comme celles du con- 
tinent australien, se prêtent aux mêmes rapprochements. Un de 
leurs explorateurs, M. Léon Diguet, a reconnu sur des blocs de 
rochers de la Basse-Californie des mains, des soleils, des signes 
divers, des animaux, etc., peints en rouge (fig. 108). Les 
personnages humains percés de flèches de la grotte de San Borgita 
nous rappellent les bisons à harpons de la caverne de Niaux. Une 
étude approfondie de ces monuments permettrait assurément de 
noter d'autres traits de similitude. Toutefois les peintures des 
grottes californiennes occupent généralement des points éclairés 
dans le voisinage de Tentrée *. 

Des pétroglyphes gravés ou peints, relevés par divers observa- 
teurs dans d'autres contrées de l'Amérique du Nord, nous mettent 
en présence des mêmes sujets ^. 

Il serait facile de multiplier ces exemples. 

1. Voir les références dans Gfosse, loc. cit.^ p. 131. 

2. R. H. Mathews, Gravures et peintures sur rochers^ BSA, 1898, p. 429; — 
Voir aussi Journal of Anthr. Inst.^ Londres, XXV, p. 147. 

3. Grosse, loc. cit., p. 131. 

4. Léon Diguet, iVo^e sur la pictographie de la Basse-Californie, Anthr., 
1895, p. 160. 

5. Voir dans le récentouvrage de M. Dellenbaugh, The North-Americans of 
Yeslerday, 1901, p. 42- 43, des pétroglyphes avec figurations de mains, de 
pieds, d'animaux, etc. Un quadrupède relevé à Brown's cave, Wisconsin, 
porte sur le flanc un signe tectiforme (p. 41 î. 



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GRAVURES BT PBINTUBKS. PIERRES éCRITES 267 

Des gravures rupestres, dont quelques-unes rappellent encore 
nos gravures pariétales, ont été relevées également dans l'Afrique 
du Nord et particulièrement dans le Sud-Oranais. Leur découverte 
reirtonte à- 1847 \ mais c'est surtout à M. Flamand que revient le 
mérite de leur publicité ^. Les Arabes les désignent sous le nom 




Fig. 109. — Combat de Bubalus aniiquus. 
Gravure rupeslre des environs d'Er-Richa (Sud-Oranais) 3. 

de Pierres Écrites (Hadjrai mektoubat). Elles appartiennent à 
diverses époques fort différentes. M. Flamand s'est attaché à dis- 
tinguer les gravures rupestres préhistoriques des rupestres libyco- 
berbères. I^es premières, profondément incisées, représentent 
notamment Téléphant, le rhinocéros, le buffle à grandes cornes ou 
Bubalus antiquus (fig. 109), c'est-à-dire des animaux aujourd'hui 
disparus de la région saharienne. Sur les secondes, exécutées par 
simple pointillage, apparaissent des inscriptions alphabétiques et 
des animaux vivant encore dans la région. Ce n'est vraisemblable- 

1. Elle est due au capitaine Koch et au D' Jacquet qui accompagnèrent 
Cavaignac dans ses expéditions du Sud-Oranais [L Illustration, 3 juillet 1847). 
Depuis lors, les observations se sont succédé voir Hamy, RE, mars-avril 
1882, et Flamand, Anthr., 1892, p. 1 45). 

2. Flamand, Notes sur les stations nouvelles de pierres écrites du Sud-Ora- 
naw, Anthr., 1892, p. 145; — du même, Anthr., 1897, p. 28i; — du même, 
Les Pierres écrites [Hadjrat mektoubat) du nord de V Afrique et spécialement 
de la région dln-Salah, CIA, Paris, 1900, p. 265; — du même, C. R. Acad. 
Inscr., 12 juillet 1899, p. 437, et Bull. Soc. Anthr. Lyon, 1901, p. 181*; — Voir 
aussi un résumé de Capitan, REA, 1902, p. 168. 

3. D'après G.-B. M. Flamand, Gravures préhist. {néolithiques), Bull. Soc. 
Anthr. de Lyon, 1901, p. 190, fig. 1. 



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268 X. GRAVURES ET PEINTURES PARIÉTALES 

ment pas au quaternaire ancien, mais à Tépoque néolithique que se 
classent les figurations préhistoriques. Bien que la date de la dispa- 
rition du Bubalus antîquus demeure ignorée, on a du moins 
retrouvé ses restes fossiles dans les dépôts supérieurs du quater- 
naire récent sur les hauts plateaux algériens ^. A Kéragda, cercle 
de Géryville, un personnage humain, tenant une hache néolithique 
emmanchée, figure parmi ces dessins rupestres, où Ton reconnaît 
ailleurs des haches polies, des flèches, des bâtons de jet, des 
boucliers ^. 

§ V. — Totémisme et magie. 

Le rapprochement des peintures et gravures pariétales de l'Aus- 
tralie et de l'Amérique du Nord avec celles de la Gaule quaternaire 
est un des exemples les plus frappants du parti que Tarchéologie 
préhistorique peut tirer de Tétude critique des faits ethnogra- 
phiques. Dès que la sociologie moderne eut mis en lumière Torigine 
et le véritable caractère des premières manifestations artistiques 
chez les peuples inférieurs, on reconnut sans effort que les figura- 
tions de l'époque du Renne, considérées dans leur ensemble, s'ex- 
pliquent par des phénomènes du même ordre, et appartiennent à un 
cycle de croyances primitives, groupées dans le langage scientifique 
actuel sous la dénomination de totémisme. 

Le mot totem^ qui signifie signe, marque, famille, est emprunté 
au langage des Indiens de l'Amérique du Nord, mais les concep- 
tions qui se rattachent à cette expression présentent un singulier 
caractère d'universalité, démontré par de multiples observations. En 
Australie, comme en Amérique, les clans se croient placés sous la 
protection d'un être tutélaire, ordinairement d'un animal dont il 
importe, pour le salut commun, de se ménager les faveurs. Cet 
animal totem devient par suite l'objet d'un culte constant, et parmi 
les superstitions ancestrales des peuples inférieurs et même 
civilisés, un grand nombre, plus ou moins déformées au cours des 
âges, ont leurs racines profondes dans ce culte totémique. Les 
clans apposent les images des totems sur leurs armes offensives et 
défensives. En outre, l'intervention de la magie permet d'en obtenir 
la multiplication, profitable à la communauté. MM. Spencer, Gillen 
et Frazer ont décrit les curieuses cérémonies qu'accomplissent dans 

1. Flamand, A/as, Paris, 1900, I, p. 211. 

2. Flamand, ibid., p. 210. 



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TOTÉMISME ET MAGIE 269 

ce but les Australiens, au pied des parois rocheuses, tapissées de 
représentations zoomorphes. Maintes particularités de ces pratiques 
magiques se rapprochent aisément des faits observés dans les 
grottes périgourdines et pyrénéennes. M. Salomon Reinach, éga- 
lement versé dans la connaissance de la littérature totémique et 
dans la science préhistorique, en apporta le premier la démonstra- 
tion lumineuse *. 

Nous avons vu que les peintures de nos cavernes sont ordinaire- 
ment éloignées de Tentrée. A Niaux, le visiteur pour les décou- 
vrir doit parcourir une galerie souterraine longue de 800 mètres. 
Aux Combarelles, les figures ne commencent, nous Tavons vu, qu a 
120 mètres de Tentrée. Or, MM. Spencer et Gillen nous apprennent 
que dans un grand nombre de cas, les peintures australiennes 
considérées par eux comme d'origine totémique « sont tracées sur 
des parois rocheuses en des endroits qui sont strictement tabous 
pour les femmes, les enfants et les hommes non initiés » ^. Certains 
dessins de nos grottes ornées occupent d'ailleurs des recoins ou 
des anfractuosités des parois peu accessibles et que Tartiste n'a 
pu atteindre sans difficulté. A tous égards il serait impossible de 
prendre ces figurations si bien dérobées aux regards des profanes 
pour des décorations ornementales ou pour de simples travaux 
d'agrément exécutés en manière de passe-temps par des Troglo- 
dytes oisifs. 

C'est sur le sol même qu'en Australie les fervents du culte de 
Vémoa peignent avec des rites compliqués l'image de ce totem, 
autour de laquelle les hommes du clan exécutent des danses, 
accompagnées de chants. De même, dans la grotte pyrénéenne de 
Niaux, la plus instructive de nos cavernes ornées, ce n'est pas seule- 
ment sur les parois mais aussi sur l'aire argileuse de la galerie que 
MM. Cartailhac et Breuil ont reconnu, non sans une profonde sur- 
prise, des dessins d'animaux. 

Les signes divers, peints ou gravés, que portent parfois les 
figures, corroborent ces constatations typiques. Le signe de la hutte, 
dit tectiforme, est la marque de propriété apposée par le chasseur 



1. L'Art et ta magie^ Anthr., 1903, p. 257. Article réimprimé dans le recueil 
cité à la note qui suit. 

2. S. Reinach, Culte», mythes et religions, t. I, Paris, 1905, p. 131. Consulter 
dans cet important recueil de trente-cinq mémoires ou articles un exposé 
synthétique sur les « Phénomènes généraux du totémisme animal »», p. 9-29. Nos 
lecteurs pourront se reporter à cet ouvrage pour Tindication des sources. 



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270 X. GRAVURES ET PEINTURES PARIETALES 

sur la bêle qu'il doit rapporter au campement, mais son efficacilé 
était sans doute assurée par des rites spéciaux. La valeur magique 
des pointes de flèches se précise encore plus nettement. « Le clan 
vivait de chair, écrit M. S. Reinach ; en représentant les animaux 
dont lise nourrissait, il croyait en accnràtre le nombre, en favoriser 
la multiplication, comme les sauvages de TAustralie croient favo- 
riser celle des kangourous en se livrant à la danse des kangourous. 
L'envoûtement qui consiste à endommager ou à détruire le simu- 



Fig. 110. — Bison (l"* 80) peinten rouge et noir, supei*poséà des figures peintes 
effacées. Sur son corps, un signe pectiniforme, dégénérescence du siyrne de 
la main. Sur le poitrail, un trait barbelé. Grotte de Marsoulas ( Hautes- 
Garonne) •. 



lacre d'une figure vivante, dans la pensée de porter préjudice au 
vivant, est un fait du même ordre, mais qui s'inspire d'un senti- 
ment opposé. L'idée que l'art est un jeu peut n'être qu'un préjugé 
moderne ; à l'origine, c'est une opération rituelle ou magique. 
Quand nous parlons aujourd'hui de « la magie de l'art », nous ne 
savons pas combien nous avons raison » ^. 

Le même auteur a d'ailleurs appelé l'attention sur le fait que les 
animaux les plus utiles sont de beaucoup les plus abondants sur les 
représentations pariétales et, ce n'est pas la découverte récente de 
quelques rares images de carnassiers qui affaiblirait la portée de 
cette remarque. 

Il serait sans doute excessif de prétendre attribuer une significa- 

1. D'après Cartailhac et Breuil, Peintures el gravures murales des cavernes 
pyrénéennes, Anthr.,1005, p. 438, fig. 8. 

2. Salomon Reinach, Chronique des Arts, 7 février 1903. 



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TOTÉMISME ET MAGIE 271 

lion religieuse ou symbolique au moindre dessin quaternaire. 
Divers instincts de la nature humaine, tels que le goût de la parure, 
ont dû concourir avec les croyances animistes au développement 
de l'art chez les primitifs. Maison doit reconnaître que la solution 
totémique, basée sur des données objectives solidement établies, 
explique, mieux que toute autre hypothèse, le problème de l'origine 
de Tart à Tépoque du Renne. Elle explique en outre sa brusque 
disparition, non moins frappante que sa brillante éclosion, puisque 
c'est aux peuples chasseurs ou nomades, d'après les observations 
de l'ethnographie moderne, qu'appartiennent en propre les concep- 
tions primitives d'où sont nées ces figurations. Nous verrons qu'à 
Tépoque néolithique les superstitions totémiques n'exerçaient plus 
assez d'empire sur les habitants de la Gaule, désormais agriculteurs 
et pasteurs, pour donner encore naissance aux mêmes manifesta- 
tions plastiques '. 

Si nous nous reportons maintenant aux gravures et sculptures 
sur menus objets en matière dure décrits dans le chapitre précédent, 
et si nous nous rappelons les traits de similitude de leurs nombreuses 
figures d'animaux avec les figures pariétales, il nous paraîtra logique 
d'admettre qu'une partie tout au moins de cesobjets doit son origine à 
des conceptions de même nature. Les pointes barbelées que portent 
sur leurs flancs les bisons dé la grotte de Niaux nous expliquent les 
pointes semblables gravées sur les canines de carnassiers du collier 
de Sorde, et rinterprélation des bâtons de commandement comme 
baguettes magiques nous semblera plus acceptable que toute autre 
conjecture. 

On voit par là combien les progrès de la science ont gravement 
compromis l'ancienne théorie des préhistoriens qui, conformément 
à la doctrine de G. de Mortillet, refusaient à l'homme quaternaire 
toute conception d'ordre religieux. Les chasseurs de rennes eurent 
leurs sanctuaires et la découverte de ces mystérieuses galeries, 
démontrant la vaste dispersion, sinon l'universalité, de certaines 
croyances de l'humanité primitive comptera parmi les plus belles 
conquêtes de la préhistoire. 

1. Les restes de peintures signalées sur les parois des dolmens portugais 
(Leite de Vasconcellos, HP, 1907, p. 33, sont des vestiges difOciles à dater et 
qui ne peuvent se rattacher actuellement aux ouvrages quaternaires. 



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CHAPITRE XI 

LES RACES HUMAINES QUATERNAIRES. — SÉPULTURES ET 
RITES FUNÉRAIRES. 



Sommaire. — I. Le pithécanthrope de Trinil. — II. Les races du Néander- 
thal et de Cro-Magnon. — III. Principaux squelettes et crânes quaternaires 
de type néanderthaloïde^ découverts en France, en Belgique et en Angle- 
terre. — IV. Trouvailles sinûlaires dans l'Europe centrale. — V. Squelettes 
et crânes quaternaires de la race de Cro-Magnon. — VI. Les sépultures des 
grottes de Grimaldi. Squelettes négroïdes. — VII. Les sépultures de Solutré. 
— VIII. Considérations générales sur les rites funéraires quaternaires. — 
IX. L'ancienneté de Thomme et les bhronomètres préhistoriques. 

§ I®'. — Le pithécanthrope de Trinil. 

Il n'entre pas dans notre propos d'étudier en détail les squelettes 
humains préhistoriques, ni de nous arrêter à Texamen des graves 
problèmes relatifs à l'origine des races humaines et aux théories de 
révolution. Le rôle de l'archéologue est ici de recueillir avec soin 
les moindres vestiges fossiles de l'homme, lorsqu'on les rencontre 
au cours de l'exploration des stations et des sépultures, et d'en indi- 
quer Tâge relatif, d'après les conditions de leur gisement. 11 appar- 
tient à l'anthropologie comparée d'en déterminer les caractères. 
Nous nous bornerons dans ce chapitre à dresser un inventaire som- 
maire des principales trouvailles d'ossements humains que l'on 
peut classer à l'ère pléistocène, sans nous attarder aux très nom- 
breux documents dont l'âge ou la provenance demeurent douteux ou 
contestés. Nous indiquerons sommairement les conclusions géné- 
rales que les anthropologistes les plus autorisés ont formulées sur 
la conformation physique des races de cette époque. 

L'archéologie préhistorique, comme nous l'avons vu plus haut, 
n'a pas encore réussi à retrouver des vestiges caractéristiques de 
rindustrie humaine aux temps tertiaires. De même, parmi les fos- 
siles retirés des formations pliocènes ou plus anciennes, les restes 
de l'homme font jusqu'à ce jour entièrement défaut. Une seule 
découverte toutefois prête à la controverse : c'est la célèbre trou- 
vaille d'un médecin hollandais, le D"^ Dubois, dans l'île de Java, 
Manuel d'archéologie préhistorique. — T. I. 18 



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274 



XI. RAGES QUATERNAIRES. SEPULTURES ET RITES FUNERAIRES 



trouvaille qui a procuré à la paléontologie quelques débris d''uo 
être simien ou humain inconnu précédemment. 

Guvier avait affirmé qu'il n'existait pas de singes fossiles, mais, 
en 1836, on en recueillit dans Tlnde un premier spécimen. Dès 
1837, Edouard Lartet signalait à Sansan (Gers) les restes d'hall 
singe anthropomorphe, le Pliopilhecua antiquus. Le Dryopîlhe- 







^ 



Fig. m. — Ossements du Pithecanthropus erectus, découverts à Java. 

eus fut rencontré par Fontan à Saint-Gaudens (Haute-Garonne) 
dans le miocène moyen ^ Tout en se rapprochant de Thomme par 
plusieurs particularités, notamment par sa taille et par la confor- 
mation de ses dents, observe M. Gaudry, le Dryopithecus^ à en 
juger par ce que nous en possédons, est non seulement éloigné de 



1. Sur les singes fossiles, voirZittel, Traité de paléontologiey trad. Barrois, 
t. IV, Mammifères ; — Gaudry, Enchaînements du monde animal^ Mammifhrtf 
tertiaires, p. 223. 



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LE PITHÉCANTHROPE DE TRINIL 275 

rhomme, mais encore inférieur à plusieurs singes actuels K En 
1894, survint la découverte de Trinil, dans Tîle de Java. D'une 
couche considérée comme pliocène, le D*" Dubois retira les restes 
malheureusement très incomplets d'un être qu'il dénomma le 
Pithecanthropus erectus, pour indiquer le rang intermédiaire qu'il 
lui assignait. Ces débris se composent d'une calotte crânienne, 
d'un fémur et de deux dents (fig. 111), recueillis à diverses 
reprises, mais au même niveau. S'il n'est pas entièrement démon- 
tré que tous ces fragments ont appartenu à un même individu, on 
ne peut du moins se refuser à les classer à un même type. Les 
naturalistes les plus compétents ont formulé des opinions diverses au 
sujet de ce fossile, les uns adoptant les conclusions de l'inventeur, 
les autres le considérant comme un singe anthropoïde plus rappro- 
ché de l'homme que tous les singes connus, quelques-uns enBn 
essayant de le rattacher à une race humaine inférieure. D'une part, 
le fémur rappelle assez le fémur humain pour que Virchow ait cru 
pouvoir affirmer qu'ail n'appartient pas au même individu que la 
calotte crânienne, attribuant cette dernière à un singe et le fémur 
à un homme ^. D'autre part, la calotte crânienne, très surbaissée, 
se rétrécit fortement comme chez le singe au niveau des fosses 
pariétales. En outre, la capacité du crâne a pu être évaluée à un 
volume compris entre 800 et 1.000 centimètres cubes. Or, elle ne 
dépasse guère 500 centimètres cubes chez les singes anthropoïdes, 
tandis qu'elle varie pour l'espèce humaine entre 1.000 et 1.500 ^. 
Ces indications suffisent à expliquer la perplexité des naturalistes à 
l'égard du pithécanthrope de Java. Les problèmes qu'a soulevés sa 
découverte sont demeurés insolubles et devant ces débris osseux 
d'un être de nature incertaine, dont le spécimen est jusqu'à ce 
jour unique, nous cherchons vainement à savoir si son intelligence 
était susceptible de s'orienter vers le progrès ou si nous nous trou- 
vons en présence d'un énorme singe inconnu, apparenté au gibbon *. 

1. Gaudry, C,R. Acad. Se, 1890; — du même, Dryopilhèque^ Mém. Soc. 
géol. de France, 1890. 

2. Haeckel, Étal actuel de nos connaissances sur l'origine de Vhomme, trad. 
Laloy, 1900, p. 27. 

3. La capacité crânienne, qui atteint chez les Européens et probablement 
chez les Asiatiques 1.500 à 1.600 centimètres cubes, s'abaisse à 1.250-1.350 centi- 
mètres cubes chez les Australiens, race qui est pourtant de taille moyenne 
(Deniker, Races et Peuples de la terre, 1900, p. 67). 

4. E. Dubois, Pithecanthropus erecius.eine menschenoehnlicheUebergangs- 
form^ Batavia, 1894 ; — Dubois, Anatomischer Anzeiger^ 1896, t, XII, n* 1 
(Cf. Anthr., 1896, p. 220, 334, 504 ; — 1897, p. 704) ; — G. Schwalbc, Studien 



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276 XI. RAGES QUATERNAIRES. SEPULTURES ET RITES FUNERAIRES 

§ II. — Les races du Néanderthal et de Cro-Magnon. 

On a signalé dans les diverses régions de l'Europe un assez 
grand nombre de restes humains et notamment de crânes réputés 
quaternaires. Mais plusieurs de ces découvertes constituent des indi- 
cations incertaines ou douteuses, dont il est imprudent de faire 
état. Les ossements recueillis dans les alluvions et les limons sont 
des débris épars et incomplets. Il est trop souvent difficile d'en 
préciser la date. 

Nous passerons sous silence dans cet inventaire un grand 
nombre de ces découvertes anciennes, autour desquelles on a fait 
grand bruit, mais qu'à Theure actuelle les anthropologistes les plus 
autorisés s'accordent à ne plus considérer comme des documents 
sûrs *. 

On ne possède encore aucun document ostéologique sur l'espèce 
humaine à l'époque chelléenne ^. Les huttes des tribus qui peu- 
plaient alors l'Europe étant établies de préférence sur les rives des 
cours d'eau, les débris de ces habitats furent entraînés et disper- 
sés à travers la masse des alluvions par des crues répétées. Plus des- 
tructive encore a été l'action dissolvante des eaux pluviales s'infil- 
trant à travers les sables et les graviers. Dans ces conditions, les os- 
sements humains, plus fragiles que ceux des grands animaux, ont 
été facilement anéantis. Nous ignorons si les familles chelléennes 
honoraient leurs morts d'un culte funéraire et même si l'inhumation 
intentionnelle des cadavres était déjà en usage, comme à l'époque 
mouslérienne et à l'époque du Renne. On a recueilli des silex acheu- 
léens et des ossements de la faune du mammouth avec des osse- 

ueber Pilhecanlhropus erectus; — Dubois, Zeils. f. Morphologie and 
Anlhrop., 1. 1, Stuttgart, 1899 (Cf. Anthrop., 1900, p. 238) ; — Manouvrier, 
BSA, 1895, p. 12-47, 216-220, 553-651 ; — Ibid., 1896, p. 396-473. — La 
brochure de M. G. Schwalbe, Die Vorgeschichte des Menschen^ Brunswick, 
190Î, contient une bibliographie complète. 

1. Pour les di^cou vertes de cette nature (mâchoire de Moulin-Quignon, 
crânes de Brûx iBohéme), de Podbaba ;Bohéme), d'Engis (Belgique), etc., con- 
sulter Le Préhistorique de MM. G. et A. de Mortillet, 3* éd., chap. I-IX, et les 
observations critiques de M. Obermaier dans ses récents articles de V Anthro- 
pologie indiqués ci-après. 

2. Cependant le gisement de Taubach, près Wcimar, à faune d'Elephas 
antiquus et de Rhinocéros Mercki, dont nous avons parlé ci-dessus (p. 76), a 
livre une dent d'enfant enfouie dans la couche archéologique, à 5*25 de profon- 
deur. D'après M. Obermaier l'authenticité de ce document ne peut être mis en 
doute [Anlhr., 1906, p. 57 . Le crâne de Denise ^voir ci-après, p. 282, note 1) 
est peut-être prémoustérien. 



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LES RACES DC NSANDERTHAL ET DE CRO-MAGNON 



277 



ments humains, à Bury-Saint-Edmunds (Suffolk), mais cette décou- 
verte ne saurait encore autoriser des conclusions positives sur 
la conformation de l'homme acheuléen. Le crâne de Bury, très 
incomplet, se rapproche des crânes néanderthaloïdes dont nous 
allons parler. On peut doue le réunir à ces derniers, d'après ses 
caractères morphologiques. 




Fig. 112. — Crânes néanderthaloïdes. 
1, la, li), Le Néanderthal (Prusse Rhénane) ; — 2, Spy (Belgique), 

Cetle race dite du Néanderthal est la première race fossile 
humaine qae nous connaissions. Elle porte encore le nom de race 
de Cannstadt ou de Spy, vocables tirés, comme le précédent, du 
nom des localités géographiques où se sont produites des décou- 
vertes célèbres, mais de valeur très inégale, comme nous le verrons. 
Elle diffère d'une seconde race fossile quaternaire, apparemment 
plus récente, la race de Cro-iVfagnon ou de Laugerie, représentée à 
l'époque du Renne. Cette classification générale des races quater- 



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278 XI. RACES QUATERNAIRES. SEPULTURES ET RITES FUNÉRAIRES 

naires, principalement basée sur Fétude comparative des crânes, et 
due à MM. de Quatrefages et Hamy ^, a été confirmée par les 
découvertes récentes. 

Le crâne du type de Cro-Magnon est nettement distinct du crâne 
néanderthaloïde, bien que Tun et Tautre appartiennent à la série 
dolichocéphale *^, Le tableau suivant résume les caractères propres à 
chacune des deux races : 

BACE DU NÉANDERTHAL OU DE SPY. RACE DE CRO-MAGNON OU DE 

LAUOBRIE-BASSE. 

Première race fossile. Deuxième race fossile. 

Crâne dolichocéphale. Crâne dolichocéphale. 

Front surbaissé (platycéphale). Front très haut et bombé (hyp- 

sicéphale). 

Arcades sourcilières très sail- Arcades sourcilières modéré- 

lantes. ment développées. 

Pommettes faciales peu proémi- Pommettes très accusées, 
nentes. 

Pas de saillie du menton. Menton très proéminent. 

Faible stature. Environ i™60. Taille variable. 

Capacité crânienne faible. Capacité crânienne élevée. 

Musculature probablement puis- Mêmes caractères, 
santé. 

Nez large et court. Nez saillant et étroit. 

1. A. de Quatrefages et Hamy, Crania Ethnica^ Paris, 1882. Voir aussi : 
A. de Quatrefages, Introduction à Vétude des races humaines^ Paris, 1889. 

2. Les dolichocéphales (de ôoXiyd;, long) sont les hommes à crâne allongé ; 
les brachycéphales (ppa/u;, court) ont le crâne court, arrondi. La forme géné- 
rale d'un crâne se mesure en indiquant le rapport de ses deux diamètres, 
mesurés sur l'ellipsoïde (celui-ci est représenté sensiblement par l'entrée d'un 
chapeau). « L'expression numérique de la forme crânienne est donnée en 
anthropologie par ce qu'on appelle Vindice céphalique, c'est-à-dire par le rap- 
port de la longueur du crâne, ordinairement mesurée delà glabelle au point le 
plus saillant de l'occiput, à sa plus grande largeur. En réduisant la première 
de CCS mesures à 100, on obtient les différents chiffres pour la largeur qui 
expriment la forme crânienne; ainsi, les crânes très ronds ont 85, 90 et même 
100 (limite individuelle extrême) comme indice, tandis que les crânes allongés 
peuvent avoir l'indice de 70, de 65 et même de 58 (limite individuelle extrême j u. 
Deniker, Races et Peuples de la terre, p. 68. 

Suivant la nomenclature de Broca, les crânes, d'après ce mode de mensura- 
tion, se répartissent en cinq groupes : 

1 *• Dolichocéphales Au-dessous de 75. 

2" Sous-dolichocéphales Au-dessous de 77, 7 jusqu'à 75. 

3" Mésaticéphales ou mésocéphales. Indice entre 77, 7 et 80. 

4" Sous-brachycéphales Au-dessus de 80 jusqu'à 83, 3. 

5* Brachycéphales Au delà de 83,3. 

(Voir Broca, Afas^ 1877, p. 17. Sur les autres mesures crâniennes de Tanthro- 



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PRINCIPAUX SQUELETTES ET CRANES NÉANDERTHALOÏDBS 279 

« Il suffit de jeter un coup d'œil sur le profil des crânes magdalé- 
niens, observe M. Hervé, pour constater qu'ils sont construits sur 
un type entièrement différent de celui des crânes dits néandertha- 
loïdes. Les uns et les autres sont allongés, mais la dolichocéphalie 
est peut-être le seul caractère qui leur soit commun. Ce qui carac- 
térise avant tout les crânes du type du Néanderthal, c'est la fuite du 
front, les arcades sourcilières en visière^ surplombant la face. Le 
front dans le type magdalénien est, à Topposite, très haut, redressé, 
fortement bombé ; les saillies sourcilières, sans être absentes, s'y 
présentent avec un développement modéré « *. 

§ IIL Principaux squelettes et crânes quaternaires de type 
néanderthaloîde^ découverts en Belgique, en France et en 
Angleterre ^. 

Spyy près Namur, — Aucune découverte de squelette néandertha- 
loïde n'égale en intérêt la sépulture de Spy. La grotte . de ce nom 
est située à peu de distance du moulin de Goyet, province de 
Namur, sur la rive gauche de l'Orneau. Ce n'est point à l'intérieur 
de la grotte, mais sur une terrasse placée à son entrée, que des osse- 
ments humains ont été rencontrés en 1885 par MM. Marcel de 
Puydt et Max Lohest. Une coupe de la station, à l'endroit de la 
découverte, a permis de reconnaître trois niveaux ossifères : 

à) Un niveau supérieur peu développé, « du type de Trou 
Magrite, ayant donné :six pointes moustériennes d'un beau travail, 
trois lamelles étroites à dos rabattu, dont une denticulée, cinq 
lames bien retouchées, plus ou moins solutréennes, un peu courtes, 
quatre lames appointées, un seul grattoir caréné, des burins sur 



pologie, voir Deniker, ibld.y chap. II, et Klaatsch, dans Kraemer, Univers et 
Humanité, II, p. 34). 

La distinction des brachycéphales el des dolichocéphales a été établie par 
Timatomiste suédois Retzius, en 1842. On crut tout d'abord à tort que la race 
primitive de TEurope était brachycéphale. La craniométrie au xix» siècle n'a 
pas évité Tabus des chiffres et de» mensurations. Sur cette science, ses ser- 
Tices et ses abus et sur les progrès de l'anthropométrie en général, voir 
Klaatsch, loc. cit,, II, p. 35-37. 

1. G. Hervé, La race des Troglodytes magdaléniens, REA, 1893, p. 179. 

2. Pour la bibliographie de toutes les découvertes indiquées dans ce para- 
graphe, consulter, à l'aide de l'index général alphabétique, l'ouvrage de M. Salo- 
mon Reinach, Allavions et Cavernes, notamment p. 134 et suiv. ; — Sur le type 
du Néanderthal voir également les indications bibliographiques de M. Obcr- 
maier, Anthr,, 1906, p. 69. 



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280 XI. RACES QUATERNAIRES. SEPULTURES ET RITES FUNERAIRES 

bout de lame, trois perçoirs effilés et quatre pointes à soie du type 
de Trou Ma^riie et de Font-Robert. Pas d'os travaillé » *. 

b) Un niveau moyen, du type de Montaigle, c'est-à-dire aurigna- 
cien. Nombreux racloirs et pointes, de type moustérien, lames à 
coches profondes, grattoirs carénés, beaucoup d'objets de pwirure 
en ivoire (perles et fragment d'anneau, dents perforées, etc.), tubes 
et perles en os d'oiseau, une marque de chasse, trois pointes en os 
aurignaciennes à base fendue *. 

c) Un niveau inférieur, sans doute moustérien, avec pointes et 
racloirs. Sauf une esquille d'os usé intentionnellement, les instru- 
ments en os et en ivoire font défaut. 

Le mammouth s'est rencontré dans les trois couches, associé au 
Rhinocéros tichorhinus aux deux niveaux inférieurs. 

La sépulture reposait immédiatement sur la couche moustérienne. 
Son âge paléolithique ne saurait être contesté: la stratification 
n'indiquait en effet aucun remaniement, bien que des fragments céra- 
miques aient apparu au niveau moyen. Nous avons vu que la poterie 
n^était probablement pas inconnue des chasseurs de rennes occupant 
le territoire belge. La couche moyenne, au témoignage des inven- 
teurs, formait au-dessus des ossements humains une chape bré- 
cheuse compacte, résistant au choc du marteau. Les ossements 
étaient eux-mêmes encastrés dans une brèche dure. Deux squelettes 
incomplets gisaient distants l'un de l'autre de 2™50 environ. L'atti- 
tude de l'un des corps n'a pas pu être déterminée ; l'autre squelette 
était placé en travers de l'axe de la grotte, couché sur le côté, la main 
appuyée contre la mâchoire inférieure. 

MM. Julien Fraipont et Max Lohest inclinaient à admettre que les 
hommes de Spy n'auraient pas été ensevelis intentionnellement. 
MM. de Mortillet les ont considérés également comme des vic- 
times d'un éboulement. Mais nous verrons que les découvertes des 
grottes de Grimaldi ont démontré l'existence désormais indiscu- 
table de la coutume de l'ensevelissement funéraire aux phases 
moyennes et supérieures du quaternaire. 

Les squelettes de Spy appartiennent à la race du Néanderthal et 
présentent les caractères que nous venons d'énumérer. Ils pos- 
sèdent même au plus haut degré quelques-unes des particularités 
morphologiques de cette race. 

1. Hreuil, La question aurignacienne.RP y 1907, p. 173. Sur la date de Tindu»- 
trie du Trou Magrite et de Spy, cf. ci-dessus, p. 147. 

2. Breuil, ibid. 



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PRINCIPAUX SQUELETTES ET CRANES NÉANDERTHALOÏDES 281 

Mâchoire de la Naulelte, commune de Furfooz^ près Dînant 
{Belgique), — Le sol de la grotte ou trou delà Naulette, sur la rive 
gauche de la Lesse, recouvrait des couches de limon, dont sept 
nappes stalagmitiques déterminaient la stratification. Sous la cin- 
quième à partir du haut, M. Edouard Dupont recueillit en 1866 
un maxillaire inférieur humain, accompagné de divers autres 
débris d'ossements de même espèce et de restes fossiles d'éléphant 
et de rhinocéros. Le maxillaire de la Naulette, comme ceux décrits 
ci-après, est nettement caractérisé par l'épaisseur des branches, 
la ligne fuyante du menton et la grosseur des dents. 

Mâchoire de la Grotte des Fées, à Arcy-sur-Cure ( Yonne), — 
Découverte par Vibraye en 1859, elle gisait dans une couche mous- 
lérienne, contenant un repaire d'ours et d'hyène et surmontée de 
plusieurs autres niveaux, Tun égale- 
ment moustérien, les autres magdalé- 
niens et néolihique. 

Le maxillaire d'Arcy n'a pas le menton 
aussi effacé que les autres mâchoires né- 
anderthaloïdes. 

Malarnaud y près Montseron (Ariège), Fip. 113. — Mâchoire de 
— Mâchoire (fig. 113) recueillie en Malarnaud (Ariège), 

1889 par MM. Bourret et F. Regnault 

dans une assise de cette caverne, assise datée par des restes de 
Tours et du lion des cavernes, du rhinocéros bicorne, etc. Ce 
niveau était surmonté d'un plancher stalagmitique et de foyers 
supérieurs de l'époque du Renne. 

Petit-Puy moyen ^ près d'Angoulême (Charente), — Mâchoire de 
même type, découverte récemment dans une brèche quaternaire à 
mIcx paléolithiques et os d'animaux divers, notamment de renne *. 

Marcilly^sur-Eure (Eure). — Faible portion de crâne recueillie 
en 1883 sous 7 mètres de terre à brique, formation qui a livré aux 
alentours des silex moustériens et des ossements de mammouth. 

Bréchamps [Eure), — Trouvaille d'un fragment de crâne décou- 
vert en 1892 dans un dépôt de même nature. 

Crâne et ossements de Denise [Haute- Loire], — En 181 i, Aymard, 
conservateur du musée du Puy, signala des ossements humains 
recueillis par un ouvrier dans le tuf de l'ancien volcan de Denise, 
prés du Puy. L'authenticité de ces restes n'est plus contes- 

1. A. Gaudry, C. R. Acad, des 5c., 29 avril 1907. 



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282 XI. RACES QUATERNAIRES. SEPULTURES ET RITES FUNERAIRES 

tée, mais Tâge du dépôt qui les renfermait n'a pas été bien nette- 
ment établi par les géologues *. 

Tilbury^ près de Londres, — , Squelette trouvé en 1883, sous 

10 "50 de dépôt d'argile, de limon et de sable. On en a conservé 
quelques portions, notamment le crâne, de type nettement néan- 
derthaloïde. 

Bu ry 'Saint' Edmunds (Su/folk), — Crâne incomplet, signalé en 
1884. Retiré d'un dépôt d*argile contenant des restes de mammouth 
et des silex amygdaloïdes. 

§ IV. — Trouvailles similaires dans V Europe centrale. 

On a signalé en Allemagne et en Autriche-Hongrie, comme appar- 
tenant à Tère quaternaire, un assez grand nombre de restes humains. 
Ces diverses découvertes ont été récemment l'objet d'une enquête 
sérieuse et approfondie, due à M. Hugues Obermaier. Son inven- 
taire méthodique, qui nous servira de guide dans cette rapide récen- 
sion, a démontré que plusieurs ossements humains réputés qua- 
ternaires, d'après certains auteurs, doivent, en réalité, être écartés 
et classés parmi les indications erronées, douteuses ou insuffisantes. 

11 en résulte qu'à Texception de quelques débris minimes ^, les 
seules découvertes de l'Europe centrale, susceptibles d'être retenues 
comme des documents incontestables sont celles de Sipka, de 
Predmost, et de Brûnn (trois localités de la Moravie), et de Krapina, 
en Croatie ^. 

Les crânes du Néanderthal, de Cannstadt et d'Eguisheim ne 
peuvent être classés parmi les indications sûres. 

Le crâne du Néanderthal provient de l'une des petites grottes de 
la vallée du Néander, entre Dusseldorf et Elberfeld, sur la rive 

1. Cependant, d'après une récente étude de M. Boule, la trouvaille de 
Denise serait probablement prémoustérienne et de l'époque du Rhinocéros 
Mercki (Marccllin Boule, VAge des derniers volcans de la France, Extrait de 
La Géographie, mars-mai, 1906, p. 33). Pour le crâne découvert en 1863 à l'Olmo 
dans la vallée de TArno, non loin d'Arezzo (Italie), à 15 mètres de profondeur 
dans une argile lacustre, crâne dont la date est incertaine, voir la biblio- 
graphie dans Reinach, loc. cit., p. 140. 

2. Ces débris de faible importance se composent de quelques ossements ou 
dents découverts en Autriche- Hongrie (Willendorf, Gudenushoehie), en Alle- 
magne (Taubach, Andernach , en Suisse (caverne de Freudenthal, caverne du 
Kesslerloch \ Ils n'appartiennent pas à des squelettes de type néandertha- 
loïde et proviennent de stations quaternaires de diverses époques. Cf. Ober- 
maier, loc. cit., passim. 

3. H. Obermaier, Les restes humains quaternaires dans VEurope centrale, 
Anthr., 1905, p. 385; 1906, p. 55. Nos lecteurs trouveront dans ces deux articles 
toutes les références bibliographiques auxquelles ils devront se reporter. 



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SQirBLBTTES ET CRANES NBANDBRTHALOÏDES DE l' EUROPE CENTRALE 28Ii 

droite de la Dûssel. C'est dans cette excavation, dite la « petite 
Feldhofer-Grotle », située à environ 25 mètres au-dessus de la 
rivière actuelle, qu'on découvrit en 1856 les restes d'un squelette 
humain. 11 gisait à 0"60 de profondeur dans le lehm. Aucun 
homme compétent, comme le remarque M. Obermaier, n'a jamais 
vu le squelette in situ. Les ouvriers auteurs de la découverte 
avaient déjà dispersé les ossements, empâtés dans le lehm, lorsque 
le D"^ Fuhlrott, d'Elberfeld, survint à temps pour sauver la calotte 
crânienne, les deux fémurs, les deux cubitus presque en totalité, 
le radius droit, la clavicule droite et divers autres fragments, 
notamment plusieurs morceaux de côtes. Le lehm ne contenait en 
cet endroit aucun débris paléontologique pouvant dater le dépôt. 
On ignore, d'autre part, dans quelles conditions ce lehm a rempli 
la caverne et l'on ne peut même décider si les ossements humains 
ont été introduits par Torifice très étroit de la grotte ou par les 
fentes du plafond. Il est donc bien acquis que « Tâge du sque- 
lette du Néanderthal n'est aucunement défini, ni géologiquement, 
ni stratigraphiquement » K 

On ne peut également citer que pour mémoire le célèbre crâne 
de Cannstadt, choisi cependant par MM. de Quatrefages et Hamy 
comme type de la race néanderthaloïde, dans leur ouvrage classique, 
Crania eihnica. Il fut rencontré par un paléontologiste allemand, 
Jaeger, dans une vitrine du musée de Stuttgart. Non loin de celte 
localité, à Cannstadt, se trouvait un oppidum, fouillé en 1700 par 
le duc Eberhard-Ludwig de Wurtemberg. Les niveaux inférieurs 
de cette fouille lui rendirent des ossements de mammouth, de l'ours 
et de l'hyène des cavernes, qui furent transportés au musée de 
Stuttgart. Aucune des diverses relations publiées sur ces décou- 
vertes ne mentionne la trouvaille d'un crâne humain. En 181'i, 
Guvier cite parmi les os recueillis à Cannstadt un fragment de 
mâchoire humaine, en ajoutant d'ailleurs que l'ordre de succession 
des objets de même provenance n'a pas été noté. C'est en 1835, 
c'est-à-dire 135 ans après les fouilles du duc de Wurtemberg, que 
Jaeger déclara avoir rencontré au musée de Stuttgart une portion 
de crâne placée près de quelques vases découverts en 1700 et crut 
pouvoir inférer de ce voisinage que le crâne provenait des fouilles 
de Cannstadt. Mais cette assertion ne constitue qu'une téméraire 
induction. 

1. Obermaier, loc. cit^ Anthr., 1906, p. 72. 



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284 XI. RACES QUATERNAIRES. SEPULTURES ET RITES FUNERAIRES 

Le crâne d'Eguisheim, près Colmar, découvert en 1865 dans le 
loess, à 2™ 50 de profondeur, avec des ossements de cheval, de 
bœuf, de cerf et de mammouth, est ég^alement discutable. M. Schu- 
macher a fini par déclarer, après une enquête sérieuse, que le crâne 
« devait se trouver à la limite du loess ancien et du récent, mais 
il n'en dissuade pas moins de le considérer comme quaternaire ». 
Ce crâne, d'ailleurs, n'appartient pas complètement au type du 
Néanderthal,dont il diffère par la hauteur du front. 

Abordons maintenant la série des indications à retenir : 

SipksL [Moravie). — Fragment de mandibule humaine, décou- 
vert par M. Charles Maâka, dans la caverne de Sipka. La pièce 
provient du dépôt inférieur du remplissage stratigraphique, dépôt 
sous-jacent à plusieurs couches, dont la plus élevée contenait déjà 
une faune quaternaire intacte, avec restes de renne, de mammouth 
et de Rhinocéros tichorhinus^ associés à des instruments en quart- 
zile grossiers et atypiques *. 

Predmosl (Moravie), — L'important gisement de Pi^edmost, 
découvert par MM. Wanken, Maâka et Kfiz, a été rencontré au- 
dessous de la surface du loess. Nous avons dit qu'il parait devoir se 
classer à Tépoque solutréenne (v. ci-dessus p. 145). On y remarque 
l'abondance des débris de mammouth, tant au-dessus qu'au-des- 
sous du gisement archéologique, restes ne représentant pas moins 
de 800 à 900 individus. Parmi de nombreux silex, comprenant des 
pointes en feuille de laurier, apparaissent des objets et même des 
ouvrages d'art en matière osseuse et en ivoire. On a acquis la cer- 
titude que les restes humains recueillis en nombre dans cette sta- 
tion sont synchroniques des découvertes archéologiques. 

M. Wanken a trouvé un fragment de mandibule d'un sujet 
adulte. M. Kfiz a décrit de son côté des débris se rapportant à 
six individus au moins. Enfin M. Maèka a découvert une impor- 
tante sépulture collective, contenant quatorze squelettes humains 
complets, avec les restes de six autres individus. Ce dépôt funéraire 
étant sous-jacent à la couche archéologique non remaniée, son 
attribution à l'ère quaternaire ne saurait être contestée. Comme 
dans les grottes dé Grimaldi, les corps étaient prolégés par des 
pierres. Aucun objet n'avait été inhumé avec les squelettes. Cepen- 
dant un enfant était paré d'un collier composé de quatorze petites 



1. Voir ci-dessus p. 108. La note 2 de la page 108 doit être remplacée par la 
note l de la page 109 et vice-versa. 



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SQUELETTES ET CRANES NBANDBRTHALOÏDES DE i/eUROPE CENTRALE 285 

perles ovales en ivoire rétréciesà leur partie centrale et semblables 
à celles qu'a livrées le niveau moyen de Spy. 

La sépulture doit être antérieure à la couche archéologique qui 
la recouvre. 

Les crânes, d'après M. Maâka, présentent les caractères néander- 
thaloïdes, mais les dimensions des os longes indiquent une race de 
grande taille. 

Brûnn, — En 1891, survint la découverte du squelette de Brûnn, 
capitale de la Moravie. Il gisait dans le loess intact, à la profon- 
deur de 4 "50. Ce squelette portait, comme nous Ta vous dit, une 
riche parure : on recueillit avec ses ossements plus de 6(»0 mor- 
ceaux de Dentalium badense, formant des tubes coniques d'enfi- 
lage, découpés aux deux extrémités, de grands disques en pierre 
perforés, de petits disques gravés sur leur pourtour, trois disques 
pleins, en côtes de rhinocéros ou de mammouth, trois autres 
découpés dans des molaires de mammouth. Associée à ces objets se 
trouvait la célèbre « idole » en ivoire, mentionnée ci-dessus, sculp- 
ture incomplète dont il ne reste que la tête, le torse et le bras 
gauche (haut, actuelle: 0™25), et qui pat*ait représenter un person- 
nage masculin. Le squelette et quelques objets de la sépulture 
étaient partiellement teintés de rouge, le dépôt funéraire ayant été 
saupoudré de grains de sanguine lors de Tensevelissement. 

M. Makowsky, appelé aussitôt après la découverte, put constater 
que le squelette gisait dans une couche non remaniée. Immédia- 
tement au-dessus se trouvaient une défense et une omoplate de mam- 
mouth. Au reste, observe M. Obermaier, la collection Maâka con- 
tient une série de disques en pierre proven^t de Predmost et 
presque identiques à ceux de cette sépulture. La figurine en ivoire, 
corroborant ces indications, permet de classer ce dépôt funéraire 
à la période éburnéenne. 

Le crâne de Brunn, très dolichocéphale, se rapproche par cer- 
tains caractère du type du Néanderthal et par d'autres de celui de 
Gro-Magnon. 

Krapina [Croatie], Nous avons parlé ci-dessus (p. 110) de cet 
important abri sous roche moustérien et des découvertes nombreuses 
d'ossements humains, malheureusement trop fragmentés, qui en pro- 
viennent. On a pu cependant constater que les restes des crânes, 
notamment les fragments d'arcades sourcilières, se rattachent à la 
race du Néanderthal. 



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286 XI. RAGES QUATERNAIRES. SÉPULTURES ET RITES FUNERAIRES 

§ V. — Squelettes et crânes quaternaires de la race 
de CrO'Magnon, 

Nous avons vu que la seconde race humaine quaternaire, dite 
race de Cro-Magnon, tire son nom d'un abri sous roche, situé aux 
Eyzies (Dordogne)*. En 1868, les travaux de construction cf^un 
chemin de fer amenèrent la découverte de cinq squelettes gisant dans 
celte excavation au sommet d'un dépôt aurignacien. Quatre seule- 
ment ont pu être sauvés en partie par Louis Lartet. Les corps n'étant 
pas ensevelis dans le dépôt, mais simplement déposés à la surface, 
quelques auteurs ont jugé difficile de les classer avec certitude à la 
période paléolithique. Cependant MM. de Quatrefages et Hamy ont 
choisi les crânes de Cro-Magnon comme types de la seconde race qua- 
ternaire, représentée d'ailleurs par un assez grand nombre d'autres 
découvertes appartenant incontestablement à Tépoque du Renne *. 
Il convient d'observer qu'un grand nombre de coquilles marines, per- 
cées d'un trou, ont été recueillies au milieu des os. Nous verrons 
que les mêmes objets de parure abondent dans les sépultures paléo- 
lithiques. 

Des pendeloques d'ivoire ont été rencontrées également avec les 
squelettes, alors qu'autour d'eux on n'a trouvé aucun objet plus 
récent que l'époque du Renne. 

Ces particularités constituent donc des indices favorables à la 
haute antiquité de ces débris humains. 

Parmi les autres trouvailles quaternaires de squelettes du type 
de Cro-Magnon, les suivantes comptent parmi les plus authen- 
tiques et les plus importantes : 

a) Squelette de l'abri de Laugerie-Basse (Dordogne), exhumé en 
1872 par E. Massénat (fig. 114 et 115,1). Il gisait sous des rochers 
éboulés, couché sur le dos, dans l'attitude repliée, et portait une 

1. Pour la bibliographie, consulter Salomon Reinach, Allnvions et cavernes., 
p. 186, note 6. 

Sur la race de Cro-Magnon, voir surtout Broca, BSA, 2» s., III, p. 350; — 
A. de Quatrefages et Hamy, Crania ethnica (1873-1882). 

Aux indications bibliographiques données par M. Reinach, loc. cil., ajouter 
Georges Hervé, La race des Troglodytes magdaléniens, BEA, 1893, p. 173; — 
Verneau, Les grottes de Grimaldi (Baoussé-Roussé), t. II, fasc. 1. 

2. MM. de Quatrefages et Hamy admettaient une troisième race fossile qua- 
ternaire, dite de Furfooz, de Grenelle ou de la Truchère, race de petite taille, 
mésaticéphale ou brachycéphale, mais on a reconnu que cette race est néoli- 
thique. 



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SQUELETTES ET CRANES DE LA RAGE DE GRO-MAGNON 287 

parure de coquilles marines méditerranéennes. Une couche archéo- 
logique magdalénienne enveloppait le corps *. 

On a découvert à Laugerie-Basse d'autres débris humains dissé- 
minés *. 

h). Squelette de Tabri de Raymonden, commune de Chancelade 
(Dordogne), découvert par MM. Hardy et Féaux en 1888, à l " 64de 
profondeur (voir le crâne fig. 
115,2). Le cadavre gisait dans l'atti- 
tude repliée. Il reposait directement 
sur le roc et était recouvert par 
plusieurs assises de dépôts magda- 
léniens. M. le professeur Testut a 
déclaré ne pouvoir expliquer le 
ploiement prononcé des membres 
sans admettre le ligottement du 
cadavre. D'autres sépultures pa- 
léolithiques, notamment dans les 
grottes de Grimaldi, nous montre- 
ront encore des exemples typiques 
de ce même rite funéraire^. 

c) Squelette de la grotte de 
Duruthy, à Sorde (Landes). En 
mauvais état de conservation et in- 
complet. Découvert en 1872-73, Fig. 11 4. — Squelette humain 
vers la base d'un remplissage de Laugerie-Basse *. 
magdalénien épais de 2 ™ 70. Ce 

cadavre était paré d'un collier et d'une ceinture en canines de lion 
et d'ours, perforées et gravées, dont nous avons parlé ci-dessus '. 

d) Crâne de la grotte du Placard, à Rochebertier, commune 
de Vilhonneur (Charente). Il gisait avec d'autres débris humains 

1. A. de Quatrefages et Hamy, Crania ethnica, p. 45, 53, 82, 83 ; — Hamy, 
BSA, 1874, p. 652; — G. et A. de Mortillet, Le Préhist., 3- éd., p. 315; — 
Cartailhac, France préhistorique^ p. 108. 

2. Mat., 1869, p. 356. 

3. L. Testut, Recherches anthropologiques sur le squelette quaternaire de 
Chancelade {Dordogne), Lyon, 1889 ; — Michel Hardy, La station quaternaire 
de Raymonden, à Chancelade, Bull, de la Soc. hist. et archéol. du Pcrigord, 
1891,p. 66;— BSA, 1890, p. 453 ;— G. et A. de Mortillet, Le Préhist., 3' édit., 
p. 318 ; — Cartailhac, France préhist., p. 1 13. 

4. D'après Cartailhac, France préhistorique, p. 110, fig. 40. 

5. Louis Lartet et Chaplain-Duparc, Une sépulture des anciens Troglodytes 
des Pyrénées, 1874, p. 37; — G. et A. de Mortillet, Le Préhist., 3- édit., 
p. 318 ; — Cartailhac, France préhist., p. 113. 



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288 XI. RACES QUATERNAIBES. SEPULTURES ET RITES FUNERAIRES 

dans rassise magdalénienne, superposée aux assises solutréenne ei 
moustérienne *, 

e) Squelette de la grotte des Hoteaux, commune de Rossillon 
(Ain). Découverten 1894 par MM. TabbéA. Tournieret Ch. Guil- 
Ion, à 1™ 90 ou 2 mètres de profondeur, au-dessous de zones mag- 
daléniennes non remaniées. Le cadavre, couché sur le dos, était 
recouvert d'ocre rouge. On a noté l'interversion des deux fémurs, 
comme un fait à Tappui de Thypothèse du décharnement préfùné- 
raire des cadavres. Nous examinerons plus loin les théories for- 
mulées par quelques préhistoriens à Tégard de cette coutume 





Fijç. 115. — 1, Crâne de Laugerie-Basse (Dordogne) ; — 2, CrÂne de Chan- 
celade (Dordogne). 

observée chez certaines peuplades sauvages de l'ethnographie 
moderne^. 

Un certain nombre de débris humains peu importants ou en très 
mauvais état de conservation, recueillis çà et là, appartiennent 
encore à Tépoque du Renne ^. 

On a longuement discuté, à propos de chacune de ces découvertes 
de squelettes, surTorigine de leur ensevelissement. Nous ne croyons 
pas devoir revenir sur ces anciennes controverses. Si dans certains 

1. Contrairement à Tavis de MM. G. et A. de Mortillet {Le PréhisL^ 
3« édit., p. 315), M. Hervé estime impossible d'admettre ici Thypothèse d'un 
remaniement et de considérer ce squelette comme appartenant à une sépul- 
ture néolithique (REA, 1893, p. 178). 

2. Voir la bibliographie des découvertes de la grotte des Hoteaux dans 
l'appendice de ce volume : Liste bibliographique des cavernes... de Pépoque du 
Renne. 

3. Les Eyzies (mandibule); La Madeleine (fragment de maxillaire), grotte des 
Forges, à Bruniqucl (fragment de frontal et débris divers) ; grotte des Fées, à 
Marcamps (maxillaire) ; autres fragments divers d'Aurensan, du Mas d'Aiil, 
etc. (Voir l'inventaire bibliographique dresse par M. Hervé dans REA, 1893, 
p. 174). 



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SÉPULTURES DES GROTTES DE GRIMALDI 289 

cas — comme à Laugerie-Basse^ où V « Homme écrasé » avait, dit-on, 

la colonne vertébrale brisée par un bloc de rocher, — on pouvait 

autrefois accepter Thypothèse d'un ensevelissement accidentel, il 

n'en est pas moins acquis avec certitude, depuis les découvertes 

des grottes deGrimaldi, que les Troglodytes de l'époque du Renne 

ensevelissaient leurs morts dans les grottes qui leur servaient 

de refuge. Nous connaissons maintenant un nombre de sépul- 

tares paléolithiques encore relativement restreint, il est vrai, 

mais suffisant pour lever toute incertitude sur Texistence de rites 

funéraires aux temps glyptiques. Nous retrouverons dans les grottes 

de Grimaldi d'autres squelettes de la même époque, inhumés 

parfois dans l'attitude repliée, parés également de coquillages ou 

de dents perforées et intentionnellement colorés en rouge par des 

substances ocreuses. Les anciennes discussions sur Tâge et Tori- 

gine de quelques-uns des squelettes que nous venons de passer en 

revue ne présentent donc actuellement qu'un intérêt secondaire. 

§ VI. — Les sépultures des grottes de Grimaldi, 
Squelettes négroïdes. 

C'est à M. Emile Rivière qu'appartient le mérite de la décou- 
verte des premiers squelettes paléolithiques des grottes de Grimaldi. 

En 1872, il rencontra dans la grotte du Gavillon ou quatrième 
grotte *, à 6™ 55 de profondeur, le squelette connu sous le nom 
d' « Homme de Menton ». D'autres découvertes similaires de 
M. Rivière et, après lui, celles de iM. Julien et d'un maître carrier 
italien, M. Abbo, survinrent ultérieurement. Enfin les belles fouilles 
du Prince de Monaco, exécutées de 1895 à 1902 ^, sous la direction 
de M. le chanoine de Villeneuve, assisté de MM. Boule, Verneau 
et Gartailhac, exhumèrent trois nouvelles sépultures, dont une 
double, et portèrent à seize le nombre total des squelettes paléo- 
lithiques de cette station, quelques débris non compris. 

M. Rivière, dès l'origine, avait pu se convaincre du caractère 
paléolithique de ces inhumations, mais ses conclusions avaient été 
vivement combattues par plusieurs préhistoriens. En France, 
Gabriel de Mortillet, notamment, en Italie, MM. Caslelfranco, 
Pigorini et Colini, rattachaient les sépultures dites de Menton à 

1. Voir ci-dessus, p. 78. 

2. Les grottes de Grimaldi {Baoïissé-Roussé), 1906. Pour le détail de cet 
ouvrage, voir ci-dessus, p. 79, note 1. 

Manuel d'archéologie préhistorique. — T. I. 19 



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290 Xr. R.\CES QUATERNAIRES. SEPULTURES ET RITES FUNERAIRES 

Tépoque néolithique. Fort heureusement les fouilles récentes du 
Prince de Monaco, apportant la solution définitive du problème, ont 
dissipé toute incertitude. « A Theure actuelle, écrit M. le D*" Ver- 
neau, aucune hésitation n'est permise ; il est amplement démon- 
tré par les résultats des fouilles pratiquées dans la Grotte des 
Enfants, que les Troglodytes des Baoussé-Roussé enterraient leurs 





Grotte des Enfants 
ou première grotte. 


Grotte du Ca- 

villon ou 

quatrième 

grotte. 


Grotte de ta Barma 

Grande ou 
cinquième grotte 


Grotte du Baous^o 

da Torre ou 

sixième grotte. 


2 

il 

la 
-ë 


Sépulture n- 1, 
1874 (deux sque- 
lettes d'enfants). 


Sépulture um- 
que, 1872 
(squelette 
d'adulte). 




Sépulture n« 1, 
1872-73 (un sque- 
lette d'adulte). 

Sépulture n» 2, 
1873 (un sque- 
lette). 

Sépulture n» 3j 
1873 (un sque- 
lette). 


• .s 

ri 






Sépulture n« 1, 
1884 (un sque- 
lette). 




Xi 

II 

o 

o 






Sépulture n»^ 2, 
1892 (trois sque- 
lettes, un hom- 
me, une femme 
et un adoles- 
cent). 

Sépulture n» 3, 
1894 (un sque- 
lette). 

Sépulture n*» 4, 
vers 1894 (un 
squelette carbo- 
nisé). 




c 

ee 

c 
c 

l: 

û 

eu 

3 

T3 


Sépulture n* 2, 
1901 fsquclette 
de fenmie . 

Sépulture n« 3, 
1901 (squelette 
masculin). 

SpuUure n*» i, 
1901 ( deux 
squelettes né- 
groïdes, un ado- 
lescent et une 
vieille femme. 









SEPULTURES QUATERNAIRES DES GROTTES DE GRIMALDI 



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SÉPULTURES DBS GROTTES DE GRIMALDI 291 

morts à Tépoque quaternaire. Les recherches méthodiques exécu- 
tées avec un soin méticuleux dans cette caverne ont levé les der- 
niers doutes. M. Tabbé de Villeneuve a constaté d'une façon irré- 
cusable que, une fois les couches superficielles enlevées, toutes 
les assises étaient en place et n'avaient jamais subi de remanie- 
ments » *, 

Laissons ici parler les faits, en décrivant sommairement chacune 
des sépultures : 

Tous les squelettes appartiennent au type de Cro-Magnon 
(forme de grande taille), à l'exception de deux que M. le D*" Verneau 
a pu rattacher à un type nouveau, de caractère négroïde, type auquel 
il a donné le nom de race de Grimaldi, 

Pour permettre à nos lecteurs de s'orienter plus aisément pai*mi 
ces découvertes successives, dues à plusieurs explorateurs, nous 
avons dressé un tableau synoptique où les sépultures sont classées 
par grottes et numérotées d'après Tordre des découvertes. 

1" Sépultures de la Grotte des Enfants ou première grotte. 

Le dépôt de remplissage de la Grotte des Enfants s'élevait à près 
de 10 mètres de hauteur. M. Riirière n'avait exploré que la partie 
supérieure. Les fouilles du Prince de Monaco ont permis d'étudier 
la série complète des assises, depuis le sommet du remplissage jus- 
qu'au plancher rocheux de la grotte. On y a reconnu neuf zones 
de foyers distincts (voir fig. 116, lettres A-1). Tous appartiennent au 
quaternaire : les couches profondes ont livré des restes du Rhino- 
céros Mercki^ dernier survivant de la faune chaude, tandis que le 
Renne s'est rencontré dans les assises supérieures. 

Nous allons voir que les sépultures des foyers inférieurs (foyers I 
et H) reposant sur ces dépôts, ont été classées par les inventeurs au 
pléistocène moyen. Les foyers et les sépultures plus élevés appar- 
tiennent, d'après les indications de l'archéologie et de la paléontolo- 
gie, à la phase ancienne de l'époque du Renne ou phase aurigna- 
cienne, et c'est sans doute à la même période qu'il faut classer les 
sépultures quaternaires des autres grottes de Grimaldi, sépultures 
présentant les mêmes caractères. 

Sépulture n*» 1. Découverte par M. Rivière en 1874-75, à '2 "» 70 
de profondeur ^. Elle contenait deux squelettes d'enfants, âgés l'un 

1. Les grottes de Grimaldi (Baoussé-Ronssé), Anthropologie, par le D"^ Ver- 
neau, p. 17. 

2. Ce niveau correspond au foyer G de la coupe de M. de Villeneuve. 



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292 XI. RACES QUATERNAIRES. SEPULTURES ET RITES FUNERAIRES 

de 4 ans, l'autre de 6 ans, couchés côte à côte sur le dos dans le 
même foyer, les membres allongés, la tête regardant vers Touest. 
Leurs ossements n'avaient pas été revêtus de matières colorantes. 
Aucun objet de parure n'ornait ni les tempes, ni les poignets, ni les 
chevilles, mais à la hauteur de la ceinture, au-dessus et au-dessous 
des deux squelettes, gisaient près d'un millier de petits coquillages 
[Nassa nerilea), percés intentionnellement et ayant dû garnir une 
sorte de pagne *. 



Fig. 116. — Grotte des Enfants. Coupes transversale et longitudinale (I^s 
chilTres indiquent les cotes d'altitude au-dessus du niveau de la mer) ^. 

Sépulture n** 2, dite sépulture du foyer supérieur. Fouillesdu Prince 
de Monaco en 1901. Squelette d'un sujet féminin, d'un âge déjà 
avancé et de petite taille, gisant sur le foyer B, dans le décubitus dor- 



1. E. Rivière, De Vanliquiié de l'homme dans les Alpes-Maritimes, Paris, 
1877-18S7, vol. in-i" avec 2i pi. en couleur; — G. et A. de Mortillet, Le 
Préhist., 3- édit., p. 309 ; — Cartailhac, Mal., 1888 p. 4i5 ; G. R. critique du 
livre de M. Rivière ; — E. d'Acy, BSA, 1S88, p. 94 ; — Docteur Verneau, Les 
grottes de Grimaldi {Baoussé-Roussé}, t. Il, fasc. I, passim; — Pour le détail 
complémentaire de labibliographie,cf. Salomon Reinach,i4iiuf»on« etcavernes, 
p. 256. 

2. Les grottes de Grimaldi {Bao'ussé- Rousse), Géologie et paléontologie, p^lt 
M. Boule, pi. XI. 



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SÉPULTURES DES GROTTES D£ GRIMALDI 293 

sal, à 1 ™ 90 de profondeur*. Il était entouré de blocs.de pie^^es^ 
La présence de coprolithes et le désordre de la sépulture ont donné 
à croire que celle-ci aurait été bouleversée par les hyènes. Le 
squelette semblait avoir été déterré, puis inhumé de nouveau. 11 
était enveloppé d'un véritable Ht de coquilles de Trochus^ non per- 
forées, dont quelques-unes adhéraient aux os. Les membres infé-; 
rieurs étaient allongés, de même que les bras et les avant-bras, 
étendus parallèlement au corps. Le mobilier, très pauvre, ne com- 
prenait que deux coquilles percées, des os d'animaux et quelques 
éclats de silex. La couche paléontoiogique contenant cette sépul- 
ture a livré des restes de bouquetin, de cerf élaphe et de daim. Le 
mauvais état du squelette n'autorise aucune conclusion certaine sur 
ses caractères morphologiques. A 0" 70 plus haut, on recueillit deux 
mâchoires de très jeunes enfants ^. 

Sépulture n» 3, dite du septième foyer (foyer H) ou du grand 
squelette. Découverte par le Prince de Monaco en 1901, à 7™ 05 
de profondeur. Squelette d'un homme de grande stature (1 °* 92), 
étendu sur le dos, les membres inférieurs allongés, les bras paral- 
lèles au corps, les avant-bras relevés. Sa parure ne comprenait 
qu'une sorte de pectoral en nasses perforées et peut-être une cou- 
ronne frontale, composée de ces mêmes coquilles, associées à des 
canines de cerf. La tête reposait sur une dalle de grès rougie de fer 
oligiste. Une grande pierre paraissait recouvrir celte partie du 
cadavre, près duquel était déposé un fragment de bois de cerf ouvré. 
Au niveau des pieds, cinq pierres avaient été dressées de champ. 
Le type du squelette correspond à celui de Gro-Magnon. La faune 
du foyer H qui le contenait ne différait pas de celle du foyer 1 
sous-jacent, renfermant les squelettes négroïdes, dont nous allons 
parler: ossements de l'ours, de l'hyène et du grand lion des cavernes, 
de la marmotte, etc. M. Boule considère ce foyer comme apparte- 
nant encore au quaternaire moyen, ce qui démontrerait la présence 



J. Cette mesure prise à partir du témoin laissé par M. Rivière pour indi- 
quer le niveau supérieur du remplissage, que M. l'abbé de Villeneuve 
estime avoir été plus élevé de 1°*20 [Anthr., 1902, p. 568). 

2. Grottes de Grimaldi, Historique et description, par le chanoine de Vil- 
leneuve, p. 164; — Ibid., Anthropologie, par le D' Verneau, p. 25, 27, 31, 50 
(figures d'ensemble) ; — du môme, Anthr.^ 1902, p. 570 ; — Les grottes de Gri- 
maldi, Géologie et paléontologie, par Marcelin Boule, p. 115 ; — du môme, 
Sur Vâgedes squelettes humains des grottes de Menton, G. R. Acad.Sc, séance 
du 22 février Î90i ; — Anthr., 1905, p. 506. 



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294 XI. RAGES QUATERNAIRES. SEPULTURES ET RITES FUNERAIRES. 

de la race de Gro-Maçnon sur la côte d'Azur dès celte phase du 
paléolithique *. 

Sépulture n° 4, dite des Négroïdes (lîg. 117). Découverte par le 
Priace de Monaco, en 1901, à 7" 75 de profondeur, sur le foyer 1. 
Deux squelettes (vieille femme et adolescent de 15 à 17 ans envi- 
ron), dans la posture repliée. L'adolescent avait les cuisses légère- 
ment fléchies et les jambes forte- 
ment repliées ; le corps de la 
vieille femme, couché sur le ventre, 
était encore plus ramassé, les 
genoux relevés à la hauteur de la 
poitrine et les pieds touchant le 
bassin. Une pierre plate, portée 
par deux autres pierres posées de 
champ, protégeait Tune des têtes, 
mais ce caisson ne recouvrait 
pas le reste du corps. Il a semblé 
qu'une fosse peu profonde avait 
été creusée dans le foyer I pour 
Tensevelissement des corps. Les 
squelettes regardaient le fond de la 
Fig. 117. — Grotte des Enfants, grotte, tandis que ceux des foyers 

Sépulture n"» 4 (deux squelettes d1»s élevés en re«rardaientrentrée 
de type négroïde, un adolescent pius eievesenreparaaienii eniree. 

et une vieille femme) 2. On a rapproché avec raison du 

squelette de Chancelade le corps 
fortement replié de la vieille femme et Ton s'est demandé une fois 
de plus si ces morts n'auraient pas été ligottés avant leur ensevelis- 
sement, comme les momies péruviennes. 

Le jeune homme dont les os présentaient seuls des traces de fer 
oligiste, portait sur le crâne une couronne formée de quatre rangs 
de nasses perforées ; le bras gauche de la vieille femme était paré 
de ces mêmes coquilles formant deux bracelets. Quelques lames de 
silex semblaient avoir été déposées sur les cadavres ou à côté d'eux, 
lors de Tinhumation. 

M. Verneau a reconnu que ces deux sujets appartiennent, au 

l.'D' Verneau, Les fouilles du Prince de Monaco aux Baoussé-Ronsséy 
Anthr., 1902, p. 568 et 572 ; — du même. Les grottes de Grimaldi, Anthropo- 
logie, p. 23, 27 (figures d'ensemble), 30 et chap. Il, passim ; — M. Boule, C. R 
Acad. Se, 22 février 1904; — Anthr., 1905, p. 506. 

2. D'après Verneau, Les fouilles du Prince de Monaco aux Baoussé-Roussé, 
Anthr., 1902, p. 587, fig. 2. 



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SÉPULTURES DBS GROTTES DE GRIMALDI 295 

point de vue anthropologique, à un type négroïde jusque là inconnu 
à Tépoque quaternaire: « Leur crâne (voir fig. 118), est elliptique, 
dolichocéphale, comme celui de presque tous les Nègres. Ils sont 
très fortement prognathes et Tun d'eux est platyrhinien ; en même 
temps il présente en avant du plancher nasal de véritables gout- 
tières obliques en bas et en avant ; Tautre a un nez moins nigritique 
par son indice. Chez les deux, le menton a des tendances à fuir. 
Cependant ce ne sont pas de vrais Nègres. I/aspect du haut de la 
face, la saillie de la charpente nasale, même chez celui qui est pla- 



Fig. 118. — Crâne féminin de la sépulture n* 4 de la Grotte des Enfants 
(type négroïde) •. 

tyrhinien, certaine délicatesse dans Tossature, ne nous autorisent 
pas à leurappliquer une autredénomination que cellede négroïdes » ^. 
La sépulture gisait dans une assise de foyers datés par la 
même faune que le foyer H décrit ci-dessus et reposant sur des 
dépôts à Rhinocéros Mercki, « Ces squelettes, écrit M. Boule, 
remontent donc à un moment fort reculé des temps quaternaires. 
L'horizon d'où ils proviennent ne saurait être bien éloigné de celui 
qui, dans la caverne voisine (Grotte du Prince), renferme non seu- 
lement le Rhinocéros Mercki mais encore VElephas antiquus et 
THippopotame, c'est-à-dire la faune chaude qui caractérise la plus 
ancienne faune du quaternaire » ^. 

1. Les Grottes de Grimaldi [Baoussé-Roussé]^ Anthropologie, parleD* Ver- 
neau, pi. V. 

2. D' Vemeau, Anthr., 1902, p. 583. 

3. M. Boule, Sur V âge des squelettes humains des grottes de \fenlonf C. R. 
Acad. Se, 22 février 190i; — A/ii/ir., 1905, p. 506. 



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296 XI. RACES QUATERNAIRES. SEPULTURES ET RITES FUNERAIRES 

M. Boule classerait donc les squelettes négroïdes du foyer I au 
pléistocène moyen. 11 incline à les considérer comme sensiblement 
du même âge que les squelettes de Spy. 

Il faut toutefois convenir qu*ici, comme à Spy, on peut encore 
hésiter entre le quaternaire moyen et la phase ancienne de Tépoque 
du Renne. A cet égard, des documents paléontologiques demeurent 
insuflisants, puisque, comme nous Tavons vu plus haut, les grands 
fauves quaternaires, ours, lion et hyène des cavernes, abondent 
encore aux temps aurignaciens *. 

2** Sépulture de la Grotte du Cavillon^ ou quatrième grotte. 

Une seule sépulture, dite de V « Homme de Menton ». Décou- 
verte par M. Rivière au mois de mars 1872, à la profondeur de 
6™ 55 au-dessous du premier niveau. C'est, comme nous Tavons 
dit, le premier squelette exhumé des grottes de Menton. Il repo- 
sait couché sur le côté gauche, les jambes légèrement fléchies et 
les avant-bras repliés^. Ce cadavre est celui d'un homme adulte de 
haute stature *, dont le type se rattache par divers caractères à 
celui de Cro-Magnon ^. Le crâne et le torse étaient appuyés contre 
des pierres brutes, sans doute déposées près du cadavre pour le 
protéger. Autourdu crâne se trouvaient plus de deux cents coquilles 
méditerranéennes perforées, du genre Nassa^ ayant dû appartenir 
à une sorte de résille, ainsi que vingt-deux canines de cerf égale- 
ment percées. Ces objets de parure étaient, comme les os du sque- 
lette, colorés de fer oligiste en poudre. La même matière avait 
été déposée au-devant de la bouche et des fosses nasales, dans une 
sorte de sillon intentionel, long de dix-huit centimètres. Le mobi- 
lier comprenait une pointe en os, placéeen travers du front, et deux 
lames triangulaires en silex appliquées contre Tocciput. La couche 

1. La publication par M. Gartailhac du fascicule de la mono^aphie des 
grottes de Grimaldi qui doit contenir la partie archéolojçique apportera sans 
doute d'intéressantes indications complémentaires. 

Pour cette sépulture, voir Grottes de Grimaldi^ Historique et description, 
par le chanoine de Villeneuve, p. 68; — D' Verncau, Anthr., 1902, 
p. 561 ; — du môme, Grottes de Grimaldi, Anthropologie^ p. 23, 30, 41 et 
chap. III (La planche II contient une photogravure). 

2. Barma dou Gavillou signifie en patois mentonais grotte de la Cheville. 

3. Ce squelette est conservé au Muséum d'histoire naturelle de Paris, gale- 
rie d'Anthropologie. 

4. La taille évaluée tout d'abord à 1" 85 ou l" 90 est réduite par M. Verneau 
à 1"75 {Grotte» de Grimaldi, Anthropologie, p. 60). 

5. A. de Quatrcfages et Hamy, Craniaethnica, p. 61. 



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séPULTURKS DES GROTTES DE GRIMALDI 297 

aurignacienne qui recouvrait le cadavre, couche non remaniée, 
épaisse de 2m 50*, a livré des débris de Tours, du lion et de 
l'hyène des cavernes, du Rhinocéros lichorhinus^ etc. 

A toutes les hauteurs on a recueilli des os ouvrés, flèches, poin- 
çons, lissoirs, etc. Les silex comprennent des grattoirs, des 
lames à retouches marginales, des pointes à cran atypiques, etc.* 

3** Grotte de la Barma Grande ou cinquième grotte. 

Sépulture n'* 1. Découverte par M. Louis Julien en 1884, à 8™ 40 
de profondeur. Squelette couché sur le dos, dans une sorte de 
fosse peu profonde revêtue d'un lit de pierres. La tête était coiffée 
d'une calotte d'ocre rouge ^ ; près d'elle gisaient trois grands éclats 
de silex. Le remplissage de la grotte, longue de 28 mètres, a donné 
les mêmes objets et la même faune que la grotte du Cavillon *. 

Sépulture n** 2. Etudiée sur place par M. Verneau,après sa décou- 
verte en 1892, à une profondeur d'au moins 8 mètres, par un 
maître carrier italien, M. Abbo, qui exploitait la caverne pour en 
extraire des matériaux de construction. Trois squelettes gisaient 
côte à côte dans une même fosse. Ils étaient a empâtés dans une 
couche de terre rouge contenant une grande quantité de peroxyde 
de fer » ^. Deux des cadavres gisaient sur le côté gauche, le troi- 
sième sur le dos, tous les trois ayant les membres inférieurs allon- 
gés ou très légèrement fléchis. L'un d'eux, un homme de haute 
taille, avait autour de la tête des nasses perforées, des vertèbres 
de poissons, des canines de cerf percées et finement gravées de 
stries. Sa riche parure se complétait d'un collier et d'un pectoral 
de même nature, avec une coquille de cyprée au tibia gauche. Au 
niveau de la main gauche, d'après M. Abbo, se trouvait une belle 

1. Au-dessus du niveau supérieur rencontré par M. Rivière on avait enlevé 
déjà près de 4 mètres dû remplissage, mais il restait des témoins de sa hau- 
teur primitive. 

2. Pour la bibliographie de cette sépulture consulter les travaux cités ci- 
dessus pour la sépulture n* 1 de la Grolte des Enfants. 

L'anneau plat en pierre et le fragment de hache polie que M. A. de Mortil- 
let oppose encore dans Le Préhistorique, 3* édit., p. 311, à la date paléoli- 
thique des sépultures de Menton ne présentent à cet égard aucune valeur, 
ces objets provenant de la surface cf. d'Acy, BSA, 1888, p. 95). 

3. Le crâne est au musée de Menton. M. Rivière a recueilli dans la grotte 
n» 4 un fragment de mandibule humaine, GPF, Périgueux, 1905, p. 81. 

4. E. Rivière, Antiquité de Vhomme, p. 196 ; — Lettre de M. Wilson à G. de 
Mortillet, L'Homme, 1884, p. 186 ; — d'Acy, BSA, 1888, p. 9i. 

3. Les Grottes de Grimaldi, Anthropologie, par le D' Verneau, p. 21. 



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298 XI. RACES QUATERNAIRES. SÉPULTURES ET RITES FUNERAIRES 

lame de silex, longue de 0" 23, taillée en grattoir. Le personnage 
du milieu, une jeune femme, portait une parure plus simple sans 
collier. Sa main gauche tenait également une grande lame de silex, 
longue de 0» 26. 

Très nombreux étaient au contraire les ornements corporels du 
troisième squelette, celui d'un adolescent, porteur d'une couronne 
et d'un collier ; la première faite de vertèbres de poisson, de nasses 
perforées, de pendeloques ; le collier comprenant deux rangées 
parallèles de vertèbres de poisson et une rangée de nasses, divi- 
sées en métopes par des canines de cerf striées. Chacun des 
trois sujets portait en outre une pendeloque d'os striés en forme 
de double olive. 

Les squelettes se rattachent à la race de Cro-Magnon *. 

Sépulture n** 3. Découverte en 1894, vers le fond de la grotte, 
par M. Abbo. Un squelette couché sur le dos, les jambes étendues 
et croisées, les avant-bras fléchis. Il ^portait un collier de nasses 
et un frontal dont les éléments se composaient encore de nasses, de 
canines de cerf perforées et de belles pendeloques d'ivoire en 
forme de grelot et ornées de stries. Trois grosses pierres recou- 
vraient ce cadavre *. 

Sépulture n*» 4. Découverte par M. Abbo, peu de temps après la 
précédente. Sujet dont les os étaient presque entièrement carbo- 
nisés et qu'accompagnaient de nombreuses nasses. Ce squelette, 
comme tous ceux de la Barma Grande, se rattache, d'après M. Ver- 
neau, au type de Cro-Magnon ^. 

4^ Grotte du Baousso da Torre * ou sixième grotte. 

Sépulture n*^ 1. Découverte par M. Rivière en 1873, à 3 "75 de 
profondeur. Squelette d'adulte, incomplet, saupoudré de fer oli- 
giste; il était étendu sur le dos horizontalement, le genou gauche 
légèrement relevé. Aucune pierre ne l'entourait. Sa taille a été 
évaluée à environ 2 mètres ou 2" 05 par M. Rivière '. Le 

1. D' Verneau, Anthr., 1892, p. 513 ; — d'Acy, BSA, 1892, p. 442 et 
1895, p. 153, 344, iSK, 489 {Discussion avec le D' Verneau au sujet de l'âge 
du squelette); — Les grottes de GrimAldiy Anthropologie, parle D' Verneau, 
p. 2l,25(%.)et33. 

2. Les grottes de Grim&ldi^ Anthropologie, par le D' Verneau, p. 25 
(fijf. 2), 32, 58 et passim. 

3. D' Verneau, loc. cit., p. 32, 58. 

4. Cette grolte, entièrement vidée par M. Rivière a été détruite ultérieure- 
ment par Texploitation du rocher. 

5. D' Verneau, loc. cit., p. 58. 



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LES SÉPULTURES DE SOLUTRÉ 299 

cadavre portait près du cou, aux coudes et aux jarrets, des coquilles 
marines méditerranéennes; à la hauteur de Tomoplate gisait une 
lame de silex ^. 

Sépulture n** 2. Découverte par M. Rivière en 1873, à 3™ 90 de 
profondeur. Elle contenait un squelette d'adulte, d'une taille de 
I™ 80 *, couché et incliné à gauche, sans aucun entourage de pierres, 
La sépulture renfermait des traces de fer oligiste. Quelques os 
avaient été déplacés et d'autres présentaient des traces de morsures, 
attribuées à Thyène. Ici encore le cadavre était paré d'une résille de 
coquilles percées, enrichie de quelques canines de cerfs également 
perforées. Des coquilles et des dents semblables étaient éparses 
autour du cou et des poignets. 

Parmi les objets accompagnant le squelette ou se trouvant sur le 
même foyer, on rencontra une pointe en os du type d'Aurignac, ii 
base fendue et un poinçon en os. Les instruments en pierre, en 
silex et en grès, consistaient en grattoirs, pointes, lames et 
racloirs ^. 

Sépulture n® 3. Découverte par M. Rivière en 1873. Squelette 
d'adolescent couché sur le ventre, placé à 0" 80 du précédent et 
presque au même niveau. Pas de mobilier, ni d'objets de parure, 
ni de matières colorantes^. 

§ Vil. — Les sépultures de Solutré, 

La station préhistorique de Solutré, comme l'indique son nom de 
Crol'du-Charnier^ est l'emplacement d'un cimetière. Des tombes 
de diverses époques s'y trouvent juxtaposées, mais, comme nous 
Tavons dit, il est malaisé de préciser Tâge de ces divers dépôts funé- 
raires. En 1870, on y connaissait plus de soixante sépultures, les unes 
en dalles brutes, les autres dans la terre libre '. Il est admis aujour- 
d'hui par tous les préhistoriens que Tâge des caissons en dalles 
brutes ne peut être déterminé, non plus que l'âge des sépultures en 
terre libre, indépendantes des foyers. D'autre part, on sait que cer- 
taines tombes datées par des fragments de poteries, des objets de 

1. Rivière, Antiquité de V homme, p. 201. 

2. D'après M. Verneau, loc. cit., p. 61. 

3. Rivière, oc. cit., p. 219. 

4. Rivière, loc, cî<., p. 232; — M. Cai*tailhac explique le déplacement des 
os par le décharnemenl présépulcral [France préhistorique^ p. 104). 

5. A. Arcelin, Les nouvelles fouilles de Solutré, Anthr., 1890, p. 307. 



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300 XI. BACES QUATERNAIRES. SÉPULTURES ET RITES FUNERAIRES 

verroterie et de métal, se classent aux époques néolithique, ^llo- 
romaine et chrétienne. 

Mais il est un groupe de sépultures que M. A. Arcelin a cru pou- 
voir classer avec certitude à Tépoque du Renne, ce sont celles qui 
paraissent être en relation intentionnelle avec les foyers : « Les 
sépultures, écrit M. Arcelin, sont toujours en rapport avec les foyers : 
1** par l'importance du foyer, variable avec Tâge des individus; 
2® par leur profondeur, variable avec la profondeur du foyer. Les 
corps sont déposés à la surface sans orientation fixe. Ils sont par- 
fois enfouis dans les foyers ». ^ Il est en effet remarquable que les 
squelettes d'adultes correspondent aux grands amas de débris de 
cuisine et les squelettes d'enfanls aux petits amas. Enfin le fait que 
dans une station où la profondeur des foyers varie de 0™50 à 
2 mètres et plus, celle des sépultures présente les mêmes écarts, 
mérite de fixer l'attention. Les conclusions de M. Arcelin se 
trouvent, d'ailleurs, fortifiées par les observations recueillies, comme 
nous l'avons vu, dans les grottes de Grimaldi, mais elles ne sau- 
raient encore lever toute incertitude. Tout en admettant comme 
probable la présence d'inhumations de l'époque du Renne au Grot- 
du-Gharnier, il est prudent de s'en tenir pour l'étude de ces sépul- 
tures à celles dont Tâge ne peut plus être discuté. 

Jusqu'à ce jour aucun des squelettes de Solutré n'a été rencon- 
tré au-dessous des foyers. 

§ VIII. — Considérations générales sur les rites funéraires 
quaternaires. 

Par l'ensemble des observations précédentes, aux grottes Grimaldi, 
dans le sud-ouest de la France, en Belgique et dans l'Europe cen- 
trale, il demeure démontré que l'existence d'un culte funéraire chez 

l. Sur les sépultures de Solutré, sujet de nombreuses controverses, con- 
sulter les travaux suivants : De Ferry et Arcelin, Le Maçonnais préhistorique^ 
Paris, 1870, p. 51 ; — L'abbé Ducrost et D' Lortet, Éludes sur la station 
préhistorique de Solutré, Archives du Muséum de Lyon, t. I, 1" livraison, 
1872; — Arcelin, Les sépultures de Vàge du Renne de Solutré^ Revue des ques- 
tions scientifiques, t. III, p. 349; — G. de Mortillet, Les sépultures de Solutré^ 
Bullet. soc. anthrop. de Lyon, 1 i avril 18S8 ; — L'abbé Ducrost, Les sépul- 
tures de Solutré, réponse à M. de Mortillet ; ibid.^ séance du 5 mai 1888 ; — G. de 
Mortillet, Les sépultures de Solutré, réponse à M. Tabbé Ducrost ; ibid., 
séance du 7 juillet 1888; — E. Cartailhac, La France préhistorique, 1889, 
p. 92 ; — Salomon Reinach, Alluvions et cavernes, p. 199 ; — G. et A. de 
Mortillet, Le Préhistorique, 3* édition, p. 307. 



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CONSIDERATIONS GÉNÉRALES 301 

les Troglodytes quaternaires n'est aucunement contestable. Les 
chasseurs de rennes assuraient sinon à tous leurs morts, tout au 
moins à quelques-uns d'entre eux, un dernier asile dans les excava- 
tions rocheuses qui leur servaient d'abris. Gomme chez certains 
peuples sauvages modernes, les vivants n'étaient point incommodés 
par le voisinage des cadavres, enfouis sous un mince linceul de 
terre ou sous les cendres du foyer. Déjà semble poindre dans cette 
relation intime de la tombe et du foyer une première manifestation 
du vieux culte des divinités domestiques appelé à constituer 
plus tard, chez les peuples de l'antiquité classique, la base fondamen- 
tale de la famille et des institutions sociales. 

Certaines autres coutumes sont inspirées peut-être par des con- 
ceptions religieuses : telle est celle d'inhumer le cadavre dans Tat- 
titude repliée. Nous avons vu que cet usage n'était d'ailleurs nulle- 
ment général, une même tombe contenant parfois des corps allon- 
gés et des corps repliés. Nous retrouverons à l'époque néolithique 
cette même diversité dans la posture des cadavres ensevelis. Nous 
verrons au surplus que les tombes des chasseurs de rennes ne se 
distinguent par aucun caractère essentiel des sépultures néolithiques 
du type le plus simple. Les longues discussions engagées entre les 
préhistoriens au sujet de l'âge des sépultures des grottes de Gri- 
maldi, de Brûnn, des Hoteaux, etc., sudisent à démontrer cette 
similitude. Seules les conditions du gisement et la composition du 
mobilier funéraire peuvent permettre de distinguer entre les deux 
groupes. De part et d'autre le mort est enseveli revêtu de sa 
parure ; près de lui sont déposés quelques objets de pierre et d'os, 
accompagnés souvent de matières colorantes, la peinture corporelle 
n'étant pas moins appréciée des primitifs pour la vie d'outre- 
tombe que pour la vie terrestre. Les sépultures collectives, si 
communes au néolithique, se rencontrent déjà aux temps quater- 
naires, comme l'indiquent le tombeau de Prèdmost contenant une 
vingtaine de squelettes et les trois sépultures de Grimaldi où sont 
groupés deux ou trois cadavres. Les petits caissons en pierres 
brutes, protégeant parfois le squelette quaternaire, apparaissent 
comme un premier essai des coffres qui abriteront souvent les 
cadavres néolithiques. Enfin, comme nous le verrons plus loin, les 
discussions relatives au problème du décharnement préfunéraire 
des cadavres, s'appliquent tout à la fois aux sépultures paléoli- 
thiques et néolithiques. On peut conclure de là qu'entre ces deux 
périodes de l'âge de la pierre, en se plaçant au point de vue spécial 



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302 XI. RACES QUATERNAIRES. SEPULTURES ET RITES FUNERAIRES 

de Tarchéologie funéraire, il ne saurait être question d'un hiatus, 
c'est-à-dire d'une brusque et complète modification des coutumes. 
L'hiatus existerait si, en regard des sépultures paléolithiqiiies, nous 
ne pouvions placer à la période suivante que les monumentales 
sépultures dolmcniques. Mais les dolmens ne sont point les seuls 
tombeaux de Tâge de la pierre polie. Beaucoup de tribus néoli- 
tHiques ont aménagé, dans des abris sous roche et des cavernes, 
des sépultures semblables à celles des chasseurs de rennes. 

De ces soins attentifs donnés par les Troglodytes quaternaires à 
Tensevelissement des morts, on doit inférer que la conception d'une 
survie de Têtre humain n'était point étrangère à leurs croyances pri- 
mitives. Si rudimentaire que soit encore le mobilier funéraire de 
ces plus anciennes tombes de l'Europe, il atteste la haute antiquité 
de cette religion des Mânes, dont nous allons suivre à travers les 
âges le constant développement. 

§ IX. — V ancienneté de V homme et les chronomètres 
préhistoriques. 

Il nous est actuellement impossible d'évaluer l'âge approximatif 
de ces premiers représentants connus de la race humaine en 
Europe *. Malgré les laborieux et persévérants efforts tentés par la 

l. Il est à peine utile de rappeler que la chronologie préhistorique n'a rien 
à emprunter aux traditions légendaires de certains peuples, tels que les Chi- 
nois et les Hindous. La chronologie véritablement historique du Céleste Empire 
n'est point antérieure au second millénaire avant notre ère, et les millions 
d'années attribuées par certains lettrés à sa civilisation ne sont pas moins 
fabuleux que les 466.000 ans réclamés par le Babylonien Bérose pour les anti- 
quités chaldéennes. D'autre part, les travaux des philologues ont fait justice 
de la prétendue haute antiquité de la littérature hindoue, en réalité bien pos- 
térieure aux poèmes homériques (Consulter sur cette question Salomon Rei- 
nach, Le mirage oriental, Anthr., 1893, p. 539). 

C'est à la Chaldéc et à l'Egypte que l'histoire doit emprunter ses plus 
anciennes dates. Nous reviendrons ultérieurement sur la chronologie de ces 
civilisations. Il nous suflira d'indiquer ici que si les égyptologues ne s'ac- 
cordent pas sur la date de la première dynastie, c'est-à-dire du règne de 
Mènes, néanmoins les chiffres adoptés par Brugsch (4.455 ans avant J.-C.) ou 
par Mariette (5.00 4 ans^ peuvent être tenus comme suflisamment approxima- 
tifs. L'écart entre les évaluations proposées par les auteurs les plus autorisés 
(Lepsius, Mariette et Brugsch) représente un intervalle de 1.114 ans. M. Pétrie 
place actuellement le règne de Menés entre 4777 et 4715 (VoirCapart, Débuts 
de Vart en Egypte, p. 18). 

Les récentes découvertes de l'Egypte préhistorique, celles des nécropoles 
prépharaoniques, ont révélé l'existence d'une période primitive à faciès néoli- 
thique, dite l'âge de Négadah, du nom du principal cimetière exploré. Pour 
M. Pétrie, explorateur de ces stations, la date initiale de la période de 



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l\ncienneté de l'homme 303 

science autour de ce problème de nos origines, les limites de nos 
connaissances ne franchissent pas encore les données de la chrono- 
logie relative. A partir de Tâge du bronze, c'est-à-dire du second 
millénaire avant notre ère, Tarchéologie de l'Europe préhistorique, 
grâce aux découvertes récentes, se trouve actuellement en mesure 
d'indiquer avec une approximation déjà satisfaisante la date absolue 
de ses subdivisions chronologiques. 

Il n'en est pas de même pour l'âge de la pierre et surtout pour les 
temps quaternaires. Sans doute la masse énorme des alluvions 
recouvrant les plus anciens vestiges de l'outillage chelléen démontre 
nettement la haute ancienneté de Thomme, attestée également par 
la puissance des dépôts de remplissage superposés dans les cavernes 
aux foyers moustériens. Les siècles témoins des épisodes plus récents 
du développement de la civilisation, époque de la pierre polie, âge 
du bronze, âge du fer, temps historiques, ne représentent qu'une 
période relativement courte, comparativement à la durée du pléi- 
stocène. Si abondantes qu'aient été les précipitations atmosphériques, 
auxquelles les assises puissantes des graviers, des sables et des 
limons doivent leur origine, ces alluvionnements représentent évi- 
demment toute une succession de millénaires d'années. Mais qu'il 
a^ agisse des graviers entraînés par les grandes crues, ou même des 
limons déposés par des courants moins violents, les géologues ne 
peuvent réussir à en supputer l'âge exact. Ils ignorent la vitesse des 
courants, la pente des vallées, le nombre des crues que ne réglait 
aucune loi de périodicité ; en un mot, les éléments essentiels à la 
solution de ce problème leur font totalement défaut *, 

D'autres chronomètres géologiques, tels que les cônes de déjec- 
tion des cours d'eau, la corrosion des roches calcaires, l'exhausse- 



Néfçadah pourrait, selon toute vraisemblance, remonter à 7.000 ans avant 
notre ère. Les porteurs de cette civilisation ont été précédés dans la vallée 
du Nil par Thomme quaternaire. Sans parler de nombreuses trouvailles iso- 
lées, des stations paléolithiques avec coups de poing chelléens ont été 
découvertes dans les graviers remaniés du diluvium à Thébes, à Toukh, à 
Abydos, àDahchouretdans quelques autres localités (De Morgan, Recherches 
sur les origines de V Egypte, L'âge de la pierre et les métaux, Paris, 1896, 
p. 56). 

l. Pour la bibliographie ancienne des travaux relatifs aux chronomètres 
préhistoriques, consulter Salomon Reinach, Alluvions et cavernes, p. 73; — 
Pour la suite, voir de Nadaillac, Les dates préhistoriques, dans Le Correspon- 
dant des 10 et 25 novembre 1893 ; — A. de Lapparent, Les silex taillés et ian^ 
cienneté de Vhomme, Paris, 1907 (Réimpression revisée de deux articles 
du Correspondant, 25 décembre 1905 et 25 novembre 1906). 



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304 XI. BACES QUATERNAIRES. SÉPCLTURBS ET RITES FUNERAIRES 

ment des plages, la formation de la tourbe ont été proposés à 
diverses reprises pour la détermination de la durée des temps pré- 
historiques^. Ces calculs nous procurent sans doute d'intéressantes 
et curieuses indications, mais aucun d'eux ne s'appuie sur des bases 
vraiment solides. Tous reposent sur Thypothèse de runiformité 
constante de certains phénomènes physiques dont on peut mesurer 
les effets pendant une période d'une durée connue. Or, comment 
garantir la certitude de ce postulat? 

Les anciens géologues avaient été portés, diaprés les interpréta- 
tions de ces données, à vieillir démesurément l'espèce humaine. 
CroU, Lyell, Lubbock et d'autres auteurs plaçaient la principale 
phase glaciaire à des dates variant entre 240.000 et 850.000 ans 
avant notre ère. Pour Gabriel de Mortillet, l'humanité compterait 
depuis le début des temps quaternaires 230.000 à 240.000 ans 
d'existence. Ces évaluations ne trouvent plus créance. On a revisé 
notamment les calculs basés sur la marche des glaciers actuels pour 
la détermination de la durée des périodes glaciaires. Au témoignage 
de M. deLapparent résumant les vues de géologues autorisés, a la 
dernière invasion glaciaire, celle dont nos ancêtres paléolithiques 
ont connu et subi les vicissitudes, peut très bien n'avoir été enfer- 
mée que dans un nombre peu considérable de milliers d'années » '. 
Au surplus, le problème de l'antiquité de l'homme se complique, ici, 
d'une nouvelle incertitude. On ne peut encore synchroniser défini- 
tivement la phase chelléenne avec une période interglaciaire déter- 
minée. Nous avons vu que des travaux récents tendent à la placer 
au dernier interglaciaire. Si ces conclusions reçoivent leur confir- 
mation, la date de l'apparition de l'homme en Europe se trouve- 
rait notablement abaissée et l'habitant primitif de notre continent 
n'aurait connu de l'ensemble des temps glaciaires que l'épisode 
final, épisode d'une durée relativement courte. 

Les chronomètres astronomiques proposés pour la mesure des 
temps glaciaires sont tombés, d'autre part, en discrédit. On a 
reconnu l'impossibilité d'attribuer l'origine des glaciers quaternaires 
à des phénomènes cosmiques, tels que l'excentricité de Forbite 
terrestre, combinée avec la précession des équinoxes. Les calculs 
établis jadis sur ces hypothèses attribuaient aux glaciers quater- 

1. On trouvera l'exposé des faits dans Le Préhist. de G. de Morlillct, 
2" édit., p. 61 i; — Consulter également pour la Scandinavie l'article de 
M. Anne (de Stockholm), Remarques sur Les chronomètres préhisloriqaes 
d'ordre glaciaire^ GPF, Périgueux, 1905, p. 88. 

2. A. de Lapparent, Les silex taillés et Vantiquilé de l'homme^ p. 118. 



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l'ancienneté dk l'homme 305 

naires une antiquité d'environ 200.000 ans. Mais la multiplicité des 
phases glaciaires s'accorde mal avec le principe même de ces har- 
dies conjectures. De plus, la formation des glaciers ne saurait s'ex- 
pliquer, comme le veut cette théorie, par un refroidissement consi- 
dérable de noire hémisphère. L'amoncellement des neiges au som- 
met des montagnes, origine de Tenvahissement des vallées par des 
fleuves de glace, implique une humidité atmosphérique peu compa- 
tible avec un abaissement général de la température *. 

En résumé, s'il n'est pas donné à la science actuelle d'assigner 
une date aux origines de l'homme, aucune considération sérieuse ne 
légitime les chiffres élevés qu'avaient témérairement acceptés les 
savants du siècle dernier et l'on tend à reconnaître aujourd'hui 
qu'une solution plus modérée de ce grave problème chronologique 
demeure vraisemblable. 

1. A. de Lapparcnt, iM'ef., p. 93. 



Manuel d'archéologie préhistorique. — T. I. 



20 



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DEUXIEME PARTIE 

AGE DE LA PIERRE POLIE OU PÉRIODE NÉOLITHIQUE 



CHAPITRE PREMIER. 

GÉNÉRALITÉS. — LA FL\ DU PALÉOLITHIQUE OU PHASE 

AZILIENNE. — L'AURORE DU NÉOLITHIQUE 

ET LES INDUSTRIES ARISIENNE ET CAMPIGNIENNE. 



Sommaire. — I. La période néolithique. Généralités. — II. La question de 
Thiatus. Transition du paléolithique au néolithique. — III. Le» influences 
orientales. — IV. Les découvertes du Mas d'Azil. Assises azilienne et ari- 
sienne. — V. Les galets coloriés du Mas d'Azil. — VI. Les stations aziliennes. 
— VII. Les kjftkkenmôddings. — VIII. L'industrie campigniennne. — IX. 
Le tranchetet le pic campigniens. — X. Essais de subdivision chronologique 
du néolithique. — XI. Les animaux domestiques. — XII. Les plantes 
cultivées. Céréales. Textiles. — XIII. Les pains des palafittes. Les meules 
Dcolithiques. 



§ I. — La période néolithique. Généralilés, 

A la période pléistocène des géologues succède la période 
actuelle dont la première phase appartient encore à Tâge de la 
pierre. On lui a donné le nom de néolithique ou âge de la pierre 
polie, par opposition au paléolithique ou âge de la pierre taillée. 
Cette dénomination ne signifie nullement que tous les instruments 
de pierre aient été alors façonnés à Taide du polissage. En réaliié, 
l'ancienne technique, celle de la taille du silex, subsista parallèle- 
ment aux procédés nouveaux. Fréquemment dans les dépôts funé- 
raires ou les fonds de cabane néolithiques, les instruments polis 
font entièrement défaut, tandis que les silex taillés y sont abon- 
dants. Plusieurs types d'outils, lames simples, lames à encoches, 
grattoirs, perçoirs, etc., types qui forment le fonds des outillages 
en silex de tous les temps et de toutes les latitudes, demeurent en 



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308 GBNéRALITÉS 

usage, subissant parfois de légères modifications de forme. Des outils 
nouveaux, taillés de même par percussion et par pression, notamment 
le tranchet, le pic, la flèche barbelée, etc., apparaissent h côté des 
types anciens. Dans certains cas, lorsque les instruments en pierre 
polie et les objets autres que les silex taillés font défaut, Tattri- 
bution d'un gisement à la première ou à la seconde des deux phases 
de Tâge de la pierre peut même présenter de sérieuses difficultés. 

Mais si le néolithique se relie au paléolithique par de nombreuses 
similitudes dans l'outillage en pierre taillée, il en difîère nettement 
à d'autres égards. 

Un climat tempéré, tout d'abord très humide et favorable à la 
formation des tourbières, succède au froid sec des temps magdalé- 
niens. Les glaciers sont désormais cantonnés dans leurs limites 
actuelles. Le renne a disparu et s'est retiré vers les régions 
boréales. 11 est remplacé par le cerf élaphe, partout abondant dans 
les vastes forêts dont s'est couvert le sol de la Gaule. Tous les ani- 
maux de l'époque néolithique appartiennent à la faune actuelle. 

L'humanité franchit une des nouvelles étapes qui la conduisent 
lentement de la barbarie à la civilisation. Au chasseur succèdent le 
pasteur et l'agriculteur. L'étable aura désormais sa place auprès 
des habitations, abritant les animaux asservis à la domesticité. 
Les huttes elles-mêmes se grouperont en villages ; le troglodytisme 
ne disparaît nullement, mais les habitants des cavernes réservent de 
plus en plus à leurs morts ces obscurs logis. Réunies en bourgades, 
dans les vallées des grands cours d'eau et au sommet des collines 
naturellement ou artificiellement fortifiées, les familles néolithiques 
apprennent à connaître les bienfaits du développement de la vie 
sociale. Seules, des communautés soumises à une forte discipline 
ont pu édifier ces grandes constructions mégalithiques, ces menhirs 
gigantesques que les siècles n'ont pu anéantir, ces palafittes et 
ces fortilications primitives des bourgades terrestres. La concentra- 
tion des habitats et la réalisation de ces importants travaux 
impliquent l'existence d'une hiérarchie déjà puissamment organisée. 
Le temps n'est plus où les hommes vivant en petits groupes clair- 
semés n'associaient leurs elTorts que pour combattre de redoutables 
fauves. 

L'ère des travaux publics est désormais ouverte. L'instinct 
social des tribus du second âge de la pierre se révèle encore dans 
le caractère collectif des sépultures, vastes ossuaire» où sont succes- 
sivement ensevelis, avec des rites compliqués et de nombreuses 
pratiques religieuses, les membres d'une tribu. 



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LA QUESTION DB L HIATUS 309 

Nous savons maintenant que l'origine du culte funéraire se place 
aux temps quaternaires et ne fut nullement, comme on Favait bien 
à tort enseigné, une importation due à TOrient. A Tépoque néoli- 
thique, des influences méridionales s'exercèrent, il est vrai, sur les 
croyances des habitants de TKurope occidentale, comme sur son 
outillage industriel. L'ouverture de grandes voies commerciales 
facilita, en même temps que l'échange des marchandises, la migra- 
tion des symboles, et même celle des conceptions religieuses. On ne 
saurait accepter toutefois les doctrines qui prétendent expliquer 
toute la civilisation néolithique de l'Occident par des emprunts 
exotiques, et nous verrons combien demeure complexe et obscure, 
malgré les travaux persévérants des préhistoriens, la question des 
origines et des phases successives de cette culture nouvelle. 

A côté de ces traits distinclifs qui marquent nettement un nou- 
veau développement de l'activité humaine, nous constatons dans 
le domaine artistique, au lieu d'acquisitions nouvelles, la ruine 
totale de l'art magdalénien. Nous ne retrouverons plus les délicats 
ouvrages de sculpture, de gravure et de peinture qui prêtent tant 
d'intérêt à l'étude de l'époque du Renne. Le génie néolithique se 
complatt aux travaux utilitaires et pratiques. Les habitants des 
villages de Tâge de la pierre polie, consacrant tous leurs soins à 
l'élève du bétail et à leurs exploitations agricoles, n'avaient plus les 
mêmes loisirs que le.s chasseurs troglodytes. 

Ces considérations ne sauraient toutefois suffire à expliquer la dis- 
parition absolue de l'art magdalénien, disparition dont la principale 
cause doit peut-être être cherchée dans l'évolution des croyances 
religieuses de l'humanité primitive, c'est-à-dire dans l'afTaiblisse- 
ment des pratiques totémiques. 

§ IL — La question de t hiatus. Transition du 
paléolithique au néolithique. 

Les progrès industriels, au cours des temps quaternaires, 
s'opèrent dans l'Europe occidentale suivant une progression lente 
et continue, par des degrés en quelque sorte insensibles. On passe 
d'unedespériodesdupaléolithiqueà la périodesuivante,pardes phases 
de transition marquant les perfectionnements constants d'une culture 
indigène. On ne saurait observer, dans ce processus, aucune de ces 
brusques transformations qui impliquent nécessairement l'hypothèse 
d'une invasion subite ou d'une conquête effectuée par un autre 



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310 GÉNÉRALITÉS 

peuple apportant de régions lointaines une culture toute différente, 
ni même l'intervention directe d'influences étrangères. 

Au fur et à mesure que nos connaissances sur l'époque du Renne 
s'étendent davantage, la continuité et l'unité du développement de 
la civilisation glyptique nous apparaissent plus nettement. L'art 
de la sculpture et de la gravure sur matières dures, alors qu'on 
connaissait uniquement ses productions les plus évoluées, celles de 
la période finale magdalénienne, aurait pu passer pour une impor- 
tation étrangère. Nous savons maintenant que sa phase initiale, 
inconnue des contemporains de Lartet, se place à la base de nos 
gisements glyptiques et, grâce aux gravures des cavernes, nous 
commençons à distinguer les premières manifestations de l'art 
quaternaire dans sa période archaïque. D'autre part, il suffit d'étu- 
dier le développement de l'outillage lithique pour découvrir dans 
la sérié des types une filiation continue. 

De même, le passage du paléolithique au néolithique semblait, 
il y a peu d'années encore, s'être opéré brusquement et sans transi- 
tion. Les deux phases étaient comme séparées par des cloisons 
étanches. Leurs caractères différentiels semblaient si opposés, qu'à 
l'origine des études préhistoriques on crut devoir expliquer ce fait 
par de hardies conjectures. Ainsi prit naissance la théorie de l'hiatus, 
objet de nombreuses interprétations *. Quelques préhistoriens obser- 
vant en elTetdans le remplissage de quelques cavernes une couche plus 
ou moins épaisse de débris stériles entre les niveaux quaternaires supé- 
rieurs et l'assise néolithique, allèrent jusqu'à admettre la dispari- 
tion complète de la race humaine dans l'Europe occidentale, lors 
de l'émigration de la faune boréale. Suivant leur hypothèse, une 
partie des tribus magdaléniennes auraient alors suivi le renne dans 
les régions du nord-est, tandis que le surplus acceptait dans ses 
cantonnements primitifs une existence misérable. Ainsi s'explique- 
rait la brusque disparition de la civilisation du pléistocène supé- 
rieur. Après le départ des chasseurs de rennes, des peuples orien- 
taux venus en conquérants d'une région voisine du Caucase auraient 

1 . Nous ne croyons pas devoir exposer à nouveau l'historique de la ques- 
tion de l'hiatus néolithique, après le résumé critique qu'en a donné M. Salo- 
monReinach, Alluvions et cavernes^ p. 266-282. Nous préférons insister sur les 
faits nouveaux plutôt que d'enregistrer d'anciennes hypothèses, aujourd'hui 
ruinées parles découvertes plus récentes. Voir aussi : Cazalisde Fondouce, Hev. 
d'Anthr., 1874, p. 613, et3fa^, t. IX, 1874, p. 413. Le mémoire de M. Cazalis de 
Fondouce est reproduit dans GlA, Stockholm, 1874, l, p. 112; — Cartailhac, 
La France préhistorique^ p. 122. 



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LA QUESTION DE L HIATUS 



311 



apporté en Gaule la civilisation néolithique, c'est-à-dire la hache 
polie, les céréales, les animaux domestiques, les monuments méga- 
lithiques, le culte funéraire et les premières croyances religieuses. 
Telle est la doctrine qu'a défendue encore G. de Mortillet dans 
son dernier ouvrage * . 

Mais il est à peine besoin de rappeler combien Témigra- 
tion des tribus magdaléniennes vers les régions nordiques 
est invraisemblable. On ne conçoit pas comment un adoucisse- 



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Fig. 119. — Dessins esquimaux sur archets *-*. 

ment de la température aurait ainsi chassé des familles humaines 
de leurs contrées habituelles, ni pourquoi elles auraient préféré à 
d'heureuses conditions climatologiques le froid et les longs hivers 
des régions boréales. On s'explique malaisément que les tribus 
magdaléniennes demeurées dans leur pays d'origine aient dépéri 
au moment où le sol qu'elles occupaient retrouvait une fertilité 
nouvelle. 

La disparition du renne, gibier préféré de ces chasseurs, ne sau- 
rait expliquer celte émigration, étant donnée Tabondance du cerf 
élaphe, du chevreuil, du sanglier^. 

l. G. de MorlïWcU Formation de la Nation française, 2« édit., 1900, p. 2S7. 
• 2. Lubbock, L homme préhistorique, II, p. 185, %. 221-223. 

3. On peut s'étonner qu'un savant aussi autorisé que M. Pigorini se soit 
laissé entraîner à cette fâcheuse complaisance de certains préhistoriens pour 



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312 GÉNÉRALITÉS 

C'est en vain qu'on a noté certains traits d'analogie de Fart et de 
l'industrie des Hyperboréens avec l'art et l'industrie de l'époque du 
Renne. Toutes les tribus fixées au nord de l'Asie et de F Amérique, les 
Tchouktchis, les Aléoutes, les Elsquimaux, sculptent et gravent, en 
effet, l'os, la corne et l'ivoire (fig. 119). Déplus, l'art hyperboréen, 
comme l'art magdalénien, est un art réaliste et naturaliste. Ses figura- 
tions du renne rappellent parfois dans une certaine mesure celles des 
artistes de la Dordogne. Mais de telles analogies s'expliquent aisé- 
ment par la parité des conditions de la vie matérielle. Les Hyperbo- 
réens modernes mènent la même existence que les chasseurs de 
rennes préhistoriques. Il est donc naturel que leurs mœurs et leurs 
coutumes présentent des points de similitude, sans qu'il y ait lieu de 
recourir ici à l'hypothèse d'une filiation *. Au surplus, il est histo- 
riquement établi que l'art esquimau n'a pas plus de deux siècles 
d'existence. 

§111. — Les influences orientales. 

La question des relations de TOrient et de TOccident aux temps 
primitifs, problème que nous aurons à aborder maintes fois, s'est 
présentée à l'examen des savants dès l'origine de la préhistoire. 
De tout temps on a pensé que les vieilles et brillantes civilisations 
de l'Asie, de la vallée du Nil et plus tard des pays helléniques, 
avaient pu exercer sur l'Europe barbare une influence plus ou moins 
directe et plus ou moins constante. Suivant une doctrine déjà 
ancienne, les tribus sauvages habitant l'Europe du nord auraient 
reçu du sud non seulement les instruments en pierre polie, l'agri- 
culture, les animaux domestiques, mais encore, le type de leurs 
cabanes, leurs rites funéraires et leurs conceptions religieuses. 

A propos des monuments mégalithiques, nous examinerons quelle 
part il convient d'attribuer à ces influences. Nous verrons que si 
l'on ne saurait, à notre avis, admettre aucune relation directe entre 

rhypothèsG des mi^ations, en prétendant expliquer la succession des périodes 
de rûçc de la pierre (paléolithique et néolithique) par une succession de cinq 
invasions, chelléeune, mousLérienne, néolithique, lacustre et hyperboréenne 
(BPl, 1902, p. 158; — Cf. la réfutation de M. S. Reinach, Anthr., 1903, p. 66). 
1. Au reste, on pourrait noter bien des traits de dissemblance entre les deux 
groupes. C'est ainsi que les peintures monumentales qui caractérisent l'art de 
1 époque du Benne et qui sont communes en Australie et dans l'Afrique du Sud 
manquent dans les régions du Nord, où Ton ne trouve que des œuvres artis- 
tiques sur menus objets (Grosse, DébuU de l'art, p. 141). 



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LES INFLUENCES ORIENTALES 313 

les habitants de T Egypte ou de TAsîe et les tribus néolithiques de 
TEùrope occidentale, il n'est pas moins incontestable que certaines 
grandes voies commerciales se sont ouvertes de très bonne heure 
entre les diverses régions de TEurope. 

Les principaux courants de civilisation qui ont suivi ces voies se 
sont dirigés, croyons-nous, du midi au nord et de Test à l'ouest. 
Corame le bassin oriental de la Méditerranée, dès les temps néoli- 
thiques, était en relation avec TKgypte prépharaonique, tout en 
rejetant rhypothèse des influences directes, il est permis de placer en 
Orient le principal centre de diffusion des accroissements successifs 
de la civilisation occidentale. 

Mais, d'autre part, nous ne saurions souscrire aux doctrines 
intransigeantes des orientalistes et des archéologues de Pécole de 
M. Sophus Muller, doctrines résumées par cet auteur dans une 
récente publication ^, et expliquer toutes les ressemblances des 
formes industrielles, toutes les similitudes ethnographiques par des 
rapports de filiation. Gommeon Ta faitobserveravec justesse, on pour- 
rail, en se servant de celte méthode, établir Torigine égyptienne 
des civilisations de l'Amérique précolombienne et de tous les pays 
du monde. 

Il suffit de parcourir les galeries d'un musée d'ethnographie com- 
parée, pour constater que la période initiale de la civilisation chez 
tous les peuples du globe terrestre présente partout sinon un faciès 
uniforme, du moins bien des traits fondamentaux identiques. Par- 
tout une même industrie correspond à une même phase de culture. 
Plus on avance dans la connaissance des civilisations primitives, 
plus on reconnaît les effets constants du déterminisme qui régit le 
développement de l'industrie humaine. Quel préhistorien serait assez 
hardi pour expliquer par une théorie monogéniste les mains rouges 
des cavernes australiennes et les mains rouges des grottes pyré- 
néennes, les momies du Pérou et les momies d'Egypte, les sépultures 
en jarres du Nouveau Monde et celles de la Péninsule ibérique, 
l'attitude repliée des squelettes dans les sépultures de l'Europe 
préhistorique et de l'Amérique, le culte superstitieux des pierres à 
cupules apparaissant tout à la fois au delà de l'Atlantique et dans 
tant de régions de l'Europe et de l'Asie? Et cependant la plupart de 

1. Sophus MOller, Urgeschichte Europas, 1905, notamment, p. 59-61. Voir 
à ce sujet les juste» réflexions de M. S. Reinach, Bévue critique^ 1905, p. 281. 
et le mémoire documenté de M. Much, Die Trugspiegelung orienta lise her 
KuUur in den Vorgeschichllichen Zeilaltern Nordeuropas, MAGW, 1906, 
p. 57. 



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314 GÉNÉRALITÉS 

ces analogies sembleraient offrir un critérium plus net et plus 
caractéristique que le polissage des instruments de pierre ou la 
forme circulaire d'une hutte. 

Nous ne saurions donc nous montrer trop circonspects dans 
toute conclusion relative aux influences extérieures. La difficulté 
réside dans la délimitation des faits que le déterminisme de révo- 
lution régissant la marche de la civilisation humaine, ne saurait, à 
lui seul, expliquer. 

§ IV. — Les découvertes du Mas d'Azil. Assises azilienne 
et arisienne. 

Dans l'état actuel de nos connaissances, le problème de l'hiatus 
ne peut encore être considéré comme intégralement résolu» mais 
nous sommes de jour en jour plus autorisés à regarder ce prétendu 
hiatus comme une simple lacune de nos connaissances. Peu à peu 
s'évanouissent les théories absolues qui prétendaient expliquer ce 
qu'on appelait la brusque apparition du néolithique en Europe par 
l'irruption soudaine d'envahisseurs orientaux et l'anéantissement 
de la race indigène. La civilisation néolithique de la Gaule occi- 
dentale paraît s'expliquer, en partie par une évolution locale, sans 
doute assez limitée, en partie par des influences extérieures, 
venues du sud-est, sans qu'il y ait aucune brusque discontinuité 
entre cette première phase de l'époque actuelle et le déclin des 
temps quaternaires. 

Parmi les découvertes récentes qui ont permis sinon de combler 
du moin-i d'atténuer déjà l'hiatus néolithique, se placent en pre- 
mière ligne celles d'Kdouard Piette dans la grotte du Mas d'.Azil. 
Nous devons exposer ici avec quelques détails les résultats de ces 
mémorables explorations. Bien que la phase azilienne fasse partie 
intégrante du paléolithique et n'ait rien de néolithique, il nous a 
paru préférable, pour la clarté de cet exposé, de l'étudier ici. 

La grotte du Mas d'Azil est située dans le département de 
r.Vriège. C'est une vaste galerie souterraine, longue de 400 mètres 
environ, que traversent les eaux bruyantes de l'Arise. Lors de la 
construction d'une route longeant ce cours d'eau, on constata l'im- 
portance des dépôts ossifères accumulés, au cours des siècles préhis- 
toriques, dans ce vaste refuge naturel. Mais les premières récoltes 
d'ossements furent en partie perdues '. 

1. Voir Gartailhac, La Grotte du Mas-d'Azit, Anthr., 1891, p. 143. 



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LES DECOUVERTES DV MAS D*AZ1L 315 

Kdouard Piette qui, depuis 1871, fouillait les grottes magdalé- 
niennes des Pyrénées commença en 1887 et continua l'année sui- 
vante Texploration méthodique du Mas d'Azil. Il y reconnut deux 
g^isements, Tun situé au milieu de la caverne, sur la rive droite de 
FArise, l'autre à Tentrée, sur la rive gauche. C'est de ce dernier 
qu'il sera question dans ce chapitre, car c'est là que Piette décou- 
vrit, intercalées entre des foyers de l'époque du Renne et des dépôts 
néolithiques, deux assises intermédiaires. 

Ces assises de la rive gauche étaient superposées comme suit de 
bas en haut, à partir du plancher calcaire de la grotte * : 
A ( l ™ 46). — Terre graveleuse: Quelques foyers ; 
H (0"*83). — Couche archéologique noire, fipoque du Renne. 
Foyers et cendres. Silex magdaléniens. Aiguilles ert harpons en 
ramure de renne. Ossements de renne ; 

C (1°* 50). — Limon jaune fluviatile, se débitant en minces 
feuillets représentant, suivant Piette, autant d'inondations de 
l'Arise ; 

D(O°*30). — Couche archéologique noire. Époque du Renne. 
Harpons en bois de renne ; quelques-uns en ramure de cerf élaphe. 
Gravures nombreuses. Renne rare. Cerf élaphe abondant ; 

E (1°*24). — Limon jaune flnviatile, semblable à celui de la 
couche C ; 

F" (0™ 15 à 0" 50) 2. — Couche archéologique rougeâtre. Période 
dite azilienne. Cendres et foyers. Amas de peroxyde de fer. Cerf 
abondant. Pas de renne. Silex presque tous de formes magdalé- 
niennes, notamment de petits grattoirs arrondis et des outils en 
« lames de canif ». Harpons aplatis et perforés en bois de cerf. 
Nombreux galets coloriés. Poinçons et lissoirs en os.. Os brisés : 
cerf (commun), chevreuil, ours (commun), porc, blaireau, chat 
sauvage, castor, oiseaux divers, truite, brochet, grenouilles, etc. 
Pas d'instruments en pierre polie ^; 

1. Piette a décrit à diverses reprises cette stratification, avec quelques modi- 
fications de déUil : Afas, Pau, 1892, II, p. 649 ; —BSA, 1895, p. 235; — Anlhr., 
1895, p. 276. 

2. Piette a indiqué dans ses relations successives des chiffres divers pour 
l'épaisseur des assises. En 1896, il écrit que l'épaisseur maxima de la couche 
F est de 0-60 (A/l</ir., 1896, p. 386j. 

3. Piette a rencontré dans cette assise des noyaux de prunes, de prunelles 
et de cerises, des noix, des noisettes, des glands et de petits tas de blé. Mais on 
ne peut faire état de ces découvertes. M. labbé Brcuil nous fait savoir que, 
d'après ses observations, ces noyaux et ces grains ont été introduits là par 
les rats. 



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316 GÉNÉRALITés 

Dans cette assise, au-dessous de lits de cendres rubanés, intacts, 
se trouvaient deux squelettes inhumés que Piette a cru avoir été 
décharnés au silex et coloriés en rouge au moyen de peroxyde de 
fer < ; 

G (0™ 10 à 0" 60). — Couche archéologique. Cendres rubanées 
de blanc, de rouge et de gris, contenant des lits de coquilles 
d'Hélix nemoralis ^. Foyers. Cheval, bœuf, cerf, sanglier. Silex 
taillés pareils à ceux de la couche sous-jacente. Poinçons et lissoirs 
en os. Harpons rares. Instruments polis en forme de ciseaux et de 
racloirs ^. Ces outils sont des galets dont les bords ont été alTûtés 
par frottement. Piette désigne sous le nom d'â^^i^e arisienne cette 
couche coquillière appartenant à Taurore du néolithique ; 

H (0^30 à 1"» 20). — Assise néolithique et du bronze. Flèches 
à ailerons et à pédoncule. Poterie. Haches, racloirs et ciseaux 
en pierre polie. Traces de cuivre ou de bronze. Cachette de fon- 
deur de bronze ; 

1 (0" 20 à 0'"40). — Clous en fer. Poterie gauloise. Au sommet, 
épingles gallo-romaines, verre, poterie vernissée, etc. 

Telle est la succession des foyers préhistoriques du Mas d*Azil. 
L'assise à harpons plats en bois de cerf et à galets coloriés (assise F), 
intercalée entre des assises de l'époque du Renne et des couches 
néolithiques, est, en raison de cette situation stratigraphique, le 
plus intéressant et le plus instructif de tous les gisements de cette 
même. phase de transition. C'est donc à bon droit que Piette a donné 
à la période correspondante le nom de période azilienne. 

Par ses silex magdaléniens, par Tabsence de poterie et de haches 
polies, Tindustrie azilienne se rattache étroitement à celle de 1 époque 
du Renne. Mais la disparition de ce cervidé et la transformation 
qui en résulta pour l'industrie de Tos annoncent dans une cer- 
taine mesure Tère néolithique. Au harpon cylindrique en bois de 
renne succède un harpon en ramure de cerf aplati et souvent perforé 
à sa base d'un trou circulaire ou en forme d'entaille losangée 
(fig. 120). Cet instrument était façonné avec moins d'habileté que 
les beaux harpons magdaléniens. Il porte, comme ceux-ci, un ou 



1. Piette, Une sépulture dans l'assise à galets coloriés du Mas-d'Azil^ BSA, 
1895, p 485 ; — Suivant M. Zaborowski (BSA, 1907, p. 416), la preuve du 
racla(i:e est très contestable. 

2. Ces amas coquilliers manquent dans l'assise des galets coloriés. 

3. Avec ces outils, écrit Piette. commence Vage de la pierre polie ^ mais non 
celle des haches en pierre polie (BSA, 1895, p. 253). 



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LES DÉCOUVERTES Dl' MAS D*AZIL 317 

deux rangs de barbelures, mais ces crocs latéraux ne sont plus 
sculptés avec la même délicatesse de travail, ni creusés de rainures 
ou sillons. Quant à la forme du modèle nouveau, elle s'explique 
par la nature de la matière mise en œuvre. Le noyau intérieur de 
la corne de cerf se compose d'un tissu spongieux qui ne pouvait 
être utilisé comme le noyau plus dur et plus compact de la ramure 
du renne. L'ouvrier devait donc tailler le harpon dans le cortex du 
bois de cerf et donner par conséquent à Tinstrument une forme 
aplatie. Ces armatures étaient tellement abondantes au Mas d'Azil 
quePiette en a recueilli plus d'un millier. 



Fig. 120. — Harpons aziliens en corne de cerf. 

1, 2, 3, Grotte du Mas d'Azil > ; — 4, GroLte de la Tourasse (Haute-Garonne) 2; 

— 5, 6, Grotte de Reilhac (Lot) 3; — 7, Harpon néolithique, Lac de Bienne *. 

On a retrouvé dans les palafites néolithiques le harpon plat en 
bois de cerf, à bxse perforée (fig. 120, 7). Mais ce type néolithique 
est d'un travail tout différent. De plus, au témoignage des archéo- 
logues suisses, il appartient au néolithique avancé. On ne saurait 
donc considérer comme démontré le prétendu rapport de filiation 

1. Piette, Éludes d'ethnographie préhist., .\nthr., 1895, p. 290, Vig. 18; p. 292, 
fig. 23 et 25. 

2. Boule, Les cavernes d'Oban {Ecosse), Anthr., 1896, p. 323, fig. 9. 

3. Boule, loc. cit., p. 322, fig. 5 et 7. 

4. D' Gross, Dernières trouvailles dans les habitations lacustres du lac de 
Bienne, Mat., 1880, p. i, pi. Il, fig. 2. 



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318 GÉNÉRALITÉS 

entre le hal*pon azilien et le harpon lacustre ; une hypothèse poly- 
géniste semble au contraire vraisemblable*. 

Au surplus l'outillage azilien en os est en pleine décadence par 
rapport à celui de la période magdalénienne. Les aiguilles ont dis- 
paru. Les os servant de poinçons, simplement appointés, ne sonl 
plus arrondis au polissoir. Enfin les gravures et les sculptures 
manquent presque totalement. L'art glyptique, jusque-là si florissant 
et si fécond dans les Pyrénées, a disparu sans retour. 

L'abondance des coquilles A" Hélix nemoralis dans les vestiges des 
repas des habitants de la grotte (ces coquilles formaient dans les 
cendres des amas hauts parfois de 0™30, sur une longueur de 10 à 
15 mètres) dénote Thumidité du climat arisien, fait confirmé par le 
nombre des limons fluviatiles de TArise. La fréquence des préci- 
pitations atmosphériques chassa vers le nord les derniers repré- 
sentants de la faune des steppes. Un régime favorable à la forma- 
tion des tourbières, fréquentes au nord de la France, s'établit dans 
nos contrées, et de vastes forêts, habitées par le cerf élaphe, cou- 
vrirent le sol de la France ^. . 

§ V. — Les galets coloriés du Mas d'Azil. 

La découverte bien imprévue de galets conservant encore 
des dessins de couleur rouge fut tout d'abord accueillie avec 
quelque scepticisme. Sauf les squelettes quaternaires saupoudrés 
de matière colorante rouge, on ne connaissait pas encore d'objets 
peints préhistoriques appartenant à une aussi haute antiquité. 
Depuis lors, l'apparition des peintures des cavernes glyptiques, plus 
anciennes que les galets du Mas d'Azil, a démo itré que l'action des- 
tructive du temps s'exerce à peine sur ces enduits ocreux, dont la 
matière colorante était peut-être malaxée avec un corps gras ^. 
L'authenticité des galets aziliens ne peut aucunement être suspectée. 
M. Boule et M. Cartailhac en ont recueilli eux-mêmes plusieurs 
exemplaires en place dans le gisement *. Quelque temps après les 
découvertes de Piette, on découvrit dans une vitrine du musée de 
Carcassonne deux galets peints semblables à ceux du Mas d'Azil, 

1. Communication de M. l'abbé Bpeuil. 

2. BSA, 1895, p. 256. 

3. On a trouvé aussi des crépis polychromes d'habitation néolithique bien 
conservés dans le village néolithique de Grossgartach (Wurtemberg), dont 
nous parlerons ci-après. 

4. Anthr., 1891, p. 147; — BSA, 1895, p. 260. 



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LES GALETS COLORIES DU MAS D AZIL 



319 



trouvés en 1874 dans la grotte de la Crouzade aux environs de 
Narbonne \el depuis M. Cartailhac en a retrouvé dans les récoltes 
de M. Darbas à la Tourasse ^. 

Ces galets ont été colorés sur une de leurs faces au peroxyde de 
fer, matière dont un gisement avoisine la caverne. La couleur, 






aijj 



® 






^ 



10 11 12 

Fig. 421. — Galets coloriés du Mas d'Azil (Arièf^e) 3. 

délayée dans des coquilles âePecien ou sur des cailloux à cupules 
ou sur des pierres plates, était appliquée avec le doigt ou à Taide 
d'un pinceau. Elle dessine ordinairement une sorte de cadre ou de 
bordure sur tout le pourtour du galet. Les nombreux signes énigma- 
tiques que portent ces cailloux comprennent surtout des bandes 

1. BSA, 1895, p. 262. 

2. Commun cation de M. Tabbé Breuil. 

3. Piette, Elude d'ethnographie préhisl., Anthr., 1896, p. 385. 



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320 GÉNÉRALITÉS 

parallèles, des disques ou points alignés, des bandes à bords den- 
telés, des motifs cruciformes, des tracés scalariformes que les gra- 
vures et les peintures des grottes nous ont fait connaître, des lignes 
ondulées, etc., enfin des combinaisons graphiques rappelant, comme 
nous Tavons dit, certains caractères des syllabaires ou des alphabets 
égéen, chypriote, phénicien, gréco-latin. Si curieuses que soient 
ces similitudes, elles ne sauraient suflire à autoriser quelque rap- 
prochement entre les signes* des galets aziliens et les caractères 
alphabétiques des plus anciennes écritures connues *. 

Nous avons vu plus haut que les hypothèses formulées par 
Piette à ce sujet ne paraissent point justifiées. Au surplus, il serait 
inadmissible que les populations de la Gaule eussent perdu brusque- 
ment le bénéfice d'une découverte aussi précieuse que celle de 
récriture. Or il nous faudra descendre jusqu'à l'époque gauloise 
pour rencontrer les premiers monuments épigraphiques de nos anti- 
quités nationales. 

§ VI. — Les stations aziliennes. 

On connaît un certain nombre de stations dont l'outillage indus- 
triel et la faune présentent les mêmes caractères que l'assise à galets 
coloriés du Mas d'Azil : harpons plats en bois de cerf, grande rareté 
ou disparition du renne, absence de haches polies et de poterie. 
Lorsque ces gisements font partie de couches archéologiques strati- 
fiées, ils occupent toujours le sommet des niveaux quaternaires. 

En France, outre les gisements pyrénéens de Massât (Ariège), de 
Montfort, près de Saint-Lizier (Ariège), de la Vache, à Alliât * 
(même département), de Lorthet et de Lourdes (Hautes-Pyrénées), 
on peut citer ceux de la grotte de Reilhac (Lot) et de la Tourasse, 
près de Saint-Martory (Haute-Garonne). A Montfort, les harpons 
plat gisaient à la partie supérieure des dépôts de l'époque du Renne, 
avec des galets coloriés *. 

La petite grotte de la Tourasse est située au-dessus de la 

1. En 1891, Piette avait recueilli plus de 200 de ces galets. Jusqu'à ce jour, 
ils sont très rares ailleurs. Outre les deux exemplaires du Musée de Carcas- 
sonne et ceux de la Tourasse, on en connaît provenant de Montfort, station 
dont nous parlons plus loin. M. Piottc croit se rappeler en avoir trouvé un 
dans les couches supérieures de la grotte de Gourdan, Anlhr., 1891, p. 147. 

2. M. Garrigou avait pris les harpons de la grotte de la Vache pour des pen- 
dants d'oreilles. 

3. F. Ue^'uault. Afas, Caen, 1894, II, p. 7 49. 



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LES STATIONS AZIUBNNES 321 

Garonne ^ Les harpons plats en bois de cerf munis d'un trou à la 
base y étaient associés à de nombreux silex d'une taille grossière. 
Outre des restes de cerf, très abondants, la faune comprenait les 
espèces suivantes : ours, sanglier, loup, blaireau, castor, chevreuil, 
bcBuf, cheval, renne (deux ou trois pièces seulement), élan (une 
molaire). De plus, une canine de lion* semble indiquer que ce 
carnassier habitait encore les Pyrénées à Tépoque azilienne. La 
période iourassienne de MM. de Mortillet est l'équivalent de Tazi- 
lien de Piette. Mais c'est à la grotte pyrénéenne, si instructive, 
grâce à la stratigraphie de son remplissage, qu'il appartient de don- 
ner son nom à ce niveau archéologique ; c'est d'ailleurs au Mas 
d'Azil qu'il fut étudié la première fois ^, lors des mémorables trou- 
vailles de Piette. Le petit gisement de la Tourasse est beaucoup 
plus pauvre que celui du Mas d'Azil. 

Les harpons en bois de cerf ont encore été rencontrés à Gour- 
dan *, dans la grotte de La bric (Gard) ^, à Sorde (abri Dufaure) *, à 
Laugerie-Basse et à la Madeleine (Dordogne) '. 

De même que l'industrie magdalénienne, l'industrie azilienne est 
représentée dans les Iles Britanniques, depuis les découvertes des 
cavernes d'Oban (Argyllshire, Kcosse). A Oban, comme au Mas 
d'Azil, apparaissent des harpons plats en bois de cerf, avec une 
faune composée exclusivement d'espèces actuelles et comprenant 
de nombreux débris de poissons. On a observé dans les restes de 
repas l'abondance des coquilles de mollusques et parmi les vestiges 
industriels l'absence de poterie et de haches polies. L'outillage en 
os comprend, outre les harpons, des épingles, des perçoirs, des spa- 
tules et des lissoirs ®. 

1. La découverte de la groUe de la Tourasse est due â MM. Chamaison et 
Darbas {Anthr., 1892, p. 121). 

2. Ed. Harlé, Anthr., 1894, p. 403. 

3. Il convient cependant de rappeler que déjà au Congrès international de 
Stockholm, on 1874, c'est-à-dire bien avant les découvertes de Piette au Mas 
d'Azil. M. Cazalis de Fondouce indiquait la trouvaille du harpon néolithique de 
la grotte de Labric (Gard) comme un exemple de survivance paléolithique Cl A, 
Stockholm, 1874, p. 129). 

4. Fouilles de Piette. 

5. Fouilles de Jeanjan en 1871 REA, 1898, p. 366; — Jeanjean, Recherches 
dans la grotte de Labric^ Mcm. Acad. Gard, 1871, p. 221. 

6. REA, 1898, p. 366. 

7. G. et A. de Mortillet, Le Préhistorique, 3* éd., p. 659. 

8. J. Anderson, Notice of a cave recently discovered at Ohan^ Procccdings 
Soc. Scotland, 189'i, p. 211; —Sir William Turner, On hunian and uninial 
retnains found in caves at Oban, ibid., 1895, p. 410. La concordance de ce j,'ise- 

Manuel d'archéologie préhistorique. — T. I. 21 



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322 I. GÉNÉRAUTÉS 

Des découvertes plus récentes, dans la tourbière de Maglemose 
(île de Seeland, Danemark), paraissent se rattacher aux industries 
de transition, azilienne et campignienne. Sur remplacement d'une 
sorte de palafitte, d^ailleurs différente des stations lacustres clas- 
siques, gisaient une quantité considérable d'instruments en silex et 
de débris d'instruments en os ou en bois de cerf. Les silex com- 
prennent des grattoirs et des pics, des perçoirs, de petits silex g"éo- 
métriques, etc. Les objets en os se composent de haches et de 
gaines en corne, de poignards, d'aiguilles, de parures, de lissoirs, 
etc. Des harpons en corne de cerf à un seul rang de barbelures, à 
côté d'autres modèles, complètent cet outillage. La poterie et les 
objets en pierre polie font entièrement défaut. Gomme dans les 
kjôkkenmôddings, dont nous allons parler, on n'a reconnu parmi 
les ossements aucun reste d^animaux domestiques, le chien excepté. 
Mais certaines données de la faune et de la flore permettent de 
reculer la date de cette station un peu au delà de l'époque des 
kjôkkenmôddings : l'élan — très abondant à Maglemose, avec Turus, 
le cerf élaphe, le chevreuil et le sanglier — était presque éteint en 
Danemark au temps des amas de coquilles. Au lieu du chêne qui 
dominait à cette dernière époque, on trouve à Maglemose le pin, 
plus ancien que le chêne '. 

Nous devons ajouter que le harpon plat en bois de cerf qui appa- 
raît t/e nouveau danslespalafîttesde la Suisse, en pleine période néo- 
lithique, abonde alors en Suède et en Danemark*. 

§ VII. — Les kjôkkenmôddings. 

Nous connaissons la période néolithique non seulement par les 
innombrables trouvailles de dépôts funéraires, mais par des décou- 
vertes de petites bourgades et de villages où les familles humaines 
de cette période se groupaient pour profiter des avantages de la vie 

ment avec les stations françaises aziliennes a été établie par M. Boule : Les 
cavernes d'Oban^ Anthr., 1896, p. 319. 

1. Georges Sarauvv, En Stenalders boplads i Maglemose ved Mullerup^ 
Aarboeper for nordisk Oldkyndighed, 1903, p. 148; — du même. Sur les trou- 
vailles faites dans le nord de l'Europe, datant de la période dile de l'hialus, 
CPF, Périgueux, 1905, p. 244. 

2. Sarauw, loc. cit., p. 246. — Des galets coloriés rappelant ceux du Mas 
d'Azil ont été signalt^s près de Xcusladt (Bavière rhénane; par M. Mehiis [Glo^ 
bus, 1906, p. 170 ; — cf. Anthr., 1906, p. 4'J4). Leur date demeure encore incer- 
taine. 



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LES KJÔKKBNMÔDDINGS 323 

sociale. Les villages néolithiques occupent le plus souvent les val- 
lées fertiles, les plateaux naturellement fortifiés ou le littoral de la 
mer. D'autres étaient construits sur pilotis au bord des lacs. 

Parmi les stations terrestres, quelques-unes forment un groupe 
distinct représenté surtout en Danemark et que nous devons étu- 
dier en premier lieu. Ce groupe appartient en effet au début de la 



Fig. 122. — Instruments des kjôkkenmôddings danois. Peigne en os 
et hermiuette en corne de cerf (Danemark) '. 

période néolithique en Scandinavie et, d'après quelques auteurs, 
serait sensiblement synchronique avec la phase initiale de notre 
néolithique occidental, phase dite campignienne. 

Vers 1840, Tattention des géologues fut attirée par de singuliers 
monticules situés sur divers points du littoral danois, surtout sur la 
côte du Jutland et de Seeland. On les prit tout d'abord pour des 
dépôts naturels de formation marine, mais les travaux de plusieurs 
savants Scandinaves, notamment ceux de Steenstrup et de Wor- 
saae, démontrèrent que l'on se trouvait en présence d'amas 
d"'écailles d'huîtres et de coquillages divers, mêlés à des ossements 
d^animaux concassés, à des arêtes de poissons, à des éclats et à des 
outils de silex d'une taille primitive, à des haches en corne de 
cerf, à quelques peignes en os, enfin à des tessons de poterie gros- 
sière. Des foyers, composés de quelques pierres couvertes de 
cendres et de charbons, gisaient çà et là dans l'épaisseur de ces 
tertres, auxquels les Danois donnèrent le nom de kjôkkenmôd- 
dinger (de kjôkken, cuire et môddlng^ au pluriel môddinger^ 

1. Montelius, Les temps préhistor. en Suède^ pi. II, fig. 3 et 4. 



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324 I. GÉNéRALITÉS 

débris). Cette dénomination est passée dans la terminologie usuelle 
de la préhistoire * . 

Les amas de coquilles du Danemark ont été Tobjet d'exploration s 
très méthodiques. Les premiers travaux avaient laissé divers pro- 
blèmes en suspens. Une commission de savants danois reprit les 
fouilles à partir de 1893 et publia en 1900 le compte rendu de ses 
travaux. MM. Sophus Mûller, A. P. Madsen et leurs collabora- 
teurs ont fait porter leurs recherches sur huit points différents, en 
Jutland et en Seeland. L'amas d'Ertebôlle (314 mètres carrés) leur 
livra plus de 86.000 objets et 20.300 os d'animaux. Les objets 
ouvrés, silex, bois de cerf, os, poterie, appartiennent à la plus 
ancienne industrie de la pierre en Danemark. L'outil caractéris- 
tique est le tranchet. Les instruments en pierre polie font défaut. 

Les kjôkkenmôddings, dont l'origine et la nature ont donc été 
nettement déterminées par ces recherches, représentent des empla- 
cements d'habitations, où une misérable population, vivant princi- 
palement de pêche et de chasse, entassait ainsi au bord de la mer 
les débris de ses repas et les rebuts de son industrie. Les foyers- 
s'amoncelaient chaque jour, exhaussant peu à peu le monticule, 
qui atteint en général de 2 à 3 mètres, sur une largeur de 5 à 
6 mètres. 

La longueur des tertres, parfois considérable, varie, d'après Steens- 
trup, entre 20 et 400 mètres. Quelques-uns contenaient des sépul- 
tures. Ici, comme dans les grottes paléolithiques et néolithiques de 
la France et des pays voisins, le cadavre trouvait un dernier asile 
près du foyer. Les habitants de ces stations côtières ne possédaient 
pas d'autre animal domestique que le chien. Ils chassaient de préfé- 
rence le cygne, le canard, la mouette, le sanglier, le chevreuil, le 
cerf, etc. Le renne n'est pas représenté dans les débris de leurs 
repas. 

La plupart des kjôkkenmôddings du Danemark appartiennent au 
plus ancien âge de la pierre de ce pays où le quaternaire fait défaut ; 
un petit noîiibre toutefois ont livré des types industriels similaires à 
ceux des dolmens et des os de divers animaux domestiques. La 

1. Ce mot étant entré dans le vocabulaire préhistorique, on a pris chez nous 
l'habitude de franciser le pluriel et d'écrire kjôkkenmôddings. 

Les Danois paraissent préférer actuellement le mot skaldynger, amas de 
coquilles, en angolais, shetleaps. En Suède, on n'a pas trouvé de kjôkkenmôd- 
dings avec coquilles d huîtres, mais on y a signalé des lieux d'habitations de la 
même époque rontenanl les mêmes objets, notamment le tranchet en silex 
(Montelius, KuUurgeschichle Schwedens, 1906, p. 10). 



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LES KJÔKKENMÔDDINGS 325 

population côtière, pendant le récent âge de la pierre, a donc con- 
servé en partie ses coutumes primitives en ce qui concerne son habi- 
tat * . 

Dès 1842, Worsaae reconnut que l'industrie représentée dans les 
amas de coquilles appartenait à une première phase néoli- 
thique'. 

Kn France des amas de coquilles comestibles, mêlés à des 
débris dé l'industrie néolithique, ont été signalés sur divers points 
du littoral. On connaît notamment le gisement de la Torche de 
Penmarc'h, à Plomeur (Finistère), situé sur un petit promontoire 
mamelonné de la baie d'Audierne. Tout près d'une butte mégali- 
thique qui se dresse au sommet de cette éminence, M. du Chatellier 
a découvert un amas de coquillages contenant des restes de foyers, 
des charbons et des cendres. Ces débris étaient associés à des silex, 
petits couteaux ou racloirs, les uns finement retouchés, les autres, 
en plus grand nombre, grossièrement éclatés. Des os d'oiseaux, 
quelques restes de cerf et de sanglier étaient mêlés à la masse des* 
coquillages. Un squelette a été rencontré dans ce dépôt : il gisait, 
il est vrai, dans les couches supérieures^. L'épaisseur du kjôkken- 

1. Stcenstrup, CIA, Copenhague, 1869, p. 135 (vues de Kjôkkenm.) et Mat., 
1869, p. 523; — Morlot, RA, 1860, II, p. 121;— Steenstrup, Kjôkkenmôddin- 
ger, Copenhague, 1886; — Les principaux types d'objets de ces stations 
danoises sont figurés dans l'ouvrage de Sophus Miiller, Ordning of Danmarks 
oldsager {Système préhist. da Danemark)^ résumé en français, Leipzig, 1888-95, 
p. 33; — Pour les travaux récents, voir A. P. Madsen, Sophus Mtiller [et plu- 
sieurs autres collaborateurs], Affaldsdynger fra slenalderen i Danmark, Copen- 
hague, 1900 (Grand ouvrage publié avec un résumé en français. Cf. Cartai- 
Ihac dans Anlhr,^ 1901. p. 451). Depuis la publication de cet ouvrage, les trou- 
vailles de Maglemose et de Braband ont procuré d'importants compléments 
d'information sur l'ancien âge de la pierre en Danemark; — Voir Thomson 
et Jessen, Une trouvante de V ancien âge de la pierre. La trouvante de Braband, 
MSAN, 1904, p. 162. 

2. Jusqu'à ces dernières années on considérait les kjôkkenmôddings comme les 
pfus anciens vestiges de l'homme préhistorique en Danemark, contrée qui ne 
put être habitée avant la fin de la période glaciaire. Mais, comme nous l'avons 
vu, des stations danoises, de découverte plus récente, paraissent synchroniqucs 
avec l'époque azilienne et sans doute immédiatement antérieures aux amas de 
coquilles. Pour la Suède, M. Montelius admet une période d'habitat antérieure 
à celle des amas de coquilles. A cette phase appartiendrait de grandes haches 
amygdalo'ides en silex ayant quelque analogie avec nos haches paléolithiques 
(Montelius, Kultnrgeschichte Schwedens, 1906, p. 9). Cette opinion n'est pas 
encore acceptée de tous les savants suédois. 

3. P. du Chatellier, Mém. Soc. Émul. Côtes-du-Nord, 1881, p. 180; —du même. 
Époques préhist, dans le Finistère, Paris, 1889, p. 5 et 204 et pi. II (spéci- 
mens des instruments recueillis);— du même, BSA, 1893, p. 221; — Imbert, 
Notesur le gisement de la Torche de Penmarc'h, BSA, 1893, p. 45. 



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326 I. GÉNÉRALITÉS 

môdding de la Torche est de 40 centimètres à l mètre et la supci^ 
ficie de 80 à 100 mètres carrés. 

Au nord de la France on a signalé des gisements similaires à 
Wissant (Pas-de-Calais) ^, où les buttes, disposées en demi-cercle, 
offrent une étendue de 260 mètres sur 15 à 20 de largeur*. On en 
connaît encore à Saint- Valéry (Somme), à Saint-Georges-de-Didonne 
(Charente-Inférieure), à Hyères (Var) ^ et sur les côtes de la Pro- 
vence, à la Fontaine de Saint-Salvador^. Des amas côtiers de 
même nature ont été rencontrés sur plusieurs points du littoral 
européen et dans diverses îles (Irlande, Sardaigne). Ceux du Por- 
tugal se distinguent par Tabondance des squelettes accroupis, 
disséminés dans leur masse*. Les populations primitives du 
Japon, du Brésil, du Chili, de la Patagonie, de la Nouvelle- 
Orléans, de la Floride, ont laissé les mêmes vestiges de leur 
habitat au bord de la mer. Il est d'ailleurs évident que tous ces 
gisements ne sauraient être considérés comme synchroniques des 
Ijôkkenmôddings danois. Ici encore nous constatons que les 
mêmes coutumes se retrouvent souvent à un même degré de civili- 
sation et dans des conditions matérielles similaires chez les diverses 
populations de TAncien et du Nouveau Monde. 

§ Vlll. — L industrie campignienne. 

Un certain nombre de stations néolithiques, situées en majeure 
partie au nord de la France et représentant d'anciens villages néo- 
lithiques avec restes de foyers ou fonds de cabanes, ont livré un 
outillage en silex rappelant en partie celui des kjôkkenmôddings 
danois. Outre les types communs à toutes les époques de la pierre, 
à partir du quaternaire supérieur, tels que couteaux, grattoirs, 
pointes, etc., on y observe l'apparition de deux outils nouveaux : 
le tranchet des kjôkkenmôddings et le pic, sorte de hache allon- 
gée à bords parallèles, et à terminaison d'ordinaire plus ou moins 
conique, taillée à grands éclats. La hache polie y est très rare. 

Dès 1873, Gabriel de Mortillet notait comme un fait digne 

1. BSA, 1899, p. 48. 

2. Hamy et Sauvage, BSA, 1867, p. 362; — Bureau, CIA, 1869, p. 317. 

3. G. de Mortillet, Le Préhist., 2- ëdit., p. 499. 

4. Gory, Bull. Soc. études^ Draguiffnan. 1862-63, p. 137; — Castanier, La 
Provence préhistorique, I, p. 117. 

5. Cartailhac, Ages pré hist. de l'Espagne et du Portugal^ p. 48. 



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l'industrie campignienne 327 

d'intérêt Tanalogie des tranchets recueillis dans les stations de l'Oise 
et notamment au Camp-Barbet avec ceux des amas de coquilles 
danoise « Ces stations, très pauvres en haches polies, disait G. de 
Mortillet, ont un cachet tout particulier ; elles pourraient bien 
représenter, en France, le commencement de Tépoque néoli- 
thique»*. M. Salmon alla plus loin. En 1886, il créa Vépoque cam- 
pignienne^ attribuant à cette subdivision du néolithique les nom- 
breuses stations de la France du nord, où Findustrie de la pierre 
présente le même faciès qu'à la station du Campigny, com- 
mune de Blangy-sur-Bresle (Seine-Inférieure)'* 

La question du campignien a fait Tobjet de vives et nombreuses 
controverses parmi les préhistoriens français. Le campignien n'est- 
il qu'un simple faciès régional de Tindustrie néolithique, limité non 
dans le temps, mais dans l'espace? Devons-nous, au contraire, le 
tenir pour une des divisions chronologiques de l'âge de la pierre? 
I-^s avis des auteurs les plus autorisés sont partagés^. Ce désaccord 
est dû à diverses circonstances : 

1** L'extrême rareté des stratifications néolithiques nettement 
ordonnées. En Crète, sous les ruines égéennes du palais de Minos, 
M. Arthur Evans a retrouvé des assises néolithiques présentant une 
épaisseur de plus de six mètres. Nos bourgades occidentales de cette 
époque ne nous ont jamais procuré un champ d'observations aussi 
instructif. D'autre part, jusqu'à ce jour, le campignien, qui n'est pas 
méridional, ne s'est pas rencontré dans les cavernes en relation 
stratigraphique avec d'autres niveaux des âges de la pierre, comme 
Tazilien dans certaines grottes du Midi de la France. 

2** L'insuffisance de nos informations sur les stations de l'âge de 
la pierre polie. Un bien petit nombre de fonds de cabanes ont été 
méthodiquement fouillés. Le plus souvent, comme au Camp de 
Chasser, on s'est préoccupé exclusivement de réunir de riches col- 
lections d'objets, non d'assembler les matériaux d'étude indispen- 
sables aux progrès de la science. Un des fonds de cabane de Campi- 

1. Mal. y 1873, p. 435. D'après M. Salomon Reinach {Mirage oriental^ p. i2, 
note 2), la priorité de l'idée de ce parallélisme appartiendrait à Flouest, Notice 
sur le Camp de Chassey^ Châlons, 1869, p. 24. Mais les comparaisons que Flouest 
a tenté d'indiquer ne sont nullement fondées. 

2. Le Préhisl., 2- édit., p. 518. 

3. Philippe Salmon, Dictionnaire des sciences anthropologiques^ verbo A^co- 
lithiqae, Paris, Doin, 1886. 

4. Cf. la discussion qui s'est produite à la Société d'Anthrop. de Paris entre 
MM. Capitan et A. de Mortillet, BSA, 1899, p. 51 . 



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328 I. GÉNÉRALITÉS 

gny * a cependant fait Tobjet de recherches méthodiques : il s'est 
présenté sous la forme d'une fosse ovale en entonnoir, mesurant 
au sommet 4'"30 dans son plus long diamètre. Le fond de la fosse, 
rempli de cendres et de charbon, contenait les débris du foyer et 
était surmonté d'un limon jaune de remplissage. La couche cen- 
dreuse du foyer renfermait des silex très nombreux : éclats 
de formes indéterminées, outils rappelant les types quaternaires 
ou plutôt appartenant à presque toutes les phases des âges de la 
pierre, tels que les lames, les grattoirs, les pointes, enfin des 
tranchets et des pics^ types caractéristiques du campignien. Les 
instruments en pierre polie faisaient défaut, mais des fragments de 
poterie, dont quelques-uns en terre fine et ornés de motifs géomé- 
triques incisés, ont été recueillis en très grande abondance. 1^ 
découverte de meules et de molettes doit encore être signalée. .\u- 
dessus du foyer une couche mince de terre végétale contenait 
quelques spécimens de haches polies. 

3° L'absence de toute sépulture campignienne. En France, on 
n'a jamais signalé les grands tranchets dans les dépôts tumulaires, 
où les petits tranchets (pointes de flèches à tranchant transversal) ne 
sont pas rares. 

Dans ces conditions il y a lieu de se montrer circonspect à 
regard de l'attribution définitive de l'industrie campignienne à une 
phase initiale du néolithique nettement déterminée. 

On peut alléguer, il est vrai, en faveur de cette opinion, la simi- 
litude de l'industrie campignienne et de celle des kjôkkenmôd- 
dings. Aux yeux des archéologues Scandinaves, il est établi en 
eflet que les anciens amas de coquilles se placent au début des 
temps néolithiques et précèdent la période des monuments dolmé- 
niques. 

Mais en France, dans l'état actuel de nos connaissances, il semble- 
rait que la phaseexclusivementcampignienne, peut-être synchronique 
avec celle des kjôkkenmôddings Scandinaves, n'ait eu qu'une durée 
assez courte, antérieurement à la diffusion des instruments en 
silex polis. Far contre, elle a sans doute subsisté dans certaines 
régions parallèlement avec l'industrie de la pierre polie. 11 est bien 

1. Philippe Salmon, d'Ault du Mesnil et Capilan, Le campignien, Fouille 
d'un fond de cabane au Campigny, commune de Blangy-sur-Bresle {Seine- 
Inférieure)f REA, 1898, p. 365. Ce mémoire descriptif est abondamment 
illustré. Nos lecteurs devront s"y reporter pour connaître en détail le facie« 
de Toutillage campignien. 



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LE TRANCHET ET LE PIC CAMPIGNIENS 329 

évident que la composition variée des roches exploitées pour l'ou- 
tillage lithique dans les diverses provinces d'une même contrée a 
dû introduire, à toutes les phases du néolithique, des variations 
considérables dans le faciès général de cette période. Le néoli- 
thique des régions riches en beaux rognons siliceux, quelle que 
fût déjà l'activité des échanges commerciaux, différait néces- 
sairement du néolithique des contrées pauvres en silex et où abon- 
daient au contraire les roches susceptibles de polissage. Cette opé- 
ration se pratiquait, comme nous le verrons, sur des pierres de 
grès. Il est donc naturel que l'industrie de la pierre polie t3oit fai- 
blement développée dans les régions où le grès fait défaut. 

Si le campignien eut dans l'Europe du Nord une durée notable, 
antérieurement à la période des haches en silex poli, en France, il 
semble se présenter parfois, sur certains points, comme un des faciès 
régionaux du néolithique. Pour attribuer avec certitude Tindup^trie 
campignienne à une période nettement distincte de celle des dolmens 
et des cités lacustres, il serait nécessaire de rencontrer dans une même 
station la superposition des deux industries à Tétat pur, ou encore 
d'observer nettement leur juxtaposition dans plusieurs stations 
d'une même région. Ces conditions font jusqu'à ce jour défaut. 

Il paraît difficile de ne pas classer au néolithique avancé, sinon 
au début de Tâge du bronze*, les tessons de poterie ornée recueillis 
au Campigny au milieu des pics et des tranchets. 

§ IX. — Le Iranchet el le pic campignîens. 

L'industrie campignienne est caractérisée par l'absence de haches 
polies et par de nombreux instruments en silex taillé, les uns déjà 
en usage aux temps quaternaires, les autres d'invention nouvelle. 
Ces derniers sont connus sous les noms de tranchets et de pics. 

Le tranchet (fig. 123) est une sorte de coupoir de forme triangu- 

1. Ces spécimens céramiques sont reproduits dans l'article de MM. Salmon, 
dWultduMesniletCapitan, REA, 1898, p. 403, fig. 85et suiv. Les anses dévelop- 
pées (fîg. 85 de cet article), les larges marlis d'assiettes ù décor quadrille (fig. 87 ,, 
les fragments à décor en damier (fig. 88) appartiennent à la poterie caractéris- 
tique du Camp de Chassey, dont l'outillage n'est nullement campignien. Voir 
la discussion entre MM. A. de Mortillet et Capitan, Campiyny et le Gain- 
pignieîiy BSA, 1899, p. 36. 

M. Raymond a noté de son côte la similitude des poteries ornées du fond 
de cabane de Campigny avec celles des derniers temps néolithiques et de l'âge 
du bronze, loc. ci^,p. 51. 



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330 I. GÉNÉRALITÉS 

laire, pris dans un gros éclat de silex. Le taillant de cet instrument 
qui n'a subi aucun polissage est obtenu simplement par Tinter- 
section de surfaces d'éclatement se coupant en biseau. Les autres 
parties sont amincies au moyen de retailles nombreuses *, Le tran- 
chet passe à la forme du ciseau, lorsque ses bords sont sensiblement 
parallèles et non plus convergents. 



Fig. 123. — Tranchets en silex découverts au Gampifi^ny, commune de Blangry- 
sur-Brcsle (Seine-Inférieure) 2. 

Il importe de distinguer, d'après leurs dimensions, les grands et 
les petits tranchets. Ces derniers n'appartiennent point exclusive- 
ment à l'industrie campignienne. Comme ils ont souvent servi d'ar- 
matures de flèche, on les désigne en France sous le nom de flèches 
à tranchant transversal (v. plus loin, chap. VI). 

En Scandinavie, où les tranchets, ainsi que les haches polies sont 
extrêmement abondants, on ne rencontre jamais ces deux types 
d'instruments associés dans un même dépôt. Quelques tranchets 
dont les faces larges ont subi près du taillant un léger polissage 
constituent des exemplaires de transition ^. Le tranchet peut donc 
être considéré comme le prototype de la hache polie en silex. 11 

1. Les tranchets Scandinaves ont été l'objet d'une étude approfondie de la 
part de M. Sophus Mûller : Inslruments tranchants de l'ancien âge de la pierre^ 
MSAN, 1K89, p. 371; — du môme, Système préhist. du Danemark, I, p. 33. 

2. D'après REA, 1898, p. 381, fig. 52; p. 385, lî^. 54. 

3. Sophus MûUer, loc. cit., MSAX, 1S89, p. 381. 



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LE TRANCHET ET LE PIC CAMPIGNIENS 331 

servait aux mêmes usages^ L'un d'eux a été trouvé dans une tour- 
bière du Danemark, fixé à un manche en bois coudé et fendue En 
France, le tranchet abonde surtout dans les stations néolithiques 
des bassins de TOise, de la Seine, de TYonne et de la Somme. 

On donne le nom de pics à des silex longs et étroits, taillés à 
grands éclats et terminés, tout au moins d'un côté, par une pointe 
mousse. Gomme on a parfois recueilli cet outil dans des exploita- 
tions ou carrières de silex, à Spiennes et en Angleterre, on suppose 
qu'il devait être emmanché et servir à bêcher la terre. Le pic est 
aussi un des instruments caractéristiques de 
rindustrie dite campignienne. Les exemplaires des 
figures 124 et 126 proviennent de la station de 
Campigny^. Certains pics ont une de leurs extré- 
mités taillée en ciseau^. 

Les pics se confondent parfois avec un outil 
d'un type similaire, appelé retoachoir^ écra.soir, 
compresseur ou éclateur. Ce dernier outil, que 
l'on suppose avoir servi à la taille du silex par 
pression, concurremment avec l'os et la corne, 
se distingue du pic par quelques caractères : une 
de ses faces est lisse et conserve son plan d'écla- 
tement. La retouche dorsale dénote une taille 

moins grossière. Les extrémités des retouchoirs 

à r • ' 1 ' ' » n r^ Fier. 124. — Pic-ci- 

se sont parfois usées et écrasées a 1 usage. Ces ^ .^ ^ |. ^^^ 

instruments se rencontrent surtout dans le nord Campigny, com- 

de la France. La station néolithique de Mont- "^""® ^^ Blan^y- 
.„ fr\- \ !• ' • 1 • ' • sur -Blcsle (Seine- 

mille (Oise) en a livre vingt-cinq spécimens, inférieure)*. 

dont les dimensions varient entre 40 et 110 mil- 
limètres*. Un outil similaire, mais avec une extrémité taillée 
en biseau, forme intermédiaire entre le pic et le tranchet, a été 
signalé dans quelques stations des environs de Paris et de F Yonne®. 
On peut observer que dans leur ensemble les divers instru- 

1. Sophus Miiller, loc. cit., p. 383. 

2. Capitan, Passage du paléolithique au néolithique, CIA, 1900, p. 210, 
fig. 8. 

3. Capitan, loc. cit., p. 210, fig. 9 ; — REA, 1898, p. 383; — Sur le pic, voir 
J. Evans, loc. cit., p. 166 ; — G. de Mortillel, Le Préhist., 2* édit., p. 517. 

4. D'après REA, 1898, p. 382, %. 51. 

5. Thiot, Notice sur la station préhist. de Montmille (Oise), BSA, 1900,p. 4i3. 

6. CoUin, Reynier et Fouju, La station de la Vignette [Seine-el-Oise), BSA, 
1897, p. 425, %. 9 et 10; — Capitan, ibid., p. 427. 



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332 I. GÉNÉR ALITÉS 

ments néolithiques rappelant ceux d'origine quaternaire sont 
inférieurs à leurs aînés, tant par leur forme que par le caractère 
de la taille. Ils présentent moins de finesse, mais plus de robustesse. 



Fig. 125. — Tranchet et pic découverts en Scanie (Suède) ï. 

§ X. — Essais de subdivision chronologique 
du néolithique. 

S'il est difficile d'attribuer l'industrie campignienne des stations 
françaises à une phase nettement distincte du néolithique, à plus 
forte raison les diverses tentatives d'une subdivision de l'âge de la 
pierre polie en phases multiples ne sauraient encore être définitive- 
ment retenues. Nous devons reconnaître que, malgré les efforts 
constants de nombreux préhistoriens, la détermination précise des 
coupures chronologiques de cette période dans l'Europe occiden- 
tale compte encore parmi les problèmes attendai^t une solution. 

1. Montelius, 7wes temps préhist. en Suéde, pi. II, fig. 1 et 2. 



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ESSAIS DE SUBDIVISION CHBONOLOGIQUE 333 

Les indications stratigraphiques si abondantes aux temps qua- 
ternaires deviennent ici, comme nous Tavons dit, tout à fait clairse- 
mées et insuffisantes. Les tombeaux néolithiques sont le plus souvent 
de vastes ossuaires, où les offrandes 
funéraires et les ossements humains 
gisent en désordre, les inhumations ayant 
été multiples et successives. Une même 
crypte dolménique, une même grotte 
sépulcrale livre souvent pêle-mêle les 
divers dépôts funéraires qui lui ont été 
confiés à diverses reprises. Il est donc 
malaisé d'opérer un classement chrono- 
logique dans ces apports consécutifs. 

Aux âges du bronze et du fer, des 
objets d'importation venus du sud et 
souvent datés par Tarchéologie classique, 
nous procurent de précieuses indications 
chronologiques. Pour le néolithique, en- 
core mal connu dans les régions égé- 
ennes, nous ne pouvons obtenir de Tar- 
chéologie comparée des données simi- 
laires. Il faut donc recourir ici presque 
exclusivement à la méthode typolo- 
gique et suivre, à Taide des transforma- 
tions successives de chaque type d'objet, 
le développement industriel. Or cette 
méthode ne saurait, à elle seule, conduire 
à des résultats positifs. 

Aussi, dans l'exposé qui va suivre, 
nous nous contenterons de distinguer 
parfois dans une même série d'objets des' 
types anciens et des types récents, sans 

tenter encore de répartir tout l'outillage ^''^- ^^^' " ^^^ ^^"^^ 
^ , o au Campi^y I. 

néolithique dans un cadre systématique 
de subdivisions chronologiques. 

Cependant ces subdivisions sont admises dans quelques pays 
étrangers. Nous avons vu qu'en Scandinavie, où des trouvailles 
abondantes ont été depuis longtemps méthodiquement étudiées, 

1. REA, 1898, p. 382, fig. 50. 



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334 1. G ÉNÉR ALITÉS 

Worsaae a reconnu de bonne heure deux phases néolithiques. 
Pour la Suède, M. Montelius a institué un système de classifica- 
tion très complexe, dont il est intéressant de connaître les éléments. 
L'éminent directeur du musée de Stockholm reconnaît, outre Tâg-e 
de la pierre taillée, phase contemporaine des kjôkkenmôddings ', 
quatre sous-périodes dans l'âge de la pierre polie ou néolithique 
proprement dit : 

Période L Pas de sépultures connues, les morts n'étaient pas 
inhumés dans des dolmens. Ils étaient probablement déposés dans 
de simples fosses, semblables aux sépultures actuelles. Haches 
taillées et haches polies de forme triangulaire et dont la section 
présente deux pointes ogivales. 

Période II. Dolmens simples. Haches de forme plutôt rectangulaire 
que triangulaire, à bords équarris. 

Période III. Allées couvertes. Haches épaisses à bords équarris 
(section presque carrée à la partie médiane de la lame). Beaux cou- 
teaux de silex avec manche, type effilé. 

Période IV. GofTresde pierre. Haches-marteaux perforées. Beaux 
couteaux de silex avec manche, type à lame large et poignée 
mince. 

En Danemark, M. Sophus Miiller reconnaît, lui aussi, deux 
grandes divisions de l'âge de la pierre (néolithique) : celle des 
anciens amas de coquilles et celle des monuments mégalithiques. Il 
admet pour cette seconde époque la même succession des types dol- 
méniques que M. Montelius : petit dolmen, grande chambre et enfin 
ciste ou sépulture allongée sans couloir^. En outre dans l'outillage 
de cette seconde phase, il distingue des types anciens, dont certains 
apparaissent également dans TEurope centrale et occidentale, et 
des types récents, propres au néolithique du Nord ^. Les types 
anciens ne se rencontrent que rarement dans les sépultures. 

Le néolithique de l'Europe occidentale présente, il est vrai, des 
types de monuments en pierre brute, dolmens, allées couvertes, 
cistes en pierre, correspondant à ceux des pays nordiques. Mais ce 
que nous savons sur le mobilier de ces diverses constructions funé- 

1. M. Montelius divise même, comme nous l'avons dit, en deux périodes cet 
âge de la pierre taillée. La première période serait celle des haches en amande» 
rappelant les instruments quaternaires, la seconde correspondrait aux kjôkken- 
môddings. Voir Montelius-Reinach, Temps préfiist. en Saède^ 1895, pi. I-II. 

2. Sophus Millier, Système préhist. du Danemark, I, p. 34. 

3. La province nordique du préhistorique européen comprend non seule- 
ment la Scandinavie méridionale mais encore l'Allemagne du Nord. 



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ESSAIS DE SUBDIVISION CHRONOLOGIQUE 335 

raires ne nous parait pas autoriser encore leur répartition en 
diverses périodes^. 

Les palafittes suisses qui démontrent nettement Texistence d'un 
ûge de la pierre et d'un âge du bronze ne procurent pas d'indica- 
tions bien précises sur les subdivisions de Tâge de la pierre. 
M. Heierli, d'après V. Gross*, distingue néanmoins trois phases 
néolithiques, d'après les découvertes lacustres. A chacune d'elles 
correspond une s»ation-type : 

a) La période primitive serait représentée par la station de Gha- 
vannes, près Neuville. Haches en pierre de petites dimensions et 
de roches indigènes. Haches-marteaux, objets d'os et de corne, 
d'exécution grossière. Aucune ornementation ni sur les outils ni 
sur les poteries. Les travaux de tissage apparaissent. Population 
peu dense. Prédominance des animaux sauvages sur les animaux 
domestiques ; 

h) La période moyenne aurait pour station-type celle de Moossee- 
dorf. Les armes et les outils sont habilement façonnés ; les haches 
en pierre finement polies et habilement perforées pour recevoir le 
manche. Les haches en néphrite, jadéite et chloromélanite qui font 
presque défaut dans la première et la troisième période, se ren- 
contrent alors dans une proportion voisine de 5 à 8 ^/o, par rapport 
aux haches en roches communes. La population brachycéphale est 
assez nombreuse. Les restes des animaux domestiques égalent en 
nombre ceux des animaux sauvages ; 

c) La période récente, époque du cuivre ou époque de transition 
du néolithique à l'époque âjd bronze, est représentée par la palafitte 
de Vinelz. Les haches-marteaux se recommandent alors par le fini 
de Texécution. Les néphritoïdes deviennent plus rares. La poterie 
revêt des formes élégantes 3. Beaucoup d'outils, d'armes et d'orne- 
ments sont en cuivre. Les haches, de forme plate, ressemblent aux 

1. Ph. Salmon proposa en 1886 de diviser la période néolithique en trois 
époques : campicfnienne, robenhausienne et carnacéenne. Le robenhausien 
serait la période des palafittes, le carnacéen celle des monuments mégalithiques 
(Salmon, Afa^, 1886, p. \29; —dumùme, Bull. Soc. dAnth. de Lyon, 1891). Cette 
classification qui repose sur la comparaison de gisements de nature diverse 
(habitations et sépultures) est illogique et sans valeur. Le carnacéen n'a jamais 
rencontré, d'ailleurs, un accueil favorable. 

2. V. Gross, Les Protohelvètes, 1883, p. 2; — Heierli, IJrgeschichte der 
Schweiz, 1901, p. lll. 

3. D'après M. Heierli, c'est à cette période qu'appartient la céramique à la 
ficelle. Voir plus loin, chap. VIII, l'exposé du désaccord des préhistoriens les 
plus autorisés sur cette question de la céramique néolithique. 



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336 I. GÉNÉRALITÉS 

haches de pierre. Les animaux domestiques se développent et le 
taureau devient particulièrement abondant. Parmi les restes 
humains, on trouve plusieurs dolichocéphales, à côté des brachy- 
céphales. 

On peut rattacher à la première période de Tâge du bronze la 
période du cuivre représentée à Vinelz. Il ne resterait donc au 
néolithique suisse que les deux premières subdivisions. Or, leurs 
caractères spécifiques ne sont pas, à notre avis, assez nettement 
définis pour constituer deux groupes bien distincts. 

En Belgique, M. Rutot a cru reconnaître récemment cinq phases 
successives dans le néolithique. Il a désigné ces niveaux, 
classés de bas en haut, par les dénominations suivantes : tardenoi- 
sien^ flénusien, campignien\ robenhausien^ omalien. D'après 
son auteur, ce système de classification s'appliquerait à la France 
comme au territoire belge ^. Malheureusement on cherche vaine- 
ment dans les mémoires de M. Rutot, soit des observations strati- 
graphiques justifiant des coupures aussi complexes, soil quelque 
considération de nature à démontrer que ces diverses industries ne 
constituent pas de simples faciès distincts d'une même période. En 
dehors de toute hypothèse d'ordre chronologique, nombre de 
causes locales expliquent la diversité de ces faciès, notamment 
rinégalité des conditions d'existence des groupes ethniques, le 
degré variable de leur prospérité matérielle, leur état d'isolement 
relatif ou de commerce actif avec les tribus voisines, enfin et sur- 
tout la diversité de la matière première utilisée pour la confection de 
leur outillage. 

En ce qui concerne Tépoque dite tardenoisienne, considérée éga- 
lement par d'autres auteurs comme une phase primitive du néoli- 
thique, nous verrons plus loin en parlant des silex « pygmées », 
caractéristiques de cette industrie, qu'ils n'appartiennent nullement 
à une coupure chronologique du néolithique vraiment déterminée. 

Il faut donc, en dernière analyse, reconnaître que jusqu'à ce jour 
les diverses tentatives de subdivision chronologique du néoli- 
thique dans l'Europe occidentale n'ont pas encore abouti à un résul- 
tat définitif. Si, pour certains objets, en s'aidant d'observations 

1. M. Rutot écrit « campignyicn » pour éviter une confusion avec le campi- 
nien, assise inférieure du quaternaire moyen des géologues belges. 

2. Rutot, Notions préliminaires sur le néolilhique, BSAB, t. XXIV, 1905 ; 
— du ni'^me, Esquisse d'une classification de l'époque néolithique en Frnnceet 
en Belgique, R P, 1907, p. 51 ; — du même. Sur Vextension du flénusien en 
France, CPF, Vannes, 1906, p. 26S. 



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LES ANIMAUX DOMESTIQUES 337 

typologiques, on distingue des types anciens et deâ types récents, 
comme nous Tavons dit, on ne saurait encore se faire une idée pré- 
cise des phases successives de cette période, malgré sa durée et son 
importance. Depuis quelques années, et particulièrement dans les 
pays allemands, après avoir reconnu la gravité de cette lacune, on 
s'est appliqué à rechercher un nouveau critérium de classification. 
I>a céramique ornée a paru, grâce à son abondance et à sa variété, 
devoir procurer aux préhistoriens le fossile directeur tant recher- 
ché des niveaux néolithiques. Mais nous verrons plus loin que 
ces intéressantes recherches n'ont pas encore apporté la solution 
d'une question, en réalité toujours fort obscure. 

§ XI. — Les animaux domestiques, 

La domestication des animaux et la culture des céréales comptent 
parmi les conquêtes de Thomme les plus favorables aux progrès de 
sa civilisation. Par Télevage du bétail etpar Tagriculture, l'homme, 
en assurant sa subsistance, adoucit ses mœurs. Il n'est plus contraint 
de demander chaque jour aux hasards de lachasseet de la pêche et 
aux courses aventureuses qu'elles nécessitent, sa nourriture quoti- 
dienne. A la vie errante du chasseur succède la vie pastorale et 
agricole. 

C'est à l'époque néolithique et non pas aux temps quaternaires 
que cette importante évolution s'est accomplie chez les premiers habi- 
tants de l'Europe. Les tribus paléolithiques n'avaient point connu la 
domestication des animaux. Sans doute, plusieurs espèces, aujour- 
d'hui assujetties à l'homme, cheval, bœuf, cochon, sont représentées 
dans les débris de repas des Troglodytes, mais ces animaux vivaient 
encore à l'état sauvage. Quelques auteurs ont pensé que le cheval, 
si abondant à Solutré, aurait été dès cette époque soumis à la 
domestication*. Cette assertion ne peut être acceptée. Il en est de 
même d'une conjecture de Pietle au sujet du prétendu licol qu'il 
croyait reconnaître sur des représentations d'équidés de l'époque 
glyptique. La figuration de la « chevêtre » ^ est loin d'être dis- 
tincte, et, d'ailleurs, sa présence ne justifierait pas à elle seule les 
conclusions formulées par Piette. 

Les naturalistes qui se sont livré à l'élude des foyers préhistoriques 

1. Toussaint et Ducrost, Du c/ierai dans la station de Solutré^ Afas, Lyon, 
1873. 
îf. Piette, Anthr., 189S, p. 139; — Ibid., 1906, p. 27. 

Manuel d'archéologie préhistorique. — T. I. 22 



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338^ I. GÉNÉRALITÉS 

admettent pour la plupart que le départ entre les animaux sau- 
vages et les animaux domestiques peut s'opérer d'après les carac- 
tères suivants * : 

Animaux sauvages. Animaux domestiques. 

Thorax et vertèbres rares (par Toutes les parties du squelette 

suite du dépeçage habituel sur le sont représentées, 
terrain de chasse)^. 

Présence d'individus très vieux. Rareté des individus très vieux. 

Egalité approximative dans le Prédominance marquée des fe- 

nombre des mâles et des femelles. melles. 

Ressemblance anatomique avec Ressemblance caractéristique 

les animaux sauvages actuels. avec les animaux domestiques 

actuels. 

On voit combien d'observations multiples et délicates exigent les 
recherches de cette nature. Gomme les foyers quaternaires, d'une 
part, et les palaRttes ou stations quaternaires, de l'autre, ont livré un 
nombre considérable d'ossements, certains faits généraux relatifs à 
la domestication des animaux ont été établis, mais d'autres 
demeurent encore l'objet des controverses '. Sur ces questions 
spéciales, et ne se rattachant qu'indirectement au domaine de l'ar- 
chéologie, nous ne donnerons que des indications sommaires. 

Les espèces reconnues par Rûtimeyer dans les palafîttes ou' habi- 
tations lacustres néolithiques sont au nombre de soixante-dix envi- 
ron, dont dix espèces de poissons, quatre de reptiles, vingt-six 
d'oiseaux et trente de quadrupèdes. Six vivaient à l'état domestique : 
le chien, le cochon, le cheval, la chèvre, le mouton et le bœuf. 
Cette dernière espèce est avec une espèce sauvage, le cerf, la plus 
abondante. Les ossements de ces deux animaux sont à eux seuls 
aussi nombreux que tous les autres réunis. On voit par là que les 

1. Voir dans CIA, Stockolm, 1874, p. 818,1e mémoire de M. E. Dupont, Les ani- 
maux domestiques pendant les temps préhistoriques, suivi d'une discui^siou, 
notamment d'une observation de Kinberg. Nous devons rappeler en outre la 
découverte de fumiers d'animaux dans les restes defe palafîttes. 

2. Ce fait, considéré comme acquis, exigerait un supplément d'enquête : 
M. Breuil nous fait savoir que pour le renne toutes les parties du corps se 
rencontrent dans divers gisements : grottes des Pyrénées, Teyjat, etc. 

3. Les sources principales sont encore les travaux de RQtimeyer : i* Mémoire 
publié dans les Mittheilungen der antiquarischen Gesellschaft in Zurich, Bd 
m, Abt. 2, 1860; — 2" Ouvrage à part. Die Fauna der Pfahlbauten in der 
Schweiz. Tous les auteurs ont puisé à ces mémoires, dont on trouvera un 
résumé assez développé dans Lubbock, L'homme préhist., 4" édit., ISQ*?. I, 
p. 188 et suiv., et dans Joly, L'homme avant les métaux^ 5* éd., p. 235. 



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Les ANIMAUX DOMESTIQUES 339 

Néolithiques, tout en demandant à l'élevage du bétail une partie 
de leur subsistance, s'alimentaient encore de la chair des cervidés 
qui constituaient leur gibier principal. Le cerf remplaçait le 
renne disparu. Son bois était d'ailleurs, utilisé, comme nous le ver- 
rons, à des usages industriels similaires. 

Le chien, que Thomme réussit facilement à s'attacher, est le seul 
animal domestique des kjôkkenmôddings du Danemark. 

Les peuples sauvages possèdent presque tous le chien domestique, 
lors même qu'ils n'ont encore assujetti aucune autre espèce. Sa pré- 
sence dans les kjôkkenmôddings a été depuis longtemps reconnue 
par le professeur Steenstrup, grâce aux nombreuses empreintes de 
ses dents sur les os d'animaux dans les rejets de cuisine ou débris 
de repas. On sait que les seuls canidés représentés dans les gise- 
ments quaternaires sont le loup [Canis lupus)^ le renard {Canis 
tmlpes)^ le renard bleu des régions polaires (Vulpes lagopus), et 
une espèce mal définie, intermédiaire entre le loup et le chien. Le 
chien domestique et le chacal n'y figurent pas *. D'après Riitimeyer, 
le chien des palafittes tiendrait tout à la fois de nos chiens courants 
et de nos chiens d'arrêts. 

« Le cheval quaternaire et le cheval domestique, écrit G. de 
Mortillet, ont ensemble les plus grands rapports. C'est évidemment 
le même animal à peine modifié. L'un est évidemment l'ancêtre de 
l'autre » ^. On sait que le cheval de Solutré dont il existe, au Muséum 
de Lyon, un squelette reconstitué à l'aide d'os de divers individus, 
était de plus petite taille que le cheval actuel ; sa hauteur au gar- 
rot atteignait 1"36 à I "38. Il y avait encore aux temps quater- 
naires un équidé plus petit qu'on a parfois rapproché de l'âne '. 
L'aire de dispersion du cheval sauvage étant extrêmement étendue, 
on conçoit qu'il soit impossible de désigner le point d'origine de sa 
domestication. 

Les palafittes des lacs de Clairvaux et de Chalain contenaient de 
nombreux restes d'animaux sauvages et domestiques. 

Le tableau suivant publié par sir John Lubbock, d'après les 
chiffres de Riitimeyer, indique les proportions d'animaux sauvages 
et d'animaux domestiques reconnus dans les palafittes de- 
Wauwyl et de Moosseedorf (néolithiques), et de Nidau (âge du 
bronze). Le chiffre 1 indique un seul individu; 2, plusieurs; 3, 

1. G. de Mortillet, Le Préhist., 2« édit., p. 572. 

2. G. de Mortillet, loc. cil., p. 573. 

3. G. de Mortillet, loc. cit., p. 395. 



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340 



I. GENERALITES 



les espèces communes ; 4, les espèces très communes ; 5, celles qui 
sont très abondantes*. 

Beaucoup d'auteurs, influencés par les anciennes théories sur la 
prétendue origine asiatique des Aryens, ont considéré comme un 



ESPÈCES 


Wauwyl 


Mosseedorf 


Nidau 


â> 

> 

S 
es 

(A 

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a 

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Ours brun 


2 
2 
3 
2 
1 
3 
2 
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5 
2 
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5 


2 
2 
2 

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2 

3 

i 
1 

n 

4 
3 
5 


» 
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1 

5 

» ' 

" i 

3 


Blaireau 


Marte 


Putois 


LouD ... 


Renard 


Chat sauvaire 


Castor 


Élan 

Grand bœuf*-* 


Cerf 


Daim 


Sanglier 


Sanglier de marais 


Cochon 


? l 
2 

5 
2 
1 
2 


» 

? 1 

5 

2 

2 
2 


3 

3 

5 

3. 

4 

3 


Cheval 


Bœuf 


Chèvre 


Mouton .... 


Chien . . 





fait établi que l'introduction en Europe des animaux domestiques 
était due à des envahisseurs orientaux. Mais c'est là une 
hypothèse toute problématique. Les animaux domestiques r.éo- 
lithiques comprennent le chien, le cheval, le bœuf, la chèvre, 
le mouton et le cochon. Si tous apparaissaient ensemble à une 
même phase du néolithique, l'hypothèse de leur introduction par 

1. Sir John Lubbock, IShomme préhist.^ 4" édit., I, p. 203. 

2. Rûtimeyer, qui avait indiqué ici l'urus et le bison, a reconnu ensuite, 
d'après M. Heierli, que la déterminition du bison était erronée. 



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LES ANIMAUX DOMESTIQUES 341 

une race nouvelle serait acceptable. Il serait en effet difficile d'ad- 
mettre que dans une même région l'art de la domestication ait été 
appliqué simultanément à de nombreuses espèces. Mais les faits ne 
nous montrent rien de tel. Pendant la première phase du néoli- 
thique danois, à Tépoque des kjôkkenmôddings, le chien est encore 
le seul animal domestique connu. Tout au contraire le cheval domes- 
tique n'apparaît pas dans les palafittes réputées les plus anciennes. 
On ne le rencontre pas avant la fin du néolithique ^ Il semble 
manquer presque totalement dans les villages lacustres de la 
Haute-Autriche*. Une longue période s'est donc écoulée entre la 
domestication du chien et celle du cheval, pour ne parler que de ces 
deux espèces. Hlles n'ont donc pas été amenées l'une et l'autre par 
un même flot d'envahisseurs. De même, le cochon domestique et le 
mouton ne se rencontrent que tardivement'. 

Une théorie monogéniste des animaux domestiques serait donc 
inacceptable. On ne doit pas, d'ailleurs, oublier, comme Ta rappelé 
M. Salomon Reinach, que les Péruviens avaient domestiqué le 
lama et les Aztèques le dindon avant la conquête espagnole*'. 

Au surplus, dans l'ensemble, les animaux domestiques néolithiques 
dérivent des espèces sauvages quaternaires. Pour le cheval, son 
origine pléistocène était reconnue par G. de Mortillet lui-même, 
partisan d'un centre oriental de domestication. D'après Darwin, 
toutes nos races bovines descendent de trois espèces fossiles, le 
Bos primigenius, le Bos longifrons et le Bos frontosus, variétés du 
quaternaire européen'. 

Quelques naturalistes, croyant reconnaître parmi les animaux 
domestiques européens des espèces asiatiques et des espèces indi- 
gènes, estiment que celles-ci auraient été les dernières domestiquées. 
( >n a cité le cochon des tourbières {Sus scrofra palus tris) issu, dit-on, 
du sanglier des Indes, et qui apparaîtrait dans les palafittes avant 
notre cochon domestique, mais cette origine du Sus scrofa palustris 
est contestée par Nehring ^. 

1. Heierli, Vrgeschichte der Schweiz^ p. 160. 

2. Zaborowski, De« chevaux ont-ils été domestiqués à l'époque quaternaire^ 
REA, 1903, p. 357. 

3. Cf. à ce sujet, Salomon Reinach, Le Mirage oriental, p. 14 ; — M.Cartailhac 
partage les mêmes vues, France préhist., p. 135. 

4. S. Reinach, toc. ct7., p. 13. 

5. Voira ce sujet, Joly, toc. cit., p. 247. 

6. Voir Zaborowski, L'origine des animaux domestiques en Europe et les 
migrations aryennes, Afas, Grenoble, 1905, II, p. 1034. 



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342 1. GÉNÉRALITÉS 

Dans les questions relatives aux relations préhistoriques de TOrient 
et de rOccident, toutes les généralisations sont imprudentes. Nous 
serons conduit, maintes fois, tant pour Tépoque néolithique que pour 
Tâge du bronze et les âges du fer, à accorder aux influences médi- 
terranéennes et orientales une part importante dans le développe- 
ment de la civilisation de l'Europe occidentale. Nous admettons 
volontiers, par exenlple, que les constructions dolméniqueset la prin- 
cipale divinité funéraire des populations néolithiques aient rayonné 
du sud au nord, que la diffusion des métaux, du verre, de divers 
types céramiques et de divers objets industriels ait suivi la même 
route maritime. Mais Torientalisme intégral de certains préhisto- 
riens, aussi bien que les vieilles hypothèses sur les invasions de 
l'Europe par des hordes asiatiques paraissent incompatibles avec les 
données actuelles de nos connaissances. 

Il sera plus sage de ne point prétendre résoudre par une solution 
globale le problème complexe de ces influences étrangères, mais de 
rechercher, à l'aide d'une patiente analyse et en se gardant surtout 
des préjugés monogénistes, les solutions partielles que les progrès 
de l'archéologie comparée dégagent peu à peu de l'incertitude. 

Quelques espèces domestiques exotiques ont pu être introduites 
successivement en Europe à partir des temps néolithiques, de 
même que plus tard le paon est venu de l'Inde et que plus récem- 
ment encore le dindon nous a été donné par l'Amérique, pour ne 
citer que quelques exemples. 

§. XII. — Les plantes cultivées. Céréales, Textiles, 

C'est encore aux palafittes que nous devons la majeure partie de 
nos informations sur l'existence et les conditions de l'agriculture à 
l'époque néolithique. Des graines et des fruits variés, des plantes 
sauvages et cultivées proviennent en grand nombre de ces stations. 
Elles ont été étudiées surtout par le professeur Heer, dont les tra- 
vaux sur la botanique des palafittes jouissent de la même autorité 
que ceux de Rûtimeyer sur la faune ^. Les noisettes, les prunelles, 
les fraises, les pommes, les poires, les châtaignes d'eau, les faînes 
et divers autres fruits entraient dans l'alimentation des tribus néo- 

1. Voir O. Heer, Die Pflanzen derPfahlbaulen, Neujahr. y &iuv{. Gesellsch., 
1886; — Résumé dans Lubbock, loc. cit,y I, p. 204. 



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LÉS PLANTES CULTIVEES, céREALES, TEXTILES 343 

lithiques. Les glands de chêne engraissaient surtout les animaux de 
leurs étables. 

Cest par erreur que Lubbock exclut la vigne de la flore des 
palaûttes '. Le professeur Heer avait hésité à comprendre dans son 
inventaire les pépins de raisin de Wangen, mais la Vitis vinifera 
a été reconnue récemment à Steckborn, autre station néolithique 
pure*, et à Haltnau^. Peut-être Tart de la vinification remonte-t-il 
aux temps néolithiques. La vigne était d'ailleurs cultivée un peu 
plus tard par les habitants des terramares (âge du bronze), dans la 
Haute-Italie. 

Tout récemment un autre botaniste, M. Neuweiler, a repris Tétude 
des végétaux préhistoriques de l'Europe centrale, principalement 
d'après les trouvailles des pulafittes de la Suisse, de TAutriche, de 
r Allemagne, de Tltalie. « Heer avait dressé une liste de près de 
120 espèces préhistoriques, qui s'élève maintenant, sans compter le 
seigle, Forge, le froment et Tavoine, à environ 200 ; environ 170 de 
celles-ci sont établies pour la Suisse » *. La noix [Juglans regia L.), 
contrairement à l'opinion ancienne, était déjà connue des Néoli- 
thiques, car elle s'est rencontrée dans la palafitte de Wangen 
(Suisse). M. Neuweiler a reconnu également des grains de raisin 
dans la couche intacte néolithiqne de la palafitte de Saint-Biaise, 
sur les bords du lac de Neuenburg. 

De nombreuses découvertes de céréales, grains et épis, ont démon- 
tré que la culture du blé remontait en Europe aux temps néoli- 
thiques. « Les habitants des villages lacustres, écrit sir Lubbock, 
résumant Rûtimeyer, cultivaient trois variétés de froment; ils 
possédaient aussi deux espèces d'orge et deux espèces de mil à 
épis. Les plus anciennes et les plus importantes sont l'orge à six 
rangées et le petit froment des villages lacustres^». Cette espèce 
qui a reçu le nom de Trilicum vulgare anliquornm ne se rencontre 
plus avec ses caractères originaires. Contrairement à l'opinion de 
Heer, le seigle et l'avoine étaient connus avant l'âge du bronze. 
Le blé était la plus commune des céréales. La palafitte de Wan- 

1. Lubbock, loc.ciL, I, p. 205. 

2. Antiqua, 1883, p. 15. 

3. Heierli, PfaKlbauten^ 9" rapport, Mit. Antiq. Gesell. Zurich, p. 58; — Cf. 
Munro, Lake-dwellings, p. 498. 

4. E. Neuweiler, Die praehist. Pflanzenresle Mîlteleuropas mit besonderer 
Beriicksichtigung der Schweizerischen Funde, Zurich, 1905. Nous ne connais- 
sons ce travail que par le compte rendu de M. Obcrmaicr dans Anthr.^ 1906, 
p. 414. article auquel est empruntée cette citation. 

5. Lubbock, loc. cit., I, p. 20*. 



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344 I. GéNBRALItBS 

gen en a livré plusieurs boisseaux. Parmi les cent vingt plantes 
des palafittes déterminées par le professeur Heer, plus de cinquante 
ont été reconnues à Robenhausen, où Ton a recueilli surtout des 
céréales. 

L'origine des plantes cultivées, comme celle des animaux domes- 
tiques, a donné lieu à de nombreuses discussions. Alphonse de Can- 
dolle reconnaissait que toute solution demeurait incertaine. 
Quelques auteurs ont pensé que le blé pourrait être originaire de la 
Mésopotamie, mais sans produire, à Tappui de cette thèse, aucun 
argument positif. On a signalé dans les palafittes suisses, le fro- 
ment égyptien, Trilicum turgidum^ et Torge à six rangées 
Hordeum hexaslichon^ espèces cultivées par les peuples de l'anti- 
quité. Grecs, Romains et KgA'ptiens*. 

Le lin était à Tépoque néolithique le principal textile. Le mou- 
ton comptant alors parmi les animaux domestiques, il est vrai- 
semblable que la laine fût également filée et tissée, bien que cette 
matière ne se soit pas conservée on n'ait pas été retrouvée 
dans Teau des palafittes. Le lin n'était pas celui que nous culti- 
vons actuellement, mais une espèce à feuilles étroites (Linum angus- 
lifolium), qui croît encore spontanément dans les régions médi- 
terranéennes 2. Le chanvre demeurait encore complètement inconnu. 

S5 Xlll. — Les pains des palafittes. Les meules néolithiques. 

Avec le blé réduit en farine sur des meules primitives, les Néoli- 
thiques obtenaient un pain ou plutôt un gâteau, dont l'eau des lacs 
suisses nous a gardé quelques curieux spécimens. Leur antiquité 
l'emporte sans doute de deux millénaires d'années, tout au moins, 
sur les célèbres pains des boulangeries de Pompéi. Ce sont des 
galettes rondes préparées probablement sans levain, avec une farine 
grossière, et cuites sur des pierres ou sur des briquettes d'argile 
chatilTées au feu, comme certaines galettes des tribus arabes. 

Nous connaissons aussi par un grand nombre d'exemplaires les 
meules primitives néolithiques. Elles abondent dans les stations 
terrestres et lacustres. Ce sont de simples pierres plates en roches 
compactes, très souvent en grès, dont une face, usée par le frotte- 

1. Voir Lubbock, L'Homme préhistorique, l, p. 204; — Reinach, Mirage 
oriental, p. 15. 

2. Voir plus loin, chapitre IX, des indications complémentaires sur le tis- 
sage et la filature néolithiques. 



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LES PAINS DES PALAFITTES 



345 



ment, présente une concavité plus ou moins accentuée (fig. 127). 
On écrasait le grain sur ces meules au moyen d'un broyeur en pierre 




1 2 

Fig. 127. — Meules à bras néolithiques. 

1 , Huttes de Ty Mawr (Ile de Holyhead, Galles) ' ; — 2, Cimetière de Monsheim 

(liesse- Rhénane;*- 

auquel on imprimait un mouvement de rotation. Ces moulins primi- 
tifs se rencontrent encore chez diverses peuplades de Tethnographie 



Fijr. 128. — Meule à bras statuette de Dahchour, I1I« dynastie) *. 

moderne^. Dans les grandes nécropoles néolithiques des environs 
de Worms, des tombes de femmes contiennent chacune un de ces 
moulins à bras. 

1. D'après John Évans, Ages de la pierre, p. 243, lig. 170. 

2. Le cimetière de Monsheim. IIA, 1869, I, p. 325, pi. x. 

3. Voir J. Évans, loc. cit., p. 2i3. 

4. De Morgan. Les origines de CEgyple, I. p. 14 i, lîp. 325. 



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346 I. GÉNÉfkALITÉS 

Nous ne possédons pas d'autres renseignements sur Tagriculture 
néolithique. Les instruments composant le matériel aratoire com- 
prenaient sans doute quelques-uns des objets en pierre et en corne 
que nous décrirons plus loin sous le nom de pics et peut-être la 
charrue en bois, employée encore par quelques peuples. Nous par- 
lerons également ci-après des pics en bois de cerf découverts dans 
les galeries minières pour l'exploitation du silex. 



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CHAPITRE II. 

LES VILLAGES ET LES ATELIERS NÉOLITHIQUES. 



Sommaire. — I. Les fonds de cabane. — II. Villag^es terrestres et ateliers. — 
III. L*extraction du silex. — IV. Stations terrestres des pays étrangers. — 
V. Les palafittes ou cités lacustres. — VI. Les palafittes néolithiques de la 
France. — VII. Les enceintes néolithiques. 



§ I. — Les fonds de cabane. 

Les tribus néolithiques, adonnées à Tagriculture et à l'élève du 
bétail, ne menaient plus la vie errante des chasseurs quaternaires. 
Nous connaissons maintenant en assez grand nombre les villages 
où elles avaient Çi\é leurs demeures et aménagé les étables de leurs 
bestiaux. Il y a peu d'années, nos informations étaient à cet égard 
bien incomplètes. Les villages lacustres ou palafittes, dont la décou- 
verte, au milieu du xix® siècle, eut un si grand retentissement, 
détenaient trop exclusivemeat Tattention. Ce mode d'habitat, par 
sa nature même, ne pouvait être que sporadique et exceptionnel. 
Nous jen avons la preuve maintenant que Ton connaît, tant en 
France qu'à l'étranger, un grand nombre de stations terrestres con- 
temporaines des palafittes. Ces stations, dont quelques-unes, 
comme le camp de Chassey (Saône-et-Loire), ont livré des documents 
archéologiques presque aussi abondants que ceux des bourgades 
lacustres quoique moins variés, n'ont commencé à être explorées 
avec quelque méthode que depuis peu d'années. Elles se répartissent 
théoriquement en plusieurs catégories : 

a) Fonds de cabane ou foyers isolés ; 

b) Villages ou bourgades ; 

c) Ateliers. 

En fait, ce genre de classement présente le plus souvent dans 
l'application des difficultés nombreuses : les foyers isolés ne sont 
parfois que des emplacements de villages incomplètement connus 
ou dont les vestiges ont en partie disparu. 

Les villages étaient constitués par l'agglomération de plusieurs 



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348 II. LES VILLAGES *T LES ATELIKBS NEOLITHIQUES 

foyers. I^s uns, établis sur des hauteurs, possédaient des défenses 
naturelles ; les autres, des remparts artificiels ; d'autres encore 
étaient complètement ouverts ou peut-être défendus soit par des 
palissades, soit par des clôtures similaires en matériaux légers. 

On donne le nom d'atelier aux stations qui livrent des veslig-es 
d^une exploitation industrielle, telle que la taille du silex ou le 
polissage des instruments de pierre. L'abondance des nucléus, des 
percuteurs et des éclats de taille, la rencontre d'outils inachevés 
permettent de reconnaître l'emplacement de ces officines. 

En France, comme dans les autres pays d'Europe, notamment 
en Belgique et en Italie, les habitations néolithiques se compo- 
saient ordinairement de simples huttes arrondies, avec aire creusée 
au-dessous du niveau du sol. Leurs parois consistaient en clayon- 
nages, revêtus d'une épaisse couche d'argile, dont on rencontre 
parfois les débris, portant encore des empreintes caractéristiques. 
Ces fonds de cabane ont un diamètre variable, d'environ 1"50 
à 2 mètres, en moyenne. Us se présentent sous la forme de 
cuvettes. La coloration noire de la terre qui les remplit est due 
aux cendres du foyer et aux matières organiques décomposées, 
débris de cuisine, os, détritus. 

La fig. 129 reproduit le mobilier d'un fond de cabane exploré avec 
soin en 1904 par M. H. MûUer dans la station de Saint-Loup, com- 
mune de Vif (Isère) *. L'habitation, de forme circulaire, mesurait 
2 mètres de diamètre. Des pierres posées de champ revêtaient ses 
parois. De nombreux objets en ont été retirés, à savoir : environ 
trois cents silex de toutes sortes, lames, grattoirs, éclats, tranchets, 
nucléi, etc. ; deux haches entières et sept fragments d'autres haches, 
un percuteur, des meules ou molettes, des pierres à alfûter, des ins- 
truments en os, enfin d'abondants débris céramiques et peut-être des 
réchauds à braise, façonnés à l'aide d'une masse d'argile. Telle est 
d'ailleurs, dans son ensemble, la composition habituelle.des trouvailles 
decette nature. Dans le nord de la France, beaucoup de cabanes ne 
livrent que des vestiges apppartenant à l'industrie dile campignienne^ 
caractérisée, comme nous l'avons dit, par les tranchets et les pics 
taillés à grands éclats, sans vestiges de haches polies. 

Un certain nombre de ces fosses peuvent être, non point des 
emplacements de foyers, mais des silos à provisions ou de simples 

1. 11. Mijiler, Découverte et fouille d'une station néolithique à Sainl-Loup 
(Isère), Ext. Afas, Grenoble, 1904. 



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Fig. 129. — Mobilier d'un fonds de cabane de la fin du néolithique. 
Saint-Loup, commune de Vif (Isère) K 

1. D'après H. Miiller, Découverte et fouille dUme station préhist. à Saint- 
Loup, Ext. Afas, Grenoble, 1904, pi. V. 



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350 II. LE» VILLAGES ET LES ATELIERS NEOLITHIQUES 

fosses à détritus» contenant les rejets du foyer. Des fouilles 
même minutieuses n'autorisent pas toujours des conclusions for- 
melles sur leur destination précise ^ . 

11 est à peine besoin de faire observer que seul le mobilier de ces 
fosses permet de leur attribuer une date. La hutte gauloise en 
clayonnage, connue par les textes de César ^, de Strabon ^, de 
Vitruve *, ainsi que par des monuments figurés d'époque romaine, 
ne devait pas différer sensiblement par sa structure des cases néo- 
lithiques. Au surplus, on a signalé dans diverses stations gauloises 
et gallo-romaines des crépis d'argile, durcis accidentellement par 
le feu et portant des empreintes de branchage '. Ces enduits argi- 
leux sur clayonnage sont encore employés de nos jours pour des 
habitations primitives. 

Nous verrons qu'en Allemagne on connaît des demeures néoli- 
thiques divisées en deux cases, l'une servant de cuisine, l'autre de 
chambre, cette dernière avec aire surhaussée. Kn France, la spécia- 
lisation des locaux était quelquefois obtenue à l'aide de plusieurs 
huttes accolées ensemble. Dans les habitations néolithiques du pla- 
teau des Hautes-Bruyères (Villejuif), les cabanes d'habitation se 
distinguent nettement des foyers ou cuisines. Les premières recèlent 
des débris de l'outillage industriel et ne contiennent pas de char- 
bon; dans les secondes gisent sur le foyer, des cendres, du charbon, 
des os calcinés et quelques instruments en petit nombre ^. 

1. Dans une monographie récente, M. Sophus MOlIer s'est occupé particu- 
lièrement de cette question de la destination des fosses préhistoriques (Trou- 
vailles de stations habitées {époque romaine]^ MSAN, 1905-1906, p. 233). 

Les grandes et nombreuses « mardelles » du pays messin et de quelques autres 
régions, vastes fosses ordinairement circulaires ou ovales, d'un diamètre de 
10 à 40 mètres sur une profondeur de 2 à 10 mètres, ne sauraient être com- 
prises parmi les restes d'habitations néolithiques. D'après M. A. Grenier, 
auteur d'une nouvelle étude sur ces excavations, dont 5.000 auraient été retrou- 
vées sur le seul territoire des Médiomatrices, les plus anciennes remonteraient 
à l'époque gauloise (poteries des époques de Hailstatt et de La Tène), et 
d'autres à la période gallo-romaine (A. Grenier, Habitations gantoises et vil- 
las latines dans la cité des Médiomatrices^ 157' fascicule de la Bibliothèque de 
l'Fcole des Hautes-Études, 1906, p. 44). 

2. César, De Bello gallico, V, 43, 1. 

3. Strabon, IV, 4, 3. 

4. Vitruve, De Architectural II, 1, 3, 4. 

5. Par exemple au Hradischt de Stradonitz en Bohême fPi(5, Le Hradischt 
de Stradonitz, traduction J. Déchelette, pi. LVIII, 1), à Alise Sainte-Reine, 
dans une cave gallo-romaine du Ghatclet(RA, 1907, I, p. 178) et dans les bara- 
quements des castella du Limes germanique [Der Obergermanisch-Raetische 
Limes, liv. XVI, Kaatell Pfnring.p. 23), 

6. Rollain, Habitations néolithiques du plateau des Hautes-Bruyères 
{Villejuif], BSA, 1899, p. 204 . 



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VILLAGES TERRESTRES ET ATELIERS 351 



§ II. — Villages terrestres et ateliers. 

Nos lecteurs trouveront dans Tappendice de ce volume un relevé 
bibliographique des fonds de cabane, villages et ateliers néoli- 
thiques connus jusqu'à ce jour en France. Cet essai, que nous 
publions à titre provisoire, est à coup sûr bien incomplet, malgré 
la multiplicité des sources auxquelles nous avons puisé *. 
Au surplus nous ne nous dissimulons pas que ces statistiques 
établies d'après des monographies ou des indications de valeur 
nécessairement inégale n'autorisent que des déductions prudentes. 
Kl les indiquent l'état actuel de nos connaissances plus encore 
que la réalité des faits. L'abondance des trouvailles n'est point seule- 
ment proportionnée au nombre réel des gisements, mais encore à 
la multiplicité, à l'activité des recherches. Or celles-ci ne s'exercent 
pas en tous points avec le même zèle, la même persévérance 
ou le même succès. Néanmoins il est un fait qu'un relevé géogra- 
phique paraît déjà mettre en évidence avec une netteté saisissante : 
c'*est le groupement des stations Néolithiques autour des grands 
cours d'eau et leur répartition en trois grandes provinces : bas- 
sin de la Seine, bassin de la Garonne, bassins du Rhône, de 
la Saône et de la Loire. Les vallées fluviales ont servi en tout 
temps de grandes voies de communication, comme nous le cons- 
taterons encore à Tâge du bronze ; elles ont facilité de bonne heure le 
développement d'un commerce dont on retrouve à chaque instant 
les traces manifestes. En outre, les Néolithiques, bien que connais- 
sant l'agriculture et les animaux domestiques, demandaient encore à 
la pêche, en même temps qu'à la chasse, une grande part de leur 
alimentation, comme le démontrent les trouvailles des palafittes. 

Les stations néolithiques abondent dans le nord de la France 
(Picardie, Ile-de-France etChampagne occidentale). Elles sont assez 
clairsemées en Bretagne, région pauvre en silex. Au sud, sur le 
littoral atlantique, elles forment en Gironde un groupe compact, 
auquel se relient celles de la Charente. Dans la partie inférieure du 
bassin de la Loire se trouvent les grandes officines du Pressigny, 
dont nous parlerons plus loin. 

1. Lorsque ce premier relevé aura été complété et revisé à l'aide des indica- 
tions supplémentaires que nous attendons de la bienveillante collaboration 
de nos lecteurs, nous pourrons dresser une carte des villa^çes et habitations 
néolithiques de la France, en y comprenant les grottes et cavernes. 



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352 II. LES VILLAGES ET LES ATELIERS NEOLITHIQUES 

Les ateliers et stations néolithiques en plein air sont très rares 
au midi de la France, la Gironde et la région du Gard exceptées ; 
dans plusieurs départements de cette région, les grottes et cavernes 
donnaient encore souvent asile à de nombreuses familles qui y 
abritaient leurs morts et leurs foyers, comme aux temps quater- 
naires. 

Aucune partie de notre territoire n'est plus riche que le déparle- 
ment de Saône-et-Loire en vestiges et en stations de Tâge de la 
pierre polie. Cette région de la Bourgogne, privilégiée au point de 
vue géographique, fut un des principaux centres de la France néo- 
lithique. Déjà aux temps quaternaires, les chasseurs de rennes y 
entassaient, au pied de la roche de Solulré, d'énormes amas d'osse- 
ments d'animaux. Les tailleurs de silex cachaient dans le sol, à 
Volgu, les plus merveilleuses lames qu'ait produites dans notre 
pays rindustrie lithique. Des instruments en silex taillé de diverses 
époques jonchent le sol en Saône-et-Loire et les pointes de flèche 
s'y rencontrent avec une singulière abondance. Si nous cherchons 
en Gaule une Pompéi néolithique, en dehors des palafittes, c'est 
au Camp de Chassey que nous la trouvons. Nous ne nous 
étonnerons donc pas de rencontrer dans le voisinage immédial de 
ce territoire, à l'époque du fer, les tertres tumulaires les plus nom- 
breux et plus tard encbre au sommet du mont Beuvray un des 
plus grands emporta celtiques. La Bourgogne était déjà aux 
époques préromaines une des régions les plus riches de la Gaule. 

Les causes de cette prospérité exceptionnelle s'expliquent. Ce 
territoire est placé au point de jonction des trois grands bassins 
séquanien, rhodanien et ligérien, situation géographique particu- 
lièrement favorable. Les sources de l'Yonne, affluent de la Seine, 
touchent ici au cours de la Saône. Lorsque la civilisation grecque, 
au premier âge du fer, c'est-à-dire longtemps après les temps néo- 
lithiques, importera chez les Celtes quelques-unes de ses productions, 
vases de bronze et vases d'argiles, la pénétration de ces marchan- 
dises s'opérera par la Provence et leur diffusion par la Bourgogne. 

Nous avons cité le Camp de Chassey, aux confins des départe- 
ments de Saône-et Loire et de la Côte-d'Or, comme l'une de nos plus 
grandes stations néolithiques. Ce canrp est admirablement situé au 
sommet d'un étroit plateau rocheux, dont les bords escarpés com- 
mandent tous les alentours et dominent la rive droite de la Dheune. 
Sa longueur est de 741 mètres, mais sa largeur, beaucoup plus 
réduite, varie de 110 à 205 mètres. A chacune de ses extrémités, 



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VILLAGES TERRESTRES ET ATELIERS 353 

il était défendu par un puissant retranchement, dont le sommet le 
plus élevé atteint encore une hauteur de quatorze mètres à Texté- 
rieur. De nombreux foyers et vestiges d'habitations y ont été décou- 
verts. La quantité de débris céramiques et d'instruments en silex, en 
pierre polie, en bois de cerf, exhumés de ces fouilles, ne peut être 
comparée qu'aux découvertes des riches palafittes. Comme la plu- 
part des bourgades néolithiques occupant une forte position défen- 
sive, le Camp de Chassey ne fut pas abandonné lors de l'apparition 
du métal. Le début de l'âge du bronze y est encore représenté par 
quelques objets. Il est à croire, d'ailleurs, que l'outillage lithique 
demeura en usage pendant une période assez longue après l'appa- 
rition du cuivre et du bronze. Une partie des outils de silex ou 
de pierre polie du Camp de Chassey et des autres stations néoli- 
thiques peuvent donc être contemporains des premiers objets de 
métal. 

On a trouvé aussi au Camp de Chassey quelques fibules hallstat- 
tiennes et des objets romains, mais les vestiges de ces périodes plus 
écentes sont clairsemés, à côté de la masse énorme des découvertes 
néolithiques ^ 

Avec le Camp de Chassey on peut encore citer parmi les bour- 
gades néolithiques les plus connues et les plus fertiles en trou- 
vailles : le Camp de Peu Richard, commune de Thenac (Charente- 
Inférieure), dont nous décrirons le rempart, et le Campigny, à 
Biangy-sur-Bresle (Seine-Inférieure), déjà mentionnés. 

Nous avons dit que ces stations abondent dans les bassins de la 
Seine et de l'Oise. Dans cette région se placent au premier rang le 
Camp de Catenoy, dans l'arrondissement de Clermont (Oiseï et le 
Camp-Barbet, à Janville (même département). Ces deux stations 
ont livré à diverses reprises de nombreux objets néolithiques, mais 
comme dans tous ces anciens <« camps », établis sur des promontoires 
naturellement fortifiés, on y reconnaît des traces d'occupations 
plus récentes. 

Les ateliers pour la taille du silex, particulièrement nombreux 
dans les régions où la matière première abonde, se rencontrent 
exceptionnellement jusque dans quelques localités où les rognons 
siliceux font défaut. La matière première provenait dans ce 

1. La belle collection des objets découverts au Camp de Chassey par le 
D' Loydreau est conservée au Musée de la Société Éduenne à Autun. — Pour 
la bibliographie des travaux, d'ailleurs tout à fait sommaires, publiés sur cette 
station, voir l'appendice à la fin de ce volume. 

Manuel d'archéologie préhistorique. — T. I. 23 



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354 II. LES VILLAGES ET LES ATELIERS NEOLITHIQUES 

cas de gisements plus ou moins éloignés. Assez rares dans le 
midi de la France, les ateliers pour la taille du silex abondent 
surtout dans rile-de-France, la Normandie, TOrléanais, le Poitou, 
la Touraine, la Bourgogne, la Guyenne ^. En Bretagne, région très 
pauvre en silex, ils font presque complètement défaut. 

Beaucoup fabriquaient des instruments variés. Ailleurs l'indus- 
trie se limitait à un petit nombre de types. Les ouvriers néoli- 
thiques avaient déjà reconnu dans la spécialisation du travail une 
des conditions essentielles de la production rapide et économique. 
On a cité depuis longtemps des ateliers spéciaux de haches en Nor- 
mandie et en Champagne, des fabriques de grattoirs dans le Calva- 
dos et la Seine ^, etc. On façonnait surtout des tranchets de toutes 
dimensions à la Coudraie, près Montivilliers (Seine-Inférieure) ', et 
à Royallieu-Compiègne (Oise) ' ; de fines pointes de flèche de 
types divers dans plusieurs ateliers de Saône-et-Loire ^, des grat- 
toirs dans ceux du Calvados, de la Seine et des environs de 
Mâcon ^, 

Ceux de Breuil en Vendômois livraient au commerce des haches 
taillées, dont les ébauches ou pièces de rebut se rencontrent grou- 
pées par monceaux, indiquant peut-être la place de chaque 
ouvrier ^. D'une taillerie du village d'Orgnac (Ardèche), à la limite 
du département du Gard, s'exportaient de belles pointes de flèche 
et de javelot en feuilles de laurier, retouchées sur les deux faces 
et sur les bords, forme typique des dolmens du midi de la 
France *. Cette localisation des ouvrages industriels, dont nous 
pourrions donner d'autres exemples, implique nécessairement des 



1. Départements de l'Aisne, Oise, Seine, Seine-et-Oise, Seine-et-Marne, 
Yonne, Seine-Inférieure, Calvados, Loire-Inférieure, Loir-et-Cher, Indre-et- 
Loire, Vienne, Gironde, Saône-et-Loire. 

2. Voir G. deMortillet, Le Préhist., 2- édit., p. 490. 

3. G. Romain, L'atelier de tranchets de la Coudraie, près Montivilliers 
^Seine-Inférieure), REA, 1896, p. 149. 

4. Quénel, La station préhistorique de Royallieu-Compiègne et l'île Saint- 
Louis, IIP, 1904, p. 226. 

5. Pérot, Sur l'authenticité des pointes de flèches en silex des environs de 
Digoin {Saône-et-Loire), HP, 1 03, p. 33. 

6. G. de MorlilleL, Le PréhisL, 2- édit., p. 490; — Lafay, Découverte 
d'un atelier de grattoirs robenhausiens, près de Màcon^ BSA, 1889, p. 423. 

7. A ce propos, il faut rappeler que l'accumulation des silex sur un même 
point peut aussi provenir de l'épierrement des champs voisins (de Maricourt, 
CAF, Vendôme, 1872, p. 30). 

8. Raymond, Contribution à l'étude de la période néolithique dans le Gardy 
BSA, lS94,p. 5 48. 



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l'extraction du silex 355 

transactions commerciales assez étendues, d'ailleurs démontrées 
par un grand nombre de faits. 

Parmi les grands centres de fabrication se placent au premier 
rang les ateliers du Grand-Pressigny (Indre-et-Loire), célèbres pré- 
cisément par la large diffusion de leurs produits, dont nous parle- 
rons plus loin. Les tailleries du (irand-Pressigny s'échelonnent sur 
une zone de près de 12 kilomètres de longueur. Elles s'étendent 
sur plusieurs communes des départements d'Indre-el-Loire et de la 
Vienne, où certains champs étaient jonchés d'énormes nucléus, 
appelés livres de beurre dans le langage populaire local. 

Les^ pays étrangers possédaient comme la France des tailleries de 
silex *. Quant aux ateliers où se polissaient les outils et les armes 
de pierre, nous aurons l'occasion de les signaler en étudiant ci- 
après les instruments compris sous la dénomination de polissoirs. 

Ji II L — V extrac lion du silex, 

La connaissance de l'industrie néolithique nous permet de cons- 
tater que l'art des mines est antérieur à la métallurgie. Le premier 
nnineur ne fut pas muni pour son périlleux labeur d'un pic de 
bronze ou de fer. Avec de primitifs outils en bois de cerf, les 
hommes contemporains des dolmens réussirent à pratiquer des 
puits et des galeries souterraines, pour retirer du sol les rognons 
de silex indispensables à leur industrie. Ces habiles et hardis 
ouvriers avaient reconnu que le silex recueilli à l'état frais et con- 
servant encore son « eau de carrière » se taille plus aisément que 
les galets siliceux épars à la surface des terres. 

C'est à Spiennes, près de Mons [Belgique), en 1867, que furent 
tout d'abord observées ces premières tentatives d'exploitation 
minière *. Après avoir ouvert des excavations dans des bancs de 

.1. Des indications détaillées sur les découvertes de Tétranger nous enlraînc- 
raicnt trop loin. Rappelons qu'en Épypte où rexistcnce d'un ^;;e de la pierre 
est désormais reconnue, M. de Morpan a pu dresser une carte provisoire des 
station» néolithiques et démontrer que les gisements à instruments de pierre 
occupent dans la vallée du Nil une lonjçueup d'environ 800 kilomètres ( J. de 
Morgan, Recherches sur les origines de VEgyple, L'Age de la pierre el les 
métaux, Paris, 1896, p. 67 et 68). 

2. Briart, Cornet et Houzeaude Lehaye, Rapport sur les découvertes géol. et 
àrchéoL faites à Spiennes en 1867, Mons, 1872; — Mat., 1868, p. 120; — Ihid., 
1872, p 426; — Malaise. Bull, de IWcad. roy. de Belgique^ 2" série, vol. XXI 
et XXV; — Cornet et Briart, SurVàye de la pierre polie dans le Hainaut, CIA, 
Bruxelles, 1872, p. 279. 



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356 n. LES VILLAGES ET LES ATELIERS NEOLITHIQUES 

craie à silex qui affleurent le sol, les Néolithiques ont foré là des 
puits verticaux, à travers des assises quaternaires et tertiaires, jus- 
qu'à une profondeur dépassant 12 mètres. Parvenus aux couches 
crayeuses, ils y ont pratiqué des galeries irrégulières, dont la hau- 
teur varie entre 0™ 50 et 2 mètres, sur une largeur de l mètre à 
2" 50. Les puits présentent une section circulaire mesurant 0™ 60 à 
0"80de diamètre. On en a retrouvé plus de vingt-cinq, en prati- 
quant le percement d'une tranchée. Chacun de ces puits avait été 

rempli avec le déblai des exca- 
vations ultérieures et Ton avait 
procédé de même pour les ga- 
leries. Le remblai contenait des 
ustensiles ébréchés, des éclats 
de silex, des débris d'ossements 
et de poterie, enfin des pics en 
silex et en corne de cerf. Aux 
alentours, sur environ vingt- 
cinq hectares, des fragments 
de silex ouvrés étaient dissé- 
Fig. 130. — Coupe d'un puits minés en quantité considérable 

d'extraction de silex. Mur-de-Barrez à la surface du sol. 

[ \e>run Les traces d'une exploitation 

semblable ont été reconnues par 
MM. Boule et Gartailhac dans une localité de TAveyron, à Mur- 
de-Barrez ^ {dg. 130). Là aussi le pic en bois de cerf avait entamé 
la roche crayeuse ; là aussi des fragments de ces outils étaient 
encore fichés dans les parois des galeries, où ils avaient d'ailleurs 
laissé des traces distinctes. Les instruments en corne de cerf des 
mineurs comprenaient non seulement des pics, mais des marteaux 
et des marteaux-pioches, munis de douilles. Les marteaux devaient 
servir à briser les rognons de silex. Ces outils caractéristiques suffi- 
raient à préciser l'âge des excavations. D'ailleurs un autre instru- 
ment, également typique, la hache polie, les accompagnait. Une 
couche de charbon, de faible épaisseur, recouvrait l'aire des sou- 
terrains, ce qui a laissé supposer que les mineurs faisaient éclater 
au feu les blocs de silex pour obtenir quelque économie de main- 

t. D'après M. Boule, Nouvellex observations sur les puits préhistoriques 
d'extraction du silex de Mur-de-Barrez [Aveifron], Mat., 1887, p. 8. 

2. Boule. Découverte de puits préhist. d'extraction du silex. Mat., 1884, 
p. 65-75; — du même, Ihid.^ lH87,p. 5; — Carthailhac, France préhist., p. 137. 



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l'extraction du silex 357 

d'œuvre. Toutefois ces débris de bois, en apparence carbonisés, 
pourraient bien ne provenir que de la décomposition de pièces en 
charpente servant d'étais ou de la combustion des torches employées 
pour Téciairaçe ^. Les ouvriers prévenaient d'ailleurs les ébou- 
lements en ménageant dans les galeries, de distance en distance, 
des piliers naturels formant supports. 

Lespuitsàsile'xde ChampignoUes ^, de Nointel 'etdeVelennes ^, 
trois localités du département de TOise, de quelques stations 
voisines du Petil-Morin (Marne) * et de la Petite-Garenne, près 
Angoulême ®, présentent des dispositions semblables. 

D'autres ont été depuis longtemps étudiés en Angleterre : aux 
Grime's Graves ' et à Gissbury *. La station de Grime's Graves, 
près de Brandon, comté de Norfolk, a été explorée par M. le chanoine 
Greenwell. L'emplacement des puits, dont le nombre n'est pas infé- 
rieur à 250, s'y reconnaît à des dépressions d'un diamètre de 7 à 
20 mètres. La forme évasée de l'orifice est un des caractères constants 
de tous les puits de mine néolithiques. Les Grime's Graves (tom- 
beaux de Grim) ont reçu leur appellation des légendes populaires 
qui ont attaché aux monuments préhistoriques des Iles Britanniques 
le souvenir d'un géant nommé Grim. Comme à Mur-de-Barrez, ces 
puits traversent des bancs de silex de qualité médiocre, que les 

1. Hypothèse formulée par M. Chauvet, Vieilles lampes charentaises, Ext. 
Bull. Soc. Arch. delà Charente, 190 i, p. 9. 

2. Champignolles, commune de Sérifonlaine (Oise). Sijçnalés par M. CoUin, 
A/a», Marseille, 1891, I, p. 269; Cf. REA, 1891, p. 347. — G. Fouju, Les 
puits préhist, à Champignolles^ Anlhr., 1891, p. 445. 

3. Abbé Barret, Mém. Soc, Acad. de VOise, 1884 (Cf. VHommey 1884, p. 447); 

— Thiot etStalin, Les puits préhistoriques à silex de V'efenne», Ext. Mém. Acad. 
de rOise, 17 février 1902. 

4. Thiot et Stalin, loc. cit.; — M. Vauvillé a signalé également à Froucourt, 
commune de Saint-Romain (Somme), une excavation qu'il considère comme 
un puits néolithique pour l'extraction du silex (BSA, 1900, p. 483). 

Nous parlerons ultérieurement de la découverte d'une fosse creusée à la 
Cornétie (Dordogne), dans des argiles colorées, pour l'exploitation des ocres. 
On y a rencontré des vestiges du néolithique et de l'âge du bronze. 

5. J. de Baye, Mém. analysé dans Mat.^ 1885, p. 464; — du même, Archéol. 
préhist., 2-édit., p. 64. 

6. G. Chauvet, Bull. Soc. arch. et hist. de la Charente, 1901-1902, pi. LXXXV : 

— cf. Vieilles lampes charentaises, loc. cit., p. 9. 

7. Chanoine Greenwell, Journ. ethnol. Soc, 1871, nouvelle série, II, p. 419 ; — 
John Evans, Les âges de la pierre, p. 34 ; — Franks, Sur les ateliers de silex 
pendant V Âge de la pierre polie en Angleterre, CIA, Bruxelles, 1872, p. 309. 

8. Cissbury, près Worthing, dans le comte de Sussex. — Colonel A. Lane 
Fox, Excavations in Cissbury Camp, Journal of the Anthrop. Institute, vol. 
5, 1876 {Mat., 1884, p. 67); — du même, Archseologia, XLIl, p. 53 (Evans, Ages 
de pierre, p. 79); — Franks, loc. cit., p. 310. 



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358 II. LES VILLAGES ET LES ATELIERS NEOLITHIQUES 

mineurs ont négligés systématiquement pour atteijidre, à un niveau 
inférieur, un filon meilleur où ils ont pratiqué des galeries horizon- 
tales. Le pic de l'ouvrier, aux Grim'is Graves, se composait ordinai- 
rement d'une corne de cerf, dépourvue de tous ses andouillers, 
sauf de Tandouiller basilaire, la couronne du bois servant de mar- 
teau. Concurremment avec cet outil, on employait la hache en pierre. 

A Cissbury, village néolithique fortifié, dont le rempart circon- 
scrit environ 25 hectares, le général Pitt-Rivers, a découvert des 
puits à silex, dont l'orilice aurait servi de fonds de cabane, après 
le remblayage. Enfin, récemment, M. Orsi a rencontré en Sicile, 
près de Syracuse, les traces d'exploitations minières de la même 
époque et présentant des dispositions similaires *, 

Ce n'est donc pas seulement à la surface du sol, par la construc- 
tion d'imposants monuments en pierre brute, que les tribus du second 
âge de la pierre ont laissé d'étonnants vestiges de leur activité 
industrielle. Sans soupçonner encore la variété des richesses miné- 
rales enfouies dans l'écorce terrestre, l'homme connaissait déjà l'art 
de s'y frayer des chemins souterrains. 

L'ouvrier mineur allait bientôt entrer au servic3 de la métallurgie 
naissante et, grâce à elle, remplacer son pic en bois de cerf par un 
instrument moins fragile. 

§ IV. — Stations terrestres des pays étrangers. 

En 1871, Concezio Rosa rencontra dans la vallée de la Vibrata 
(prov. de Teramo, Abruzzes) des habitations néolithiques réunies 
en villages. A ces découvertes s'ajoutèrent celles de Chierici dans 
le Reggianais et d'autres encore dans les provinces de Brescia, Man- 
toue, etc. ^. Les habitations néolithiques de la Belgique, notamment 
dans les communes de I<.atinne et de Tourinne, province de Liège, 
ne sont pas moins connues ^. De l'avis de M. Montelius, les villages 

1. Orsi, Minière di selce e sepolcri eneolitici a M. Tabuto e Monleracello 
presso.Comiso [Siracusn,, BPI, 1898, p. 165. Dans les mines de cuivre décou- 
verlesen Espagne et en PortujîaK la présence de nombreux marteaux en dio- 
rite el en quartzile permet de penser que ces excavations remontent au pre- 
mier temps de Tâfçe du bronze (Cartailhac, Ages préhist. de V Espagne et du 
Portugal, p. 202-20 î). 

2. Pour la bibliographie des découvertes antérieures à 1875, voir Pigorini, 
BPI, 1875, p. 175. Voir aussi Strobcl, ibid., 1877, p. 45, et Castelfranco, Les 
Fonds de cabanes, R. Anthr., 1887, p. 182. 

Nous parlerons dans notre second volume des bourgades de Slenlinello 
(Sicile) et de Los Millares (Alraérie, Espagne). 

3. Voir dans les Bull. Soc. d Anthr. de Bruxelles, à partir de 1888, les 



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STATIONS TERRESTRES DES PAYS ÉTRANGERS 359 

de la Hesbaye appartiendraient à une période avancée du néoli- 
thique. Les poteries ornées correspondent, d'après leur décor, aux 
vases de la troisième période de Tâge de la pierre en Scandinavie 
(période des allées couvertes) et seraient approximativement syn- 
chroniques avec la deuxième bourgade d'Hissarlik, en Troade ^ 
Quelques-uns de ces villages de la Belgique étaient de petits ateliers 
pour la taille du silex, mais non pour le polissage de la pierre. Une 
fosse de la Hesbaye contenait à elle seule 840 lames ou couteaux, 
8 marteaux et 270 nucléus *. 

Ces fonds de cabane de l'Italie et de la Belgique rappellent entiè- 
rement ceux des provinces françaises, bien que certains types d'ob- 
jets usuels, notamment les vases céramiques, présentent un faciès 
local ^. 

Kn Allemagne, en Autriche-Hongrie et dans T Europe du Sud, on 
connaît maintenant divers villages néolithiques, dont l'exploration 
fructueuse et méthodique a donné lieu à de nombreux travaux. Ceux 
de l'Europe méridionale sont comme les postes avancés de la civi- 
lisation méditerranéenne s'avançant progressivement vers le Nord. 
Leur étude comparative présente donc un intérêt capital. 

En Allemagne, parmi les stations les plus importantes, se place le 
village néolithique de Grossgartach (Wurtemberg), situé à lest de 
Heilbronn, dans une vallée latérale du Neckar. Là, les demeures se 
composaient ordinairement de huttes rectangulaires et non plus 
circulaires. Leurs parois étaient faites de poteaux de boisgarnisde 
treillis en branchage, avec double enduit d'argile mêlée de paille 
hachée. Les fouilles de Grossgartach ont procuré à J'archéologie 
préhistorique des constatations tout à fait inattendues : on y 
observe avec surprise, d'une part, la complexité du plan des habi- 
tations; de l'autre, l'emploi de la peinture polychrome sur des cré- 
pis de chaux intérieurs. Tandis que les fonds de cabanes néolithiques 
-ne comprennent ordinairement qu'une seule pièce circulaire servant 

nombreux travaux de M. Marcel de Puydt, dont divers comptes rendus ont 
paru dans Anthr., 1891, p. 625; 1896, p. 702; 1903, p. 73 cl 192. 

1. Marcel de Puydl, Le village des tombes..., Mém. Soc. Anthr. Bruxelles, 
1902 {Anthr., 1903, p. 192). Voir dans Anthr., 1891, p. 628, des spécimens des 
vases ornés de la « Cité Davin ». Dans le second volume de cet ouvrage, nous 
parlerons, à propos de la chronoloj^ie de l'âf^e du bronze, des mémorables 
fouilles d'Hissarlik, la cité Iroycnne. 

2. Davin-Ripol et M. de Puydt, Soc. Anthr. Bruxelles, 28 avril 1902 
(Cf. Anthr., 1903, p. 73). 

3. M. de Saint-Venant a indiqué ces analogies dans sa substantielle notice, 
Fonds de cabanes néoiilhiquesy Mém. Soc. Antiq. du Centre, XIX, 1893. 



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360 



II. LBS VILLAGES ET LES ATELIERS NÉOUTHIQUES 



à des usages multiples, ou rarement deux pièces, si deux huttes 
sont accouplées, à Grossgartach, outre la salle du foyer ou cui- 
sine, pourvue d'une fosse pour les détritus, on peut reconnaître 
(fig. 131) une chambre à coucher, à aire surélevée, chambre sépa- 
rée de la cuisine par une cloison. Certaines habitations comportent 
même une subdivision plus complexe et sont accompagnées d''un 
bâtiment servant d'étable. L'enduit intérieur d'une maison était 
orné d'une peinture à l'eau, à fond jaune avec chevrons blanc et 



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¥\%. 131. — Plan d'une habitation du village néolithique de Grossgartach 
(Wurtemberg) *. 

rouge. La plupart des autres habitations portaient un enduit rou«^e 
et jaunâtre. Par leurs crépis polychromes ces demeures rappellent 
les petites maisons de Philocapi, dans l'île de Milo, aux murs orné? 
de fresques. Toutefois le beau style naturaliste du décor égéen avec 
motifs empruntés à la flore et à la faune méditerranéenne n'a pas 
pénétré dans l'Europe centrale. Les peuples barbares du Nord n'em- 
ployaient alors que le décor géométrique, composé d'éléments très 
simples. 

Bien que ces diverses particularités dénotent une civilisation déjà 
avancée, le village de Grossgartach est nettement néolithique, 
ainsi que l'établissent les nombreux objets de pierre et d'os, de 
même que les poteries variées provenant des habitations, à l'ex- 

1. D'après D' A. Schliz, Das steinzeilliche Dorf Grossgartach^ Stuttgart, 
1901, p. 12, fig. 6. 



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STATIONS TERBBSTRES DES PAYS ETRANGERS 361 

clusion de tout objet de métal. Comme spécimen d'œuvre d'art 
plastique, on n'y a recueilli qu'une tête d'animal cornu (sans doule 
un bouc), en argile. Cette tête paraît avoir été détachée d'un 
vase *. 

On a exploré en Allemagne et surtout en Bohême plusieurs autres 
emplacements de villages néolithiques ^. La station de Butmir, en 
Hosnie, à l'est de Sarajevo, est surtout célèbre par sa céramique 
ornée, dont la spirale, si importante, comme nous le verrons, 
dans rhistoire de Tart préhistorique, caractérise nettement le 
décor. Butmir était à la fois un lieu d'habitation et un atelier ^. 
Des fouilles systématiques y ont été entreprises sur une vaste éten- 
due : elles ont révélé l'existence de Irois niveaux archéologiques 
contenant des emplacements de cabanes en forme de cuvettes plus ou 
moins arrondies, creusées dans le sol, ainsi qu'une quantité énorme 
d'^instruments de pierre *, couteaux-grattoirs, perçoirs, flèches, etc., 
en silex taillé, haches et marteaux en pierre polie, dont plusieurs 
inachevés et à demi-perforés. Les fragments de figurines en argile 
et les débris de poterie y sont en telle abondance que l'on est porté 
à considérer cette station comme un centre de fabrication céra- 
mique. A tous les niveaux, les instruments de pierre se classent 
aux mêmes types, mais ils sont plus nombreux à la couche supé- 
rieure. Les figurines d'argile et les tessons ornés de spirales, abon- 
dants dans la couche inférieure, deviennent rares dans la couche 
intermédiaire et manquent presque totalement au niveau supé- 
rieur ^. 

La station de Leng^-el, dans lecomitat de Tolna (Hongrie), sur la 
rive droite du Danube, a perdu un peu de son intérêt exceptionnel 
depuis la découverte de Butmir. Elle appartient non pas exclusive- 
ment à l'âge néolithique, mais aussi à l'âge du bronze. C'est une 
sorte d'oppidum défendu par sa position naturelle et protégé en 

1. Schliz, Das steinzeitliche Dorf Grossgariach. Analysé par M. Salomon 
Rcinach dans Anthr.^ 1901, p. 70i; — Voir aussi du même, Der Bau vor- 
geschichllicher Wohnanlagen, MAGW, 1903, p. 301. 

2. Voir Hoemes, Urgeschichle des Menschen^ p. 266, et Anthr., 1895, 
p. 196. 

3. Sur cette station voir surtout le grand ouvrage public par le Musée natio- 
nal de Bosnie-Hei'zégovine : Fiala, Hadimsky, lloernes, Die neol. station 
von Bulmir, 1895 et 1898. 2 vol. in-S» avec de nombreuses planches en couleurs. 
Analyses dans Anlhr.y 1895, p. 590, et 1899, p. 579 ; — Voir aussi Reinach, Le 
Congrès de SarajévOy Anthr., 189i, p. 558. 

4. Les trouvailles de 1894-96 ont donné plus de 25.000 objets. 

5. lloernes, Die neolith. Keramik in Osterreich, E.xt. du Jahrbuch der K-K. 
Zentral-Gommission Kunst u. hisl. Denkmaler, III, 1, 1905, p. 12. 



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362 II. LKS VILLAGES ET LES ATELIERS NÉOLITHIQUES 

outre par un double fossé. Le village contenait des habitations cir- 
culaires, à denii-soulerraines, et des sépultures par inhumation, 
creusées dans le voisinage de ces demeures; les squelettes gisaient 
dans l'attitude repliée. Là, comme à Butmir, apparait la pot«Tie 
néolithique décorée de spirales; celles-ci sont peintes en blanc, 
rouge et brun et non plus incisées ou saillantes *. 

A Tordos (Transylvanie) ^, à Jablanica (Serbie), non loin de 
Belgrade ^, à Cucuteni, près de Jassy (Roumanie) * et dans la Rus- 
sie méridionale "', on voit reparaître, au fond des habitations néo- 
lithiques, des séries d'objets qui donnent à ces découvertes du Sud- 
Est de l'Europe un haut intérêt, notamment des débris céramiques 
ornés de peintures et des statuettes en terre cuite, idoles grossières, 
la plupart féminines. Ces dernières sont si abondantes à Jablahica 
qu'on en a recueilli pour ainsi dire dans chaque cabane. 

Enfin on a découvert récemment en Thessalie des villages préhis- 
toriques fortifiés, à huttes rectangulaires, où le bronze est irès rare 
ou fait même complètement défaut, tandis que les outils de pierre 
y sont communs *. 

On a constaté, dès le premier jour, les analogies frappantes de 
ces vieilles bourgades des régions danubiennes et balkaniques, avec 
les villages égéens de la Troade et de la Phrygie. Idoles primitives, 
poteries ornées de peintures, emploi fréquent de la spirale dans 
l'art décoratif, tout cela se retrouve de part et d'autre dans les sta- 
tions européennes du Sud-Est à l'époque néolithique et dans le bas- 
sin oriental de la Méditerranée aux temps prémycéniens et mycé- 
niens. Entre Butmir et ilissarlik, ces découvertes jalonnent les 
routes qui sans doute mettaient déjà en communication les peuples 
préhelléniques et les tribus préceltiques. 

Dans quel sens ce courant s'est-il exercé ? Les ancêtres des 
Thraces et des Ulyriens occupant ces huttes primitives ont-ils reçu 
des riverains de la mer Egée, eux-mêmes en relation avec les habi- 

1. Wosinsky. Das prahlsl. Schanzwerk Lengyel^ 18881891; — Le marquis 
de Nadaillac a donné, d'après les travaux de Wosinsky, plusieurs notices sur 
cette station : C.R. Acad. Inscr., 1890, p. 25 ; —Anthr., 1890, p. 145. 

2. Virchow, VBAG, XXII, 1890, p. 97. 

3. Vassits, Die neolith. Slalîon Jablanica^ Af.A., 1902, p. 517: — S. Rei- 
nach, Anlhr., 1901. p. 527. 

4. Diamandi, S/a(/onpre/iis^ fie Coucouie/u (/îouman/e), BSA, 1889,p. 582; — 
du niùmc, Nouvelles idoles de Coucoiiteni, HSA, 1890, p. 406. 

5. Zaborowski, Industrie éyéenne ou pré mycénienne sur le Dniestre et le 
Dniepre, BSA, 1900, p. 451. 

6. Bosanquet, Prehistoric Villages in Thessaly^ Man, 1902, p. 106. 



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LES PAL.U^TTES OU CITES LACUSTRES 363 

Lant^ de la vallée du Nil et de T Asie-Mineure quelques éléments 
J'ucie civilisation déjà développée dans le Sud? Furent-ils au con- 
traire porteurs des premiers germes de la culture prémycénienne 
que le ciel d'Orient aurait plus tard fait épanouir? Tel est le pro- 
blème attachant auquel aboutit en dernière analyse la comparaison 
de toutes ces découvertes, problème maintes fois discuté que nous 
aurons l'occasion d'examiner plus loin. « Il y a trente ans, fait 
observer M. Reinach, quand on parlait de Tâge néolithique, il 
n^ était guère question que des ateliers de taille, des monuments 
még-alithiques et des stations lacustres de l'Europe occidentale; 
aujourd'hui, l'Europe orientale, une partie de l'Asie-Mineure et de 
ri!lg'j'pte se sont révélées comme des foyers de civilisation néoli- 
thique très intenses. Cet immense accroissement de nos connais- 
sances impose à la science, comme premier devoir, de publier les 
monuments et de les classer; la synthèse, si tant est qu'on y puisse 
prétendre, sera Tœuvre de nos successeurs » ^ . 

H semble que d'ores et déjà, comme on le verra dans les cha- 
pitres suivants, certaines solutions partielles des problèmes com- 
plexes soulevés par ces rapprochements peuvent être proposées. 

§ V. — Les palafittes ou cités lacustres ^, 

Dans les régions lacustres, les tribus néolithiques ne se sont pas 
contentées des villages établis au sommet des plateaux ou au fond 
des vallées. Malgré l'insuffisance de leur outillage, elles ont connu 
l'art de bâtir sur pilotis. La découverte des villages lacustres ou 
palafittes compte parmi les premières conquêtes de l'archéologie 
préhistorique : révélation inattendue qui accrut d'un appoint con- 
sidérable la somme de nos connaissances sur les civilisations primi- 
tives de l'Europe centrale. Pendant l'hiver de 1853 à 1854, les eaux 

1. S. Reinach, La station néolithique de Jablanica Serbie), Anthr., 1901, 
p. 533. 

2. Une bibliographie générale des travaux relatifs aux palaiilles de l'Europe 
a été dressée par M. Robert Munro dans son ouvrage The Lake-Dwellings of 
Europe^ Londres, 1890. Elle ne comprend pas moins de 469 articles. Cet 
ouvrage est à l'heure actuelle le travail d'ensemble le plus récent et le plus 
complet sur les habitations lacustres. Pour les découvertes de la Suisse on 
consultera principalement : Ferdinand Keller, The Lake Dwellings of Switzer- 
land and other parts of Europe, 2* édit., 2 vol. in-8", Londres, 1S78: — Frédé- 
ric Troyon, Habitations lacustres du lac de Pseuchiitel, Paris, 1865 ; — Victor 
Gross, Les Prolohelvèlesy Paris. 1883 in-i", 33 pi. en photolypic); — Antiqui- 
tés lacustres du Musée de Lausanne, Lausanne, 1896, Album, in-4** de 41 pi. 



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364 II. LES VILLAGES ET LES ATELIERS NEOLITHIQUES 

du lac de Zurich ayant baissé, les riverains, pour ag^randir les ter- 
rains de culture, remblayèrent les parties du lac, temporairement 
desséchées. Au cours de ces travaux, ils rencontrèrent, près 
d'Obermeilen, de nombreux pilotis, des charbons, des os, des fK>le- 
ries, des objets de pierre, et de corne. I/instituteur de la localité, 
Aeppli, comprenant Tintérêt de ces trouvailles, en avisa un savant 
de Zurich, f'erdinand Keller. Celui-ci étudia la station et ne tarda 



Fig. 132. — Reconstitution d'une palafitte. Dessin de M. Champion. 

pas à en découvrir de semblables. Bientôt, de tous côtés, les lacs 
furent explorés avec succès, non seulement en Suisse, mais dans les 
pays voisins. A Theure actuelle, on connaît sur le territoire helvé- 
tique, d'après M. Heierli, plus de 200 palafittes et, malgré la 
richesse et la multiplicité des collections formées par la pêche des 
antiquités lacustres, les emplacements ne sont pas encore tous 
épuisés ^ 

Un premier groupe de palalittes comprend celles de la Suisse, de 
ritalie du nord, de la P>ance orientale, de l'Allemagne du sud- 
ouest et de i'Autriche-Hongrie. Dans cette région de FEurope, 
elles appartiennent soit à l'époque néolithique, soit à Tépoque du 
bronze. Les palafittes néolithiques sont relativement plus nom- 

1. Heierli, Urgeschichte der Schweiz^ p. 101. 



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LES PALAHITES OU CITES LACUSTRES 365 

breuses dans la zone orientale de cette aire géographique que dans 
la zone occidentale, bien que le territoire français en compte 
encore quelques-unes. Les stations de Tâge du bronze sont plus 
distantes des rives que celles de Tépoque précédente. Les unes et 
les autres étaient reliées au sol ferme par une passerelle établie 
sur des pieux, comme la plate-forme des habitations. 

Parmi les palafittes suisses néolithiques, une des plus caractéris- 
tiques et des plus importantes est celle de Robenhausen, sur le lac 
de Pfaeffikon, station découverte en 1858, dans une tourbière jadis 
recouverte par les eaux. Le§ pilotis des huttes présentaient encore une 
hauteur de dix à douze pieds; leurs extrémités avaient été appoin- 
tées à la hache. Les traverses des plateaux adhéraient aux supports 
au moyen de chevilles en bois. La surface plantée de pilotis repré- 
sentait plus de 120.000 pieds carrés et se trouvait à 3.000 pas de 
la rive avec laquelle un pont la mettait en communication. On ren- 
contra sur cet emplacement trois assises de débris, séparées par des 
couches stériles d'une puissance de 0" 70 à un mètre. Le village 
avait donc été rebâti deux fois après des incendies, et probable- 
ment abandonné par ses derniers habitants sans que les flammes 
l'eussent anéanti une troisième fois. Des objets de toute nature et 
de diverses matières, à l'exclusion des métaux, ont été retirés du 
limon. La tourbe avait même conservé intacts de nombreux 
fragments de tissus, de cordages et de filets, ainsi que des provi- 
sions alimentaires, céréales, fruits, etc., ossements d'animaux. On 
a pu observer que dans les palafittes néolithiques les plus anciennes, 
les os d'animaux domestiques sont moins abondants que ceux des 
animaux sauvages, tandis que la proportion est inverse dans les 
villages de la fin de l'âge de la pierre. Nous avons dit que l'on a 
cru reconnaître en Suisse, dans les stations lacustres néolithiques, 
trois périodes successives, caractérisées par la diversité de l'indus- 
trie. 

Un second groupe de palafittes, de date plus récente, occupe 
les Iles Britanniques et l'Allemagne du nord. Il s'étend jusqu'en 
Russie. Les crannogs dé l'Irlande et de l'I'xosse, étudiés tout 
d'abord par Wilde, à partir de 1836, sont des îlots artificiels, situés 
ordinairement dans des bas-fonds inondés en hiver et desséchés 
en été. On les consolidait à l'aide d'une palissade et d'amoncelle- 
ments de pierres. Quelques-uns paraissent avoir une origine néoli- 
thique, mais, dans l'ensemble, ce sont des châteaux forts occupés 



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366 H. LES VILLAGES ET LES ATELIERS NÉOLITHIQUES 

souvent jusqu'à une date récente, plutôt que des villages préhîslo- 
riques analogues à ceux de THurope centrale ^ ^ 

Un grand nombre de peuples de TAsie, de TAfrique, de TAnié- 
rique construisent encore des habitations sur pilotis, tantôt pour 
se mettre à Tabri de leurs ennemis ou des bêtes fauves, tantôt pour 
d'autres motifs, par exemple, pour se protéger contre Tincendie ou 
les inondations, pour être en communication plus directe avec la 
mer, pour éviter les insectes, etc. On connaît même des pilotafjes 
terrestres destinés à protéger leurs constructeurs contre les dune*? 
errantes : tels sont les villages de pêcheurs portugais établis dan?i 
le voisinage de Figuera-da-Foz *. 



§ VI. — Les pa la fi lies néolithiques de la France. 

On ne compte jusqu'à ce jour en France, que trois palafittes 
appartenant à peu près exclusivement ' à Tâge de la pierre : Tune 
en Savoie, sur le lac d'Annecy ', les deux autres dans le déparle- 
ment du Jura (lac de Clairvaux et lac de Châlain). 

La station de Clairvaux, découverte en 1870 par M. «Iules 
Le Mire, est située sur le Grand-Lac. L'abaissement des eaux durant 
l'été de 1870, ayant asséché la bordure du lac, mit à découvert de 
nombreux pilotis. Les fouilles permirent de constater des traces 
d'habitations lacustres sur la plus grande partie des rives, A 

1. Des textes font connaître Fexistence de crannogs dans les temps 
modei*nesà partir du ix" siècle jusqu'en 1610 (A. de Loc, Découverte de pala/ît tes 
en Belgique^ CIA, 1900, p. 293). — A l'époque romane, on a également cons- 
truit en France des châteaux forts en bois sur des lacs artlQciels (Voir Enlarl, 
Manuel d'archéol. française, II, Architecture civile et militaire^ p. 496). On 
peut rapprocher de ces constructions palustres non préhistoriques les pilotages 
du lac de Paladini occupés à l'époque carolingienne et ceux signalés tout 
récemment dans la tourbière de Condette : Pas-de-Calais) ; — Chantre. Mat. y 
1867, p. 61 ; ibid., 1885, p. 142 ; — Henri Martinet Ovion, CPF, 1905, p. 433. 

2. Mesquita de Figueiredo, RE A, 1899, p. 167. La question des palafittes 
modernes étudiées au point de vue de leur distribution géographique et de 
leurs diverses destinations a été traitée par M. T. T.ehmann dans les MAGW, 
1904, p. 18 Cartes et bibliographie). Consulter également Reclus, Géographie 
universelle. 

3. De 1res rares objets de bronze onl cependant été recueillis dans les pala- 
fittes de Ghàlain et de Clairvaux (Piroulet, RPI, 1906, p. 47). 

i. Cette station néolithique est située immédiatement h l'entrée du port 
d'Annecy. Les autres palafittes de ce lac (Vieugy, Le Chatillon, Le Rosclet^ 
sont de l'âge du bronze (Éloi Serand, Palafittes du lac dWnnecy^ L'Homme, 
1884, p. 687). 



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LES PALAKITTES NEOLITHIQUES DE LA FRANCE 367 

certains points, les demeures ayant été incendiées, les débris de 
leur mobilier gisaient au fond de Teau, au milieu de bois carbonisé, 
La couche archéologique, particulièrement dense dans la partie 
nord du lac, a livré de nombreux objets, dont voici l'énumération, 
d'après l'inventaire dressé par M. Le Mire * : 

Éclats de silex 218 

Pointes de flèche en silex 11 

Pointes de lance en silex • • • • 1 

Grès à aiguiser 3 

Haches en pierre polie (non emmanchées). . . 9 

— — (emmanchées) 4 

Gaines de haches en corne de cerf 49 

Haches-marteaux en corne de cerf 14 

Fragments divers de corne de cerf 250 

Poinçons en os 23 

Ciseaux en os 3 

Poignards en cubitus de bœuf • 3 

Fragments de poteries 1 40 

Vases en bois . . , 15 

Fragments d'arcs 3 

Essieu de char 1 

Plaquettes de nacre 3 

Nous étudierons dans les chapitres suivants ces divers spécimens 
de rindustrie néolithique. 

Parmi les débris d'alimentation, les os d'animaux sauvages et 
domestiques abondaient, notamment le cerf, le chevreuil, le san- 
glier, le porc et le bœuf. Des amas de graines, des coquilles de noi- 
settes, des grains de blé avaientété également conservés par les eaux. 

Des fouilles ultérieures, entreprises par de nouveaux explorateurs, 
ont confirmé les premiers résultats et ramené au jour de nombreux 
objets en corne de cerf, gaines de hache, pics, poignards. Les 
objets de bronze ou de cuivre sont, au contraire, fort rares et de 
minime importance. 

1. Jules Le Mire, Découverte d'une station lacustre de làge de la pierre dans 
le lue de Clairvaux, Ext. Bull. Recueil Acad. Besançon, 1872; — D'Ault du 
Mesnil et Capitan, Les palaflttes néolithiques du lac de Clairvaux, RE A, 
1899, p. 22; — Voir un article d'ensemble sur celte station par A. de Mortillet 
dans HP, 1905, p. 44, et des indications bibliuj^raphiques plus complètes 
dans Piroulet, RPI, 1906, p. 47. 



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368 II. LES VILLAGES ET LES ATELIERS NEOLITHIQUES 

Récemment, en mai 1904, furent découverts les pilotis des habi- 
tations lacustres du lac de Châlain, situé à 10 ou 12 kilomètres du 
lac de Clairvaux. Là encore, de nouveaux objets divers, en pierre, 
corne, os, etc., de tout point semblables à ceux du gisement précé- 
dent, furent retirés des eaux, ainsi qu'une belle pirogue en chêne, 
longue de 9*" 35 * . 

Les autres stations lacustres de la France, que nous étudierons 

plus loin, appartiennent à l'âge 
du bronze. Cependant, nous 
mentionnerons encore ici la pa- 
lafîtte de Rougemont (Doubs-. 
Des pilotis, découverts lors de 
la construction de la gare de 
cette localité, y ont révélé 
l'existence probable d'un an- 
cien village lacustre d'une date 
incertaine, établi sur un lac ac- 
tuellement desséché ^. 

Les trouvailles que procu- 
rent les tourbières proviennent 
parfois d'habitations lacustres 
préhistoriques, établies sur 
Fig. 133. — PalafiUe du lac de d'anciens lacs ou marais. Telles 
Châlain (Jura;. ^^^^ ^^jj^^ ^^ Villeneuve d'A- 

mont (Doubs) dont l'exploita- 
tion a fait découvrir des pilotis, des silex, des haches polies, 
des fragments céramiques, etc. '. 

§ VII. — Les enceintes néolithiques. 

Le sol de la France, surtout dans ses parties montagneuses, est 
couvert de nombreuses enceintes appartenant à diverses époques, 

1. V. Girardot, Noie sur la cité lacustre de CfuHain {Jura), Mém. Soc. Emul. 
du Jura, 1902; — A. de Mortillet, PaLifiltes du lac de Châlain, HP, 1906, 
p. 65. L'abondance des bois de cerf découverts dans cette station a permis 
aux faussaires d'exercer leur industrie, en fabriquant avec cette matière toutes 
sortes de gaines et de manches d'outils (RPI, 1906, p. 119). 

2. Michel, Découverte de palafities à Bougemont (Doubs), Afas, Caen, 1894, 
II, p. 758. 

3. M. Piroutet. Coup d'œil sommaire sur le préhistorique en Franche-Comté, 
Anthr., 1903, p. 449. 



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LES ENCEINTES NEOLITHIQUES 369 

et souvent désignées sous le nom de Chatelard, Châtre, Camp de 
Cé^ar, ou sous des dénominations similaires. Il fut un temps où 
tous ces ouvrages défensifs étaient indistinctement attribués aux 
Romains. Plus tard, on crut pouvoir les classer en grande partie à 
l'époque gauloise. On y vit des o/)/)iV/a élevés au temps de Vercingé- 
torix, sans songer que les campagnes de César ne constituaient 
que des épisodes de courte durée et d'un âge relativement récent. 
On ne tenait pas compte des nombreux faits de guerre ignorés, des 
épopées oubliées dont l'Europe préhistorique fut à coup sûr le 
théâtre depuis sa première occupation par de belliqueuses tribus 
innomées. Dans un ouvrage demeuré classique sur la fortification 
antique, le général de la Noë, après avoir étudié quelques-unes des 
enceintes préhistoriques antérieures aux oppida gaulois, leur refu- 
sait tout caractère défensif ; s'appuyant sur des données erronées, 
il s'elForçait vainement de leur attribuer une destination plutôt 
religieuse que militaire *. Pure hypothèse qu'à elle seule la situa- 
tion de ces camps sulfiL à ruiner. On peut aisément constater que la 
recherche d'une position naturellement forliliée guidait le-i con- 
structeurs de ces enceintes. Au surplus, l'existence des palalitles, 
si nombreuses dans les régions lacustres, ind que clairement qu'à 
l'époque de la pierre polie, comme à l'époque du bronze, on ne 
reculait devant aucun elfort pour assurer une pleine sécurité aux 
lieux d'habitation. 

Il est incontestable que les oppida gaulois ne sont point les pre- 
miers ouvrages défensifs élevés sur notre territoire. Un grand 
nombre de nos enceintes remontent môme aux temps néolithiques. 
Les vestiges de cette période y sont partout abondants. Au mont 
Vaudois, situé à deux kilomètres au nord d'Héricourt (Haute-Saône), 
des sépultures néolithiques ont été rencontrées régulièrement éta- 
blies dans le rempart en terre et ne sauraient être, par conséquent, 
antérieures à sa construction ^. 

A l'heure actuelle, il serait prématuré de prétendre déterminer 
nettement les caractères distinctifs de la fortification néolithique, 
ou même de chercher à dresser une liste des enceintes élevées à 
cette époque. Comme la plupart de ces « camps » recèlent non 

1. Lieutenant-colonel [plus tard gL*néral] de la Noë, Principes de fortifica- 
tion antique depuis les temps préhistoriques jusqu'aux croisades, Paris. 
Leroux, 1888, p. 32. 

2. Davernoy, Une tribu préhitl. aux envir )ns de Montbéliard , Evt., Mém. 
Soc.Einulat.de Montbcliard, XXIII, 1885, p. 16; — G. de la Noë, /oc. cit., p. 5. 

Manuel d'archéologie préhistorique. — T. L 24 



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370 II. LKS VILLAGES ET LES ATELIERS NEOLITHIQUES 

seulement des vestiges de Tindustrie néolithique, mais encore des 
traces d'occupations ultérieures, parfois ininterrompues jusqu'au 
moyen âge, il est fort malaisé, même à Taide d'explorations métho- 
diques, de préciser Tâge des premiers travaux défensifs. Problème 
d'j^illeurs d'autant plus complexe que souvent les ouvrages primitifs 
ont perdu, en partie ou en totalité, leur aspect originaire par 
suite des restaurations ou des réfections successives. 

A partir de Tépoque gauloise, ou, pour employer un langage plus 
précis, à partir du second âge du fer, la date dun retranchement 
nous est souvent révélée par le simple examen du mode de con- 
struction et du tracé. Il n'en osi pas ainsi pour les enceintes d'un 
âge antérieur. Nous devons nous contenter de les grouper encore 
sous le vocable général d'enceintes préhistoricjues. 

Leur contenance est très variable mais inférieure à celle des 
grands oppida de la Gaule de César. En Franche-Comté où les 
<( camps néolithiques » sont nombreux, quelques-uns présentent 
15, 25 et même 30 hectares de superficie, mais d'autres, dans le 
Jura surtout, circonscrivent moins d'un hectare '. Le camp néoli- 
thiquede Peu-Richard (Charente-Inférieure) mesure 6 hectai'es, celui 
du mont Vaudois, deux hectares et demi, celui de Catenoy (OiseU 
4 hectares 63 ares. 

Les remparts néolithiques paraissent construits tantôt en simple 
terre, tantôt en pierres brutes, mêlées de terre et non maçonnées. 
Le général de la Noë a nié trop catégoriquement l'existence de 
fossés à l'âge de la pierre polie. Les pics en corne de cerf qui ont 
foré des puits jusqu'à douze mètres de profondeur pour l'extraction 
du silex et creusé de vastes grottes artilicielles, permettaient 
d'exécuter d'importants travaux de déblai et de terrassement. La 
première des deux enceintes concentriques du camp néolithique 
de Peu-Richard était protégée par deux fossés creusés dans le cal- 
caire. Le fossé extérieur présentait une largeur de 7 mètres sur 
3"* 50 de profondeur. Une banquette de 9 à 10 mètres séparait les 
deux fossés et portait le parapet formé de leur déblai, disposition 
observée, dit-on, dans d'autres camps de la même région ^. Au 
Camp de Catenoy, le rempart construit en cailloutis et haut d'en- 
viron huit mètres, est protégé par un très large fossé. 

t. M. Piroutet, Anlhr., 1903, p. iiO. 

2. Baron Eschassériaux, />e Camp npol. de Peurichnrd^ Mat., 1882-1883, 
p. 505. On ne saurait, croyons-nous, contester Tattribution de ces travaux 
défensifs au néolithique. 



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LES ENCEINTES NEOLITHIQUES 371 

L'étude des enceintes préhistoriques de la France est en ce 
moment l'objet de recherches actives, notamment dans la région 
du sud-est où elles abondent. La Société préhistorique de France a 
entrepris d'en dresser un inventaire descriptif général, analogue à 
ceux de nos monuments mégalithiques. Il y a lieu d'user de circon- 
spection dans le classement chronologique de ces refuges. On ne 
doit pas oublier que jusqu'à l'époque romaine on construisait 
encore des remparts en terre et que le tracé irrégulier d'une 
enceinte, lorsque celle-ci s'adapte à la forme du terrain, ne consti- 
tue pas un critérium certain de haute antiquité. 

Les enceintes préhistoriques sont situées sur les hauteurs nette- 
ment fortifiées. Les plus simples et les plus nombreuses ont pour 
assiette la pointe d'un promontoir ou le bord d'un escarpement. 
Dans le premier cas, il suHisait de fermer par un bourrelet de terre 
l'isthme opposé à la pointe ; on obtenait ainsi un refuge du type 
appelé éperon barré. Dans le second cas, un rempart de tracé 
demi-eiiiptique appuie ses extrémités sur le bord de l'escar- 
pement qui, à lui seul, complète la fortification sur une des faces. 
L'enceinte peut être simple, double ou même triple et pourvue ou 
non d'un ou de plusieurs fossés, souvent comblés *. 

I. Sur les enceintes préhistoriques de la France. v(»ir notamment Paul Goby 
et Gucbhard, Sur les eweinies préhsloriques des AlpesMnrilimes^ Afas, 
Grenoble, I90S : — A. Guébhard, Essai d'inveninire des enceintes préhisl. ^Cas- 
telar«\ du départ, du Var, CPF, Pcrij^ueux, 1905, p. 331 ; — Paul Jobard, Les 
enceintes défensives antiques dans U Cnle-d'Or. l>ijon, 1906. On trouvera dans 
ce» publications récentes d'utiles indications sur les enceintes et des instruc- 
tion^ pratiques propres à en faciliter Tétude : Consulter é^alemcnl le Ques- 
tionnaire illustré, publié en 1906 parla Commission d'études des enceintes pré- 
historiques, BSPF, 1906, p. 268. 

Les nombreuses enceintes du Midi de la France paraissent se rattacher à 
celles des environs de Trieste, connues sous le nom de CasIelUeri et étudiées 
par M. Marchesetti dans un ouvrape récent J Casteliieri prehistorici di Trieste 
e délia regione Giulia^ Trieste, 1903). On a reconnu dans les casteliieri de 
ristrie deux périodes principales : la première serait à rapprocher des temps 
mycéniens (âgedubron/e cgéen , la seconde correspond aux temps précédant la 
conquête romaine {177-17S!. Voir aussi: Anthes, Der geqenwartige Stand der 
Ringwalforschung, extrait du Bericht iiher die Fortschritte der rom.-germ. 
Forschungf 1905, p. 34. Ce mémoire renferme des aperçus synthétiques et 
bibliographiques fort utiles pour l'étude des enceintes préhistoriques, parti- 
culièrement pour celles du territoire allemand. 

Dans le troisième volume de cet ouvrajre nous parlerons de quelques forti- 
Qcations dont les murailles présentent des traces de vitrilîcalion. Les « camps 
vitrifiés « sont classes à tort par (juelques archéoloj^ucs à l'époque préhisto- 
rique. 



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« CHAPITRE III 

LES MONUMENTS MÉGALITHIQUES. 
DOLMENS ET ALLÉES COUVERTES. 



S«>MiiAiRE. — L Généralités. Définitions et classifications. — IL Légendes et 
superstitions. — III. Dolmens et allées couvertes de la France. Distribution 
(géographique par départements. — IV. Construction et caractères généraux 
des dolmens et allées couvertes. — V. Dolmens du groupe breton. et des 
provinces de l'Ouest. — VI. Dolmens du nord de la France. Allées cou- 
vertes de la région de l'Oise. —VIL Dolmens de la France centrale et méri- 
dionale. — VIII. Dolmens en maçonnerie de pierres sèches. — IX. Distri- 
bution géographique des dolmens en Europe, eu A Trique et en Asie. Dalles 
trouées. VnAtes à encorbellement. — X. L'origine des dolmens et allées cou- 
vertes. 

§ I*^ — Généralités. Définitions et classifications. 

Si avancée que fût déjà à certains égards la civilisation des 
chasseurs de rennes, la connaissance de lart de construire leur 
était demeurée complètement inconnue. Ils s'étaient contentés 
d'*abriter sous des grottes et des huttes leurs foyers et leurs tom- 
beaux. A Tépoque néolithique la densité de la famille humaine s'étant 
accrue, la vie sociale s'organisa et Thumanité, consciente de sa force, 
entreprit, sous Timpulsion de conceptions religieuses, de grands 
travaux de construction funéraire. Des habitudes plus sédentaires, 
conséquences de la vie agricole, en facilitèrent Texécution. 

De ces premiers efforts collectifs sont nés ces énormes monu- 
ments de pierre brute, vestiges imposants des temps préhistoriques. 
La croyance à une survivance de l'être humain après l'ensevelis- 
sement du corps créa Tarchitecture. La demeure des morts fut 
établie sur le modèle de celle des vivants, mais avec des matériaux 
solides, de nature à protéger la tombe contre toute profanation el 
toute chance de destruction. 

On comprend sous la désignation générique de monuments 
mégalithiques^ — ou par abréviation de mégalithes — un ensemble 

t. Du grec fiéyat;, grand, et Xî6o;, pierre. Cest en 1867, au (>jngrès internat, 
d'anthr. et d'arch. préhist. de Paris, que le terme de monument mégalithique. 
déjà en usage à la Soc. polym. du Morbihan, fut definilivement adopté (CIA, 



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374 III. MONUMENTS MEGAUTHigiES. DOLMENS ET ALLEES COUVERTES 

de monuments primitifs, composés d'un ou de plusieurs blocs de 
pierre brute ou j^rossièrement débrutis. Leur âge et leur destina- 
tion sont variables, mais en France et dans les pays d'Europe, ils 
se classent en grande majorité, à la période néolithique et aux pre- 



Fifr. l.'U. - Dolmen de la Foiilaiiie. Saiiil-Lêjçcr (Vienne). 

niiers temps de l'âge du bronze. La plupart servent d abris à des 
sépultures. 

Les ceitomanesdu xvui*' siècle les avaient désignés par des déno- 
minations tirées du bas-brelon, ignorant non seulement que leurs 
constructeurs ne parlaient sans doule pas la langue celtique, mais 
encore que le brelon moderne diiFère du celtique ancien autant 
(jue le français du latin '. Néanmoins ces appellations sont demeu- 
rées usuelles en France et ont été adoptées dans le vocabulaire 
scientiilque. 

Klles ont été employées pour la première fois par Legrand 
d'Aussy ^ dans son mémoire sur Les anciennes sépuUures nalio- 

Paris. SfiT, p. 10: — Cailailhac, France préhist.. p. Ml . Sur la terminologie 
des monuments mrf^Mlilliicpies. cf. S. Heinaeh. HA, 1893, II, p. 35. 

1. D-Vrhoisde Jubainville, In jtrèjuf/è, l\C, 1S93, p. 2. 

2. Lej^M'und d'Aussy, né en 1737, mort en 1800, membre de rinstilul en 

i7î»:>. 



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GÉNÉRAUTÉS. DEFINITIONS ET CLASSIFICATIONS 375 

n^leSy lu devant l'Institut de France, le 7 ventôse an VII : « On 
m''a dit qu'en bas-breton, observait cet auteur, les obélisques bruts 
. nom nés en France pierres lavées, pierres debout, hautes bornes\ 
s'appellent ar-men-ir (la pierre longue). J'adopte dautant plus 
volontiers celte expression qu'avec Tavantage de m'épargiier des 
périphrases, elle m'offre encore celui d'appartenir à la France et 
de présenter à l'esprit un sens précis et un mot dont la prononcia- 
tion n'est pas trop désagréable. 

a Le citoyen Goret (La Tour d'Auvergne^, Origines gauloises \ 
parlant d'une de ces tables qu'on voit à Locmariaquer, dit qu'en 
bas-breton on l'appelle dolmia. Je saisis de nouveau cette expres- 
sion, qui, comme les deux autres, m'est nécessaire... J'adopte donc 
le mot de dolmine pour design .*r les tables dont je parle ». 

L'emploi de ces deux termes fut aussitôt popularisé par les 
Mémoires de C Académie celtique *, en même temps que les doc- 
trines celtomanes dont s'inspiraient les membres de cette compa- 
gnie ^. 

On peut répartir les monuments mégalithiques en six groupes 
principaux : 

1^ Les menhirs (du bas-breton, men, pierre et hir, long), simples 
obélisques bruts, de hauteur très variable, plantés verticalement *. 
2^ l^s cromlechs (de crom, courbe et lec'h, pierre) '^, groupes 
de menhirs disposés en cercle plus ou moins régulier. En Angle- 
terre, on les nomme stone-circle^ , Par extension on appelle encore 
cromlechs certaines enceintes plus rares, ne dilïérant des précé- 
dentes que par leur plan rectangulaire. 

1. La Tour-d'Auverjcne-Corel, mort en héros à Oberhausen et surnommé 
le « premier grenadier de France », est l'auteur des Origines gauloises, celles des 
pins anciens peuples de V Europe, ouvrage publié en 1796, inspiré des rêveries 
celtiques de l'école de Cambry. 

2. L'Académie celtique, qui devint en 1814 la Société royale des Antiquaires 
de France, fut fondée en 1804. Le premier volume de ses Mémoires parut en 
1807. Les Monuments celtiques de Cambry, l'un des principaux chefs dos cel- 
tomanes de cette époque, furent publiés en 1805. — Sur les celtomanes et l'Aca- 
démie celtique, consulter S. Heinach, Histoire de l'archéologie gauloise, KC, 
1898, p. 111. 

3. Sur les dénominations des monuments celtiques, voir Cartailhac, France 
préhistorique, p. 169, et Reinach, Terminologie des monuments mégalithiques, 
UA, 1893, II, p. 36. 

4. Le mot peulvan, de peal, poteau et men, pierre, est maintenant inu- 
sité. 

5. Cromlec'h, pierre courbe, observe M. d'Arbois de Jubainville. est une 
expression impropre pour désigner un cercle de pierres [Ihid., p. 3 . 



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376 m. MONUMENTS MÉGALITHIQUES. DOLMENS ET ALLEES COUVERTES 

3** Lés alignements, groupes de menhirs disposés en ran^^ées à 
peu près recliligncs. Le plus souvent les alijjnements sont associés 
à des cromlechs. 

4^ Les dolmens et allées couvertes (de Jo/, table et me/i, pierre.. 
Le dolmen a été ainsi défini par Bonstetten : « Monument en 
pierre, couvert ou non de terre, d'une dimension suflisante pour 
contenir plusieurs tombas et formé d'un nombre variable de blocs 
bruts, soutenus horizontalement au-dessus du niveau du sol par 
[deux ou] plus de deux supports »> *. 

Lorsque le dolmen» formi d'ui grand nombre de supports et de 
tables, affecte une forme allongée, on lui donne le nom d^aHée cou- 
verte ^, sans qu'il soit possible de distinguer exactement les dol- 
mens allongés des allées couvertes rudimentaires. Une allée se 
compose d'un couloir d'accès aboutissant à une ou plusieurs 
chambres. Quelques auteurs l'appellent encore dolmen à galerie. 

On connaît enfin de rares demi-Jolmens et demi-allées cou- 
vertes, avec supports unilatéraux ; leurs tables inclinées reposent 
d'un côté sur le sol, sans que cette disposition puisse s'expliquer 
parla disparition accidentelle d'une rangée de supports ^. 

5» Les trililhes^ appelés jadis lichavens. Ils se composent de 
deux pierres, en forme de menhirs, supportant une troisième 
pierre qui constitue un linteau ^. 

1. G. de Bonstetten, E usai sur les dolmens^ Genève, 186&, p. 3. Les mois 
entre crochets ont été ajoutés par M. Gazalis de Fondouce {Allées couvertes. 
1873, p. 24, note 3). 

2. Expression créée, croyons-nous, par Arcisse de Gaumonl, qui remployait 
déjà en 1863 (BM. 1863, p. b82). 

3. Par exemple : Demi-dolmen du Feyt (Corrèze^(CIA, Paris, 1867. p. ITt): — 
Demi-dolmen de Kerdaniel, à Crach (Morbihan^ (MAF, 1829, p. 130, pl.VIU): — 
Demi-dolmen de Lesconil, commune de Poullan ^Finistère). Certains archi'*o- 
lopues ont nié à tort Texislence des demi-dolm mis, qui ne seraient, suivant 
eux, que des dolmens à demi-ruinés. Sur les demi-dolmens très rares hors de la 
France et de l'Angleterre, voir les indicati(»ns données par M. Heinach, Termi- 
noloijie, UA. 1893,11, p. il ; — Dans le Finistère, M. do Chatellier a décrit les denii- 
dolm^ms ou */o/mens en pterresarc-ftou/écs de KersideliPlomeur), deRosporden 
et de Fréota (Poullan ,, ainsi que les allées rouvertes en pierres arc-boutees ou 
demi allées couvertes de Ty-ar-C'horriq.iet,de Lesconil (Poullan) et de Cas- 
tell-HulTec ;Sjint-Goazcc ;P. du ChaLelher, Les époques prihisl et gaul. 
dans le Finistère, 2" édit., 1907, p. 27. pi. V et VIII}. L'existence des demi- 
allév^'s couvertes démontre nettement que le demi-dolmen n'est point toujours 
un dolmen à demi-ruiné. 

4. Le trilitlie est rare dans tous les pays. On la employé dans la construc- 
tion de la célèbre enceinte mégalithique de Stoneheng.^ (Angleterre). 

En France, on a Signalé çk et là, sous cette dénomination, mais avec des 
indications vagues, sans do Jte erronées, des monuments de cegenre, parcxemple 
dans l'AveyrouiCarthailha?, CIA, Paris, 1867, p. 186; — Valadier, GAF, Rodez, 
Albi.Le Mans, 1863, p. 34). La signification da trilithe isolé demeure incertaine. 



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GÉNÉRALITÉS. DÉFINITIONS ET CLASSIFICATIONS 377 

6® Les cisls ou coffres en pierres {slone-cùts, kislvaens)^. En 
Scandinavie le coffre en pierres, d'après la définition de M. Mon- 
Lelius, est « un grand tombeau oblong à quatre faces, très analogue 
i* la chambre d'une allée couverte par les dimensions et la construc- 
tion, mais sans couloir d'accès ^ et ordinairement construit en 
grandes dalles. La partie inférieure est entourée d'un tumulus de 
terre ou de pierres, mais la partie supérieure est souvent à nu » ^. 
En France, les coffres en pierres sont en général de petites 
<jîiTiensions. Ils constituent des diminutifs des dolmens. 

Il résulte de cette classification que tous les types de monuments 
mégalithiques peuvent se ramener à deux formes simples, dont 
les autres dérivent, le menhir et le dolmen. 

On doit se garder de confondre avec les mégalithes les blocs 
naturels de pierre brute, dont les formes étranges ne sauraient être 
attribuées à l'intervention humaine, notamment certains blocs erra- 
tiques, et surtout les «< pierres branlantes » qu'une légère pres- 
sion du doigt suffît pour faire osciller sur leur base. 

Ces pierres sont encore appelées pierres qui tournenfy pierres 
tournantes, pierres tourneresses, pierres tournoises, pierres trem- 
blantes, roches branlantes, pierres mouvantes, dénominations 
s''appliquant non seu'ement à des pierres qu'un léger effort peut 
mettre en oscillation, mais encore à celles qui, d'après les croyances 
populaires, se mettent d'elles-mêmes en mouvement à certains 
jours ou à certaines nuits de Tannée (veille de la Saint-Jean, nuit 
de Noël, etc.). Leurs formes et leur volume sont naturellement 
variables. 

Il est hors de doute que, contrairement à l'opinion ancienne, ces 
pierres en équilibre sur d'autres masses ne sont que des jeux de la 
nature. A peine pourrait-on prétendre que dans certains cas la 
main de l'homme soit intervenue pour faciliter ou régulariser le 
travail capricieux de la nature *. 

1. « Le second de ces mots est hybride, observe M. Salomon Ueinach, li*s 
deux autres viennent de la Bretagne insulaire. Ils désij<ncnt des collres de 
pierres (en suédois, hiillkista} qui se dist influent des chambres méj^alithiques 
en ce qu'ils sont clos de tous côti-s » ,S. Heinach, loc. cit., HA, 1893, II, p. 41 . 

2. Il y a quelquefois comme Taniorce d'un couloir de ce genre. 

3. Monteliys, Les temps pré'iist. en Suède et dans les autres pays Scandinaves. 
traduction S. Reinach, 1895, p. 35. 

4 Salomon Reinach, RA, toc. cit., 1893, II, p. 45; — du môme. Les monuments 
de pierre brute, RA. 1893 I, p. 201 ; — Desmoulins, BulL Soc. gé )l. France. 
4 février 1850. — Les rèvjries des celtomanes sur les pierres branlantes son! 
exposées dans louvrage d'Achille de JoullVoy et Ernest Breton, Introduction 



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378 m. MONUMENTS MÉGALITHIQUES. DOLMENS ET ALLEES COUVERTES 



§ II. — Légendes et superstitions. 

Aux monuments mégalithiques de tous les pays sont attachées 
des légendes et des croyances dont les dénominations de ces 
pierres dans le langage rural conservent fidèlement Tempreinte. 
La plupart des mêmes appellations se retrouvent tant dans les dia- 
lectes bretons que dans les divers patois de nos provinces. Les 
légendes ne s'appliquent pas seulement aux mégalithes, mais à 
certains blocs d'un aspect plus ou moins insolite *. Les pratiques 
superstitieuses attachées aux dolmens et aux menhirs, processions, 
« glissades », offrandes diverses, soit aux mégalithes, soit à quelque 
source voisine, etc., ont été observées dans maintes localité de 
la France, surtout dans les provinces de l'ouest. Au culte des 
pierres se rattachent les empreintes légendaires (pas de saint 
Martin, pas de la Vierge, etc.), et la croyance à la présence d'êtres 
surnaturels. 

Les dolmens sont désignés le plus souvent dans nos campagnes 
sous les noms de roches aux Fées, maisons des Fées, salies des 
Fées, clapiers des Fées, clapiers des sorcières, tombes des Fées, 
caves aux Fées, fuseaux des Fées, fours des Fées, pierres des 
Fades, pierres au Diable, pierres du Diable. Leur caractère funé- 
raire est indicfué, d'autre part, par les dénominations suivantes : 
tombeaux des Géants, tombeauxdes Poulacres (Polonais), tombeaux 
des Anglais, tombeaux des Gentils, tombeaux des Sarrazins, etc. 
Les dimensions souvent imposantes des dolmens et des menhirs 
ont semblé nécessiter Tintervention d'un héros ou d'un saint, à 
défaut d'une divinité : on connaît les palets, les quilles, les caeil- 
lers, les verziaux, les dents, les affiloirs, le gravier, la chaire, le 
tombeau de Gargantua ^, les graves et les cases de floland, les 

il Fhisloire de France ou description physique, politique et monumentale de 
la France, Paris, 1S3H, p. 18. Mais déjà en 1S30 Arcisse de Caumont considé- 
rait ces pierres comme des phénomènes naturels, complétés peut-être par la 
main de l'homme ^(^oursd untiqnilés monumentales, l, hre celtique, p. 71). En 
Angleterre on les nomme rocking-slones [Archivologia.M, Vil, VHl, IX). 

1 P. Sébillot. l.e culte des pierrcsen France, REA, 1902, p. 175; — Deniker, 
Dolmens et superstitions, BSA, 1900, p. MO. Les recueils d'observations rcjçio- 
nalessont nombreux. Consullernotanmicnlla Bevuedes Traditions populaires: 
— J. Lacaze, Le culte des jtierres dans le pays de Luchon, Afas, 1878, p. 700. 

2. Sur les léfrt;ndes relatives à (iarjrantua, fréquentes surtout dan» la Beauce, 
le Herry, la Franche-Comté, lu Vendée et la Normandie, voir Gaidoz, 
Gargantua, Fssai de mythologie celtique, UA, 186s, II, p. 172; — S. Reinach, 
I^s monuments de pierre brute, RA. lS9.'i, I, p. 200; — Paul Sébillot, Gargan- 



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LÉGENDES ET SIFERSTITIONS 379 

pierres de saint Martin ou pierres martines, etc. Les menhirs 
sont le plus communément désignés par Tune des expressions sui- 
vantes : pierre fite, pierre fiche, gros caillou, pierre longue, pierre 
levée, haute borne, pierre debout, pierre qui pousse, etc. Plusieurs 
localités tirent leur nom de la présence d'un mégalithe souvent 
disparu; tel est le quartier du Gros-Caillou, par exemple, dans le 
X'II" arrondissement de Paris. Les Plerrefittes, les Pierrelattes et 
d'autres noms de lieux ont la même origine. 

Nous ne pouvons songer d'ailleurs à dresser ici la liste complète 
<le ces dénominations populaires des monuments mégalithiques ou 
des pierres naturelles, assimilées à ceux-ci dans les superstitions 
rurales. Le nombre en serait démesurément étendu Les folklo- 
ristes ont commencé à en composer un recueil, qui n'est encore 
qu'ébauché. Malheureusement il est souvent malaisé de distinguer 
ici entre les appellations anciennes, vraiment populaires, et les 
désignations modernes, d'origine demi-savante *. 

Dans toutes ces traditions se manifeste nettement la persistance 
du vieux culte des rochers et des pierres, dont les religions du 
paganisme classique conservaient encore des vestiges, croyances si 
profondément enracinées parmi les populations rurales que la diffu- 
sion du christianisme ne put les anéantir. Les décrets des conciles 
durent à diverses reprises les condamner. Le concile d'Arles (452) 
prononce anathème contre ceux qui allumeraient des flambeaux, 
rendraient un culte à des arbres, à des fontaines ou à des pierres, 
ou négligeraient de les détruire Le concile de Tours (567) prescrit 
au clergé d'excommunier ceux qui exécuteraient des actes interdits 
par r /église devant des arbres, des pierres ou des fontaines. Les 
mômes interdictions furent renouvelées par les conciles de Nantes 
(658) et de Tolède (681 et 68*2). En 78 J, Charlemagne édicté encore un 
décret, daté d'Aix-la-Chapelle, contre le culte des arbres, des pierres 

lua. Si le nom de Gargantua n'apparaît pas avant Rabelais, les léjrcndesde son 
cycle sont plus anciennes : (iarj^antua a remplacé quelque (j:éanl populaire. 
Une chaire ou chaise de Gnrganlua, aux environs de Houen, est nommée cathe- 
dra gygantis dans une charte du xiii" siècle (iaidoz, loc. cil., p. 179}. 

Sur les pierres jrarjçantuesques de la Normandie, voir Coutil, Les Monumenls 
mégalithiques et leurs légendes, CVi\ Vannes, 1906, p. 363. 

Pour la Vendée, voir NIarcel Baudoin, Origine vendéenne du «« (iargantua », 
Ouest art. et littéraire, Paris, 1902, p. I. 

1. Sur le folk-lore des méj,'alillies et des rochers, consullcr le mémoire de 
M. Salomon Reinach, Les monuments de pierre hrnle dans le langage et les 
croyances populaires, RA, 1X93, I, p. 195 et 329 — Voir é^^alement le jçrand 
ouvrajre de M. P. Sébillot, Le Folk-lore de France, I. 190 i. p. 300. cliap. IV, 
Les rochers el les pieries. 



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380 III. MONUMENTS MEGALITHIQUES. DOLMENS ET ALLEES COUVERTES 

et des fontaines, et prescrit la destruction des simulacres. La survi- 
vance des nombreuses croyances encore attachées tant aux monu- 
ments mégalithiques qu'à certains rochers naturels, permel d'ad- 
mettre que les interdictions des conciles s'appliquaient aux uns 
comme aux autres *» 

Nous parlerons plus loin des nombreuses empreintes laissées sur 



Fig. J:J5. — Dolmen converli en édicule ronnan. Suint-Germain- 
de-ConfoIens (Charente). 

les menhirs par le christianisme. On connaît également des dol- 
mens « christianisés ». Celui de Plouarel iCôles-du-Nord) a élé 
converti en une chapelle dédiée aux Sept-Saints *^. Un dolmen de 
Saint-Gerniain-de-Confolens (Charente), par suite d'une curieuse 

1. Voir les textes des conciles et les références dans Fer(?us8on, Afoniim. 
méga ilhiques, p. 2s ; — Cf. S. Reinach, Monuments de pierre hrule, RA. 
1893. I, p. 333. 

2. .Wa(., 18S8, p. 98; — RC, 1876-1878, III, p. iS9. 



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DOLMENS ET ALLEES COUVERTES DE LA FRANCE 381 

transformation, est devenu un édicule roman, inscrit dans une 
petite chapelle (fig. 135). La table du dolmen repose sur quatre 
oolonnes romanes remontant au xi® ou au xii® siècle, d'après la forme 
des chapiteaux, et remplaçant les supports primitifs •. 

§ III. — Dolmens et allées couvertes de la France. Distribution 
géographique par départements. 

Les celtomanes de Técole de Gambry et de la Tour d'Auvergne 
considéraient les dolmens, les allées couvertes, les menhirs et les 
cromlechs, dont on ne séparait pas alors les pierres branlantes et les 
pierres à bassins^ comme des ouvrages des Celtes ^. Sur les autels 
druidiques — c'est ainsi qu'on appelait les dolmens — les prêtres 
de la religion gauloise avaient consommé, disait-on, de sanglants 
sacrifices. On croyait reconnaître sur les dalles dolméniques dé 
mystérieux signes symboliques, ainsi que les rigoles par où s'écou- 
lait le sang des victimes. Les travaux de ces premiers observa- 
teurs des mégalithes, conçus sans critique, ne relèvent que de la 
littérature romantique ^. En vain Caylus, dans son Recueil d'anli" 
f/uités ^, avait-il hautement protesté, comme le fit ensuite Legrand 

1. Fergusson, Monuments mégàlUhiques^ p. 354, fig. 124. L'auteur de cet 
ouvrage cite, à tort, ce monument comme un document à l'appui de sa thèse 
erronée sur la date récente des mégalithes. — Voir Cartailhac, Sépultures 
adventives et violations diverses des ossuaires mégalithiques de iàge de la. 
pierre. Mat., 1886, p. 325. 

2. Aujourd'hui, sur certains points, les Phéniciens paraissent avoir succédé 
aux Celtes, dans l'esprit de certains préhistoriens. 11 se trouve des gens pour 
déchiffrer sur nos rochers de la France centrale des inscriptions sémitiques, 
de même que les celtomanes retrouvaient sur les dolmens bretons un prétendu 
alphabet des Gaulois. 

3. Les folkloristes peuvent néanmoins encore les consulter avec profit pour 
rétude des anciennes légendes et le relevé des dénominations. 

Dès le xvr siècle, les érudits Scandinaves se sont occupes des monuments 
mégalithiques de leur région. On connaît les ouvrages latins d'Olaus Magnus, 
Historié de gentibus septenlrionalibus, Romue, 1555, et d'Olaus Wormius 
Daiiicorum monumentorum libri Vy, Hasnia% 1648. 

Eu Angleterre, la littérature dolménique débute au xviii* siècle avec les 
ouvrages de Borlase(l769;,dc Douglas (1793 , deKing (1799-1 805U Pour les indi- 
cations bibliographiques sur ces anciennes publications relatives aux dolmens, 
voir A. Bertrand, Archéologie celtique et gauloise, 2" édit., 1889, p. 129 ; — 
Cartailbac, La France préhistorique, chap. X, el Mat.y 1886, p. 230. 

4. Anne-Claude-Philippe de Tubières-Grimoard de Peslels de Levis, comte 
de Caylus (1692-1765), mjrite d'être placé au premier rang parmi les précur- 
seurs de notre archéologie nationale. Son recueil dWnliquilés égyptiennes, 
étrusques^ grecques, romaines et gauloises (1752-1767), conipi-end sept volumes, 
" Le premier, dit M. Reinach, il exprima Tidée que les dolmens étaient anté- 



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382 III. MONUMENTS MEGALITHIQUES. DOLMENS ET ALLEES COUVEBTES 

d' A ussy, contre ces chimériques hypothèses. Leur invraisemblance^ 
en ce qui concerne la destination des dolmens et Tethnographio 
de leurs constructeurs, ne fut reconnue que cinquante ans plu^ j 
tard, grâce à des observations plus attentives. On constata que la | 
forme de ces monuments, en France comme à Tétranger, no^ 
répond aucunement à celle d'un autel à sacrifices. Sauf dans Icîs- 
régions où, comme en Bretagne, la pierre se débite naturellement 
en dalles, le bloc de couverture appelé table présente extérieure- 
ment une surface bombée et irréf^ulière et lorsqu'une des faces eî-t 
plane, elle est tournée vers l'intérieur. On reconnut, en outre, que la 
distribution des dolmens en Kurope, en Afrique et en Asie ne corres- 
pondait nullement aux limites territoriales de l'occupation cellique 
et que, d'autre part, les prétendus textes des auteurs classiques, 
invoqués à l'appui de l'existence des monuments de pierre chez 
les Gaulois de l'histoire, étaient controuvés. Les archéologues Scan- 
dinaves avaient d'ailleurs acquis depuis longtemps la certitude que 
ces monuments, appartenant à Tâge de la pierre et à l'Age du bronze, 
ne pouvaient être attribués aux temps proto-historiques. Des 
fouilles fructueuses, opérées surtout dans le département du Mor- 
bihan, au milieu du xix*" siècle, mirent en évidence le caractère 
funéraire des dolmens et des allées couvertes. En 1867, 
M. Alexandre Bertrand, dans un important mémoire, exposa à 
l'Académie des Inscriptions, l'ensemble des faits acquis relatifs aux 
monuments mégali'hiques. Leur étude s'est depuis lors poursuivie 
sans relâche, mais il y a lieu de déplorer que l'exploration en ait 
été souven' peu méthodique. Un grand nombre de cryptes ont été 
bouleversées par des explorateurs plus préoccupés d'enrichir leurs 
collections que soucieux de recueillir des observations complètes et 
précises K 

La distribution géographique des dolmens sur le sol de la Gaule 
a fait l'objet d'un grand nombre de travaux en France et à 
l'étranger. Après la publication d'une première note, parue en 
1864 2, iM. A. Bertrand donna en 1875 une seconde liste des dol- 
mens de la France, dans la première édition de son Archéologie 

rieurs aux Celtes et l'œuvre d'une population maritime {Recueil d'antiquités, 
VI, p. 387), théorie qui a été reprise par M. Bertrand et a fait fortune »> 
(S. Reinach, Hlst. de Varchéol. ganl., RC, 1898, p. 110). 

1. Sur la conduite pratique des fouilles dans les monuments mégalithiques. 
on consultera avec profit les indications données par le Manuel des Recherches 
préhistoriques, publié par la Soc. préhist. de France, Paris, 1906, p. 264. 

2. RA, 1864, II, p. 144 avec une carte. 



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DOLMENS ET ALLÉES COUVERTES DE LA FRANCE 383 

celtique et gauloise^ une troisième enfin, en 1878, cette dernière 
dressée d'a|»rès les documents recueillis par la Commission de 
topographie des Gaules ^. 

En 1880, V Inventaire des monuments mégalithiques de ta 
F^rance^ fut publié par les soins de la Sous-Commission des monu- 
ments mégalithiques *. A Taide de cette dernière statistique revi- 
sée, M. A. de Mortillet dressa, en 19'>1, une nouvelle carte des dol- 
mens et une carie des menhirs en F'rance ^. 

En complétant, d'après les monographies récentes, les chiffres 
donnés en 1901 par M. A. de Mortillel, nous avons dressé à notre 
tour la statistique suivante, qui porte à 4458 le nombre total des 
dolmens et allées couvertes de la France *. 

On ne saurait trop répeter que ces dénombrements ne sont point 
exempts de nombreuses erreurs ou omissions. Leurs auteurs ont dû 
prendre pour base l'Inventaire dressé par la Commission des monu- 
ments mégalithiques; or la valeur de ce relevé est malheureuse- 
ment compromise par de graves défauts de méthode. Ses rédacteurs 
ont négligé d'indiquer le plan général adopté dans leur inventaire. 
Gelui-ci comprend da is certains départements des tumulus à 
chambre dolménique, alors que ces mêmes tumulus sont omis dans 
d'autres régions. Quelques circonscriptions ont été l'objet de 
recherches minutieuses, tandis que d'autres demeuraient insuffisam- 
ment explorées. En réalité, la statistique des monuments méga- 
lithiques de la France serait à reprendre d'après des données plus 
méthodiques. 11 serait indispensable d'établir une distinction entre 
les ditrérents types de monuments dohnéniques, tout au moins 
entre les dolmens simples et les grandes chambres à galerie. 

Ces réserves formulées, il convient d'ajouter que les recherches 
ultérieures ne sauraient modifier bien sensiblement le mode géné- 
ral de distribution déjà reconnu. Il demeure acquis que les dolmens 
sont très inégalement répartis sur le sol de la France. Rares dans 
les provinces de Test et du sud-est, sauf dans les départements de 

1. RA, 1878, I, p. 316 (Voir la carte du DAG, dressée d'après les mênacs 
documents). 

2. BSA, 1880, p. 64. 

3. A. de Mortillet, Distribution géographique des dolmens et des menhirs 
en France, REA, 1901, p. 32. 

4. Celte nouvelle liste a été établie d'après les chilTres de M. A. de Mortil- 
let (REA, 1901, p. 32), complétés et rectifiés, lorsqu'il y avait lieu, à laide des 
monographies récentes publiées depu*s 1901 par divers auteurs. Pour tous les 
chiffres rectifiés, nous indiquons les sources. 



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38 i III. MONUMENTS MEGALITHIQUES. DOLMENS ET ALLEES COUVERTES 



l'Aube et des Alpes- Maritimes, ils couvrent surtout la zone comprise 
entre les côtes bretonnes de la Manche et le littoral méditerranéen 
de THérault et du Gard. Les deux groupes les plus compacts sont: 
1® le groupe méridional (départements de IWveyron, de rArdèche, 
du Lot, du Gard et de la Lozère). Ces cinq départements comptent 
au total 1.609 dolmens ; 2® le groupe occidental ou armoricain, com- 
posé des départements de la Bretagne, dont les plus riches en ce 
genre de monuments sont le Finistère et le Morbihan. 

On ne doit pas oublier, d'autre part, qu'un très grand nombre de 
mégalithes ont été détruits au cours des siècles et que les causes 
multiples de ces disparitions ne se sont pas exercées en tous lieux 
avec la même constance ou la même intensité. Comme il est natu- 
rel, les régions incultes, couvertes de forets ou peu habitées, ont dû 
conserver ces monuments primitifs mieux que les pays fertiles, 
occupés par une population dense. La nature des cultures, celle 
des matériaux mis en œuvre sont autant de conditions qui doivent 
également être prises ici en considération. Néanmoins, vu le grand 
nombre des mégalithes encore debout dans des régions fort variées, 
on peut admettre que leur distribution géographique actuelle rapn 
pelle encore assez bien dans son ensemble leur distribution origi- 
nelle. 

DISTRIBUTION GKOGRAFHIQUK DES DOLMENS DE LA FRANCE 



d'oi-dre 


Départements. 


Nombre 

des 
dolmens. 


d'ordre 


Département». 


Nombre 

des 
dolmens 


1 


Aveyron 


48- 
400 
353» 
312 -' 


9 
10 
11 
12 


CAtes-du-Nord 

Vienne 


133* 


2 


Ardèche 

Finistère 


129* 


3 


Loire-Inférieure . . . 
Vendée 


125 


4 


Morbihan 


1I3« 


5 


Lot 


2Sj 


13 


Eure-et-Loir 


Itl 


6 


Gard 


22 1 


îi 


Dordogne 


110 


7 


Lozère 


213 


15 


Tarn-el-Garonne.. . 


76 


8 


HJrault 


171 '^ 


16 


Charente 


73 



1. p. du Chatellier. Les Époques prehisl. et gaul.y 2' édit., p. 384. 

2. Fouilles de dolmens dans le Morbihan, HP, 1901, p. 208. 

3. 171 ou I8i; — Cazalis de Fondouce, L Hérault aux temps préhistoriques^ 
Montpellier, 1900 CI*. A. de Moj-tiilet, HKA, 1907, p. 301). 

4. G. Variot, Sépulture mégalilhique dans iilot de Lavret, près Bréhaly BSA, 
1903, p. 172. 

5. A. de Mortillet, La Pierre-Folle de Bournandet les dolmens delà Vienne, 
RFA, 1906, p. 2»3. 

6. D' Baudoin et G. Lacoulouinèro, Le dolmen de l'É haffaud dn Plessis, aa 
Bernard, BSA, 1905, p. 3h3 ; — Cf. des mêmes, CPF, Péri^fueux. 1905, p. 397. 



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DOLMENS ET ALLEES COUVERTES DE LA KRANGB 



385 



N- 

lordrc 


Départements. 


Nombre 

des 
dolmens. 


N" 
d'ordre 


17 


Aube 


69 


39 


18 


Indre 


58 


40 


19 


Charente-Inférieure . 


56 


41 


20 


Maine-et-Loire 


54 


42 


21 


Ille-et-Vilaine 


37 


43 


22 
23 


Mayenne 

Seine-et-Oise 


35 
3-i ' 


44 
45 


24 


Creuse 


3i 


46 


25 


Cantal 


3i 


47 


26 


Orne 


33 


48 


27 


Indre-et-Loire 


33 


49 


28 


Corrèze 


32 


50 


29 


Aisne 


30 2 
30 


51 


30 


Loir-et-Cher 


52 


31 


Pas-de-Calais ; . . 


29 


53 


32 
33 


Puy-de-Dôme 

Deux-Sèvres 


29 
27 


54 

55 


34 
35 


Pyrénées-Orientales. 
Sarthe 


26 
25 


56 
57 


36 


Gironde 


23 


58 


37 


Oise 


23 3 


59 


38 


Haute-Vienne 


24 4 


60 



Nombre 
des 
Départements. dolmens. 

Alpes-Maritimes ... 22 •*» 

Cher 21 

Basses-Pyrénées. ... 19 

Eure 18« 

Aude 17 7 

Lot-et-Garonne 17 

Tarn 17 

Calvados 17 « 

Ariège 15 

Corse 15 

Loiret 14 

Côte-d*Or 14 

Manche 13 » 

Nièvre 12 

Hautea-Pyrénée» ... 12 

Yonne 11 

Marne 11 

Haute-Loire 9 

Saône-ct- Loire V^ 

Seine-et-Marne 7 ' * 

Seine-Inférieure .... 6** 

Haute-Savoie 6 



1. Denise, Sépulture néolithique de MérieU HP, 1904, p. 5; - -Crépin, Fouille 
du dolmen de Mériel, HP, 1904, p. 55 ; — D' Raymond, Le dolmen de Saint- 
Germain-leS'CorheiL HP, 1906, p. 190. 

2. Pol Baudet, Les monuments mégalithiques de VAisne, HP, 1907, p. 135. 

3. O. VfiuviJlé, Découverte d'une allée couverte dans le canton d'Altichy^ 
BSA, 1903, p. 171; — G. Stalin, Le dolmen de Saint- Etienne, HP, 1903, p. 321 ; 
— Bénard, Découverte et fouille d un dolmen h ChampignoUes, Mém. Soc. 
Acad. Oise, 1905 (c. r. dans Anlhr , 1906, p. 59 1). 

4. Ce chilTre nous a été obligeamment indique* par M. Martial Imbert, qui a 
entrepris récemment la révision des monuments mégalithiques de la Haute- 
Vienne (Cf. HP, 1907, p. 129). Dans ce total sont compris quatre dolmens 
détruits, dont l'existence ne peut être mise en doute. 

5. Paul Goby, Description et fouille d'un nouveau dolmen près Cabris, CPF, 
Périgueux, 1905, p. ?49 (c. r. dans Anthr., 1906, p. 687). 

6. Coutil, Les monuments mégalithiques de la Normandie et leurs légendes^ 
CPF, Vannes, 1906, p. 358. 

7. G. Sicard, L'Aude pré/iw/ortque, Carcassonne, 1900. 

8. Coutil, (oc. cit; —31, d'après A. de Mortillel {AfaSy Gacn, 1894, II, p, 727). 

9. Coutil, toc, cit. 

10. Chantre et Savoye, Répertoire et carte paléoethnologique du département 
de Saône-et- Loire, Afas, Montauban, 1902, II, p. 798; — F. Pérot, Le dolmen 
deGlenne^ HP, 1906, p. 353;— CI. Savoye, Le mégalithe de Vergisson, Bull. 
Soc. Anthr. Lyon. 1902, p. 77. 

11. Edmond Hue, Le préhistorique dans la vallée de VOrvanne^ CPF, Péri- 
gueux, 1905, p. 151 ; — Dolmen à May-en-Mullien, HP, 1906, p. 23. 

12. Coutil, toc. cit. 



Manuel d'archéologie préhistorique. — T. I. 



23 



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385 III. MONU!ffEI«'S M'ÉGALITHIQUES. DOLMENS ET ALLEES COUVERTES 



d'ordre. 

61 
62 
63 
64 
65 
66 
«7 
^8 
69 
70 
71 
•72 
7a 
7i 



Départements. 

Bouches-du-Rhône 

Var 

Hautes- Alpeà 

Somme 

Haute-Marne 

Haute-Saône 

Seine 

Basses-Alpes 

Isère 

Allier 

Loire 

Vauclust* .' 

Doubs 

DrtVme 



Nombre 

des 
dolmens. 

6 
6 

61 



4-' 

3 
3 
2 
2 



d'ordre. 

75 
76 

77 
78 
79 
80 
81 
82 
83 
84 
85 
86 
87 



Départements. 

Landes. ^ 

Nord 

Ardennes 

Meuse 

Terriknre de Belfort 

Savoie 

Meurthe-et-Moselle . 

Gers 

Jura 

Vosges 

Ain 

Rhône 

Haute-Garonne 



Nombre 

des 

dolmens. 



Total des dolmens 44^8 



S IV. — Conslriiclion et caractères généraux des dolmens 
et allées couvertes. 

Les dolmens et allées couvertes se composent de pierres brutes, 
dont la face la plus plane est tournée du côté intérieur. Les inter- 
stices étaient bouchés au besoin par des pierres de petite dimen- 
sion. Un revêtement de dalles recouvre le plus souvent Taire des 
chambres et des galeries. 

En présence de leurs proportions parfois colossales, on se 
demande comment des peuples primitifs, dépourvus dç tout outil- 
lage perfectionné, ont pu débiter, transporter et dresser ces blocs 
énormes. Un examen approfondi augmente encore cette impression 
de surprise, car certaines pierres mégalithiques paraissent provenir 
de carrières assez éloignées du monument dont elles font partie. 

On a noté à ce sujet d'assez nombreuses indications qui deman- 
deraient peut-être à être contrôlées par des géologues autorisés. 

1. Chantre, Nouvel inventaire des monuments mégalithiques dans le bassin 
du Rhône, Bull. Soc. Anthr. Lyon, 1900, p. 26. 

2. Chantre, toc. cit., p. 2». 

3. M. Perrot, dans son Inventaire sommaire des mé(falitJ\es du Bourbonnsis 
(HP, 1905, p. 2H9 , sijrnale quelques monuments à demi-ruinés qui pourraient 
être des dolmens. 

4. J. Beaupré, Découverte d'une station funéraire à mobilier néoliihîqne 
avec allée couverte sous tumulus, BSPF, 1905, p. 171 ; — du même, La. station 
funéraire de .Bois-VAhhé, Ext. Mém. Soc. arch. lorraine, 1905 (c. r. dans 
Anthr., 1906, p. 421). 

5. L. Ma/.erel, Monuments mégalithiques du Gers, HP, 1907, p. 3 et 8. 

6. Savoyo, Monuments mégalithiques du Jura, Bull. Soc. Anthr. Lyon, 
1900, p. 52. 



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CONSTRUCTION DBS DOLMENS BT ALLKES COUVERTES 



387 



Dans la Charente, par exemple, les pierres dolméniques n'auraient 
pas été prises sur place. A La Pénotte, localité de ce département, un 
bloc de 40.000 kilogrammes aurait parcouru trente kilomètres *. A 
Lescure (Aveyron), les matériaux d'un dolmen en granit rouge pro- 




^>>^»^f*>>»?»f^j»w>*>^>nf»f»^m mfm»m/w,}Wff*i/^fmw>^^^^ 




Fig. 136. — Procédés primitifs pour soulever et faire 
cheminer urf bloc de pierre *■*. 

viendraient d'une carrière distante de deux à trois kilomètres. Le 
cheminement du granit du dolmen de Blessac (Creuse) a été évalué 
à deux ou trois kilomètres et celui du grès du dolmen de Moulins 
I Indrej à trente-cinq kilomètres ^. Pour quelques-unes de ces 
observations, il se peut qu'on n'ait pas tenu compte de Tutilisation 
possible des blocs erratiques, assez recherchés par les constructeurs 
des chambres mégalithiques. 

Nous ne connaissons pas les procédés que ceux-ci ont employés. 
L'expérience démontre néanmoins qu'on peut élever, transporter et 

1. Cartailhac, France préhisL, p. 21 i. Ces dolmens de I.a Pérotte sont sur 
la commune de Fonlenille. 

2. D'après Choisy, Histoire de larchiteclure, I, 1899. p. i-5. 

3. G. de Mortillet, Le Préhisl., 2« édit., p. 595. 



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388 m. MONUMENTS MÉGALITHIQUES. DOLMENS ET ALLEES COUVERTES 

dresser un bloc de pierre d*un poids considérable sans le secours 
d'aucun engin mécanique, ni même de cordages (fîg. 13G). Pour Té- 
lever, il suffit de s'aider de leviers joinlifs chargés en queue et d'é- 
tablir en sous-œuvre des terrassements successifs. Le bloc ayant ainsi 
atteint une certaine hauteur, on le fait glisser sur un talus de terre 
corroyée d'argile, et son cheminement s'obtient en renouvelant con- 
sécutivement les mêmes opérations ; ce procédé permet même de faire 
avancer la pierre sur un terrain montant. Mais il est vraisemblable 
que les blocs des mégalithes, comme les obélisques de TÉgyple. 
ont été tirés à l'aide de cordages et de rouleaux de bois sur des 
routes revêtues de madriers. Quels que soient les moyens mis en 
œuvre, l'édification de ces monuments exigeait, de la part de leurs 
constructeurs, un esprit de méthode et de discipline impliquant uae 
organisation sociale fortement constituée et une hiérarchie bien 
ordonnée. 

Le dolmen et Tallée couverte se présentent sous deux formes : 
tantôt entièrement à découvert, tantôt enveloppés partiellement ou 
en totalité d'un tertre formé de pierres, de terre ou de couches 
alternées de ces deux matériaux. Le mégalithe enveloppé, véritable 
crypte funéraire, est ordinairement désigné sous le nom de lumulus- 
dolmen. Des cercles de pierres sont parfois disposés à la base du 
tertre pour retenir la masse des terres. 

Plusieurs préhistoriens estiment que tous les dolmens aujourd'hui 
dénudés éta'cnt originairement recouverts d'un tertre. Les travaux 
de culture, les agents atmosphériques ou diverses autres causes 
auraient peu à peu anéanti leur chape tumulaire. Cette assertion 
ainsi généralisée n'est nullement démontrée. Elle a contre elle la pré- 
sence de dessins ornant extérieurement les tables de quelques dol- 
mens à l'air libre de la Scandinavie. Il paraît même qu'à l'âge 
(lu bronze on a recouvert des dolmens primitivement di»nudés*. 

1. En 1863, A. de Caumont donnait A l'un de ses mémoires le litre suivant : 
Les dotmenfi sont des cavités sépulcrales autrefois au centre destumulus (BM, 
IS03, p. 57M). M. Cartailhac parla^'c le même avis [Ages préhisi. de CEspxgne 
et du Porltiyal. p. 137 . Mais M. Montelius estime que la plupart des chambres 
dolnijniques aujourd'hui à Tair libre n'ont jamais été recouverte» d'un tertre 
tumulaire (Montelius, l)er Orient und Europa, p. 9 et passim). 

M. A. de Mortiilet admet qu'à Torij^nne tous les dolmens étaient cachés sous 
des tumulus, lorsqu ils n'étaient pas construits au-dessous du niveau du sol 
naturel, ('/est à tort (fu'on a signalé ja lis des dolmens sur tumulus. Les 
chambres dolméniq les étaient plac.M's à l'intérieur du tertre tumulaire et non 
pas au-dessus ;A. de Morlillet, Élude sur quelques dolmens de l'HérnulL 
REA, 1907, p. 3-29). 



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. CONSTRICTION DES DOLMENS ET ALLEES COUVERTES 389 

Le plan des allées couvertes présente de nombreuses varié- 
tés dont le classement détaillé serait complexe. Une allée couverte 
se compose d'une ou de plusieurs chambres carrées, oblongues ou 
circulaires et d'un couloir d'accès plus ou moins allongé 
Quelques-unes possèdent des chambres latérales. Le tracé de la 
galerie n'est pas toujours recliligne. On en connaît à plan coudé, à 
plan curviligne et d'aulres en forme de T. 

L'orientation des dolmens et des allées n'obéit à aucune règle 
constante, contrairement à l'opinion ancienne qui plaçait leur 
entrée invariablement à l'orient. Dans le midi de la France, l'orien- 
tation est également fort variable. « L'entrée, écrit M. Cartailhac, 
peut, regarder un point quelconque de l'horizon ; cependant elle 
est en majorité dirigée vers l'est »*. Elle devait toujours être 
close, afin de garantir la chambre sépulcrale contre toute violation, 
mais beaucoup de dolmens ont perdu leur dalle de fermeture Cette 
dernière était parfois perforée d'une ouverture circulaire, ovale ou 
quadrangulaire. Nous verrons que ce mode de fermeture, fréquent 
dans les allées couvertes de la région de l'Oise, offre une importance 
toute spéciale, parce qu'il démontre, conjointement avec d'autres 
caractères de construction, l'étroite parenté des dolmens européens 
et asiatiques ^. 

1. Cartailhac, France préfiûtt, p. 219; cf. p. 212. 

2. Voici la liste des principaux travaux relatifs aux dolmens de la France 
publiés depuis 1880. Nous ne faisons figurer dans cette note bibliographique 
que les mémoires concernant une circonscription d'une certaine étendue, pro- 
vince, région, département ou arrondissement : P. du Chatellier, Les époques 
préhistorique et gauloise dans le Finistère^ 2* édit., Rennes, 1907; — Ph. Sal- 
mon. Contribution à iinventaire des monuments mégalithiques de France 
{Brelagneif REA, 1898, p. 28 i; — G. delà Chenelière, Inventaire des monu- 
ments mégalithiques du déparlement des Côtes-du-Nord^ Extr. Mém. Soc. 
Emul.Côtes-du-Nord,1881 ; — P. lléziersjnventaire des mëgalithetde lllle-et- 
Vilnine^ 1883 et 1886; — Léon Coutil, Les monuments mégalithiques de la 
Normandie et leurs légendes, CPF, Vannes, 1906, p. 355 ; — A. de Mortillet, 
Les monuments mégalithiques du Calvados, Afas, Caen, 189i, II, p. 727 ; — Léon 
Coutil. Monuments mégalithiques du Calvados, Annuaire des cinq départ, de la 
Normandie, 1902, p. 270; — A. de Mortillet, /.es monuments mégalilhiques du 
Pas-de-Calais^ Afas, Boulogne-sur-Mer, 1899, 11, p. 572: — C. Houlanj^er, Les 
monuments mégalilhiques de la Somme, Paris, 1900 (c. r. dans RA., 1900, H. 
p. 197); — A. de Mortillet, Les monuments mégalilhiques du département du 
Nord^ Afas, Montauban, 1902, p. 773; — O. Vauvillé, Renseignements sur les 
allées couvertes fouillées dans les déparlemenis de IWisne et de iOise, BSA, 
1802, p. 574 ; — Pol Baudet, Les monuments mégalithiques de l'Aisne, 
HP, 1907, p. 133; — A. Viré, Les mégalithes de l'arrondissement de 
Fontainebleau, HP, 1906, p. 97 ; — Savoye, Monuments mégalilhiques du 
Jura, Bull. Soc. Anthr. Lyon, 1900, p. 50; — Philippe Salmon et D' Ficaticr, 
L'Yonne préhistorique, Afas. Oran, 1S8S, II, p. 361; — Louis Honorez, Les 



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V 390 m. MONUMENTS MÉGALITHIQUES. DOLMENS ET ALLKES COUVERTES 

t 8 V. — Dolmens du groupe breton et des provinces 



r 



de r Ouest *. 

La presqu'île de Bretagne est, en France, la terre classique des 
monuments mégalithiques. Le Finistère, département de cette pro- 
vince où ils sont particulièrement nombreux, n'occupe, il est 
vrai, que le troisième rang, après TAveyron et PArdèche, sur la liste 
des dolmens de la France classés par départements, mais par leur 
variété et leurs imposantes proportions, les dolmens et les tumulus- 
dolmens bretons, escortés souvent d'énormes menhir.s, composent un 



monuments mégalithiques de la, Touraine^ Tours, 1894; — A. de Mortillet, 
La Pierre-Folle de Bournand et les dolmens du dépariemeni de U. Vieniie. 
RE A, 1906, p. 283; — Martial Imbcrt, Les dolmens de la Haute- Vienne, HP, 
1907. p. 129; — G. de Mortillet, Les monuments mégalithiques classés de U 
Charente et de la Charente-Inférieure^ BSA, 1896, p. 119; — Daleau, C&rte 
d'archéologie préhistorique de la Gironde, Afas, Clermont, 1876, p. 615; — 
G. Lafay et L. Lex, Carie de Vàge de la pierre d.ms V arrondissement de Mâcon, 
Mâcon, 1902; — E. Chantre et Cl. Savoye, Répertoire et carte palèoet Œnolo- 
gique du département de Suône-el-Loire, Extr. Afas, Montauban, 1902; — 
Claudius Savoye, Le Beaujolais préhistorique, Lyon, 1899; — OUier de Mari- 
chard, Monuments mégalithiques du Vivarais, Ext. Bull Soc. Se. Arts c( 
Lettres de lArdèche, 18S1 ; — F. Pérot, Inventaire sommaire des mégalithes 
du Bourbonnais, HP, 1905, p. 289 ; — E. Chantre, Nouvel inventaire des monu- 
ments mégalithiques dans le bassin du Hhône, Bull. Soc. Anthr. Lyon, 1900, 
p. 13; — E. Chantre, Le Dauphiné préhistorique^ Afas, Grenoble, 1885. II. 
p. 482; — D' P. Raymond, Recherches sur la période préhistorique dans les 
départements du Gard et de lArdèche, BSA, 1893, p. 610; — A. Lombard- 
Dumas, Catalogue descriptif des monuments mégalithiques du Gard, Nîmes, 
1894 et Addenda, lu le 30 décembre 1893 à l'Acad. de Nîmes ; — A. Roujou, 
Monuments mégalithiques dans le Puy-de-Dôme, CAF, Clermont-Ferrand. 
189Ô, p. 224; — P. de Cessac, Lisle critique et descriptive des monum. mégal. 
du départ, de la Creuse, RA. 18sl, II, p. 41 ; — A. de Mortillet, Les monuments 
mégalithiques de la Lozère, Paris, 1905; — P. Cazalis de Fondouce, VH^rault 
aux temps préhistoriques, Montpellier. 1900; — G. Sicard, LAude préhisto- 
rique, Carcassonne, 1900; — Prosprr Castanier, La Provence préhistorique et 
prolohislorique, l, Paris, 1893; — Paul Goby, Coup d'œil d'ensemble sur le 
préhistorique de l'arrondissement de Grasse, CPF, Vannes, 1906, p. 382 ; — 
A. de Mortillet, Lp.sA/oftMmen/.s mégalithiques de la Corse^ Afas, Rouen, 1883. 
II, p. 593. 

1. Le Pré^-ident de Rohicn, au commencement du xvnr siècle, entreprit 
quelques fouilles dans les dolmens bretons. Renaud explora en ISll le dolmen 
(les Marchands, à Locmariaquer et deux ans plus tard la g:alerie des Pierres- 
Plates, même localit»'. En IH3I, on découvrit Gavr'inis. Mais la période active des 
j^^randes fouilles du Morbihan commençu en IH53 avec l'exploration de Tumiac. 
Nous indiqui>ns la date des recherciies importantes opérées pour le compte de 
la Soc. polymathique du Morbihan par MM. Galles. Lefèvre et de Closmadeiic 
(voir Le Rouzic, Les monum. mégal. de Carnac et de Locmariaquer, p. 24\ 



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DOLMENS Dl' GROUPE BRETON ET DES PROVINCES DE L OUEST 



391 



|j;:roupe d'une importance exceptionnelle, depuis longtemps connu 
Nous ne pouvons que rappeler sommairement les plus connus 

C'est à Pile de Gavr'inis [ile de la chèvre ou des chèvres), 
célèbre par son tumulus, Tun des plus importants mégalithes bre- 
tons, que doit se rendre le visiteur désireux de contempler, 
dans le cadre d'un paysajçe admirable, la côt ' dU Morbihan, où. 
les imposants alignements de Garnac et d'Krdeven avoisinent tant 



^ï^^.«5^.v 




^-;^:-^Ëfc£gg^^.ji. M^^k-^ai^^ .■ ^ .: 




Fig. 137. — Allée couverte de l'île Gavr'inis, commune de Baden (Morbihan). 

Coupe et plan. 



d'autres monuments de la même époque. Ce tumulus (fig. 137), dont 
le diamètre mesure 55 à (K) mètres, abrite une allée couverte 
longue de l^^'SO, large de 1™40 et aboutissant à une chambre 
presque carrée, dont la hauteur atteint l^'SO. Celle-ci est recou- 
verte par une dalle colossale mesurant plus de i mètres :de 
long sur 3 de large. Une énorme pierre plate en forme le 
dallage. Tous les blocs, supports, tables ou dalles de pave- 
ment, sont en granit, à l'exception de deux supports en 
quartz. Élevé sans doute pour quelque chef illustre, dont les restes 
n'ont pas été retrouvés, ce tombeau avait été décoré avec un soin 
tout particulier. D'étranges gravures, courbes, cercles, spirales, 
etc., dont nous parlerons plus loin, ornent les parois et même le 
dallage. 

Le monument intérieur ne fut découvert qu'en 183*2, mais il 
avait été violé antérieurement et ne contenait aucun objet archéolo- 



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392 III. MONUaiBMTS MÉGALITHIQUES. DOLMENS KT ALLEES COUVBBTES 

gique. La galerie avait même été remblayée entièrement avec de< 
pierrailles *. 

Le tumulus du Mané-Lud [Montagne de la Cendre), à Locmaria- 
quer, fouillé par M. René Galles en 1863-64* est également une butte 
artificielle oblongue, en vase marine desséchée, dont le grand axe ne 
mesure pas moins de 80 mètres, avec une élévation moyenne de 
5" 50. Un dolmen à galerie occupait l'extrémité occidentale de ce 
tertre (fig. 138); à l'autre extrémité était disposé un cercle de petit* 
menhirs, enfouis dans la masse tumulaire. Chacun d'eux, particula- 
rité curieuse, supportait un crâne de cheval. Au 
centre, un galgal ^ ou amas de pierres recou- 
vrait un coffre sépulcral contenant des osse- 
ments humains et des objets de pierre ^. 

Dans la même localité, à Locmariaquer, si ri- 
che en mégalithes, s'élève le tumulus ou galgal 
du Mané-er-Hroeck, monticule de forme ovale, 
mesurant 100 mètres de long, 60 de large et 10 
de haut. Ces grandes dimensions égalent à peu 
Fig. 138. — Plan du près celles de Tumiac et du Mont Saint-Michel, 
dolmen de Mané L^ chambre funéraire, encore inviolée avant son 
Lud, à Locmaria- , .. /ioco\ i i -n 

qucr (Morbihan)*, exploration (1863), contenait une magnifique 

hache en jadéite reposant sur un anneau-disque 
de même matière. Outre ces objets d'un prix exceptionnel, cent 
une haches en fîbrolite et en jadéite réunies ensemble, cinquante 
grains de la pierre verte appelée callaïs, dont nous parlerons plu? 
loin, quelques débris de poterie, du charbon, des silex, trois autres 
haches furent encore recueillies. Le produit de ces fouilles est dé- 
posé au musée de Vannes. Un des supports de ce dolmen, près 
de rentrée, est orné de lignes sinueuses gravées ^. 

Le Mont Saint-Michel, plus considérable que tous les autres 
tertres tuniulaires de la Breta^'ne, se présente au spectateur sous 

1. Sur Gavr'iuis corisulLer principalement DAG; — D"" G. de Closmadeuc. 
Gavr'inis, fouillai cl décoaverles récentes, RA, 1884, II, p. 322; — du même. 
Fouilles sous le dallage du monument intérieur de GavrHnis, BSA, 188", 
p. 10. 

2. On nomme ainsi, du mol hébreu (JaI ou galgal, les tertres composés non 
d'une masse tcircuse mais d'un amoncellement de pierres. C'est rèquivalenl 
dwcairn des Anglais (Cf. S. Reinach, RA, 1893, H, p. 4i). 

3. René Galles, RA, 186'», 11, p. 356: — René Galles et Alphonse Mauricet. 
Bull. Soc. polym. Morbihan, 186», p. 79. 
A. D'après G. et A. de Morlillct, Musée préhist,, l" édit., pi. LVIII, n* 564. 
5. René Galles, nuit. Snc. polym. Morbihan, VIII, 2* semestre. 1863, p. 18. 



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DOLMENS Dl' GROUPE BRETON ET DES PROVINCES DE l'oUEST 393 

Taspect d'une véritable colline. Il mesure 115 mètres de longueur 
sur 58 de largeur. Le volume des pierres employées à sa construc- 
tion est évalué à trente-cii;q mille mètres cubes. Un temple romain 
que remplace aujourd'hui une chapelle, s'élevait au sommet de 
rénorme tertre. Son exploration fut commencée en 186'i par 
MM. René Galles et G. de Glosmadeuc. De nombreux objets en 
pierre polie, haches, perles, pendeloques, etc., ont été retirés alors 
de sa crypte funéraire centrale. Une hache en jade mesurait 40 cen- 
timètres de long*. Les fouilles ont été reprises récemment par 
MM. Keller et d'Ault du Mesnil, qui ont pratiqué dans le pourtour 
du tertre une vaste galerie circulaire et dégagé un grand nombre 
de petites cellules ^. 

Signalons encore parmii les plus grands monuments mégalithiques 
du Morbihan, le tumulus deTumiac, commune d'Arzon, un des pre- 
miers visités ^ (185:^) ; enfin le Mousioir (1864) '• et le tumulus de 
Kercado (1863), tous deux à Carnac, le dernier abritant une grande 
galerie dolménique ^. 

Des haches polies, assez souvent en roches rares, des grains de 
collier et des pendeloques en « callaïs » ou en diverses matières, 
des instruments de silex, couteaux, pointes de flèche à ailerons, 
grattoirs, nucléus, des meules, des vases céramiques, des grains en 
terre cuite ou fusaïoles, quelques rares bijoux en or, colliers et 
bracelets ^, telle est, dans son ensemble, la composition du mobi- 
lier des grands dolmens néolithiques de la Bretagne, mobilier 
différent, comme nous le verrons, de celui des sépultures dolmé- 
niques de l'âge du bronze dans la même région. Ces vastes cryptes 
armoricaines appartiennent certainement à la fin de l'époque néo- 
lithique, malgré l'absence du cuivre, avant-coureur habituel des 
objets en bronze. La petitesse de la crypte et la grandeur du tumu- 
lus, le mélange de constructions en gros blocs et en murets 
semblent indiquer, comme l'a observé M. Cartailhac, un fige plus 
récent que celui des dolmens ordinaires*^. A l'Age du bronze pur 
les supports monolithes sont remplacés par des murets en pierres 
sèches. 

1. Bail. Soc. polym. Morbihan, 1862, p. IH: — l)A(i, voir Carnac. 

2. Le résultat de ces fouilles importantes n'est pas encore publié. 

3. Bull.Soc. polifnfi. Morbihan. 1807, p. i7 : iHOti, p. I. 

4. Ibid., IX, 1864. p. 117; — RA, IS65, II, p. 15. 

5. Ibid., VII, 2* semestre 186 <, p. 5. 

6. Le Rouzic, iVofiHm. nu'gal. </** Carn.nc. p. 27. 

7. Cartailhac, France prèhist., p. 206. 



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394 m. MONUMENTS MÉGALITHIQUES. DOLMENS ET ALLEES COUVERTES 

En outre, nous verrons qu'on a rencontré dans certaines allées cou- 
vertes de la Bretagne des poteries d'un type très caractéristique, 
appelées vases caliciformes, poteries apparaissant dans le sud de la 
France et l'Europe méridionale avec les premiers objets de cuivre 
et de bronze. Les bijoux d'or confirment, d'autre part, ces déter- 
minations chronologiques. 

Les ossements humains de ces grands tumulus de la Bretagne 
proviennent parfois d'une simple inhumation, comme à Arzon, 
mais plus souvent d'incinérations, comme au Mont Saint-Michel, 
au Mané-Lud, à Kercado. 



Fig. 139. — Dolmen de la Table des Marchands, à Locmariaquer i^Morbihan 

Outre ces monuments grandioses, la Bretagne possède d'innom- 
brables constructions dolméniques, disséminées sur tout son terri- 
toire. Elles présentent des plans variés, depuis la simple chambre 
jusqu'aux grandes galeries ou allées couvertes. Quelques pierres, 
comme les supports de la Table des Marchands, à Locmariaquer, 
portent des ornements gravés ou des cupules que nous étudierons 
dans un chapitre spécial. 

Les chambres des allées sont circulaires ou rectangulaires et 
parfois pourvues d'un cabinet latéral. Quelques galeries ne sont pas 
rpcLilignes, mais coudées. Telle est Tallée couverte des Pierres- 
Plates, à Locmariaquer, magnifique construction dolménique, dont 
la longueur atleinl 28 mètres. Dans son état primitif elle devait 
comprendre environ 48 supports et 'iO tables, soit au total 68 blocs. 
Elle est d'ailleurs célèbre par ses curieuses sculptures *. La chambre 

1. G. de Closmadeiic. /)o/mefi des Pierres-Plaies, en Locmariaquer^ BSA, 

1892. p. 602. 



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DOLMENS DU GROUPE BRETON ET DES PROVINCES DE l/oUEST 395 

s'ouvre au coude de la galerie. On cite encore parmi les allées cou- 
dées celle du Rocher, à Plougoumelen, longue de 19™ 40* et, dans 
le Finistère, celle dutumulus de Run-Aour, commune de Plomeur, 
qui est plutôt une double galerie aboutissant à une même 
chambre ^. 

Quelques dolmens, dont les tables manquent totalement, tandis 
que tous les supports sont intacts, paraissent n'avoir eu qu'une 
couverture en bois 3. 

Dans les rares allées du type de celle de Kerugou, commune de 
Plomeur (Finistère), la chambre rectangulaire est à découvert et 
subdivisée en plusieurs compartiments ressemblant à une habita- 
lion aménagée en diver.ses pièces *. En raison de la nature des 
objets Tr^cueillis dans cette allée et de ses particularités de construc- 
tion, on peut se demander, avec M. Montelius, si elle n'aurait pas 
servi d'habitation aux vivants plutôt que de tombeau '*. 

En Bretagne, comme partout ailleurs, les dolmens sont des 
ossuaires contenant des sépultures collectives et successives. Ainsi 
s'^explique le désordre fréquent des ossements. Dans un des dolmens 
du Port-Blanc (Morbihan), des squelettes, au nombre de quarante 
ou cinquante, formaient deux couches horizontales séparées par 
un dallage en pierres plates ^. Celte même disposition des débris 
osseux superpo.-îés, avec dalles intermédiaires, a été signalée dans 
d'autres provinces, par exemple dans les allées couvertes des envi- 
rons de Paris ". Aucun fait ne démontre plus nettement le véritable 
caractère des ossuaires dolméniques, élevés pour recevoir successi- 
vement les cadavres d'une tribu ou d'une famille. 

Les dolmens bretons, comme ceux de tous les autres pays, 
abritent souvent des sépultures de date bien postérieure à leur 
construction. Aux temps celtiques et romains notamment, ils ont 

1. Ihifi., p. 700; — G. cl A. de Morlillot, Mus. préhist., 2' édit., pi. I.XII, 
n* 674. 

2. P. du Chatellier, Epoques préhist. el (jnul., T" édit., p. 20. 

3. Le^'uay. BSA, 1883, p. 313. 

4. P. du Chatellier, Exploration des monuments de Kerugou, Mcin. Soc. 
Gôtes-du-Nord, 1877, p. 182:— du même. Epoques préhist. y r» êdil., p. 20. 
pi. VI ^mmuments de Trouicel. de Pen-ar-Menez, à Trcffiajçal. de Kervilloc. h 
Plubannalec). 

5. Montelius, Der Orient und Europa, p. 63. 

6. Gaillard, Fouilles des dolmens du Port-Blanc {Saint-Pierre-Quiberon . 
BSA, 1883. p. 301. 

7. Leguay, BSA, 1883, p. 313. 



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396 III. MONUMENTS MEGALITHIQUES. DOLMENS ET ALLEES COUVERTES 

reçu des cadavres incinérés ou inhumés. On désig^ne ces déf>ôts 
funéraires plus récents sous le nom de sépultures secondaires 
ou adven {ces. Telles sont, pour ne citer qu'un exemple, celles 
du grand tumulus de Rosmeur, commune de Penmarch (Finis- 
tère), dont la galerie contenait des monnaies de Trajan, de Dioclé- 
tien et de Constantin *. 

On rapporte que le tumulus de Mané-er-Hroek, à Locmariaquer^ 



Fip. 140. — Allée couverte de Bajçneux (Maine-et-Loire). 

contenait une douzaine de monnaies romaines, de Tibère à Trajan. 
Dans le dolmen du Petit-Mont, commune d'Arzon, M. Louis Galles 
recueillit deux monnaies gauloises *^. Des figurines blanches, des mon- 
naies et des poteries gallo-romaines ont été rencontrées ailleurs dans 
les mêmes conditions. Mais ces découvertes sporadiques ne sauraient 
démontrer, comme le prétendait Fergusson, que Ton élevait encore 
des dolmens à l'époque gallo-romaine. Chaque fois que des fouilles 
méthodiques ont |)ermis de le constater, ces objets d'époque histo- 
rique iipprirtiennent à des sépultures occupant lescouches supérieures 
ou proviennent d'un remplissage remanié. 

1. Voir Fergusson, Monuments mégalithiques. Préface du traducteur (1 abbé 
Hamardj p. xli et p. 13, loi. 

2. P. du Chatellior, 3f«i^, 1879, p. Ii7. Sur les monnaies dans les dolmens, 
voir Fergusson, Monum méyul., préface, p. xli. 



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DOLMENS DU NORD DE LA FRANCE 397 

Les dolmens et galeries de la Bretagne ne présentent pas d^orien- 
tatiori régulière. 

Xous verrons que les sépultures dolméniquesde Tâge du bronze, 
en Oretagne et notamment dans le Finistère, se distinguent le plussou- 
veràt par le type de leur construction de celles de Tâgede la pierre. 
Les chambres funéraires de Tâge du bronze ne sont plus entière- 
ment formées de mégalithes, mais construites en pierres sèches 
formant des assises régulières. La couverture se compose soit 
d''une grosse dalle, soit d'une voûte d'encorbellement ou fausse 
voûte, en petits matériaux. 

Nous citerons encore parmi les nombreux monuments mégali- 
thiques deTouestla célèbre allée couverte de Bagneux, près.Saumur 
(Maine-et-Loire), Tune des plus importantes de la France (fig. 140). 
Sa forme est celle d'un quadrilatère mesurant 20 mètres en lon- 
gneur et 7 mètres environ en largeur, sur une hauteur de 
3 mètres, mesures extérieures. Klle se compose de quatorze dalles 
de grè)*, dont trois sufiisent à former le toit. La plus grande de 
ces dalles mesure 7°™ 50 de long sur 7 mètres de large. Leur épais- 
seur varie de 0™10 à 0"*80. Il semble que ce monument colossal 
soit d'ailleurs incomplet, et qu'il ait possédé jadis une galerie moins 
élevée dont il reste quelques fragments. Les fouilles qu'on y a 
pratiquées en 1775 n'ont donné aucun résultat •. 

§ VI. — Dolmens du nord de la France. Allées couvertes 
de la région de VOise, 

Très rares dans les provinces de l'est de la France ^, le dépar- 
tement de l'Aube excepté, les dolmens sont encore assez nombreux 
dans certaines régions de la Normandie et de l'Ile-de-France. Le 
grand tumulus dolmé;nque de Fontenay-le-Marmion (Calvados), 
fouillé en 1830 par la Société des Antiquaires de Normandie, a été 
plusieurs fois décrit. C'est un monument d'une structure très ori- 
ginale [ïig, 141). Composé (l'une énorme masse de pierres calcaires, 
ce tertre de 42 mètres de diamètre abritait onze ou douze galeries, 



1. L'allée couverte de Baj^rneux, dite encore de Saumur, a été souvent 
décrite et figurée (consulter DAG, p. 113;. 

2. Voiries fouilles récentes du comte Beaupré dans une allée couverte de 
lastation de Bois-l'Abbé Sexey-aux- Forges) : Beaupré, Station funéraire de 
Bois- V Abbé, Nancy, 1905. 



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Vv^. m. — Plan du tumulu^^à galeries do 
Fontenay-le-Marmion (Calvados . 



398 m. MONUMENTS MÉGALITHIQUES. DOLMENS ET ALLEES COUVERTES 

toutes à peu près semblables, et divisées en deux rangées parallèles. 
Chaque galerie se composait d'une chambre circulaire en pierres 

sèches, recouverte d'une 
fausse voûte en encorbelle- 
ment, et d'un couloir égale- 
ment construit en pierres sè- 
ches, mais pourvu de gros- 
ses dalles de couverture en 
grès rouge. Dans la plupart 
de ces chambres on rencon- 
tra un petit dolmen inté- 
rieur. Elles contenaient 
quelques objets de pierre, 
des tessons de vases, de 
nombreux débris de sque- 
lettes humains *. 

Le type caractéristique 
des sépultures dolméniques 
dans les bassins de la Seine 
et de 1 Oise est une galerie ou allée souterraine dont rien ne décèle 
extérieurement la présence (fig.14'2). Klle est construite en dalles 
verticales en murs de pierres sèches. Le sol est ordinairement 
revêtu d'un dallage, tout au moins partiellement. La longueur de 
l'allée atteint souvent de 7 à 1*2 mètres, et rarement plus de 15; 
la largeur varie entre 1 "• 50 et 3 ""75. La hauteur de la galerie 
d'Arronville n'est pas inférieure à 3 ™ 50, mais ailleurs elle s'a- 
baisse le plus souvent à moins de 2 mètres. La plupart des allées 
se composent d'une antichambre et d'une chambre longue, séparées 
l'une de l'autre par une dalle verticale percée parfois d'un trou 
circulaire (fig. 149). 

Ces ossuaires, dont plusieurs ont été explorés méthodiquement, 
contenaient un grand nombre de squelettes parfois étages, comme 
aux Mureaux, en plusieurs lits superposés, avec dallages séparatifs. 
Quelquefois lorsque la galerie était encombrée d'ossements, par suite 
d'inhumations successives, on l'allongeait. Les os gisent souvent en 

1. Sausse, Le lumalus de Fonlenay-le-Marmion , RA, 1897, I, p. 163. Voir les 
indications bibliofiCraphiq les données par A. de Morlillet, Afas, Cacn, 1894, II, 
p. 731. Ce monument a été l'objet d'une restauration récente (HP, 1906, p. 313). 
Onconnaîten Scandinavie plusieurs tumulus abritant deux ou trois allées (Voir 
Montelius, Der Orient^ p. 115;. Sur ce monument voir aussi L. Coutil, Les 
monuments mégalithiques et leurs légendes, CPF, Vannes, 1906, p. 359. 



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DOLMENS DV NOUD. ALLBB9 COU^'ERTES DE l'oISE 399 

désordre; il arrive cependant que les diverses parties d'un même 
squelette se rencontrent dans leur connexion naturelle, ce qui rend 
difficilement acceptable, du moins comme règle générale, Thypothèse 
d'une sépulture à deux degrés, c'est-à-dire d'un décharnement des 
cadavres avant le dépôt définitif des ossements dans la tombe dol- 
ménique. On a observé plusieurs fois dans ces galeries, comme 
dans un grand nombre de dolmens de pays divers, la présence d'un 



Fi^. 142. — Allée couverte de «la Justice », à Presles Seinc-et Oise}. 
Coupe et plan^ 

foyer, sans doute rituel, placé à l'entrée des allées et se composant 
de blocs noircis, de charbons, d'ossements de mammifères calci- 
nés et de débris divers. 

Le mobilier funéraire, relativement peu abondant par rapport 
au nombre des ossements, est presque exclusivement néolithique, et le 
bronze n'y apparaît guère '*, parmi les offrandes primitives, comme 
dans les dolmens du plateau central. Il se compose surtout de haches 
en silex poli, de tranchetsou pointes de flèche à tranchant transver- 
sal, de poinçons en os et d'objets de parure. Les gaines de haches 
en bois de cerf y sont assez abondantes et les débris céramiques 
relativement rares. Ces monuments sont contemporains de l'expor- 
tation des silex du Grand Pressigny, dont une grande pointe s'est 
rencontrée notamment dans l'allée des Mureaux. 

On doit noter encore l'abondance des crânes trépanés et ^es 

1. D'après Cartailhac, France préhisl., p. 311. 

2. Voir cependant Breuil, Afas, Boulogne. 1899, t. Il, p. 590. L'apparition de 
quelques objets de làge du bronze l à ce niveau ncolithitfue ne saurait sur- 
prendre, mais certaines prétendues trouvailles de cette nature paraissent dou- 
teuses. 



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AISNE 



OISE 



SEINE- ET-OÏSE 



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+ 



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en pierre. 



4- + 



+ -4- - 



Objete 

+ |en os et en 
corne 



Objets 

en matière.*; 

diverses- \ 



Objets 
en métal- 



1, Cette allée, achetée par le Musée de Saint-Germain, a été reconsli*uile dans les fosses du 



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DOLMENS DU XORD. ALLEES COUVERTES DE L^OISE 401 

rondelles crâniennes, ainsi que rattitude repliée des squelettes, 
observée à plusieurs reprises. Nous reviendrons plus loin sur ces 
coutumes funéraires, et sur les « dalles percées », placées à l'entrée 
d'un grand nombre de ces allées. 

Nous avons groupé dans le tableau synoptique ci-contre les prin- 
cipales observations recueillies par les explorateurs de ces impor- 
tants monuments (départements de Seine-et-Oise, Oise et Aisne) K 

1 . Voici la bibliographie de ces allées couvertes : 

1" DEPARTEMENT DE SEINE-ET-OISE. 

Argenteail. — Louis Leguay, Rapport sur les fouilles de Vallée couverte 
d^Argenleuil, RA. 1867, 1, p. 364; —A. de Mortillet, Vallée couverte de Dam- 
pont, commune d'Us, BSA, 1889, p. 243. 

Arronville. — A. de Mortillet, BSA, 1889, p. 243; — E. Collin, Crâne pro- 
venant du dolmen d' Arronville^ BSA, 1893, p. 785; — P. de Mortillet, Entrées 
des allées couvertes des environs de Paris^ HP, 1903, p. 198. 

Brueil-en-Vexin. — A. de Mortillet, BSA, 1889, p. 243. 

ConflanS'Sainte-ilonorine. — A. Bertrand, Archéologie celtique et gau- 
loise, 2« édit., p. 175 ; — P. de Mortillet, HP, 1903, p. 194. 

Epône. -y DAG ; — A. de Mortillet, BSA. 1889, p. 243. 

Guervillê-Senneville. —P. de Mortillet, HP, 1903, p. 201. 

Jouy-le-Moustier. — A. de Caix de Saint-Aymour, Étude sur quelques 
monuments mégalithiques de la vallée de l'Oise, Pans, 1875 (c. r. dans Mat., 
876, p. 157) ; — A. de Mortillet, BSA, 1889, p. 243. 

Labbeville. — G. Fouju, Fouilles au dolmen de Menouville, BSA, 1902, 
p. 54 ; — L. Manouvrier, Trépanation crânienne préhistorique post-morten, 
Ibid., p. 57 ; — P. de Mortillet, HP, 1903, p. 200. 

Monlreuil. — E. Collin, Allée couverte de Coppière-sur-Epte, BSA,. 1893. 
p. 785 ; — A. de Mortillet. Lallée couverte de Coppière, REA, 1906, p. 297. 

Les Mureaux. — D' Verneau, Lallée couverte des Mureaux, Anthr., 1890, 
p. 157 ; — P. de Mortillet, HP, 1903, p. 204. 

Prestes. — A. de Mortillet, BSA, 1889, p. 244; — P. de Mortillet. HP, 1903, 
p. 197. 

château ; — 2. 9 mètres de longueur d'après le Dict. archêol. de lu Gaale, 10 da- 
près M. A. de Mortillet; — 3 Un annelet de bronze recueilli par un enfant dans les 
dt^blaisde la fouille. M. de Caix de Saint-Aymour en conteste l'authenticité (.Wa/., 1876, 
p. 163); — V. Plus de 16 mètres, d'après M. P. de MorUllet (HP, 1003, p. i'J?), un peu 
moins de 20 mètres, d'après M. A. de Mortillet (BSA, 1889, p. 2U). Cette allée a ëU- 
détruite ; — 5. Deux voilures d'ossements humains ont été transportées au cimetière du 
village (A. de Mortillet, BSA, 1889, p. 2i9) ; — 6. On y aurait trouvé en 18 V5 des spatules 
en cuivre à lonj^ manche (hachfs pla'es ou à bords droits?). Breuil, A fus, Boulogne-sur- 
Mer, 1899, II, p. 590 ; — 7. « La couche superficielle aurait donc eu quarante-six sque- 
lettes et comme la profondeur du tombeau comportait trois épaisseurs de corps, si ce 
n'est quatre, on peut estimer le nombre des cadavres ensevelis au moins à cent trente- 
huit » (DAG, p 317). M. Vauvillé (BSA. 1887, p. 72ii estime à 200 le nombre de sque- 
lettes que contenait cette allée ; —8. M. Pol Baudet (HP, 1907, p. 135) place par erreur 
cette allée sur le territoire de la commune d'Attichy ; — 9. « 11 contenait [le monu- 
ment] environ cinquante squelettes, des poteries, une petite hache en silex verdàtre et 
trois haches en bronze (type à talon arrondi) ». Voir Bull. Soc. arch''ol. SoLisons , 
856, p. 249 (cf. BS.\, 1887, p. 223). Mais la dernière indication parait suspecte; — 10. 
M. Vauvillé ayant rencontré 32 squelettes dans la partie fouillée évalue à 200 le nombre 
des corps de cette sépulture(cf. BSA, IH87, p. 712). 

Manuel d'archéologie préhistorique. — T. I. 26 



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402 III. MONUMENTS MEGALITHIQUES. DOLMENS ET ALLEES COUVERTES 

Les chiffres indiqués pour les dimensions des allées et pour le 
nombre des squelettes ne sont le plus souvent qu'approximatifs. 

S5 VII. — Dolmens de la France centrale et méridionale, 

La zone des dolmens dessine sur le territoire de la France une 
large bande transversale qui part de la Bretagne pour aboutir au\ 
côtes méditerranéennes de THérault. Sur toute cette étendue^ hor- 
mis quelques faibles districts, les constructions dolménir|ue< 
abondent. C'est dans la région des causses, dans les départements 
de TAveyron, de l'Ardèche, du Lot, du Gard et de la Lozère, qu'on 
les rencontre en plus grand nombre *. L'Aveyron (487 dolmen^ 

Saini-MàrUn-da-Terlre, — P. de Mortillet, HP, 1903, p. 204. 

Us. —A. de Mortillet. BSA, 1889, p. 240 ;— P. de Mortillet, HP, 1903, p. f ÎH», 

2" DRPARTBMEMT DE L OISB. 

Boury (Bois de la Bellée . — P. de Mortillet, HP, 1903, p. 195. 

Boury (Près des Gaves-aux-Fces). — DAG, p. 188-189. 

ChamaïU. — DAG, p. 256 ; — RA, 1867. I. p. 370. 

Coarlieux — DAG. p. 317 ; — Vauvillé, Rinseiynemenls sur les allées cou- 
vertes fouillées duns les départements de V Aisne et de VOise, BS.\, 1892, p. 575 : 
-du même, BSA, 1887, p. 72 i. 

Ermenonville. — E. Colliii, Dolmen d'Ermenonville^ BSA, 1898, p. 462 ; — 
Discussion par M. Verneau, Ibid., p. 461 ; — P. de Morlillet, HP, 1903, 
p. 20'^. 

Flavacourt, — Bénard, Découverte et fouilles d'un dolmen h Chnmpignolles, 
Bull. Soc. archéol. Veiidômois, 1904, p. 88 (c. r. dans Anthr ^ 1906, p 593. 

Saint-Etienne. — G. Stalin, Le dolmen de Saint-Etienne^ HP, 1903, p. 321; 
— Vauvillê, Découverte d^ une allée couverte dans le canton dAHichy^ BSA, 
1903 p. 171. 

Saint-Pierre-les-Bilry. — VauvilL^ BSA, 1887, p. 721 ; -du même, BSA, 
1892. p. :i7.> : — d 1 môme, BSA, 1903, p. 171 ; — Pol Baudet, HP, 1907, p. 135. 

TrieChiteau. — P. de Mortillet, HP, 1903, p. l96. 

Villers-S:iint-Sépulcre. — P. de Mortillet, HP, 1903. p. 197. 

3" IJPPAUTEMENT DE l'aIS.NE. 

Ambleny. — VauvillcS BS.V, 1887, p 725; — du même, BSA, 1892, p. 575; — 
du même, BSA, 1903, p. 171 ; — Pol Baudet, HP, 1907. p. 135 

Monlirjny-VEnqrain. — Même bibliof^raphie ; — Vauvillê BSA, 1905, p. 151. 

Saint-Christophe-à-Herry. — Même bibliographie. 

ViC'Sur-Àisne. — Même bibliographie. 

1. Sur les dolmens du groupe de l'Ardèche, du Gard, de rHérauIl. de 
la Lozère et de l'Aveyron, outre les travaux relatifs à une région, cités ci- 
dessus, p. 389. note 2, on pourra consulter les monographies suivantes : 
Léon Ved •!, Le dolmen de la Kaïrié près Largentière, Bull. Soc. Se. 
Ardèche. Privas. 18(iî»; — Ollier de Marichard, Les temps préhistoriques 
dans l Ard'che. Dolmen sons tumnlus à double inhumalionj Afas, Clermont» 
1876, p. 556; — G. Carrière, Les dolmens et les tnmuli du bois de Paliolire 



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DOLMENS DE LA FRANCE CENTRALE ET MERIDIONALE 403 

se classe en tête de la liste de distribution des dolmens, suivi 
iinmédiatement de TArdèche (400), qui passe encore avant le 
Finistère (353). 

Mais si Ton tient compte de l'importance et de la beauté des 
inonuments, TAveyron et le Languedoc sont loin, comme nous 
l'avons dit, d'égaler TArmorique. F^es allées couvertes sont rares 
dans les causses. Les dolmens méridionaux n'y présentent pas Tas- 
pect imposant des grands mégalithes granitiques de la Bretagne. On 
les rencontre surtout dans les terrains incultes et dans les forêts. 
Quelques-uns sont entièrement enveloppés d'un tumulus. « La 
chambre est rectangulaire, écritM.Cartailhac, bornée en général par 
quatre pierres, deux longues et deux courtes ; une de celles-ci, 
maniable, tenant lieude porte. ïlen est au moins deux dont Touver- 
lure est en forme de gueule de four : à Gramat (Lot) et à Lodève 
(Hérault). Quelquefois il reste des vestiges d'une avenue très surbais- 
sée ouverte directement au bout ou sur le côté. La dalle qui couvre 
l'édifice est souvent très volumineuse » ^. 

{près les Vans, Ardèche), BM, 188a, p. 515; — P. Raymond, Le préhistorique 
le long de la rivière d'Ardèche, BSA, 1892, p. 151 ; — Cartailhnc, Dolmen de 
Grailhe (Gard), CIA, Copenhague, 1869, p. 199; — M. Nicolas, Quelques dol- 
mens nouveaux ou peu connus du Gard et du Vaucluse, Mat., 18S6, p. 177; — 
L. Roussel et Lombard- Dumas, Dolmen du Mas de C Aveugle [Gard), Journal 
d'Uzè^. 19 et 26 décembre 1886; — E. Gimon, Le dolmen de Graniès {Gard), 
BSPF, 1904, p. 29i; — Sambucy-Luzançon, Les dolmens du Larzac, BM, 1865, 
p. 560; — L. de Malafosse, Etude sur les dolmens de la Lozère, Mém. Soc. 
arch. midi de la France, IX, 1856-71, p. 262, et -X, p. 150 [cLMat., 1869 p.82l); — 
L. de Malafosse, Nouvelles fouilles dans les dolmens de la Lozère, Mat.. 1873, 
p. 37; — Prunières, FouiLlet du dolmen de Laumède sur le causse de Chanar 
(LrOsèrc). BSA. 1876, p. 1 45 : — A. de Quatrefages, Note sur les dernières 
déc ouvertes effectuées par M. Prunières dans la Lozère, CIA, Lisbonne, 1880. 
p. 203 ; — Prunières, Les Troglodytes et les Dolméniques des causses lozériens, 
Afas, Rouen, 1883, p. 66 4; — Dolmens de l'Aveyron, Lettre de M. Carlailhac à 
M, de Mortillet, HA, 1866, L p. 67; — Cazalis de Fondouce, Derniers temps 
de l'âge de la pierre polie dans VAveyron, La grjttte sépulcrale de Saint-Jean 
d*Alcas et les dolmens de Pilande et des Castes, Paris, 1867; — K. Cartailhac, 
Distribution des dolmens dans le département de VAveyron, CIA. Paris, 1867, 
p. 185; — du même, Nouveaux dolmens dans le centre de l'Aveyron, Mat., 
1876, p. 84; — du même. Dolmen de Sainl-Rome-de-Tarn (Aveyron\ Ibid.. 
p. 513; — du même. Le dolmen dit Peyrolevado à Saint-Germiiin, près Milhau 
[Aveyron), Mat., 1877, p. 543. 

Dan^ la Lozère, un des plus infati^'ables explorateurs des dolmens fut le 
jy Prunières, décédé à MarvejoU (Lozère), en IS93. Sa riche collection anthro- 
poloj^iquc. constituée au cour» de ses fouilles dans les cavernes et les dolmens 
de ce département, est aujourd luii conservée au Muséum d'histoire naturelle 
de Paris (V. le catatogue sommaire dans BSA, 1893, p. 353. —Cf. Anlhr., 1903, 
p. 625 ; 190 4, p. -478). Malheureusement les comptes rendus publiL's par lui sont 
ic plus souvent tout à faitmsuffisants. 

1. Carlailhac, France préhisL, p. 219; —du même, CIA, Paris, 1867, p. 187 



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404 m. MONUMENTS MÉGALITHIQUES. DOLMENS ET ALLEES COUVERTES 

Les. dolmens du midi de la France et notamment le groupe si 
conipact de la région cébénienne ne livrent pas à leurs explorateurs, 
comme les dolmens bretons, un mobilier presque exclusivement 
néolithique. Ils abritent des sépultures appartenant pour la plupaK 
à Taurore de Tâge du bronze, phase appelée encore âge du cuivre, 
parce que le cuivre pur était alors presque seul employé. 

Ces deux métaux, cuivre et bronze, ont été recueillis en effet dans 
un grand nombre de dolmens méridionaux, notamment sous la 



Fijf. 143. — Dolmen de la Lauzo. commune d'Orjfoac f.\rdèche) ». 

forme de petits objets de parure, anneaux en ruban ou en spi- 
rale, grains de collier, lamelles ou plaquettes minces martelées, 
alênes à tatouer, etc. ^ Les armes de métal, à Texception de 
quelques petits poignards triangulaires de la même époque, 
demeurent encore très rares. 

Les mêmes objets de cuivre et de bronze ne font pas défaut 
dans les dolmens les pi us rapprochés de la Méditerranée. Le dolmen 
sous tumulusde la Vieille Verrerie (Var), crypte dont la chambre 
se composait de deux compartiments égaux, renfermait, au milieu, 
de nombreux ossements d'hommes et d'animaux domestiques, une 
assez grande quantité de petits objets en cuivre ou en bronze : perles 
d'enfilage discoïdes, cylindriques ou bi-coniques, plaquettes, poin- 
çons etanneaux. Le métal était associé ici, comme dans la plupart des 



1. D'après Ollicr de Marichard, Monum. inégal, du Vivarais^ pi. III. 

2. Voir les statistiques publiées par M. Chantre, Age du bronze^ 2* partie, 
p. 3S. Cet auteur a donné l'inventaire de al»l objets de bronze recueillis dans 
147 dolmens de la ré^'ion des (devenues. 



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DOLMBNS DE LA FRANCE CENTRALE ET MÉRIDIONALE 405 

dolmens du midi, à des objets néolithiques, pendeloques en pierres 
et en coquilles, haches polies, poterie, etc. * 

Une notoriété exceptionnelle s'attache à quatre allées couvertes 
d'un type spécial, situées en Provence, sépultures que nous allons 
décrire. Ici nous nous trouvons en présence de cryptes intermé- 
diaires entre la grotte artificielle et la galerie dolménique. 

Au nord-est de la ville d'Arles, s'élèvent, au-dessus d'une plaine 



Fig. 144. — Dolmen de Brantôme (Dordogne . 

jadis marécageuse, les trois collines de Montmajour, de Cordes el 
du Castellet, dépendant de la commune de Fontvielle. On con- 
naissait depuis longtemps sur la colline de Cordes une longue 
galerie, appelée la Grotte des Fées^ creusée artificiellement dans le 
roc. Son âge et son origine demeurèrent énigmatiques jusqu'en 
1860. A cette date, deux autres galeries à peu près semblables, 
mais plus petites, la Grotte dite Bounias, du nom du proprié- 
taire, et la Grotte de la Source^ furent découvertes sur le pla- 
teau du Castellet. En 1875-76, on explora une quatrième galerie, 

1. D' Ollivier, Le Tombenu mégalithique de Ui Vieille Verrerie (Var), Mat.. 
1878, p. 293. 



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406 III. MONUMENTS MEGALITHIQUES. DOLMENS ET ALLÉES COUVERTES 

la Grotte dite du Castellet, dans la partie est de cette colline '. 
La Grotte des Fées, décrite par M. Cazalis de Fondouce, est une 
longue galerie toute creusée dans le calcaire. Elle mesure 24 " 25 de 
longueur, sur une largeur variant entre 3 "* 80 et 2 " 85 (fig. 1 45) . On y 
accède par un plan incliné, pourvu d'un escalier de dix marches 
taillées dans la roche. Le plan général de la crypte est cruciforme, 
deux ailes ou chambres latérales, terminées en hémicycle, for- 
mant une sorte de transept entre Tescalier et la galerie. Celle-ci, 





Fig. 145. — " Grotte des Fées »>, allée couverte, à Fontviellc, 
près Arles (Bouches-du-Rhône)^. 

creusée à ciel ouvert, a reçu comme couverture une rangée de pierres 
épaisses posées à plat. Une chape de pierrailles la recouvrait jadis. 
(Jn ignore à quelle époque elle fut vidée, mais on sait qu'en 1779 
elle se trouvait déjà dans son état actuel. Mérimée en 1835 pres- 
sentit le caractère dolménique du monument, conjecture que con- 
firma la découverte des autres grottes. 

La Grotte Bounias, longue seulement de 19 mètres, présente les 
mêmes dispositions, moins le transept. Elle occupait le centre d'un 
tumulus de 41 mètres de diamètre. Une muraille et une pierre 
posée de champ en fermaient Tentrée. A Tinlérieur, des ossements 
humains, ayant appartenu à une dizaine d individus et comprenant 

1. Sur les j,'rottes de Fontvîellc consulter : Cazalis de Fondouce, Allées cou- 
vertes de la Provence, I et II, Paris, 1873 et Ï878;— 1)AG. — Pourla quatrième 
jrrotte, voir Huart, Bapporl sur les fouilles de U grotte dolmen du Castellet, 
CAF, Arles, 1876. p. 312. 

2. Montelius, Der Orient nnd Europa, p. 59, fij?. 69, d'après Cazalis de Fon- 
douce, Allées couvertes de la Provence, 1873, pi. II. 



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DOLMENS DE LA FRANCE CENTRALE ET MERIDIONALE 407 

un seul squelette entier, reposaient sur une aire en cailloutis. Le 
mobilier funéraire, peu abondant, mais caractéristique, comprenait 
plusieurs pointes de flèche en silex, deux maillets à rainure en 
quarlzite *, une lame de poignard à l.mguette en bronze ou plus pro- 
bablement en cuivre, un bouton en os, des fragments de poterie. 

La (irotte de la Source (longueur lô'^BO; contenait également 
des ossements humains, associés à des objets similaires : des pointes 
de flèche en silex, une hachette en pierre polie, des pendeloques, 
une perle en cuivre et quelques fragments d'une plaque de même 
métal. 

La Grotte du Gastellet (longueur 18™ 10) fut fouillée métho- 
diquement en 1876 par MM. Gartailhac, Gazalis de Fondouce et 
Huart. On y rencontra les débris osseux de plus de cent individus, 
associés à des objets variés : trente-trois pointes de flèche ou de jave- 
lot en silex, dont une encore engagée dans une vertèbre humaine 
I iig. 175, 1), des hachettes en pierre polie, un affûtoir en grès, des os 
appointés, des perles et pendeloques, cent quatorze rondelles en cal- 
laïs, plusieurs autres perles en forme d'olive, dont une en callaïs et 
une en or, une petite plaquette mince également en or. On recueil- 
lit encore dans cette crypte de nombreuses poteries, notam- 
ment une coupe et un gobelet appartenant au groupe des vases 
dits caliciformes. Gette intéressante céramique, que nous étudie- 
rons ci-après, apparait en Bretagne à la fin du néolithique, tan- 
dis que dans le sud de la France, en Portugal et en Sicile, elle 
se classe à Tâge du bronze I. 

La composition du mobilier funéraire des allées couvertes de 
Fontvielle, parfaitement homogène et caractéristique, détermine 
nettement Tattribution chronologique de ces cryptes. Elles remontent 
à la période de transition du néolithique à Tâge du bronze, période 
synchronique dans le midi de la PVance avec la lin du néolithique 
pur en Armorique. Les premiers métaux, importés du sud, péné- 
trèrent dans la Gaule du nord un peu plus tard que dans les pro- 
vinces méridionales. G'est pourquoi certains objets typiques de la 
lin du néolithique pur en Armorique, tels que la callaïs et les vases 
caliciformes, sont associés aux premiers objets de cuivre ou de 
bronze dans les cryptes funéraires de la Provence et du Portu- 



gal. 



A côté des allées couvertes de Fontvielle, un autre groupe de 

1. Un de ces maillets fut Irouvé après les fouilles dans les déblais de la 
uTOlle. 



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408 III. MONUMENTS MEGALITHIQUES. DOLMENS ET ALLEES COU^'^RTBS 

galeries dolméniques dans la France méridionale mérite de retenir 
l'attention. Nous voulons parler de la vaste nécropole du plateau 
de Ger, située, d'une part, entre la vallée de TAdour et la vallée du 
Gave de Pau, et, d'autre part, entre les coteaux d'Ossun et la 
ville de Dax. Sur ce plateau aride, sorte de lande couverte de 
fougères et d'ajoncs, se groupent de nombreux tertres tumulaires 
appartenant à deux époques tout à fait distinctes, bien qu^aucun 
caractère extérieur ne permette de les différencier les uns des 
autres. La distinction s'opère aisément par ta comparaison des pro- 
cédés de construction, des rites funéraires et des objets mobiliers. 
Parmi ces tertres gazonnés, les uns, en petit nombre, abritent des 
dolmens ou des allées couvertes mégalithiques, avec sépultures 
multiples à inhumation et mobilier néolithique. Les autres, plus 
nombreux, recèlent des urnes cinéraires ou même des amas de 
cendres humaines déposées sans récipients au milieu des galets 
dont sont formées les tombelles ; leur mobilier se compose d'objets 
de fer et de bronze. 

Le premier groupe appartient à la 6n du néolithique, le second 
à la fin du premier âge du fer ou époque hallstattienne. 
Alexandre Bertrand a commis une erreur fondamentale en pré- 
tendant que « les peuples des dolmens et tumulus semblent avoir 
vécu [là] côte à côte et occupé la contrée à une même époque ou à 
des époques imm »diatem3nt voisines » *. En réalité, l'abandon 
temporaire de la nécropole présente un véritable hiatus corres- 
pondant à toute la durée de l'âge du bronze et de la première 
phase de Tâge du fer, périodes encore non représentées jusqu'à ce 
jour dans les tumulus de cette région. Délaissé vers le début 
du second millénaire, le cimetière ne reçut de nouvelles sépultures 
que vers le vi® siècle avant notre ère. 

La partie nord fut explorée par le général Pothier vers 1883 *. 
Parmi les 62 tertres qu'il fouilla méthodiquement, 10 sont néoli- 
thiques. Le plus important est celui de Taillan, vaste tumulus mesu- 

1. A. Bertrand, Archëol. celtiqite-^ ganl.^ 2" édit., 1889, p. 247. 

2. GJncral Pothier, Les tumulus du plateau de Ger^ Paris, 1900. Le général 
Pothier, lorsqu'il découvrit les tuiTulus du plateau de Ger, était colonel 
directeur dô l Kcole d'artillerie de Ttirbes. Ses fouilles, poursuivies pendant 
quatre ans, à partir de IHSO, furent condiitcs, comme l'observe avec raison 
M. Bjrtrani, avec un soin et une méthode dijj^.ies d'être proposés pour 
exemple. Oatre le volume indiqui ci-dess is, rjsumé de ses observations, il a 
laissé plusieurs cahiers de procès -verbaux avec plans, cartes et photographies. 
Ces documents nous ont été obligeammjnt communiqués par M. Cartailhac. 



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DOLMENS DE LA FtlANCE CENTRALE ET MERIDIONALE 409 

rant à la base 30 mètres de diamètre sur une hauteur de 2" 50. Il 
abritait une allée couverte en pierres brutes, longue de 5 mètres, 
mais assez étroite (1 mètre de largeur dans œuvre). Un squelette 
était appuyé contre la paroi dans Tattitude d'un homme assis. 
D'autres ossements humains ne présentant pas de traces d'inciné- 
ration gisaient épars sur Taire de la galerie, d'où Ton retira 
quelques objets de pierre, notamment une belle pointe de lance en 
silex artistement taillé, une hache étroite et allongée en diorite 
poli, d'upe forme très rare, enfin un grand nombre de vases carac- 
téristiques à base mamelonnée et anses multiples, dont nous étu- 
dierons ultérieurement l'aire de dispersion. 

Edouard Pietle explorant de son côté le sud de cette nécropole, 
près de Bartrès et d'Ossun, y reconnut également les deux mêmes 
catégories de sépultures tumulaires. Sur ce point les tertres de 
Tâge de la pierre, bien caractérisés, étaient au nombre de deux : 
celui du Pouy-Mayou et celui du Pouy de la Halliade. Le pre- 
mier se présentait sous Taspect d'une butte énorme de 45 mètres 
de diamètre, haute de 3 '"60, abritant également une crypte en 
pierres brutes de grandes dimensions : longueur 7 mètres, largeur 
4™ 30, hauteur 2 "* 60. Quatre grosses dalles, une en grès et trois 
en granit, formaient la toiture. L'aire de la galerie était revêtue 
d'argile et de dalles en ardoise. Piette y rencontra quelques débris 
osseux ayant appartenu à des squelettes humains, assis, le 
dos appuyé contre les parois. Le mobilier ne comprenait qu'un 
couteau de silex et un grain de collier en or massif « du poids de 
4 louis », affectant la forme d'une olive, et percé dans le sens de la 
longueur. 

Le tumulus du Pouy de la Halliade (diamètre 24 mètres, hau- 
teur 2" 15) abritait une allée couverte beaucoup plus étroite 
(largeur intérieure 0"» 53-0'" 70), mais plus longue (14 " 20). Une 
galerie secondaire, longue de 1 "* 55, se reliait perpendiculairement 
à la galerie principale. Cette dernière contenait huit chambres que 
Piette a explorées intégralement. La quatrième lui a livré quatre 
vases comprenant deux de ces coupes à plusieurs anses et à base 
mamelonnée du type de ceux de Taillan. La cinquième chambre 
contenait huit poteries, notamment trois vases caliciformes à pâte 
rougeâtre, ornés de zones pointillées, tout à fait semblables à ceux 
de la Bretagne. Enfin dans la sixième chambre il recueillit une 
petite lame d'or martelé, d'autres vases céramiques et des grains 



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410 III. MONUMENTS MÉGALITHIQUES. DOLMENS ET ALLEES COL» VERTES 

de collier cylindriques en callaïs. L'allée secondaire, divisée en deux 
cases, ne renfermait qu'une petite hache polie *. 

Jusqu'à ce jour, ces sépultures néolithiques du plateau de Ger 
n'ont donc pas livré d'objets de cuivre ou de bronze, mais Tappari- 
tion du cuivre dans leur mobilier funéraire ne pourrait aucunement 
surprendre : comme l'indique la composition des offrandes, bijoux 
en or, perles en callaïs, vases caliciformes, nous nous trouvons ici 
en présence de monuments synchroniques avec les allées couvertes de 
Fontvielle et les cryptes funéraires du Portugal. 

Les sépultures hallstattiennes de la même époque que celles du 
plateau de Ger s'étendent dans la région voisine sur une vaste 
étendue, soit sur une longueur de près de 300 kilomètres, depuis le 
littoral océanique du département des Basses-Pyrénées jusqu*à la 
ligne de partage du bassin de l'Atlantique avec le bassin de la 
Méditerranée ^. De là, elles se relient à d'autres groupes de la 
Gaule orientale. On peut encore retrouver çà et là, à travers ces 
tumulus du premier Age du fer, d'autres tertres néolithiques du 
même âge que ceux du plateau de Ger ^. 

Dans ce rapide examen des principales constructions mégali- 
thiques du midi de la France, nous ne saurions omettre l'une des plus 
importantes, le beau dolmen de Draguignan, vulgairement connu 
sous le nom de « Payre de la Fade » (Pierre de la Fée)^ mal- 
heureusement défiguré par des remaniements modernes. L'énorme 
dalle qui le recouvre mesure près de 6 mètres de longueur. 
11 se dresse à découvert sur un monticule, à un kilomètre 
au nord-ouest de Draguignan *, 

Beaucoup d'autres cryptes mégalithiques, encore cachées sous 
des tertres de terre ou de pierraille dans nos diverses provinces 
françaises, livreront peu à peu à de futurs explorateurs le secret de 
leurs richesses archéologiques. Il est à souhaiter que les recherches 
ultérieures soient dirigées avec la même méthode que l'exploration 
de la quatrième grotte du Gastellet et des tertres de Taillan ou de 
la Halliade. Un trop grand nombre de dolmens de la région 
cébénienne ont été l'objet d'une véritable dilapidation, causée par 
des fouilles hâtives, incomplètes et désordonnées. 

1. E. Pielte, Noie sur les tnmulus de Barlrès et d'Ossun^ Mat., 1881. 
p. 522. 

2. Général Pothier, Les tumulus du plateau de Ger, p. 162. 

3. Voir par exemp'e : Cau-Durban, Nécropole d Ayer {Bordes-sur-LeZj, 
Afas, Toulonsc, 1887, II, p. 736. 

4. Consulter spécialement : A. de Mortillel, Le dolmen de Draguignan 
I Var), HP, 190 i, p. 1 42 ; — DAG. 



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DOLMENS EN MAÇONNERIE DE PIERRES SECHES 41 I 

§ VI H. — Dolmens en maçonnerie de pierres sèches. 

Certaines sépultures dolméniques avec ou sans tumulus se 
<lislingueni des précédentes par cette seule particularité que les 
}^ras monolithes du dolmen sont remplacés par des murets en 
pierres sèches. La structure générale demeure encore la même. Il 
est évident que des circonstances locales, telle que la rareté des 
pierres de grandes dimensions, peuvent suffire à expliquer parfois 
ces diversités d'appareil et de mode de construction. Mais nous 
A errons cependant qu'au début de l'âge du bronze la substitution des 
murs en pierres sèches aux supports mégalithiques devint en 
Bretagne la règle constante. Pris dans leur ensemble les faux 
dolmens maçonnés sont plus récents que les vrais dolmens mégali- 
thiques. 

Le meilleur exemple que l'on puisse citer en France de tumulus 
néolithiques avec noyau intérieur en petites pierres est le groupe 
<les tumulus de la forêt de la Boixe (Charente), méthodiquement 
fouillés par M. Ghauvet *. Sur ces onze tertres ^, les deux ou trois 
plus gros recouvraient de véritables dolmens. « Dans sept, 
Tossuaire était formé par une maçonnerie de pierres plates. L'en- 
ceinte [cella] était rectangulaire dans deux, polygonale dans un, 
circulaire dans quatre. Une chambre rectangulaire et deux circu- 
laires avaient des appendices en forme de couloirs différemment 
orientés. Un seul tumulus n'avait pas d'enceinte » •"^. On peut juger 
par là de l'extrême diversité que présentent dans les détails de leur 
disposition les sépultures néolithiques se rattachant au type dolmé- 
nique. Tous ces tertres de la Boixe ont livré un mobilier de même 
nature et appartenant à une marna époque. C'est le cimetière d'une 
tribu, écrit encore M. Chauvet, et l'on ne peut attribuer ces variétés 
qu*à la fantaisie des constructeurs à moins d'y voir des distinc- 
tions de classes ou de professions. 

Tous les tumulus de la Boixe sont circulaires et mesurent en 
moyenne 15 mètres de diamètre, mais leur hauteur dépasse 
rarement un mètre. Ce sont des galgals de pierres avec chape en 
terre. M. Ghauvet a émis l'hypothèse fort plausible que les toitures 

1. Chauvet, Tumulus de la Boixe, Angoulême, 1S78. 

2. La nécropole comprenait au moins quinze tertres, mais deux ou trois ont 
t-té détruits (Chauvet, Ibid., p. 3). 

3. Chauvet, /fcid., p. 34. 



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412 III. MONUMENTS MEGALITHIQUES. DOLMENS ET ALLEES COUVERTES 

de ces cellas devaient être en bois ^ Nous verrons que des 
ossuaires creusés en pleine terre paraissent avoir possédé également 
des revêtements de bois. Les vestiges de cette matière ne peuvent 
être reconnus que par des fouilles attentivement surveillées. 

On peut rattacher encore aux sépultures dolméniques cerlaine< 
tombes individuelles ou collectives sous blocs erratiques, avec ou 
sans murets latéraux en pierres sèches ^. 

Gomme type d'allée couverte néolithique avec murets en petites 
pierres remplaçant les grandes dalles po'sées de champ, on peut 
encore citer la sépulture de Mareuil-lès-Meaux (Seine-et-Marne) ^. 
C'était une fosse allongée, mesurant 9 mètres de long sur 3 mètre< 
de large à son extrémité est et 2 mètres à Tautre extrémité- I-a 
chambre, du côté ouest, avait comme couverture une large table 
dolménique, grosse dalle épaisse de "* 50 et mesurant plus de 
10 mètres carrés. Toute la galerie était dallée. Les murs consis- 
taient en une maçonnerie de pierres sèches plates (haut. ■* 70 
environ), posées à sec. Cette sépulture contenait de nombreux 
squelettes ainsi qu'un abondant mobilier néolithique, sans trace 
de métal : haches polies, silex, gaines d'emmanchures en bois de 
cerf, objets de parure, etc. 

§ IX. — Distribution géographique des dolmens 

en Europe^ en Afrique et en Asie, Dalles trouées. Voûtes à 

encorbellenent, 

La présence des dolmens a été reconnue sur une vaste zone géo- 
graphique qui, à l'est , commence dans l'Inde et comprend la Syrie, le 
Caucase, la Crimée, divers points du littoral septentrional de la mer 
Noire, l'Afrique du nord (Soudan, Tripolitaine, Tunisie, Algérie et 
Maroc), l'Espagne, le Portugal, la France, les Iles Britanniques, la 
Belgique (rares), la Hollande, TAUemagne du nord, le Danemark et 
la Suède (partie du sud-ouest) *. 

J. Chauvet, Deux dolmens en bois à Foiiquenre^ Afas. Angoulcme, 1882, H, 
p. 60 t. 

2. Voir Leguay, BSA, 1882, p. 292. 

3. Emile Petitot, La sépulture dolménique de Mareuil-lès-MeRUX [Seine-^t- 
Marne) et ses construcleurs, Paris, 1892 et BSA, 1892, p. 344; — Montelius. 
Der Orient und Europa, 1897, p. 68. 

4. Sur rétat actuel de nos connaissances à l'égard de la distribution géné- 
rale des dolmens, voirie subsUntiel exposé de M. Montelius, Der Orient and 
^nro/?a, Stockholm, 1S99, ouvrage contenant pour Télranger rindicalion des 
principales sources bibliographiques. 



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DISTRIBUTION GEOGRAPHIQUE DES DOLMENS il3 

'Des légendes rappelant celles que nous avons signalées en 
Europe sont attachées aux dolmens de Tlnde. Ceux-ci se rencontrent 
iioLamment sur les côtes de Malabar, dans la province de Sorapoor et 
<lan5« les Neilgherries * . Des cercles de pierres entourent parfois ces 
inonuments mégalithiques, dont on connaît peu le mobilier.. On y a 
signalé la présence d'objets en fer, mais dans cette région, comme 
dans beaucoup d'au- 
tres, des observations 
trop incomplètes ont 
rarement permis de 
distinguer entre les dé- 
pôts funéraires primi- 
tifs et les dépôts se- 
condaires. Il est possi- 
ble que beaucoup de 

dolmens aient été vio- r.. ..^ t- k i i • • i n i 

rig. 146. — Tombe uolmenique avec dalle trouée. 

lés très anciennement Kosseir (Syrie) -. 

et que des incinérations 

récenles aient remplacé ultérieurement les squelettes primitifs. 
D'autre part, on sait que les tribus des Khasias, dans les montagnes 
de TAssam, construisent encore des dolmens^, de même que les insu- 
laires de Madagascar^. 

Les dolmens de la Syrie, nombreux à Vest du Jourdain, ont élé 
étudiés surtout par F. de Saulcy •"*. 

1. Taylor, Journal Soc. asiatique de Bombay, IV, p. 380 ; — Capitaine 
Congreve, Journal de littérature et sciences de Madras^ n" 32; — A. Bertrand, 
Archéol. celtique et gaul., 2" édit., 1889, p. 140 ; — Cartailhac, France 
préhist., p. 187; — Montelius, Der Orient und Kuropa, p. 10 : — Fergusson, 
Les monum. inégal, de tous pays^ trad. llamard, p. iSO. 

On a également signalé des dolmens en Perse et au Japon : J. de Morgan, 
La délégation en Perse, 1902; — L'Histoire de VÉLam d'après les matériaux 
fournis par les fouilles de Suse, Paris, 1902 ; — L. Capilan, L'Histoire de 
VÉlam diaprés les derniers travaux de la mission de Morgan, UEA, 1902, 
p. 187; — Edward S. Marse, Dolmens in Japan, reprinted from Ihe Popular 
Science Monthly, New-York, 1880; — W. Donitz, Vorgeschichiliche Gràber 
in Japan, VBAG, 1887. p. lli; — H. Hilchcock, The ancient Burial Mounds 
of Jap&n, Report of the United Stades national Muséum, 1891 ; — E. Bour- 
daret. Monuments préhistoriques de Vile de Kang-Ha, Corée. Bull. Soc. anthr. 
Lyon, 1903, p. 138; — du même, Noies sur les dolmens de la Corée^ ibid., 
p. 150 ; — Montelius, toc. cil , p. 46. 

2. D'après Montelius, Der Orient und Europa, p. 156, fig. 210. 
.3. Cartailhac. loc. cit., p. 187. 

4. Ch. Letourneau, Les mégalithes à Madagascar, BSA, 1893, p. 175. 

5. A. de Bonstetlen, £s»at sur les dolmens, Genève, 1865; — Cartailhac, ior. 
cit.f p. 187; — F. de Saulcy, Voyage en Terre Sainte, 1865 (c. r. dans Mat., 
1865-66, p. 246); — VBAG, 1887, p. 37 : — Montelius, loc. cit., p. 9. 



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414 III. MONUMENTS MKGALlTlllQUES. DOLMENS ET ALLEES COUVERTES 

Ceux du Caucase et de la Crimée, ainsi que d'autres ^roupt*^ 
situés au nord de la mer Noire, souvent construits en dalles plates, 
ont livré des objets divers, notamment du fer et du cuivre, mai* 
les fouilles y ont rarement été opérées méthodiquement*. Il en est 
de même pour les nombreux dolmens de l'Afrique du nord, que 
Ton ne saurait attribuer en totalité à l'âge du fer. « En Afrique. 
écrit M. Cartailhac, les mégalithes couvrent le nord-ouest depui> 
le Maroc jusqu'aux environs de Kairouan, et sur certains points de la 
Tunisie et de l'Algérie, ils sont accumulés en nombre vraiment pro- 
digieux. Ils forment là de vastes nécropoles et se distinguent ainsi 
de ce que Ton remarque en Europe. La forme la plus commune 
est le simple caisson. Pas d'allée couverte véritable. En revanche, 
ils se lient à d'autres monuments dont la physionomie est tout à 
fait régionale, et à des caveaux creusés dans la falaise des rochers 
qu'ils avoisinent. Ils ne sont pas de notre âge de pierre ; aucun 
objet caractéristique de cette civilisation n'est sorti des nombreuse^ 
fouilles exécutées un peu partout et qui ont livré surtout des vases 
très variés, des anneaux de bronze et d'argent » ^. Cependant, de 
l'avis de M. Montelius, beaucoup de dolmens africains ont livré 
des armes ou des outils lithiques et doivent appartenir à l'époque 
néolithique. Ce mobilier se rencontre parfois près de squelettes 
accroupis^. 

Une des plus grandes nécropies dolméniques de l'Algérie est celle 
de Roknia, province de Constantine, où Ton a signalé la présence 
de près de 3.000 tombeaux. Les dolmens de Roknia, comme ceux 
des autres régions du nord de l'Afrique, sont nus, sans tertre 
tumulaire, et de petites dimensions^. 

1. Chantpe, Recherches anthropologiques dans le Caucase, Paris, 1885; — 
du m'Mne, Les dolmens du Caucase, Mat., 1885, p. 5i5; — D' Wilke, ArchMo- 
logische l'arallelen aus dem Kaukasus und den unteren DonaulUndern, ZfE. 
190 i, p. 39; — E.-A. Martel, Les dolmens taillés du Caucase occidenUl^ CPF, 
Périgueux, 1905, p. 266. 

2. Cartailhac, loc. cit., p. 197. 

3. Mfinlelius, loc. cit., p. I i. 

i. Sur les dolmens de l'Algérie, consulter : 

Bonstelten, Essai sur les dolmens, Genève, 1865; — Bertherand, FouilUs 
des dolmens du plateau des Beni-Messous, près d'Al'jer,hu\\. Soc. Algérienne 
de climatologie, 1S6H. p.88(c. r. dans Mat., 1868, p. 303); — J -R. Bourguignat, 
Histoire des mmuments mégalithiques de Roknia, près d' ILimman-Neskoutin, 
Paris. 1868 (c. r. dans 3/a^, 186), p. 1921 ; — F aidherbc. Recherches anthropolo- 
giques sur les tombeaux méfjalithiques de R i/cn{§,Bull.acad. Hipponc(c. r. dans 
Mal., 1S6S, p. 236); — du même. Dolmens et hommes blonds de la Lihye,BS\ 15 
juillet 1869 c. r. dans M:it., 18j9. p. 3 41); — du même. Nécropole mégalithique 
deMasela, Mat., 1869, p. 222; — du même. Les dolmens de V Algérie, Mat., 1872. 



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DISTRIBUTION GEOGRAPHIQUE DES DOLMENS 415 

On croyait qu'ils manquaient totalement dans la vallée du Nil, 
mais récemment M. de Morgan en a signalé un, dans la Haute- 
ftgypte, accompagné d'un cercle de pierres * . Comme, d'autre part, le 
Soudan possède des dolmens situés à Touest du Nil, au nord-ouest 
de I^d6 *, il devient très vraisemblable que Textrême rareté 
de ces monuments en Kgypte n'a pas d'autre cause que leur des- 
truction durant le cours des siècles ^. 

L^s dolmens manquent dans l'Kurope centrale. On n'en retrouve 
aucun vestige ni dans les provinces rhénanes, ni dans l'Allemagne du 
sud, ni en Bohême, ni en Hongrie. Toutefois, en Bulgarie, on a signalé 
les restes de soixante de ces monuments dans la région située au 
nord d'Andrinople *. Ils abondent au contraire dans l'Kurope 
occidentale et septentrionale. En Grèce, on n'en connaît aucun. En 
Italie, ils sont localisés dans la province d'Otrante, au sud-est de 

p. 491 : — J. W. Flower, Les sépulcres préhisl. en Algérie^ GlA, Norwich, 1868, 
p. I9S ; — Ferçusson, loc. cil., p. '<17 et suiv.; — Faidherbe, Les dolmens de 
V Afrique, CIA, Bruxelles, 1872, p. S06; — René Galles, Monuments mégali- 
thiques de la Basse- Bretagne comparés à ceux de V Algérie, Bull. Soc. Algé- 
rienne de climalolo^ie, 1868, p. 31 '^c. r. dans Mat., 1869, p. i25) ; — Jullien, Décou- 
vertes en Algérie de silex taillés et de dolmens, Mat., 1877, p. 44; — E. Péla- 
gaud, Li Préhistoire en Algérie, Lyon, 187D ;c. r. dans Mut., 1880, p. 271); — 
Matériaux pour servir à Vhisloire des monuments mégalith'ques des provinces 
de Constantine et dWlger, Afas. Alger, 18SI, p. 1135-1156 (c. r dans Mat., 1885, 
p. 367); — Bertrand, Archéologie celtique et gaal., 2" édit.. Paris, 1X89, 
p. 160; — D' Fauvelle, Quelques considérations sur les dolmens de Roknia et 
de VAUjérie en général, Afas, Limoges, 1890, II, p. 5f»2 ; — Montelius, loc. cit., 
p. 14 ; - Curtailhac, loc. cit., p. 197. 
Pour la Tunisie, voir : 

Girard de Ri^lle, Allées couvertes d Etiez, BS.V, 1SS4, p 366; — Rouirc, 
yotes sur les dolmens de VEnfidi, RK, 1X86, p. Ul (cf. Mat., 1888, p. 373) ; — 
D' Colli^non, Les âges de pierre en Tunisie. Mat., 1887. p 171 ; — L. Bertho- 
lon. Notice sur l'industrie méffilithique en Tunisie, Mat., 1888, p. 416; — 
D' Carton, Les mégalithes de BnlLa Heggia. Les alignements de la pLiine de 
la Medjerdah et les sépultures du Djebsl Herrech, Anlhr., 1891, p. l ; — E. Gar- 
tailhac, Dolmens de la Tunisie, Anthr., 1903, p. 620; — D^ DeyroUe, Sanc- 
tuaires à noteries pseudo-néolithiques et dolmen moderne en Tunisie. Anthr. 
190 S, p. 373. 

1. J. de Morgan, Recherches sur les origines de C Egypte. Cage de la pierre 
et les métaux, 1896, p. 239, Hg. 59s ; — Capart, Journal ofthe Anthr op. Instit., 
1901, p. «6. 

2. C. T. Wilson et R. W Felkin, Uganda and the Eggptian Soudan, H, 
Londres, 1X82, p. 123; — Montelius. loc. cit. .p 13; — M. Montelius a reproduit 
un dolmen du Soudin dàn'A sa notice, Dolmens en France et en Suède, CPF, 
Vannes, 1906, p. 337. 

3. Montelius, loc. cit., p. 13. 

4. Les frères Skorpil, Les monuments de la Bulgarie. !•' vol, P" partie : La 
Thrace. Sofia, 18S8. Ouvra ^i «îcrit en lan^fue hul^rare, rdsumé en allemand, 
par M. Woldrich dans M VGW, 18SX, p. 283 c. r dans Anthr., 1890, p. 110); — 
BontschefT, Dolmen insUdlichen Bulgarien,CB\.\, I89d, p. 35. 



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116 m. MONUMENTS MEGALITHIQUES. DOLMENS ET ALLEES COUVERTES 

la péninsule *. La Sicile et la Sardaigne n'en possèdent pas, mais il 
n*^en est pas de même, comme nous Tavons vu, pourTîle de Corse. Us 
sont communs en Espagne et en Portugal ^. 

En Angleterre, la zone principale des dolmens est constituée par 
le pays de Galles, la Cournouaille et les îles avoisînantes ^. 
Quelques-uns sont de dimensions énormes. On cite comme 
exemple celui de la péninsule de Govver, dit le Palet (T Arthur^ 
dont la table devait peser originairement de 35 à 40 tonnes '*. 
Cinq cavaliers pourraient, dit-on, trouver abri sous la pierre de 
couverture du dolmen de Penter-Ifan, comté de Pembroke ^. D'ail- 
leurs, les grands monuments circulaires de Slonehenge et d'Ave- 
bury attestent la puissance et la hardiesse des constructeurs de 
mégalithes dans les lies Britanniques. Les dolmens anglais sont géné- 
ralement construits en gros blocs de pierre et non pas en dalles 
plates. En Irlande * et en Ecosse ', on connaît non seulement des 
allées couvertes, mais aussi des dolmens simples sans galerie. 

La Hollande * et l'Allemagne du nord ^ jusqu'à l'Oder, sont 

1. F. Lenormant, Noies archéologique» sur la terre d'OtranlCy Gazette 
archéol., lS81,p.30; — Annuario scienlifico ed industriale, XVIII, 1881, p. (S61 : 
— BPI, 1888, p. 206 (dolmen %uré sur une peinture pompéienne ; — BPI. 
1890, p 82 ; 1893, p. 346; — Gillebert d'Hercourt, A propos des truddhi de ia 
lerre d^Olranle^ comparés par M. Lenormant aux nuraghes de la Sardaigne, 
BSA. Is8i, p. 81 ; — G. Nicolucci, Brevi noie sui monumenti megalilici e sulle 
cosi délie Specchedi Terra d'Olranlo, Exlr. des Atti dell' Accad. Pontaniana. 
Naples,1893 (c. r. dans REA, 1893, p. 358) ; — Pifforini, Monumenti megalilici di 
Terra Olranlo, BPI, 1899, p. 178 (c. r. dans REA, 1901, p. 268) ; — Monlelius. 
loc. cil.^ p. 17. 

2 Percira da Costa, Descripçiio de alguns dolmins ou anlas de PorlagaL 
Lisbonne, 1868 ; — Gonj;ora y Martinez, Anliqûedades prehislôricas de Anda- 
lucia, Madrid, 1868; — Cartailhac, Ages préhisloriques de V Espagne et da 
Porlugal^ Paris, 1886; — L. Siret, Nouvelles campagnes de recherches archéo- 
logiques en Espagne. La fin de L'époque néolithique^ Anthr., 1892, p. 389; — 
du même, LEspagne préhislorique^ Rcv. des Questions scientifiques, 1893, 
p. 520 ; — du même, Orienlaux et Occidenlaux en Espagne aux lemps préhis- 
toriques, Ext. Rev. Questions scientifiques, octobre 1906 et janvier 1907; — 
Cartailhac. Monuments primilifs des iles Baléares, Toulouse, 1892, fig. 35; — 
Martorell y Pefta, Apunles arqueolôgicos, Barcelone, 1879, p. 134 ; — Monle- 
lius, loc. cit., p. 18, 50, 5i, 55. 

3. Ferjifusson, loc. cil,, p. 172. 

4. Fer^çusson, loc. cit., p. 182. 

5. Ferçusson, loc. cit., p. 179. 

6. Fcrgusson, loc. cit., p. 187. 

7. Fer^usson, loc. cit.^ p. 253. 

8. H. Petersen, Die versrhiedenen Formen der Steinallergrâber in Dàne- 
markf Af.A, XV, p. 157; — H. de Laitue, Les monuments mégalithiques de la 
province de Drenlhe [Pays-Bas, Anthr., 1899, p. 1-20 ; p. 179-191; — Montelius. 
loc. cil. 

9. C. von EstorfT, Heidw'sche Aller Ihiimer der Gegend von Uelzen, Ha- 
novre, 1846;— J.-H.Mtilleret J. Rcimers, Vor-u . friïhgeschichtliche Aterlhûmer 



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DISTRIBUTION GEOGRAPHIQUE DES DOLMENS 417 

des contrées riches en monumenls mégalithiques, mais «< les 
dolmens libres, sans galerie et ne possédant qu*une pierre de cou- 
verture, sont localisés sur certains points. La plupart des grandes 
sépultures de pierres présentent des formes plus récentes. Ce sont 
des chambres allongées avec plusieurs tables, quelques-unes sans 
allées, la plupart avec une allée plus ou moins courte. Elles sont 
souvent entourées d'une enceinte de pierres sur plan rectangulaire 
allongé et dont la longueur peut atteindre jusqu'à 116 mètres ». ' 

Les dolmens danois sont des chambres sur plan rectangulaire ou 
pentagonal, entourées d*un tertre circulaire ou rectangulaire que 
borde ordinairement un cercle de pierres. Souvent, la dalle de cou- 
verture seule esta découvert, le reste du monument étant enfoui 
sous un tumulus. Comme dans TAllemagne du nord, il arrive fré- 
quemment qu'une grande enceinte rectangulaire mesurant jusqu'à 
200 et même 500 pieds de long, sur 20 à 30 pieds de large, enve- 
loppe le dolmen ^. Les monuments du Danemark se rencontrent 
tout à la fois dans le Jutland et dans les iles. 

« En Suède, écrit M. Montelius, les dolmens simples, découverts, 
avec une seule pierre de couverture et sans galerie, ne se trouvent 
que dans la Scanie, près de la côte, dans le Halland, le Bohuslan 
et lîle d'Oland » ^. On ne connaît en Norwège qu'un seul dolmen *. 

11 importe d'ajouter que la Grèce, TAsie-Mineure, l'Egypte, 
ritalie et d'autres régions du sud-est de l'Europe possèdent des 

der Provinz Ha.nnover, Hanovre, 1893; — E. Krause et S'hœLensack, Die 
megalilhisrhen Gràber [Steinkummergrâber) D»u/»c/ï/a/iri«. Zf E, 1893, p. 105 ; 

— H Hendelmann, VorgeschichtUche Sleindenfimâler in Schleswig-HoLstein^ 
Kiel, 1872-73; — H. R. Schrrîter et b\ Lisch, Friileriro-Francisceum, Schwe- 
rin, 1837; — Bonstetten, Essai sur les dolmens, Genève, 1865 ; — Jahrbùrher 
d. Vereinfûr Meklenb.Allerlh.'Kunde, \XXIll ; — J. K. Wôcliter, Slalistik 
der im Kônigreiche llannover voi'hnndenen heidnischen Denkmâler, VII, 
Hanovre, I8il ; — VBAG, 1885, p. 168; — A. Goetze, Die Oefiissformen nnd 
Ornamenle der neolithischen schnurverzeiten Keramik im Flussgebieie der 
Saate, lena, 1891; — Montelius, loc. cil., p. 20-21. 

En Suisse, on ne connail que deux dolmens, aujourd'hui détruits, situés 
dans la région du Haut-Rhin. Cf. Relier, Pfahlbaulen, Zurich, 1860, pi. VI, 
%. 8 et 9. ; — Montelius, loc. cit.^ p. 19. 

1. Montelius, loc. cii.^ p. 20. 

2. Montelius, loc. cil.^ p. 23. 

3. Montelius, loc. cil., p. 2i. 100; — Montelius, Sur les tombeaux et la topo- 
graphie de ta Suéde pendant iàge de la pierre^ CIA, Stockholm, 1874, p. 152 ; 

— Sur une carte de i extension de La population en Suéde pendant Vàgede la 
pierre^ C R. du Cong. internat, des sciences géographiques, Paris, 1875, 
p. 446. 

4. Montelius, loc. cit., 2*. 

Manuel d^archéologie préhistorique. — T. 1. 27 



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118 III. MONUMENTS MEGALITHIQUES. DOLMENS ET ALLEES COUVERTES 

monuments en pierre taillée plus récents que nos allées couvertes 
en pierre brute, mais évidemment apparentés avec elles. Au type 
général des allées couvertes appartiennent tous les tombeaux à 
galerie de TKspagne, du Portugal, des Baléares, de la France, de 
rirlande, de l'Angleterre, de la Hollande, de l'Allemagne, du 




Fijç. 147. — Plan et coupo d'une allée couvcrie sous tumulus. 
New Grange, comté de Meath (Irlande' '. 

Danemark et de la Suède méridionale ^. Partout on a reconnu que 
ces monuments, dolmens simples et allées couvertes, abritaient des 
sépultures. Leur destination ne saurait donc plus être discutée, 
mais on est loin d'être d'accord sur les problèmes que présente leur 
distribution géo«;raphique. Aussitôt après l'abandon des premières 
théories celtiques sur leur origine, dès que l'on eut reconnu la pré- 
sence de ces sépultures sur une vaste zone allant de la côte occidentale 
de l'Inde à l'Europe occidentale, des problèmes complexes se pré- 
sentèrent à l'evamen des archéologues. 11 s'agissait d'expliquer ce 
qu'on nommé la « traînée des dolmens ». On ne tarda pas à constater 
qu'un lien de filiation incontestable unissait les uns aux autres 
tous les groupes géographiques, malgré certaines diversités locales. 

1. D'après Roinilly Allen, Celtic Art, p. 45 et îT. 

2. Monteliu», loc. cit., p. 36 et suiv. 



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• DISTRIBUTION GEOGRAPHIQUE DES DOLMENS 419 

n'où celte conclusion capitale, aujourd'hui généralement acceptée, 
qu'on ne saurait expliquer par une hypothèse polygéniste la multipli- 
cMté des dolmens. 

L^étroite analogie des allées couvertes de la France avec le grand 
tumulus de New Grange, près de Drogheda, en Irlande, a "été 
maintes fois démontrée. Ce tertre, mesurant près de 1 15 mètres de 
diamètre, est circonscrit d'un cercle de pierres *. Il abrite une allée 
longue de 31 mètres, dont la chambre est couverte d'une voûte en 
encorbellement, construite en pierres brutes (iig. 147). Les sculp- 
tures des blocs de ce monument sont, sans contredit, apparentées à 
celles de Gavr'inis. 

Nous retrouvons ces dispositions générales dans les galeries dol- 
niéniques du Portugal et dans les grottes artificielles de la même 
région, établies sur le même plan. En Espagne, la célèbre allée cou- 
verte d'Antequera, au nord de Malaga ^, — allée longue de 24 mètres 
sur une longueur d'environ 6 mètres — construite en grandes 
dalles ass« mblées avec art, mérite d'être placée au premier rang. 
Là les pierres semblent avoir été dégrossies au marteau. Des piliers 
sont disposés à l'intérieur de la galerie pour soutenir les dalles de 
couverture à leur partie médiane. Nous nous trouvons en présence 
d'un art architectural déjà plus avancé que celui des dolmens ordi- 
naires en pierres brutes et plus voisin de l'art des monuments 
u cyclopéens », c'est-à-dire mycéniens, du territoire hellénique. 

Il serait facile de multiplier ces comparaisons significatives. Un 
coup d'œil jeté, par exemple, sur le plan général de la grotte arti- 
ficielle de Saint- Vincent, dans l'ile de Majorque (fig. 148), suffît 
pour reconnaître son étroite similitude avec la Grotte des Fées, près 
d'Arles, dont nous avons décrit les curieuses et caractéristiques dis- 
positions. Personne ne saurait songer à imputer au hasard des res- 
semblances aussi étroites. 



1. Edward Lhwyd, The transactions of ihe Royal Society, XXVII, Londres, 
712, p. 50J; — Tnomas Povvnall, A Description of the Sepulchrat Monument 
at New Grange, near Droghedd, in Ihz Gounty of Meath in Jreland, Aichœo- 
lo;^ia, II, Londres, 1773, p. 236; — W. R. Wilde, The Beauties of the Boyne, 
Dublin, 1850, p. 188; — Fert^usson, Monum. méyal. p. 213; — Georges 
CofTey, On the Tumuli and Inscribed Stones at .Veu) Grange, Dowth, and 
Knowlh, The Transactions of the Royal Irish Academy, XXX, I, Dublin, 
1892; — J. Romilly Allen, The Illustrated Archxotogist, II Londres, 1894, 
p. 118; — Monlelius, toc. cit.. p. 7i. 

2. Cartailhac, Ages préhistoriques de l'Espagne et du Portugal, Paris, 
1886, p. 186, fig. 262-26 S ; — Fergusson, toc. cit., p. 405; — VBAG, 1896, p. 18; 
Montelius, loc. cit., p. 54. 



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420 III. MONUMENTS MEGALITHIQUES. DOLMENS ET ALLEES COUVERTES • 

Cependant, si les traits de similitude n'apparaissaient que dans le 
plan général de ces monuments, on pourrait encore prétendre que 
a conception d'un abri funéraire formé de simples supports en 
pierres brutes et d'une dalle de couverture ait pu surgir spontané- 
ment chez différents peuples. On concevrail sans difficulté que Fidée 
de reproduire au profit des morts et en matériaux durables la hutte 



D 




Fijç. 148. — Galerie tumulaire. Saint- Vincent-de-Majorque 
(Baléares)*. 

légère des vivants soit née simultanément ou successivement chez 
diverses familles humaines, en raison de cette universalité des pre- 
mières croyances des peuples primitifs, dont nous avons déjà 
observé des exemples multiples. Mais Tétude comparative des dol- 
mens asiatiques et européens conduit à des constatations vraiment 
trop caractéristiques et trop nombreuses pour que la parenté de ces 
monuments demeure contestable. Aux ressemblances de structure 
s'ajoutent les similitudes plus typiques des détails ; quelques-unes 
sont particulièrement importantes, notamment la présence des dalles 
trouées et la disposition des voûtes d'encorbellement. 

Dalles (rouées. — Les ouvertures des chambres dolméniques pré- 
sentent diverses dispositions : on trouve à l'entrée des allées cou- 

1. Montelius, Der Orient und Europa, p. 64, fîg. 61, d'après Cartailhac, 
Monum. primilifs des Baléares, p. 47. 



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DISTRIBUTION GEOGRAPHIQUE DES DOLMENS 421 

vertes, surtout aux environs de Paris, une dalle percée à sa 
partie inférieure d'un trou circulaire ou ovale, muni parfois d'une 
feuillure entaillée sur une de ses faces*. Dans cette étroite ouver- 
ture se logeait sans doute un obturateur de bois ou de pierre, 
aujourd'hui le plus souvent perdu ou détruit. On cite comme 
exemples les dalles percées des allées de Dampont, commune d'Us et 
de la Justice, à Presles (Seine-et-Oise), de Trie-Château (Oise). 



Kig. 1 49 — Dolmen avec dalle trouée. Trie-Château (Oise). 

Nous avons vu ci-dessus que sur trente allées couvertes de cette 
région, celle particularité a été observée treize fois. 

Or la même ouverture circulaire ou ovale reparaît non seule- 
ment en Suède, en Allemagne, en Belgique et en Angleterre, mais 
au Caucase, en Thrace, en Syrie, en Palestine et dans Tlnde. Dans 
ce dernier pnys, les dolmens percés sont fort nombreux : on n'en 
connaît pas moins de 1.100 parmi 2.200 mégalithes comptés dans le 
seul district de Dekhan. Diverses conjectures peuvent être formu- 
lées relativement à la destination de ce trou servant d'entrée ou peut- 
être aménagé dans le but de procurer une issue aux âmes des morts. 
Quoi qu'il en soit de cette; hypothèse, la présence des dalles 

1. Fer}<us8on, Mon. mégal., p. 360 et passim : — (i. et .V. de Mortillet. Musée 
préhist.^ 2* édit., pi. XLI; — P. df Mortillet. Entrées des allées couvertes des 
environs de Paris. HP, 1903, p. 193; — Montelius, op. cil., p. 1*7-149. 



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422 III. MONUMENTS MEGALITHIQUES. DOLMENS ET ALLEES COUVERTES 

trouées dans les dolmens de l'Europe et de POrient, demeure 
comme une des plus suggestives constatations de Tarchéologie 
dolménique comparée. 

Voûles à encorbeUement. — Le plan de Fallée couverte, compo- 
sée d'une ou de plusieurs chambres, auxquelles on accède par un 
couloir allongé, se rattache évidemment au type de certaines con- 
structions tombales de l'Orient, établies d'après le même Iracé. Ces 
dernières ont souvent pour couverture des voûtes en encorbelle- 
ment, rappelant celles que nous avons déjà signalées dans la 
Péninsule ibérique, en France et dans les Iles Britanniques. Telles 
sont les tombes monumentales de la Phrvgie, de la Lydie et de la 
Carie, en Asie-Mineure Le tumulus de Gheresi, en Carie, peut être 
pris comme exemple : « Un corridor couvert de larges dalles, con- 
duit au caveau ; l'allée et la chambre sont cachées sous un tertre 
formé de terre et de cailloux. Au-dessus de la chambre les assises 
en se découvrant et en se dépassant donnent, par encorbellement, 
rillusion d'une voûte » *. Un mur circulaire limite la masse du 
tumulus et dessine sur son pourtour une sorte d'enceinte. Ren^pla- 
çons les pierres taillées de ce monument par des dalles brutes ou 
grossièrement épannelée<, nous aurons exactement la chambre à 
galerie d^i TEurope occidentale. Entre la fausse voûte des alléescou- 
vertes de Fontenay-le-Marmion (Calvados), de CoUorgues (Gard), des 
Millares, au sud-est de l'Espagne, de New Grange, en Irlande, d'une 
part, et la fausse voûte des tombeaux phrygiens et cariens ou des 
« tombes à coupoles » mycéniennes, monuments que nous étudie- 
rons dans le second volume de cet ouvrage, il n'y a de différence 
essentielle que dans le traitement des matériaux mis en œuvre ainsi 
que dans I habileté et l'exécution du décor. 

Plusieurs pierres dolméniques sont creusées de petites cavités 
cupuliformes auxquelles les Néolithiques et les hommes de l'âge du 
bronze prêtaient sans doute de mystérieuses propriétés dont la 
nature nous est inconnue. Nous donnerons quelques détails sur ces 
cupules dans un des chapitres suivants. H nous suffira de rappeler ici 
qu'on les rencontre également sur les pierres dolméniques de la 
Palestine, de l'Afrique du nord, de la Péninsule ibérique, delà 
Corse, de la France, des lies Britanniques, du Danemark et de la 
Suède'. Mais comme les cupules se rencontrent également sur les 

1. Perrot et Chipiez, Histoire de Varl dans Cantirfiiiléj V, p. 318 ; — Monle- 
lius, op. cit.^ p. 38. 

2. MonteliuH, op. cit.^ p. 27. 



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l'origine des dolmens et allées couvertes 4"2H 

monument